Magnetic man - Page 2 - test Sandi Pastel Magnetic Man L’ ombre de la mort Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1485-4 Dépôt légal : Août 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 CHAPITRE PREMIER Daniel était enfin heureux et bien installé dans sa vie. Deux années avaient passé depuis sa période noire, et il avait enfin repris le cours de sa vie dans une meilleure direction. Il travaillait depuis quelques mois dans une banque comme guichetier et avait épousé Christelle, son premier véritable grand amour, au printemps dernier. Les galères et déceptions qu’il avait subies étaient maintenant derrière lui, et pas même son épouse n’avait la moindre idée de ce qu’il avait pu endurer ou faire pour s’en sortir. Son passé était secret et bien enterré. Daniel n’avait pas d’amis, sauf peut-être un collègue avec qui il s’entendait bien. Christelle, elle, travaillait comme vendeuse en parfumerie et avait plusieurs bonnes copines qu’elle voyait régulièrement. Chaque lundi, elle sortait avec Sophie, Muriel et Laure faire les boutiques de son quartier parisien. La jeune mariée espérait avec le temps rendre son mari plus ouvert aux autres et faire que leur couple rencontre d’autres personnes pour ne pas céder trop vite à la monotonie. Comme il ne voulait 9 pas inviter son collègue à dîner, elle préparait en douce avec ses amies une soirée égayée afin de le persuader que la vie n’était pas faite pour vivre en retrait des autres. Il n’était pourtant pas spécialement timide, mais tellement barricadé derrière une façade intouchable qu’elle ne savait comment s’y prendre pour bousculer un peu les choses. Très amoureux de Christelle, mais aussi têtu que réservé. Selon elle, inviter ses copines devrait progressivement provoquer un changement bénéfique pour leur couple, mais pas n’importe comment ni sans organisation. La petite surprise serait sûrement mieux acceptée d’après elle, à l’occasion d’une date anniversaire, et cela tombait bien puisque deux semaines plus tard, cela ferait un an qu’ils s’étaient rencontrés sur le lieu de travail de Christelle. Pour cette occasion, les quatre femmes voulaient marquer le coup en faisant connaissance dans une ambiance calfeutrée et festive. Daniel ne s’imaginait pas que Christelle préparait cette soirée pour arroser leur tout premier anniversaire, d’ailleurs, il ne se souvenait pas de cette date ; celle de leur mariage, oui, mais pas de leur première rencontre. Christelle rentrait après Daniel tous les soirs, car ils n’avaient pas les mêmes horaires, et c’était lui qui préparait les repas, tant il aimait sa femme et l’art culinaire. Seulement pour elle, ce n’était pas possible de préparer quoi que ce soit après sa journée de travail, puisqu’elle savait qu’il était là à l’attendre avec impatience. 10 Pour arriver à organiser à temps cette petite soirée, elle avait dû poser secrètement un samedi pour acheter le nécessaire, du vin, des bougies parfumées, et commander le repas au traiteur. Daniel n’avait rien vu, il avait même cru sa femme qui devait soi-disant apporter en rentrant un plat chinois afin qu’il ne se mette pas aux fourneaux pour rien. Les femmes s’étaient donné rendez-vous plus bas dans la rue avec leurs cadeaux sous le bras. Rien n’avait été fait à l’avance pour ne pas semer quelques soupçons, et les plats étaient tous dissimulés derrière une pile de torchons bien au fond d’un placard, tout paraissait normal. Christelle avait réussi à quitter le magasin plus tôt ce jour-là, ce qui allait surprendre davantage Daniel, confortablement installé sur le canapé à regarder une émission. Laure, l’amie la plus jeune et la plus amusante, avec son imagination démesurée, avait prévu de commencer cette petite fête par une farce, en se présentant seule à sa porte et en se faisant passer pour la nouvelle propriétaire. L’idée avait convaincu Christelle qui déjà s’émoustillait à l’avance de l’ingéniosité de la plaisanterie. Toutes quatre étaient coquettement vêtues, surtout Christelle qui se voulait la plus séduisante possible pour diriger l’attention de Daniel sur elle au lieu des invitées, mais aussi pour tenter de l’amadouer, car elle avait tout de même un petit pincement d’inquiétude quant à sa réaction. Elle se trouvait juste derrière Laure, suffisamment en retrait pour qu’il ne la voie pas de suite, mais assez proche pour se démasquer au cas où il prendrait mal 11 les choses. L’idée de Laure était grandiose, elles s’en délectaient d’avance, mais Christelle restait malgré tout sur ses gardes, car elle le connaissait trop bien dans son côté introverti. Toutes en place, Laure appuya sur la sonnette en tentant de garder son calme et de ne pas s’éclater de rire face à lui, encore inconnu. Daniel ouvrit calmement la porte et regarda son interlocutrice de la tête aux pieds pensant tout d’abord à une erreur de palier. – Bonjour, vous êtes monsieur Monier Daniel, je suis votre propriétaire. Je viens pour l’état des lieux, suite à votre demande de congés, dit Laure en jouant parfaitement son rôle. – Comment ça ? Quelle demande de congés ? nous venons d’arriver ! Il n’a jamais été question de déménager ! Vous vous trompez, mais qui êtes-vous ? Le propriétaire est un homme, vous êtes sa fille ? répondit Daniel gêné et mécontent. – Oui, en effet, je suis sa fille, et je vous assure monsieur, que j’ai bien en ma possession la lettre de votre femme qui me demande de bien vouloir passer pour l’état des lieux de ce logement, continua Laure toujours aussi sûre d’elle. Daniel, désemparé, sembla réfléchir un moment face à cette femme distinguée mais ferme. Il s’était si bien fait prendre au piège qu’on pouvait voir distinctement la pâleur subite de son visage. Le pauvre homme se voyait déjà contraint de partir sans vraiment savoir pourquoi, tant la comédie de Laure était parfaite. 12 Christelle, non loin de là, avait pu remarquer les traits bouleversés de son mari, et elle décida d’arrêter là leur petite plaisanterie, en s’approchant de lui avec un large sourire pour se faire pardonner. – C’est une blague, mon cœur, ne te fâche pas, aujourd’hui c’est un jour particulier, cela fait un an qu’on sort ensemble, alors j’ai voulu te faire une surprise, lui dit-elle en l’embrassant tendrement. Un peu rassuré certes, mais tellement gêné de sa candeur, il laissa entrer sa femme et son amie Laure. Mais il fut encore plus surpris de voir s’introduire aussi chez lui les deux autres femmes bien cachées dans les escaliers. Lui qui de plus n’avait pas aussi fière allure, n’étant pas averti, il se sentait gauche en raison de son apparence et de l’intrusion fortuite de personnes étrangères. Christelle l’invita à se changer pendant qu’elles sortaient vins et bougies et préparaient la table. Devant tant de complicité féminine à son égard, il se sentit, tout compte fait, très vite à l’aise et se mêla à la fête à la plus grande joie de Christelle qui avait réussi à le sortir de sa solitude. Tous attablés devant un apéritif, ils faisaient connaissance dans une très bonne ambiance. Au moment de servir l’entrée, l’une d’entre elles voulut passer un coup de fil, quand elle s’aperçut que son téléphone portable était éteint. Sans se poser de question, elle demanda à une autre de lui prêter le sien, seulement celui-ci aussi s’était coupé. Les uns après les autres regardèrent leur téléphone, mais, étrangement, ils étaient tous éteints et aucun ne voulut se rallumer. 13 – Je ne comprends pas, j’avais suffisamment de batterie tout à l’heure ! Pourquoi aucun ne fonctionne ? dit Laure étonnée. – Le mien aussi était chargé, ce n’est pas normal que tous se coupent comme ça sans raison ; essaie ton fixe Christelle pour voir, dit Muriel. Le téléphone fixe, lui, avait sa tonalité. Ce phénomène étrange accaparait la conversation de la soirée, Daniel lui-même ne comprenait pas ce qui se passait. Pour en avoir le cœur net, il mit son téléphone en charge, mais fut encore plus effaré en constatant que rien ne marchait. Impossible de rallumer ce portable ni de le recharger en veille. – Il doit y avoir un problème de réseau, demain ou tout à l’heure, ça marchera, vous verrez, ce n’est pas bien grave, appelle du fixe en attendant, dit Daniel à l’amie qui souhaitait appeler. Ils laissèrent de côté le problème des téléphones, et retournèrent à leur agréable soirée d’anniversaire. Christelle était si heureuse de voir son mari parler et sourire à d’autres, c’était bien rare qu’il se fasse aussi avenant, surtout sous la contrainte de l’imprévu. Après le dessert, Christelle chercha le cd-rom où était enregistrée la vidéo de leur mariage pour montrer à ses amies ce jour bénit. Seulement encore une fois, un souci survint. La télévision fonctionnait mal. Des parasites brouillaient l’image et aucun son ne sortait des haut-parleurs. Le lecteur lui semblait fonctionner correctement, le problème venait de la télé elle-même. Aucune chaîne non plus n’apparaissait à l’écran. Ni l’antenne, ni les réglages de Daniel n’amélioraient les choses. 14 – Décidément, vous avez un appartement particulier. Ou peut-être est-ce Daniel qui se venge de notre surprise, comment fais-tu ? Allez, dis-le-nous, c’est toi, n’est-ce pas ? interrogea Muriel d’un ton rieur, certaine que tout provenait de lui. – Ah, je vous assure, les filles, que je n’y suis pour rien ! C’est peut-être des mauvaises ondes, répondit-il en souriant, flatté par les quatre femmes le visant. « Tant pis pour le film » se dit-elle en allant préparer le café afin de se remettre de la crise de rire provoquée par ces étranges événements. Pour sûr, cette soirée était réussie, bien plus encore qu’elle n’avait osé l’imaginer, surtout quand Daniel se mit à prétendre à son tour que tout était normal, puisque cela ne faisait pas encore un an qu’ils s’étaient mariés. Lui aussi se mit à faire des plaisanteries et à tourner à l’ironie ces faits bizarres. Laure, qui adorait par-dessus tout les manifestations paranormales, laissa la télévision allumée sur la première chaîne, au cas où l’image reviendrait. C’était une belle soirée remplie de surprises et de bonne humeur. Il commençait à se faire tard et les amies souhaitaient partir, mais pas en bus puisque le dernier était déjà passé. Daniel, en bon camarade, se proposa alors de les raccompagner, et descendit faire chauffer le moteur pendant qu’elles rassemblaient leurs affaires. À peine cinq minutes après que Daniel eut quitté l’appartement, la télévision reprit subitement son programme. Le son étant très fort, Christelle courut le baisser pour ne pas réveiller ses voisins. Tout aussi surprenant, tous les portables s’allumèrent sans même avoir besoin d’entrer le code 15 SIM. Aucune batterie déchargée, tout reprit le cours normal des choses. Christelle ne riait plus. Elle raccompagna ses amies dans le hall, soucieuse et fatiguée. Ils avaient emménagé dans ce logement trois mois plus tôt grâce à l’employeur de Christelle qui connaissait bien le propriétaire. Très calme et bien placé, c’était un petit immeuble de trois étages récemment rénové. Le couple avait été aussitôt conquis par sa cuisine équipée et sa vue sur le parc. Le loyer était aussi abordable pour eux, et malgré le fait qu’il ne soit pas très spacieux, c’était celui-ci qu’ils avaient choisi parmi tous les autres. Quelques jours passèrent et les désagréables faits troublants avaient disparu de leur mémoire. Un peu moins sauvage, Daniel se prêtait aux demandes de sa femme pour sortir un peu plus de leur cocon et se mêler à la compagnie des autres plus souvent. Un dimanche matin, en faisant chauffer une tasse de café, le micro-ondes s’arrêta d’un seul coup sans raison. – Daniel, le micro-ondes est en panne ! lui dit-elle. Pressé par le temps pour arriver à l’heure chez les parents de Christelle, il ne fit pas attention au microondes et brancha son rasoir, lorsque les lampes de la salle de bain se mirent à osciller et le rasoir à s’emballer. À peine eut-il le temps de comprendre ce qui n’allait pas que la lame de son rasoir le blessa près des lèvres. Il débrancha aussitôt l’appareil électrique, et les lumières stoppèrent net leur va-etvient. Sentant dégouliner le sang sur son visage avec une sensation de picotement, il regarda le miroir pour 16
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