Chronique des années de plomb - Page 3 - test Mohamed GACEM Chronique des années de plomb Témoignage Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions Editeur Indépendant – 2007 ISBN 13 : 978-2-35335-100-8 Dépôt légal : Août 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. A la compagne de ma vie et à mes enfants bien aimés. A toutes celles et à tous ceux épris de Liberté, de Paix, de Justice, d’Amour, d’Ethique et de Civisme, dans mon Pays bien aimé et par delà les frontières. PREFACE Naissons-nous libres et égaux en droit comme le prétend la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme des Nations Unies ? Permettez-moi d’en douter. Les notions de liberté et d’égalité n’ont pas partout le même sens. Elles restent tributaires des croyances, des avancées des civilisations, de l’histoire et des cultures des peuples, et de nombreux autres facteurs, dont celui du développement économique et social n’est pas des moindres. Ami, je ne te dirai donc pas que tu es né libre, mais je voudrais que tu saches que ta liberté n’a pas de prix, car sans elle, ta vie n’a pas de sens. Redresse-toi, ouvre bien tes yeux et ton cœur, regarde autour de toi, la beauté de la Création et l’infini de l’Univers. Essaie d’en saisir la quintessence. Si tu y arrives, tu t’élèveras. Alors tu te lèveras et tu briseras les chaînes qui entravent ton âme et ton esprit. Ta vie aura un sens, car l’amour et la paix empliront ton cœur et inonderont ton corps. Tes craintes et tes doutes fondront dans la lumière qui 9 éclairera ton chemin, affermira tes pas, et apaisera ton cœur. Quand loin des bruits de la Cité, en regardant la voûte étoilée, tu te surprendras à écouter cette symphonie silencieuse d’un ballet universel et infini, où se meuvent en parfaite harmonie, les étoiles, le soleil, la terre, les planètes et les galaxies, tu prendras alors conscience que tu es à la fois maillon et poussière éternelle, inséparables de cet univers. Et l’espace d’un instant, ton émotion, ton admiration et ta béatitude s’élèveront vers le ciel, en une prière silencieuse, car la preuve de l’existence de Dieu, la plus belle, la plus élevée, la plus solide, c’est l’idée que nous avons de l’infini. Tu te rendras compte alors, de la fragile condition des hommes, divisés par des petits problèmes matériels et des mesquineries, et tu comprendras que des dizaines de millions d’êtres, déjà victimes de leur misère, de leur indigence, de leurs pulsions et de leurs convictions aveugles, sont aussi les prisonniers de systèmes sociaux rigides et répressifs, imposant la pensée unique et le culte de la personnalité. Tu t’apercevras que rien n’est plus aisé aux bouffons et aux flagorneurs, que de faire l’apologie des grands de ce monde et particulièrement celle des autocrates et des dictateurs quasi séculaires et indéracinables, habitués aux glorifications et aux louanges de courtisans aux plumes peu vaillantes, beaucoup plus soucieux de leur bien-être que du rôle qui leur est dévolu… 10 Celui de pédagogue, de révélateur et de « miroir » qui réfléchirait et mettrait en évidence l’exacte image des imperfections, des travers et du «nombrilisme » récurrent et chronique des sociétés et de ceux qui les gouvernent. Cette couardise qui exclut tout esprit critique et autocritique, n’honore pas certains plumitifs arabes qui continuent au travers de conventions bourgeoises occultes, d’entretenir et de nourrir des concepts éculés et des comportements négatifs, obstruant ainsi la perspective à tout progrès et de toute vision objective et réaliste du monde. Ils portent un énorme préjudice à leurs communautés en les empêchant d’avancer et de s’épanouir. Retiens bien, ami, ce postulat irréfragable, que de toutes les misères, et de toutes les indigences, celles de l’esprit sont les plus tristes et les plus difficilement réparables. Puisses-tu être le messager universel de la liberté, de la paix, de la connaissance, de la fraternité et de l’amour qui sauvera le monde et aura raison de l’ignorance et des diktats immondes. 11 INTRODUCTION A dix-huit ans, encore pubère et le cœur rempli de rêves et d’espérances, j’entrais dans la vie active en qualité d’enseignant. Ce fut pour moi une promotion fantastique qui allait me permettre d’améliorer les conditions de vie de ma famille. Comme seul bagage, j’avais le brevet élémentaire, un certificat d’aptitude pédagogique que j’obtins grâce à un énorme travail, une volonté forcenée de réussir dans la vie, et le peu que j’avais appris dans une certaine école, laïque et républicaine, celle de Jules Ferry, d’Alain et de Rousseau. Comme repère historique, .la révolution française de 1789, que j’espérais voir un jour se matérialiser dans mon pays colonisé. Le rêve d’entreprendre des études universitaires fut vite balayé par la guerre d’Algérie qui atteint son paroxysme en 1958, et par une situation familiale des plus modestes, car, comme la quasi-totalité de mes compatriotes, j’appartenais à une famille pauvre et nombreuse dont le procréateur, mon honorable père, sexagénaire alors, continuait à agrandir numériquement nonobstant son âge et l’absence 13 presque totale de moyens financiers. Sa maigre pension d’ancien combattant de l’armée française nous permettait à peine de subsister. Dans mon pays occupé, les parents considèrent leur progéniture comme un investissement à court terme qu’il faut rentabiliser le plus rapidement possible. La morale traditionnelle voulait que l’aîné assurât la subsistance de toute la famille. Une demande adressée au rectorat d’Oran à la fin de l’année 1957, m’amena à commencer une carrière d’enseignant par un stage de formation pédagogique accélérée d’une durée de deux mois, (dirigé et organisé à l’école Lallemand par M. Max Marchand, docteur Es-lettres et Prix de littérature d’Algérie qui assumait à l’époque les fonctions d’Inspecteur d’Académie dans le département d’Orléansville) à l’issue duquel, je fus affecté à l’école primaire de la Cité rurale de cette même ville qui porte aujourd’hui, le nom de l’oued qui la traverse « El chelif ». Pendant que j’enseignais à plus de trois cents kilomètres de mes parents, dépaysé et en proie à l’isolement et à la peur, car l’époque était riche en évènements sanglants et dramatiques, j’étais informé par le courrier, que tantôt j’avais un nouveau frère, tantôt une nouvelle sœur. En fils aîné vertueux et soumis, je mandatais à mon père la presque totalité de mes mensualités, ne gardant pour moi que le strict minimum me permettant de vivre austèrement. Encore immature à l’époque, je sentais parfois sourdre en moi un véritable rejet des us et coutumes 14 transmises par une société atavique que je n’avais pas choisie, et à laquelle j’appartenais de par ma naissance. Je vivais donc un conflit permanent entre l’éducation qui m’avait été inculquée tout au long de mon parcours scolaire, éducation que j’avais pour mission de transmettre à mes élèves, et nos conditions de vie où fleurissaient la misère sur le terreau du fatalisme, et des coutumes ancestrales que j’avais du mal à comprendre, et que je considérais déjà comme un joug dont il fallait se débarrasser. J’avais confiance cependant en l’avenir, car je me disais dans mon for intérieur, que peut-être le fait de s’accrocher à ses racines et à ses coutumes, était une nécessité du moment, une arme, et une forme de combat contre le colonialisme raciste et totalitaire qui avait appauvri ma patrie et aliéné son peuple. Je vivais avec l’espoir qu’un jour, mon pays retrouverait sa souveraineté, et j’adhérais de toutes mes forces à la lutte du F.L.N. qui menait le combat libérateur et révolutionnaire. M. Marchand fut le premier à m’inspecter dans la classe d’initiation qu’on me confia à mes débuts en avril 1958 à l’école primaire de la Cité rurale. Je garde encore en mémoire cette émotion de peur mêlée à de la fierté, qui me parcourut lorsque sa haute silhouette m’apparut à l’entrée de ma classe. Il me fit signe de continuer mon cours, et alla s’installer sans bruit au fond de la salle. C’était une 15 leçon de calcul qui avait pour thème la maîtrise des opérations d’analyse et de synthèse des nombres entiers. Je terminais par un contrôle des acquisitions en utilisant le procédé Lamartinière, avec le sentiment que j’avais réussi mon cours, car j’avais convenablement appliqué ce que j’avais appris durant ma courte formation d’enseignant. A l’issue de la leçon, M Marchand me félicita. Je compris dès lors que j’étais bon pour le service, et qu’une carrière d’instituteur s’ouvrait devant moi ; fonction qui avait à l’époque un caractère sacerdotal et qui était inaccessible aux français-musulmans, si le plan de Constantine n’avait levé certains tabous et certaines barrières. Quarante années se sont écoulées, et je garde en mémoire un excellent souvenir de cet homme juste et affable qui a œuvré par sa bonté et par son travail au rapprochement des deux communautés par la quête d’une véritable justice sociale. Les méthodes pédagogiques qu’il enseigna, telles que l’enseignement concret, la méthode globale et la lecture liée au langage dans les classes d’initiation, jetèrent les premières bases de l’enseignement primaire en Algérie. L’édification d’une école de la fraternité ouverte à tous les enfants, dans les «bleds » les plus éloignés d’Algérie, était sa seule préoccupation et son leitmotiv. Et pour avoir défendu ces valeurs universelles, il fut lâchement assassiné à El Biar, sur les hauteurs d’Alger, le 15 mars 1962, avec cinq de ses compagnons (Mouloud Feraoun, Robert Eymard, 16
Chronique des années de plomb - Page 3
Chronique des années de plomb - Page 4
wobook