De chair et de cendres - Page 1 - De chair et de cendres Fragments 3 Sébastien Donner De chair et de cendres Fragments Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3507-1 Dépôt légal : Juin 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire CHAPITRE PREMIER La ruelle ....................................................... 11 CHAPITRE DEUXIEME Passé simple................................................. 41 CHAPITRE TROISIEME Points de vue................................................ 73 CHAPITRE QUATRIEME Le plan ......................................................... 89 CHAPITRE CINQUIEME Révélations................................................... 139 CHAPITRE SIXIEME Didacticiel.................................................... 181 CHAPITRE SEPTIEME Renaissance.................................................. 187 9 CHAPITRE HUITIEME Visites........................................................... 205 CHAPITRE NEUVIEME Traumatismes ............................................... 229 CHAPITRE DIXIEME Origine.......................................................... 237 CHAPITRE ONZIEME Tracas et contrariétés diverses ..................... 251 CHAPITRE DOUZIEME Obscurité ...................................................... 283 CHAPITRE TREIZIEME Une énigme à résoudre................................. 307 CHAPITRE QUATORZIEME Le fin mot de l’histoire................................. 339 CHAPITRE QUINZIEME Combat ......................................................... 355 POSTFACE Ou : les (grosses) ficelles de l’histoire......... 381 10 CHAPITRE PREMIER La ruelle Cela ne ressemblait guère à ce qu’elle avait pu voir dans les séries télévisées qu’elle consommait sans modération : une femme gisait sur le bitume humide d’une ruelle obscure et déserte. Le corps inerte étendu face contre terre possédait une présence très forte, alors même que son visage restait caché par les détritus répandus sur le sol. Hormis la puanteur d’aliments en décomposition, il se dégageait de cette scène quelque chose d’à la fois irréel et pesant. Gabrielle, une jeune femme brune tout de sombre vêtue, s’en approchait pas après pas, lentement happée par ce spectacle morbide. Des images de ce qu’il venait de se produire commencèrent à défiler en une boucle obsédante et confuse. A vrai dire son esprit endolori peinait à reconstituer avec exactitude l’enchaînement des évènements qui l’avaient conduite jusqu’ici : L’inconnue se faisant agressée tandis que Gabrielle passait son chemin sans mot dire, une longue hésitation, un retour en arrière et finalement… Ça. Oui, c’était probablement ce qu’il s’était déroulé. 11 Gabrielle essayait de réfléchir mais sa pensée demeurait figée. L’espace d’un instant, elle tenta d’agir, de faire quelque chose, n’importe quoi… En vain. Encore un pas en avant. Elle pouvait dorénavant presque toucher le corps du pied. Elle visualisait le mouvement de se pencher vers lui sans parvenir à l’entreprendre, son cerveau demeurant incapable d’actionner d’autres muscles que ceux permettant une marche hypnotique. Finalement Gabrielle opta pour une attitude de circonstance en retournant son estomac comme une chaussette. C’est en tout cas ce que préconisaient tacitement la plupart des fictions télévisées qu’elle dévorait, et dont les témoins principaux avaient le dégobillage facile. Le nez au raz du sol crasseux et humide – à présent rehaussé d’un peu bile –, la scène offrait un angle plus intime, presque grotesque. Merde… C’est pas possible… Elle est vraiment morte ! Elle n’avait jamais vu de cadavres jusqu’à ce jour, néanmoins la blessure béante qu’elle apercevait ne laissait subsister aucune doute. Et comment avait elle pu ne pas voir tout ce sang répandu sur le sol ? C’est à ce moment que la pensée de Gabrielle s’emballa. Fuir. Ce fut la première chose qui traversa son esprit, avant que ce dernier ne s’arrête sur un premier doute : la police saurait elle remonter à elle en suivant la piste du vomi, comme dans certaines séries d’investigation policière ? Gabrielle avait également visionné quelques reportages télévisés traitant ce genre de sujet, mais tout cela, hélas, ne 12 répondait pas à la question fondamentale suivante : Le dégueuli contient-il suffisamment d’ADN exploitable pour identifier formellement un individu ? Des années de téléphagie boulimique, quelques romans entamés ici et là… A défaut de mieux, Gabrielle interrogeait ses souvenirs télévisuels, basés avant tout sur des fictions. Une nouvelle question se formait, à présent lancinante : Quelqu’un l’avait il vu, ou allait il la voir dans les minutes à venir ? Appeler la police. Il faut que j’appelle la police. Elle demeura immobile, à genoux. – Il faut que j’appelle la police ! Le son de sa propre voix, inhabituellement aigüe, la fit sursauter. Oui, contacter les autorités judiciaires semblait être la meilleure des options, à bien des égards. C’est peut être pour cela que Gabrielle n’en fit rien. Comme presque toujours face à l’adversité elle se retira subrepticement, sans ne laisser d’autre trace derrière elle que celle d’un peu de culpabilité assortie d’un soupçon de honte… * * * Le week-end aurait du être gâché par l’évènement de l’avant veille, fort heureusement Gabrielle possédait un outil très efficace dont l’utilisation régulière lui permettait, comme tout un chacun, d’alléger quotidiennement sa conscience. C’est ainsi que le déni envahit chaque recoin de sa mémoire, occultant progressivement l’incident. Certes il se 13 pouvait que les investigations de la police la mènent sur sa piste, toutefois presque deux jours entiers s’étaient écoulés sans heurt : aucune information au journal télévisé, peut-être un entrefilet dans quelque journal… Encore eut-il fallu que Gabrielle renonce à ses habitudes pour en feuilleter un et vérifier ce point. Voilà ce qu’elle gardait en tête tout en commençant déjà à atténuer l’importance des faits. Elle ré-envisageait en effet l’avenir avec sa légèreté habituelle : un monde de geek fait de jeux, de mangas et d’animés japonais, entièrement contenu dans son petit appartement haussmannien de quarante mètres carrés. Ce lieu était en lui-même un autre univers, celui de Gabrielle qui adorait le style authentique et classique de ce F2 de 45 mètres carrés, haut de plafond, au plancher en bois et aux moulures d’époque, tout de blanc repeint. Quelle qu’en fut la raison, cette grande ville qu’était Paris semblait capable de conserver un secret en son sein. Ainsi la ville engloutissait la vie d’une personne tandis que la vie quotidienne de Gabrielle dévorait les souvenirs dérangeants. Elle partagea donc son week-end entre l’un de ses jeux préférés – sur le PC installé dans sa petite chambre à coucher –, un animé japonais – visionné dans le salon à même le vieux parquet –, et plusieurs recherches Internet sur le thème des anciennes civilisations. Gabrielle prit également du temps pour s’occuper d’elle, et dénicha un flacon de coloration pour cheveux parmi le bazar qui trônait sur et autour de la modeste cheminée en marbre noir du salon. Pas mal, pour une petite mèche rouge… 14 Le flacon à peine entamé fut abandonné dans une autre pile de bazar : celui des objets entassés en vrac sur l’étagère du salon. Une fois le week-end écoulé, le souvenir de la femme étendue dans la ruelle n’était déjà plus qu’un écho lointain et Gabrielle s’en alla travailler le cœur léger, jouant en chemin avec sa nouvelle mèche de couleur. Le seul problème qui se posait à elle en ce début de matinée était le même depuis cinq ans : tenir jusqu’au soir, avant de retrouver l’univers de son appartement qui l’aiderai à patienter jusqu’à la fin de la journée suivante, et ainsi de suite jusqu’au vendredi soir tant désiré… Celui là même que la mystérieuse occise avait failli gâcher par son décès impromptu. Gabrielle pénétra dans un grand immeuble, entra dans le service comptabilité situé au quatrième étage, posa son parapluie noir assorti à son habituelle tenue sombre gothique, et alluma son ordinateur. Les locaux – sept niveaux de plusieurs centaines de mètres carrés chacun – avaient récemment été refaits à neuf : dalle de moquette synthétique grise au sol, dédale de cloisons aux tons neutres et décoration minimaliste. La fonctionnalité et l’ambiance impersonnelle des lieux étaient un véritable temple dédié à la productivité de ses employés, dont les voix et les pas étaient absorbés par cette ambiance feutrée. Particulièrement grand pour les trois bureaux qu’il contenait – dont un inutilisé et en friches –, le service comptabilité n’échappait pas à ce style. Ce décor à l’odeur aseptisée ne changeait rien au fait qu’il n’y aurait pas beaucoup de travail à abattre durant les deux jours à venir. Gabrielle en avait parfaitement conscience : l’essentiel de la journée 15
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