60 ans pour réaliser un rêve - Page 1 - test Alexandre Mouromtsev 60 ans pour réaliser un rêve Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2074-9 Dépôt légal : Décembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire PROLOGUE.......................................................... 11 France, Vaulx-en-Velin, quartier de la Poudrette – 1926-1945 .................... 33 1943. Dans la Résistance française ....................... 55 Années 1945-1946. Fin de la guerre et mon premier séjour en URSS ............................ 73 Juin 1945 – De Lyon – Bron à Plzen (Tchécoslovaquie) ................................................. 77 Camp d’Auschwitz – Oswiecim en Pologne......... 81 La rencontre avec ma grand-mère russe................ 91 Je fais connaissance avec une prison à Moscou ..................................... 95 Fin de l’été 1945. Mon internement dans un camp de Concentration............................. 97 9 Mon deuxième camp de concentration dans la région de Toula, au sud de Moscou........... 103 Janvier 1946. Mon troisième camp........................ 107 La libération........................................................... 125 Retour à Vaulx-en-Velin........................................ 139 Nous quittons la France à contrecœur ................... 163 EPILOGUE............................................................ 279 10 PROLOGUE Avant de commencer le récit de ma vie ou de ce qui, je pense, en compose le principal, il me faut revenir à quelques années avant ma naissance, au début du 20e siècle. Je me servirai pour cela des extraits du journal tenu par mon père pendant de longues années. J’ai pu retrouver une partie de ses notes chez ma sœur Anastasie, lors de mon voyage avec ma femme Éléonore, à Simféropol, en Ukraine en 2004. J’en ai gardé le plus important pour moi et, surtout pour mes enfants, si un jour tout ce passé auquel auront été mêlés leurs parents et grands-parents pourrait les intéresser. Peu de temps après le décès de mon père au mois de mars 1976 son journal, composé de plusieurs cahiers, avait intéressé le KGB soviétique ! Mon père, au fil des années, plus près de la fin de sa vie, y avait noté des propos tenus entre lui et moi, propos qui engendraient des disputes assez violentes entre nous deux. Il se fâchait rapidement, surtout quand je formulais des critiques à l’égard du système régnant en Union soviétique et des hommes qui nous 11 dirigeaient. Nos conflits étaient fréquents et lorsque j’ai hérité de ces cahiers et après en avoir pris connaissance, j’y ai vu un danger possible que j’ai préféré éviter. Avant que le KGB ne puisse les obtenir, j’ai pris la décision d’en détruire une partie et de laisser l’un des cahiers à ma sœur au moment de notre départ pour la France en 1995. L’émigration russe constituait, pendant la période d’entre les deux guerres mondiales, puis de 1945 à la Perestroïka, l’objet d’une surveillance constante des services de renseignements soviétiques. Toutes les informations en rapport avec ces milieux étaient décortiquées dès réception. Mon père faisant partie des émigrés russes, en France, avait noté dans ces cahiers une grande période de son passé d’émigrant. Je suis arrivé à un moment de ma vie, peu ordinaire et pleine de souvenirs, où j’ai ressenti le besoin d’en raconter l’essentiel. Je dois l’accomplir avant que tout ne disparaisse et ne s’efface de ma mémoire. Je dédie ce récit à mes trois enfants, à mes deux filles Hélène et Catherine, issues de mon premier mariage et à mon fils Alexandre, né d’un amour tardif et heureux. Mais c’est à mon père de commencer l’histoire de notre famille : Je ne suis pas le fils de Philipe Alekseevitch Mouromtsev, sous-officier du régiment de Belostok basé à Sébastopol. Ma mère Anastasia Gueorgievna Mouromtseva est née à Evpatoria de père russe Grigoriev, fonctionnaire d’État et de mère russe d’origine grecque. Après la naissance de mon frère Vladimir en 1983 à Sébastopol, les relations entre ma mère et Mouromtsev se dégradent. Il aime jouer aux cartes, 12 faire la noce, la cour aux femmes et il s’absente souvent de la maison. Ma mère est encore jeune et jolie, nombreux sont ceux qui la courtisent. Les mœurs sont telles que dans les familles rien ne doit transgresser les usages établis. Mais, il se passe un événement inattendu : ma naissance en 1900 d’un père inconnu abusant de la faiblesse d’une jeune femme. À cette époque et dans ce milieu, il est permis de faire n’importe quoi en tapinois et il est inconcevable de provoquer un scandale. Pour cette raison, je suis baptisé et inscrit sur le registre des naissances de la ville de Bakchisarai comme enfant légitime de Mouromtsev Philippe. La séparation définitive entre ma mère et Mouromtsev se produit avant mon premier anniversaire. Lorsque mon esprit enfantin s’ouvre au monde qui m’entoure, je sais déjà que je n’ai pas de père. Bien plus tard je commence à questionner ma mère sur Mouromtsev qui rarement se rappelle de l’existence de son fils naturel Volodia. J’apprends que mon « père » nous a tous abandonnés. Je me contente des explications de ma mère pendant toute la période de mon enfance et de mon adolescence. J’ai posé de nouveau la question de ma naissance à ma mère lorsque je suis devenu moimême père, habitant avec ma famille en France. Par lettre, ma mère me fait savoir que mon père naturel, un certain lieutenant Rakitine, servait dans le même régiment que Mouromtsev. De 1904 à 1905, nous vivons dans la banlieue de Kiev chez des personnes âgées, parents d’amies d’enfance de ma mère. Ma mère donne des leçons de musique dans des familles aisées. Je ne me souviens pas des événements qui ont lieu à cette époque sauf de l’une des nuits tragiques – le pogrom des Juifs. 13 Je ne vois ma mère que les soirs et les jours de fête. Elle doit travailler toute la journée pour assurer notre existence. En 1906 et 1907, ma mère trouve une petite chambre en location où elle me laisse jusqu’au soir enfermé à clés. Souvent, dans l’obscurité, je pleure effrayé par des bruits étranges et inconnus et je m’endors les yeux en larmes sans attendre l’arrivée de ma mère. C’est ici, souvent tout seul, que j’apprends à lire à l’aide de cubes avec des images. Pour me donner l’occasion de fréquenter d’autres enfants, ma mère me place dans un centre militaire pour orphelins d’où elle me retire rapidement lorsqu’elle remarque que je prends des mauvaises manières en m’exprimant avec de gros mots et, pour couronner le tout, on décèle une pneumonie striduleuse qui peut m’être fatale, car je suis un enfant fragile et souvent malade. C’est ainsi que ma mère se trouve dans l’obligation de m’apprendre la grammaire russe, l’arithmétique, l’histoire, les sciences naturelles et le catéchisme. Tous les soirs, elle me donne des devoirs qu’elle vérifie les jours de fête. Depuis ma tendre enfance, j’aime la lecture ; ma mère possède une grande malle pleine de livres dont toute la collection des classiques russes. Elle me laisse souvent dans deux familles où elle enseigne le piano à leurs filles. Ces gens appartiennent à la haute bourgeoisie russe et là , je reçois la même éducation que leurs enfants. De 1910 à 1912, nous habitons dans la maison du colonel Ziborov dont la femme est une amie d’enfance de ma mère. Toute la famille se déplace avec le 159e régiment d’infanterie que commande Ziborov. Ce régiment change souvent de garnison et nous 14 séjournons dans différentes villes : Rogatchev, Moguilev et Bobrouïsk. Les Ziborov ont deux filles : Nina et Véra et un garçon Sacha. Je me lie d’amitié avec la cadette Véra. Faisant partie à part entière de la famille, je profite de tous les avantages que possèdent les gens riches. Je peux côtoyer des musiciens de l’orchestre du régiment et assister à leurs concerts, je me promène souvent dans la forêt, en calèche l’été et en troïka l’hiver. Une institutrice donne des leçons à Véra et à moi-même à la maison pour nous préparer à l’admission au gymnase. Je ne me trouve plus seul enfermé à clé dans une chambre et les louanges ne me laissent pas indifférent, ce qui me stimule aux études. Ces quelques années sont les plus heureuses de mon enfance et je ne me sens pas différent des autres enfants. Plus tard, nous logeons toute une année dans une famille où ma mère enseigne la musique à la fille d’un propriétaire foncier. Je profite d’une pleine liberté de mouvement, ce qui me permet de croiser des enfants de paysans. Je peux visiter les écuries, les étables, observer la fabrication du beurre. Nous partons cueillir des champignons et des baies. Dans la même année, j’attrape la variole noire, mais je suis si bien soigné par ma mère que je n’en garde aucune trace. Entre temps, mon frère Volodia termine ses études à l’école d’artillerie et se prépare à la carrière militaire et a l’intention de servir à Sébastopol. Ma mère décide de revenir vivre à Evpatoria chez sa sœur Nina. Quand les enfants de Nina vont au gymnase, je pars, seul, au bord de la mer. Comme elle est belle lorsqu’elle se déchaîne. Je rêve des héros d’aventures, d’histoires fantastiques que 15 je découvre dans les romans de Fenimore Cooper, Jules Verne, Stanukovitch et d’autres. Les livres dont dispose ma mère apaisent ma soif de lecture. Ma mère me donne des devoirs à exécuter et me prépare à l’examen d’entrée en 4e classe du gymnase ; elle ne gagne pas suffisamment d’argent pour payer ma scolarisation. Je suis assez doué et les études ne me causent pas beaucoup de problèmes. Ma situation, par rapport aux enfants qui peuvent fréquenter différents établissements scolaires, provoque en moi une impression de protestation et d’injustice. L’impossibilité d’aller dans une école et les sautes d’humeur successives de ma mère, fatiguée par son travail et les soucis, me pousse de plus en plus à préférer lire plutôt que d’étudier. Mon caractère se dégrade pour plusieurs raisons : j’ai peu de contact avec les autres enfants, je suis très souvent gardé par des familles aisées où je me sens instinctivement humilié et différent des autres, je deviens hypocrite et je cache mes véritables sentiments. Toutes ces circonstances au cours de mon enfance font de moi un être peu sociable et têtu. Il est de plus en plus difficile pour ma mère, très occupée et accablée, de me consacrer du temps. Si j’avais un père, il me serait possible de m’incliner devant sa volonté et son autorité et je pourrais terminer mes études. Je ne crains plus ma mère et je commence à paresser, à faire mes devoirs n’importe comment. Tout me devient insupportable. Je refuse d’admettre les particularités de ma situation et la nécessité de mon côté de fournir des efforts plus importants. Je me sens malheureux et je ne cède ni aux injonctions ni aux punitions. Mon frère, Vladimir, mon aîné de sept ans, se trouve rarement chez nous et ne peut exercer 16
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