La désinformation par l'Education Nationale - Page 1 - test Christine CHAMPION La désinformation par l’Education Nationale Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris – 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2007 ISBN : 978-2-35335-118-3 Dépôt légal : Septembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 AVANT-PROPOS Avant de publier un nouvel ouvrage 1 sur l’enseignement, plusieurs de mes lecteurs m’ont demandé de faire rééditer ce titre-ci, pour lequel Vladimir Volkoff m’a fait l’immense honneur d’une de ses dernières préfaces, juste avant sa mort. C’est donc avec joie et fierté que je suis leur conseil. Il est vrai que malgré les dates des exemples illustrant les propos, l’essai garde son actualité puisque l’analyse portait sur l’histoire du système éducatif français, depuis ses origines philosophiques du XVIIIe siècle, jusqu’à nos jours. J’avais moi-même introduit le texte par un avis au lecteur, pour qu’il sache que je ne prétendais à Ch. CHAMPION. De l’éducation à la révolution permanente. Editeur indépendant, 2007 7 1 rien d’exhaustif, mais que mon but était seulement, par cette mise en perspective, de pouvoir éclairer tant soit peu les parents d’élèves, exaspérés de ne rien comprendre à ces réformes perpétuelles qui n’aboutissent jamais qu’à alourdir un peu plus le métier de professeur, comme celui des parents, en même temps qu’un budget déjà astronomique. Et le tout, sans jamais en constater les effets sur les élèves, puisque tout le monde se plaint de leur échec scolaire. Tout cela reste inadmissible dans une société qui passe son temps à se gargariser sur ses prétendus « progrès ». Ce qui a changé depuis 2005, ou qui pourrait bien se transformer grâce à toutes nos doléances – celles d’autres collègues, plus qualifiés, ou les miennes – et grâce à la volonté du dernier ministre de l’Éducation nationale (comme M. Gilles de Robien, par exemple) se trouve précisément analysé dans le livre annoncé précédemment. Christine Champion. 8 PRÉFACE En 2005, en France, l’échec scolaire est évident. Toutes les enquêtes et toutes les réformes ne font rien que d’y apporter encore un peu plus de désordre depuis… depuis longtemps, peut-être depuis mai 1968, peut-être même depuis la commission Langevin-Wallon en 1947, car il a fallu beaucoup de temps pour saper une institution aussi solide que l’Instruction publique léguée par la IIIe République à la IVe et à la Ve. Cet échec, Christine Champion le diagnostique avec rigueur, mais elle va beaucoup plus loin : elle en cherche la cause, et la cause, selon elle, est une véritable opération de désinformation. Les bases de l’enseignement public actuel en France remontent, comme tout notre héritage républicain, aux soi-disant Lumières, et portent le stigmate du paradoxe fondamental propre à cette époque qui consiste à croire ou à feindre de croire que, comme dirait Soljénitsyne, la liberté et l’égalité 9 sont conciliables alors qu’elles sont foncièrement antinomiques. Dans le domaine de l’instruction, cela donne à la même époque tantôt, dans Voltaire, « Les mortels sont égaux / Nos cinq sens imparfaits, donnés par la nature, / De nos biens, de nos maux, sont la seule mesure », tantôt, toujours dans Voltaire, « Il me semble essentiel qu’il y ait des gueux ignorants » ; et, dans Rousseau, le peuple « veut toujours le bien (sic), mais ne le voit pas toujours » ou « la volonté générale est toujours droite (sic), mais le jugement qui la guide n’est pas toujours éclairé ». Autrement dit, l’égalité est souhaitable mais doit être confiée aux soins d’une élite…, d’une élite égalitaire bien entendu. C’est le « Tous les hommes sont égaux, mais certains plus égaux que d’autres » de George Orwell. Et l’opération consistant à confier l’égalité des masses à une élite pénétrée des principes égalitaires suppose évidemment que toutes les autres influences pouvant être exercées soient éliminées. Rousseau n’y va pas par quatre chemins : l’éducation d’Émile consiste à « empêcher les préjugés, l’autorité, la nécessité, l’exemple, toutes les institutions sociales » pour les remplacer par d’autres influences, plus conformes à l’esprit égalitaire, et que la nouvelle élite sera chargée d’inculquer au peuple. Cela n’évoque-t-il pas la situation actuelle où tout est combiné pour empêcher les parents d’enfants d’âge scolaire d’avoir la moindre influence sur eux ? 10 Bien entendu, il y a eu Jules Ferry et l’école sous la IIIe République, qui, elle, ne conduisait pas à l’échec scolaire, mais au contraire à la promotion sociale des élèves doués issus des couches les plus démunies de la population : qui – à part Voltaire avec ses « gueux ignorants » – pourrait s’y opposer ? Certainement pas Christine Champion, ni moi, d’ailleurs, qui ai eu la chance de faire mes études primaires dans ce cadre-là , avec d’excellents instituteurs à la main leste, et de poursuivre mes études secondaires dans un cadre du même style, à peine abîmé par Langevin-Wallon. Mais ce qui n’échappe pas à notre auteur, c’est que tout égalitariste par les fins et tout élitiste par les moyens que fut Jules Ferry, cet homme, qui remplaça les mots honnêtes « instruction publique » par ceux, plus insidieux, d’« éducation nationale », conçut cette « éducation nationale » comme une manipulation du peuple dans un dessein laïc, républicain et égalitaire. Voyez à ce propos l’étonnante circulaire citée par Christine Champion, où Jules Ferry, admirablement hypocrite, déclare à l’instituteur de base à la fois que « aucun livre ne vous arrive imposé par l’autorité universitaire » et que « je vous envoie la liste complète des traités d’instruction morale et civique qui ont été, cette année, adoptés… dans les diverses académies ». Alors pourquoi l’éducation issue des « Lumières », qui misait à la fois sur le rouge et sur le noir, c’est-à -dire à la fois sur l’égalitarisme et 11 l’élitisme, a-t-elle produit des résultats si différents d’une part jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et d’autre part depuis l’avènement de la IVe République ? C’est, d’une part, une question philosophique. Le philosophe orthodoxe Sémion Frank écrivait : « Le Grand Inquisiteur se donne le rôle d’un surhomme et suit une voie surhumaine qui exige de lui le mépris à l’égard du reste de l’humanité : c’est ainsi qu’il justifie son intention de conduire cette dernière à la béatitude obtuse d’une autodestruction spirituelle… Si l’homme… n’est pas prêt à assumer la responsabilité de sa lutte spirituelle et son autonomie, s’il n’entend pas les appels de Dieu qui le guident vers le vrai salut, s’il ne respecte pas la dignité de chaque individu, il succombe alors à la tentation de deux éléments démoniaques : celle du surhomme et celle de l’esclavage béat. » Répétons : la tentation du surhomme, la tentation de l’esclavage béat. Jules Ferry n’en était pas là : ce bon bourgeois ne voyait pas les conséquences métaphysiques de son action, et, par là même, a su les éviter pour un temps. Mais ne se réalisent-elles pas dans la société actuelle où une oligarchie partiellement héréditaire, partiellement financière, en tout cas nourrie aux mangeoires des institutions privées et des grandes écoles, forme une classe gouvernante – droite et 12 gauche confondues – laquelle n’est certes pas recrutée parmi les surhommes, mais qui s’y assimile en prétendant servir de guide à un « peuple » abêti de méthode globale, de jeux télévisés et d’élections pour rire, un peuple qu’elle ne daigne même pas consulter dans les occasions véritablement sérieuses, comme celles où se posent les questions de souveraineté ? Or, la méthode globale, les jeux télévisés et les élections pour rire ne suffisent pas à garantir la position du surhomme face à ses esclaves. Il faut encore que leur esclavage soit « béat », c’est-à -dire que l’homme de la rue reçoive à jet continu l’information sédative qui fera de lui un collaborateur enthousiaste ou du moins consentant du surhomme en place. Et, idéalement, il faut en outre qu’il soit préparé dès l’enfance à être « béat » et « esclave ». Seule l’époque moderne, avec sa science du Viol des Foules, pour citer Tchakhotine, dispose de moyens de manipulation dont Jules Ferry n’a même pas rêvé. Tout se passe, d’après Christine Champion, comme si la mission de « l’éducation nationale », telle que nous la connaissons aujourd’hui, consistait à détruire ce qui pourrait attacher l’enfant à des valeurs qu’il n’aurait pas apprises à l’école, et à lui inculquer, par droits de l’hommisme et politiquement correct interposés, celles qui en feront un « esclave » docile et « béat » des « surhommes » en place. 13 L’égalitarisme au service de l’élitisme. L’élitisme au service de l’égalitarisme. Tout un programme. Vladimir Volkoff 2 , 2005 mort, le 14 septembre 2005. 2 Vladimir Volkoff est décédé le 14 septembre 2005, le jour même de la première publication de cet ouvrage. 14
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