Maudite soit la chaleur ! - Page 2 - test Maudite soit la chaleur ! 3 Sarah Ramos Maudite soit la chaleur ! 1 La fée de la prophétie Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0555-5 Dépôt légal : Février 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 A notre terre, toute malade. Première partie 11 Chapitre Premier « Le vol airbus AF-340 en partance pour les îles Canaries est prêt à décoller. Mesdames et Messieurs veuillez attacher vos ceintures ! » Confortablement installée sur l’un des sièges rouges du bolide, Zénirée essayait de se ressaisir. Ses mains tremblaient et son cœur battait à vive allure. Elle auscultait les moindres détails de l’endroit. Les passagers, regroupés par rangs de deux, discutaient paisiblement. Il y avait comme une odeur de javel qui flottait autour d’eux. La jeune femme regardait en tous sens, suscitant un certain nombre de regards interrogateurs. Elle cherchait avec une certaine vivacité d’où pourraient bien pouvoir s’éjecter les masques à gaz en cas d’accident. Tapotant le plafond avec la paume de sa main, ses doigts glissèrent sur le rebord de l’étagère à bagages. Puis, elle frémit. Il ne valait mieux pas penser au pire. Elle cessa donc de s’agiter et, parvint tant bien que mal à attacher sa ceinture après plusieurs essais. Les voyageurs l’observaient avec une telle curiosité qu’elle en rougit. Elle se sentit vulnérable. Un frisson lui parcourut la colonne 13 vertébrale. Elle ferma les paupières pour se relaxer et se prépara au décollage. Elle détendit ses jambes et les allongea sous le siège qui lui faisait face. Elle passa ses bras sous sa tête et s’étira de tout son long. Zénirée était toute excitée à l’idée de partir seule, à l’aventure. Ses amis et sa famille d’accueil lui avaient offert pour ses vingt ans le superbe voyage dont elle rêvait depuis des années. Les images de la grande fête sous le thème des divinités égyptiennes qu’ils avaient organisée pour elle défilèrent alors dans son esprit. C’était comme un bal costumé, ou tous respectaient des traditions orientales. Ils avaient même embauché des danseuses. Lors de ce festin, une de ses amies lui avait apporté sur un plateau une fabuleuse enveloppe. Avec la malice d’une toute petite fille, elle s’était empressée de l’ouvrir, déchirant le papier en son bord. Elle avait ainsi découvert le billet pour le voyage de ses rêves. Sa mère lui avait même dit : « Que j’aurais aimé, t’acheter un deuxième billet pour l’homme de ta vie ! » À ce moment-là, Zénirée n’en avait que faire de l’homme de sa vie. Elle avait son esprit plongé dans ce fabuleux voyage… La jeune femme s’était alors dit qu’elle n’aurait pu mourir sans n’avoir jamais volé dans les airs. C’était une obsession chez elle. Elle considérait le ciel comme puits de sagesse. Et quand celui-ci présentait un mauvais temps, son humeur allait de pair. Souvent, elle pensait qu’après la mort, elle voudrait être réincarnée en oiseau. Au mieux, en colombe. Elle adorait ces petites créatures blanches aux ailes si fines et si soyeuses à la fois. Perdue dans ses pensées, elle revoyait les plus belles journées de sa vie repasser en 14 boucle dans sa tête. Le jour où elle avait, pour la première fois, visité un parc ornithologique fut celui qui lui vint en premier. Ce jour-là, il faisait un temps splendide. Les rayons du soleil avaient doré sa peau déjà bronzée par l’été. Elle avait senti la chaleur estivale l’envahir peu à peu pendant qu’elle s’enfonçait dans le parc. Elle avait regardé avec adoration chaque espèce et était restée un long moment à s’instruire devant les panneaux. Elle avait environ dix ans ce jourlà mais elle s’en souvenait comme si c’était hier. Sa mère avait été quelque peu agacée de l’attendre aussi longuement. Et, dès qu’elle s’arrêtait pour lire les panneaux, celle-ci sortait un vieux roman de son sac. Zénirée sourit, les bonnes vieilles habitudes de sa mère allaient lui manquer pendant son séjour. C’était la première fois qu’elle prenait l’avion, elle avait un peu le trac mais elle adorait ce trac-là car c’était celui de la découverte. Elle se hâtait d’être dans les airs, elle voulait avoir de l’expérience dans ce domaine-là. Zénirée avait un goût obstiné pour les énigmes et les légendes. Outre les histoires et malédictions égyptiennes, la jeune fille aimait aussi les histoires de fées et d’elfes que lui racontait sa mère quand elle était petite. Une étagère complète de contes de fées et de romans fantastiques se dressait sur l’un des murs de sa chambre, près de la fenêtre. Elle voulait absolument qu’ils ne soient pas cachés par l’ombre. Ainsi elle avait placé son étagère dans un endroit stratégique, c’est-àdire là où la luminosité était la plus pénétrante. Dès qu’elle en avait le temps, pas souvent d’ailleurs, elle prenait soigneusement l’un de ses bouquins et y fourrait son nez. Lorsqu’elle lisait toutes ces histoires mythologiques, son esprit s’évadait un instant de la réalité. Zénirée adorait cette impression là. Dans le 15 fond, elle le savait, c’était une jeune fille bien utopique. Tout comme Peter Pan, elle aurait bien aimé rester enfant toute sa vie et pouvoir ainsi s’accorder tous les loisirs qu’elle souhaiterait. Seulement le temps lui manquait. Elle faisait des études d’archéologie, et les cours se faisaient de plus en plus durs et chaque année, plus nombreux. Ses matières étaient intéressantes et enrichissantes, mais elle ne se rendait même pas compte qu’elle ne s’accordait aucun moment pour s’amuser. Elle aimait l’histoire et elle voulait absolument faire partie des chercheurs qui aidaient le passé à se reconstruire. Elle adorerait entreprendre des fouilles au fin fond de l’Egypte, découvrir des passages secrets, des sarcophages et des papyrus en tous genres. Elle aurait aimé vivre comme Cléopâtre. Malgré sa simplicité dans la vie de tous les jours, elle se voyait bien avoir une foule de servantes prêtes à lui masser le dos à n’importe quel moment de la journée. Mais elle changerait néanmoins quelques détails : elle les rémunèrerait très bien et elle les laisserait avoir leur vie privée. Elle se mit à rire seule. Les voyageurs la regardèrent une nouvelle fois. L’idée de changer l’histoire la faisait rire. Elle aurait été une Cléopâtre des temps modernes ! Cette idée lui plaisait d’autant plus que celle-ci avait une longue liste de soupirants… Ses études la faisaient délaisser sa vie amoureuse. Sa fascination pour la découverte des faits passés encore inconnus ne la poussait guère à la conquête des hommes. Elle les trouvait inintéressants et sans culture, pour la plupart de ceux qui l’entouraient. Elle s’en était fait une idée générale. De nos jours, pensait-elle, les hommes ont perdu toutes leurs valeurs de romantisme et de galanterie. Ils ne pensent qu’à s’amuser. Pour elle, ils étaient tous 16 pareils. Tous aussi pervers les uns que les autres. À ses dires, aucun d’entre eux n’était capable d’aimer une fille à sa juste valeur. Son père adoptif s’en désespérait. Il tentait tant bien que mal de lui ôter cette idée de la tête, mais en vain. Celle-ci était beaucoup trop arrêtée sur ses idées pour changer d’avis sur les hommes. Voilà quelques mois que son père avait cessé de chercher des arguments. Au grand plaisir de Zénirée, il s’était avoué vaincu. Bien sûr, cela ne l’empêchait pas d’avoir ses rêves à elle, comme toute jeune femme, de trouver le prince charmant, son idéal. Mais elle savait fort bien que les contes de fées restaient des contes de fées et que cela relevait de l’imaginaire, de l’enfantin. Elle revint soudain à la réalité. L’avion était en train de décoller. Les mains de Zénirée se crispèrent. Elle s’accrocha sur son siège. Elle mastiqua son chewing-gum avec une certaine vivacité. Après quelques sifflements dans les oreilles, Zénirée survécut au décollage. Elle ne s’était même pas rendue compte que l’avion survolait déjà le ciel. Cela s’était passé si naturellement. Elle se sentit soudain stupide d’avoir eu aussi peur pour si peu… Elle ferma ses paupières. Cela lui procurait une sensation de bien-être que de se retrouver enfin dans les nuages. Elle ouvrit délicatement ses paupières et battit ses cils pour mieux voir autour d’elle. Elle regardait les nuages avec admiration. Elle était scotchée à la petite fenêtre ronde rattachée à sa place comme une petite fille ayant vu sa poupée préférée dans la vitrine d’une boutique de jouets pour noël. Elle n’entendit soudain plus aucun bruit et se laissa aller dans sa contemplation. Elle se perdit au sein des nuages, la fatigue l’envahit et elle somnola un instant. Elle rêvait de sa prochaine destination, elle s’en vit 17
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