Les chevaliers de l'absurde - Page 1 - test Les chevaliers de l’absurde 3 Sebman Les chevaliers de l’absurde Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0657-6 Dépôt légal : Janvier 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire Chapitre premier – Élisabeth de Bathory ............. 11 Chapitre 2 – Le retour du templier ....................... 29 Chapitre 3 – Sir Walter, le Turcopolier ................ 49 Chapitre 4 – L’homme de la colline ..................... 67 Chapitre 5 – Oscar Leblanc et les quatre nains colorés ..................................... 79 Chapitre 6 – Le réveil du chevalier ...................... 95 Chapitre 7 – L’inhospitalier Hospitalier ............... 115 Chapitre 08 – Saint-Germain-des-Champs, ancienne citadelle Templière ................................ 133 Chapitre 09 – Le filou de Philibert ....................... 145 Chapitre 10 – La créature du sang ........................ 171 Chapitre 11 – Interlude royal ............................... 185 Chapitre 12 – Kristof versus Léopold, premier round ....................................................... 207 Chapitre 13 – Retour à la case prison ................... 223 9 Chapitre 14 – La dernière croisade des Templiers ........................................................ 239 Chapitre final – La mort du Chevalier .................. 267 Épilogue ................................................................ 275 10 « Le paradoxe du héros, c’est qu’il n’existe que par son ennemi. Sans lui, il serait un homme ordinaire » Sir Walter, Sentence à méditer 1304 Chapitre premier Élisabeth de Bathory À travers la fiole posée sur l’armoire marbrée du vaste salon, le visage d’Elizabeth semblait trouble et déformé. Pourtant, la comtesse possédait la peau blême et fraîche dont toutes les femmes quarantenaires de ce début de 14e siècle rêvaient. La splendeur de la noblesse française égalait, voir dépassait, celle de toute autre royauté de ce monde. La robe de velours d’Elizabeth tombait sur le sol dallé du manoir. C’est pourquoi elle souhaitait que chaque centimètre de cette architecture baroque resplendisse de propreté. Aussi pour se distinguer de ce peuple, son peuple, qu’elle haïssait tant. Grégoire se tenait courbé dans le fond de la vaste pièce, retenant chacun de ses souffles pour ne pas attirer l’attention de la comtesse. À force de baisser les yeux devant elle, il était devenu bossu et sans vie, l’âge ne l’aidant pas à combattre ses maux récurrents. 11 Elizabeth fixait avec amour la fiole descendante de l’art millénaire du Moyen-Orient. Pourtant, seul le contenu du flacon charmait la belle. – Ne trouves-tu pas Grégoire que le rouge est la couleur la plus envoûtante ? – Comtesse ! Répondit son valet avec la voix enrouée d’un cancéreux de la thyroïde. Ce qui est déroutant, c’est votre clémence à l’égard de ces badauds qui mendient à l’entrée du manoir ! – Je sais Grégoire ! Leurs ombres corrompent la lumière sur laquelle je marche. Mais à chaque pièce que je leur donne, dix je leurs reprends. – L’argent est le foin qui nourrit les bovins qui pâturent dans votre contrée. Tout leur prendre vous permet de maîtriser leur désir d’évasion. – L’argent ! L’argent ne permet pas de rafraîchir ma peau que le temps assassine. La maladie me tue, car elle ne s’attaque pas à mon cœur, mais à mon corps… – Comtesse ! Ce corps a été conçu pour faire pâlir de rage toutes les jeunes filles fraîches du royaume. Il distille un flot limpide abreuvant les fantasmes des hommes. Il se bat en duel avec la perfection qui soidisant est inaccessible. Elizabeth se saisit de la fiole avec la main droite. Colorés de pourpre, les ongles félins de la comtesse se mariaient avec le liquide de la bouteille. Elizabeth tournait sans cesse son trésor pour que le fluide rougeâtre ne s’épaississe jamais. Elle traversa la pièce, trophée à la main, scrutant la nuit et ses lourds nuages inquiétants à travers la grande baie vitrée qui menait à un balcon sans fleurs. 12 – Grégoire ! Dit-elle en regardant son reflet dans la vitre. Depuis combien de temps veillez-vous sur moi ? – J’ai été le premier à vous border, comtesse. J’espère être encore là pour être le dernier. Je n’ai jamais vécu que pour votre bonheur. – Alors, pourquoi me trahir ainsi Grégoire ? – Vous trahir madame ! Que dites-vous donc ? – Votre descendance, Grégoire ! Pourquoi me cacher ses secrets, ne suis-je pas votre maîtresse ? Le ton âpre de la comtesse remua le bouillon d’adrénaline du pauvre bougre. Il connaissait aussi bien la générosité que la dangerosité de sa maîtresse. Malgré tout, il resta figé, ne tremblant pas un instant sous les brises glaciales d’Elizabeth. – Ma descendance comtesse ! Mes deux filles ont été les vôtres. – Et je dois avouer qu’elles étaient si douces que ma peau en garde encore les stigmates de la jouissance. Comment s’appelaient-elles déjà, je ne m’en souviens plus ? Grégoire ne répliqua pas, il tentait de se concentrer sur les motifs ondulés du plancher de la pièce. – Tu ne peux répondre, Grégoire. Prononcer le nom de tes deux filles te rappelle qu’elles étaient humaines, qu’elles existaient. Ce corps malade dissimule la tendresse de la paternité. C’est émouvant. Si émouvant. Si traite aussi. La comtesse approchait doucement du vieux valet mal portant. Elle fit couler sur ses bras les bretelles brodées de la robe qu’elle portait si bien. Elle empoignait ensuite les mains ridées du serviteur et caressait le haut de sa poitrine avec. L’éphémère 13 chanceux n’ébauchait pas le moindre geste de retenue et laissait la dame faire. – Sens-tu Grégoire comme ma peau est douce, c’est la pureté de Natacha. Et ce sang qui tournoie et tourbillonne en moi, c’est la vigueur de Marie. Elles sentent que vous êtes là Grégoire, elles sentent leur papa. Elles vous remercient d’avoir contribué à l’éternelle richesse de votre maîtresse. Mais elles se sentent seules, elles voudraient tellement connaître leur sœur cadette ! Grégoire cracha des glaires ensanglantées qui s’écrasèrent comme une averse automnale sur la robe blanchâtre de la comtesse. La dame fût loin d’être dégoûtée et au contraire esquissa un sourire en coin. La douleur de son valet valait bien ce petit désagrément. – Comment ? Comment ? Barbota Grégoire. Comment le savez-vous ? – Je sais tout sur tout ! S’agaça la comtesse. Du jour où votre boniche de feue votre femme pondait cet enfant que vous rêviez d’être mâle pour ne pas avoir à me l’offrir. De votre inquiétude à la vue de ce con miniature que vous vouliez cacher au monde entier. De ces habits de garçon que vous lui faisiez revêtir pour vous rassurer. Et de ce lâche abandon près d’une masure prise au hasard dans la contrée. Un garçon ! Vous vouliez tant un garçon ! Grégoire mit un genou au sol, non pas pour se prosterner, mais parce que ses forces lui permettaient à peine de tenir debout. C’était la première fois que le valet montrait ses faiblesses devant sa maîtresse. Cependant, il se releva et retira de sa poche un long mouchoir avec lequel il nettoya sans succès les taches sur la robe de la comtesse. 14 Elizabeth ôta le capuchon translucide de la fiole. Elle en avala d’un trait son contenu et lécha les contours du goulot. – Je dois l’avoir, Grégoire ! Retrouvez-la pour moi. Pour votre maîtresse ! – Mais cela fait dix-sept ans comtesse, mâchonna le bougre. Je doute que… À peine eut-il clos sa phrase que la comtesse invectiva : « Il me la faut ! Et tout de suite, crétin, traître, parjure ! » Tout en jetant contre le mur la fiole vide qui se disloqua sur le choc. Une demi-douzaine de corbeaux nettoyant les plumes de leurs ailes sur la terrasse furent surpris par le bruit et s’envolèrent de leur perchoir de pierre. Un d’eux resta avant de prendre son essor dans le sens inverse des autres volatiles. Il croassait tout en déployant ses couleurs controversées. Il se percha un instant sur la plus haute cheminée de l’inquiétant manoir puis s’envola de nouveau dans l’abyssale nuit. Il survolait avec prestance le village de SaintGermain-des-Champs. Dans le fond, les cheminées des fermes d’Avallon, le village voisin, créaient une brume parfumée au-dessus d’elles. Le corbeau désigna du coin de l’œil une bâtisse en pierre, une sorte d’auberge encore en effervescence malgré l’heure tardive. L’oiseau descendit en direction de celle-ci en chute libre, vers une fenêtre d’où une lumière, presque divine dans cette obscurité inquiétante, perçait. Il se posa sur le rebord. La fenêtre était entrouverte. Les rires et les débats s’échappant de la ferme semblaient n’être que des chuchotements de l’extérieur. L’oiseau noir vit un cloporte pas plus grand qu’un ongle s’ébattre sur la pierre fissurée 15
Les chevaliers de l'absurde - Page 1
Les chevaliers de l'absurde - Page 2
wobook
edilivre.com