Echeviel, volume 1 - Page 2 - test Gérard EVEN Echeviel Premier volume Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-080-1 ISBN 13 : 978-2-35335-080-3 Dépôt légal : Mai 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. PREMIERE PARTIE groupe d’homme d’armes pénétra dans la petite citadelle de Montfort, très tôt en ce matin d’avril, suivi d’un carrosse aux riches armoiries. Le vent soufflait fort, l’air était froid et humide. Ils venaient chercher la belle Hermione, comme le Duc du Rocher le leur avait ordonné. Les portes du château s’ouvrirent devant eux sans qu’ils aient besoin de se faire reconnaître. Tout était convenu d’avance. Ils laissèrent des serviteurs s’occuper de leurs montures. Leur chef, un chevalier, grimpa les marches qui menaient à la demeure seigneuriale et fut reçu par un dignitaire qui lui demanda de s’asseoir sur un banc 7 Un recouvert de velours rouge, contre le mur gauche de la grande salle d’entrée Quelques minutes plus tard, alors qu’il s’attendait à attendre une heure, une jeune femme d’une beauté stupéfiante descendit les marches menant aux étages supérieurs de la demeure. Elle était brune, de longs cheveux noués en une tresse un visage d’un ovale parfait, des yeux en amende gris clairs étincelants, des pommettes hautes, des lèvres merveilleusement ourlées et sensuelles, un nez droit et fin, des oreilles qu’on aurait dites modelées par le plus grand artiste, un corps fin et souple dont on devinait les rondeurs sous des atours modestes, un chemisier beige en coton, sur un corset de soie dont seul le col apparaissait, une veste de laine grenat, un fuseau de velours gris, des bottes de cavalier en cuir noir, montant jusqu’aux genoux. Elle ne portait aucun maquillage. Le chef de la troupe en eut le cœur serré et ému. Jamais il n’avait vu, ni même envisagé, semblable beauté. Il comprit instantanément pourquoi son seigneur en était devenu possédé au point de l’arracher à son époux. Il s’avança et mit genoux en terre devant elle : « Noble Dame, je suis votre serviteur pour vous conduire jusqu’à mon Prince. » Elle ne lui accorda même pas un regard, attendit qu’il se remette sur pied et le suivit accompagné de sa servante préférée. «Mais que fait ainsi une si noble dame en pantalon ? » S'interrogea-t-il. Il s’attendait à voir une femme richement parée portant robe artistiquement ouvragée. Son propre attelage l’attendait dans la cour, celui-là même que le chevalier avait vu en arrivant. Une simple 8 carriole bâchée contenant trois malles, conduite par deux chevaux blancs, et menée par un cocher borgne. Sa servante, une femme d’une quarantaine d’années, d’un physique avenant et bienveillant, recouverte d’un ample manteau en laine peignée qui lui couvrait tout le corps jusqu’aux pieds, monta dans le carrosse tandis qu’elle se dirigeait vers les écuries. Le moindre de ses pas, de ses gestes étaient empreints d’une admirable et naturelle élégance. Elle en ressortit montée sur un magnifique alezan blanc, à la longue crinière argentée. Le chevalier fit un signe à ses hommes qui se remirent vite en selle. Il n’avait vu personne dans la demeure du suzerain, à part la dame qu’il était chargé de conduire à son maître et le chambellan qui l’avait introduit. « Mais noble dame, nous devrons chevaucher durant trois jours. Cela est trop pour vous. » Il reflua vite devant le regard glacial et méprisant qu’elle maintint sur lui jusqu’à ce qu’il baisse les yeux et se décide à monter en selle à son tour. La petite caravane prit le chemin du château d’Erigny. Pendant le trajet, le chevalier eut tout loisir d’admirer l’aisance dont faisait preuve la future épouse de son suzerain sur son cheval et son absence totale de fatigue. Alors que les heures s’écoulaient Hermione, le cœur plein de peine et de haine repensait à ses quatre dernières années. Elle avait été mariée, mais son père avait tenu à avoir son plein accord, avec un seigneur de haute lignée, âgé de trente ans alors qu’elle n'en avait que dix-sept. Ce 9 mariage permettait de résoudre d’inextricables problèmes de partage des terres entre la seigneurie de son père et celle de son époux. Ils pouvaient ainsi les travailler en commun et sceller entre eux une alliance indéfectible, bien qu’ils soient tous deux, par la force des armes, des vassaux du seigneur de Bragan. Elle connaissait son futur époux depuis son plus jeune âge et l’admirait. A treize ans déjà elle en était amoureuse, et elle n’était pas la seule jeune fille des forteresses alentours à être dans son cas. Le Seigneur de Montfort était beau, grand, mince, élégant. Il était aussi bon vivant, joyeux, rieur, et son cœur était généreux, droit et juste. Que rêver de mieux pour une toute jeune fille sentimentale ? Il était de plus, brave, vaillant et quasiment inégalable à l’épée. Quelle jeune femme aurait pu lui résister ? Il était très courtisé mais il n’était pas volage et ne courait pas les filles, c’est du moins ce qu’elle croyait. Elle se doutait quand même un peu qu’il n’était pas insensible aux charmes de toutes les femmes qui lui faisaient les yeux doux. En duel, seul le Prince Noir avait réussi à le vaincre lors de la bataille pour la conquête de son fief, alors qu’il n’avait que vingt ans et son adversaire dix de plus. Mais le Duc du Rocher, encore appelé le seigneur de Bragan, Rogan le Terrible, le roi des six contés ou encore le Prince Noir, avait une demi-tête et douze kilos de muscles de plus que lui, et le maniement des armes était une de ses passions, avec la guerre et la chasse. Elle entendit soudain un cri perçant au-dessus d’elle et leva la tête. Un faucon fondait sur une tourterelle qu’il emporta dans ses serres en lui fracassant la tête d’un violent coup de son bec puissant. « Quelle analogie », 10 pensa-t-elle, « je suis comme cette tourterelle, la tête fracassée, la poitrine déchirée et le cœur transpercé par des serres avides. Comment mon époux pourra-t-il jamais me délivrer ? » Et puis elle pensa d’un seul coup : « Si je ne joue pas le jeu, si je ne feins pas d’éprouver quelque sentiment pour mon tortionnaire, il est capable de le faire tuer dans ce qui passera pour un accident. » Cette pensée lui glaça de nouveau le sang : « Comment pourrais-je feindre alors que je le hais ? » Son esprit devint vide un instant, et elle lui révéla d’un coup : « Je sais, c’est dans la haine que je puiserai cette force » A dix-huit ans, elle avait accouché d’un petit garçon qu’elle avait appelé Romuald et qui représentait depuis, toute sa vie. L’accouchement avait été très difficile et elle et l’enfant seraient peut-être morts sans l’intervention d’une jeune fille de son âge, Griselde, que son mari avait appelé à tout hasard, car elle était guérisseuse et sage femme, tenant ce talent de sa grand-mère. Celle-ci étant alitée c’est elle qui s’était rendue à son chevet et l’avait sauvée elle et son fils. Elle lui avait dit qu’une nouvelle grossesse trop proche pouvait présenter des risques. Elle lui avait confirmé avec exactitude les périodes où elle était féconde et lui avait conseillé les herbes et plantes à prendre pour le cas où elle aurait un doute. Elle savait près de quels arbres trouver ces remèdes, et lui indiqua des endroits dans son propre domaine qu’elle connaissait parce qu’elle adorait voyager à cheval et dormir à la belle 11 étoile quand la saison s’y prêtait. C’était la fille d’un important châtelain, comte lui aussi, dont l’imposant domaine était situé aux confins du royaume du Duc du Rocher. Son père avait refusé de se soumettre à lui, et le Prince noir avait en représailles détruit et mis le feu à son château après l’avoir occis durant la bataille, ainsi que son fils âgé de quatorze ans qui avait refusé d’obéir aux ordres de son père, de s’enfuir pour protéger sa sœur, et avait préféré se battre. La fillette âgée de douze ans s’était échappée par le plus large des souterrains, capable de contenir une armée, avec sa gouvernante, emmenant avec elles le cheval de la jeune fille et le sien. Grièvement blessée, sa protectrice avait réussi à vaincre pendant une journée de cheval sa terrible douleur, mais avait expiré dans les bras d’un prêtre qui faisait une retraite dans une forêt à deux jours de marche de son église, portée par des voûtes et construite avec l’aide des fermiers et des artisans et maître artisans alentours, où tous les paysans et villageois se réunissaient le dimanche pour prier. Le prêtre, tout en les évangélisant, les laissait célébrer leurs anciens rites païens, croire encore un peu aux elfes et aux fées, aux lutins et aux gnomes, vivant dans les immenses forêts alentours, qu’aucun d’eux n’avait cependant jamais vus, où rôdaient par contre de vraies hordes de loups. Après l’avoir gardée prés d’un an avec lui, laissée lire plusieurs livres qu’il avait emportés des contrées lointaines d’où il venait, lui avoir appris la médecine qu’il connaissait, il avait confié la fillette à une famille élargie de bûcherons comptant trente-six membres dont la troisième grand-mère était considérée comme une espèce 12 de sorcière, guérisseuse miraculeuse, invoquant les esprits, connaissant toutes les plantes et leurs différents pouvoirs, pouvant remettre d’aplomb un individu sérieusement battu, par des massages et un autre à l’esprit chagrin et tourmenté, en forme, par un travail de ses doigts en certaines parties spécifiques du corps. Elle pouvait remettre les fractures, faire des saignées appropriées, ce qu’elle utilisait très rarement comme en cas d’épanchements, était bien sûr aussi sage-femme, soignait les règles douloureuses, conseillait les femmes et surtout les jeunes filles, les mœurs étant très libres, pour tout ce qui avait trait à leur intimité que ce soit au niveau de l’hygiène ou des périodes où elles devaient s’abstenir de faire l’amour, et soignait leurs diverses maladies intimes. Elle rapportait presque autant de victuailles et de dons, car elle ne demandait jamais rien, que les paysans et bûcherons réunis, par leur travail. C’est elle qui avait pris en charge Griselde et lui avait enseigné au fil des jours, des mois, des années, tout son savoir, complétant celui du Père Jean-Baptiste. A soixante-huit ans, elle était vive et alerte et parcourait sans peur les forêts, emmenant la fillette avec elle. Celle-ci entendait le hurlement des loups mais aucun ne s’approchait d’elles. Une fois seulement une meute était apparue, menée par un grand loup gris aux babines retroussées sur des crocs menaçants, qui grondait sourdement. La grand-mère s’était agenouillée et avait fait toutes sortes de grimaces devant le chef de la meute, jusqu’à finalement pouvoir le caresser et inviter 13 l’adolescente à en faire autant. Puis à la grande surprise de cette dernière, elle avait pris sa badine et avait fouetté le loup à trois reprises. Celui-ci après avoir grogné pour la forme s’en était retourné avec les siens. Cette anecdote avait beaucoup amusé Hermione, chez qui Griselde était restée quatre semaines de plus que nécessaire, après qu’elle se fut remise de son accouchement, parce qu’elles s’étaient immédiatement senties très proches l’une de l’autre. Deux semaines après la délivrance, Hermione tint absolument à remonter à cheval et à faire des balades avec sa nouvelle amie. Bien que cavalière émérite, elle admira la façon dont celle-ci se tenait en selle, semblant ne faire qu’un avec son cheval. Elle lui demanda d’où elle tenait ce don. Griselde lui confia que son père l’avait mise en selle dès l’âge de quatre ans. Un précepteur leur avait enseigné à lire et à écrire à elle et son frère, mais celui-ci s’était contenté de la lecture, trouvant l’écriture fastidieuse alors que Griselde adorait composer des poèmes et des histoires courtes et un peu naïves. Devenu garçon manqué avec son frère, ce qu’elle était déjà un peu de tempérament, elle avait appris à ses côtés le maniement des armes, principalement, le couteau, l’épée, d’abord en bois puis à partir de ses dix ans en métal léger spécialement faite pour elle, la lance et l’arc, laissant aux hommes les autres armes les plus lourdes. Elle avait, après son adoption par sa famille d’accueil, continué à perfectionner ses dons pour l’art du combat avec un forgeron, qui fut pendant des années maître d’armes de chevaliers, et qui habitait avec une famille d’une vingtaine 14
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