Vision du jardin, Tome 1 - Page 3 - test Elisabeth BOBRIE BERNEUIL VISION DU JARDIN Tome I Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2007 Lise et Macha Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-068-2 ISBN 13 : 978-2-35335-068-1 Dépôt légal : Juillet 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Pour contacter l’auteur : visiondujardin@hotmail.fr Lise Carlton Marie-Antoinette : grand-mère de Lise Alice : amie de Lise Jocelyn : jeune frère d’Alice, Maria : maraîchère, mariée, deux enfants Peter : son mari Yann : son jeune frère Ses parents : en Australie Loïc 10 ans Monsieur Chaldwick : son grand-père, directeur du collège d’Alsbury Mickaël Chaldwick : son oncle Judith : femme de Mickaël Antoine 10 ans, Charles 7 ans et Roy 3 ans : leurs enfants William Standford: ami de Mickaël Jamie : la cuisinière du collège Le comte de Stanley : le grand-père maternel de Loïc Hachi : maître du domaine, la soixantaine Aïcha : sa fille décédée il y a 15 ans à l’âge de 18 ans Macha : l’enfant, 6 ans Nathan : le mari d’Aïcha, époux de Martha Martha : femme de Nathan, 2 enfants Esope : secrétaire d’Hachi Iset : jeune servante Lychia : vieille servante Isaë : l’intendant du domaine Iriné : le précepteur de Macha Hilari : le notaire Vétère : associé d’Hilari Akta : singe de Macha 8 CHAPITRE 1. LISE CARLTON En ce début d'après-midi de juillet, le calme règne au collège d'Alsbury. Le fond de l'air est tiède et la pelouse scintille encore de la ponctuelle averse matinale, propre à cette région d'Angleterre. Seuls le pépiement des oiseaux et le frissonnement de l'abondant feuillage d'un chêne séculaire troublent le silence. Lise est installée sous le grand arbre solitaire, rendu plus majestueux encore par l'ombre bienfaisante qu'il projette. Elle lève lentement les yeux du cahier posé sur ses genoux. Le crayon dans la bouche, elle laisse errer son regard alentour et admire le paysage, se sentant en harmonie avec lui. C’est une jeune enseignante de vingt-deux ans. Ses longs cheveux auburn encadrent un visage aux traits délicats. Ses lèvres sont légèrement charnues et son sourire, découvrant des dents étincelantes, crée deux petites fossettes qui lui donnent un air avenant, voire ingénu. Son regard vert, protégé par de longs cils soyeux, est franc et direct. Ses élèves savent cependant qu'il peut devenir sévère, et donner à sa personne une autorité incontestable. De taille moyenne, sa silhouette est fine et la fait paraître plus grande. 9 Elle porte une robe toute simple à manches courtes, maintenue par une large ceinture. Le tissu blanc et léger est parsemé d'une multitude de petites fleurs jaunes. Cette tache claire au milieu de la verdure et à l'ombre du chêne forme un tableau charmant, digne des peintres impressionnistes. Lise, reprenant son ouvrage, inscrit plusieurs lignes sur sa feuille, rature un mot, le remplace par un autre, reprend une tournure de phrase. Ecrire un livre n'est pas facile. Elle y réfléchit depuis quelque temps, et a décidé de s’y mettre cet été. Mais discipliner les mots, rendre les phrases fluides, ordonner les idées, faire vivre ses personnages et les rendre réels, est un exercice ardu ! Elle lève une nouvelle fois la tête et repense aux événements qui l’ont amenée à prendre cette décision. Son métier de professeur de lettres et le mimétisme des auteurs qu'elle fait découvrir et aimer à ses élèves ? Sans doute…, mais aussi des raisons très personnelles. Ses parents, originaires du Kent, sont morts peu de temps après sa naissance, dans un accident de la route. Trop jeune pour ressentir l'ampleur de ce drame, elle aurait pu davantage souffrir de cette absence et en être désorientée sans l'intervention immédiate de sa grand-mère maternelle. Cette femme énergique et expansive, quittant aussitôt la France, son pays d'origine, où elle était retournée, est venue se réinstaller dans la maison familiale et s'est occupée de Lise avec un soin à la mesure de la carence 10 parentale à pallier. Elle s’est refusé tout attendrissement pour l'enfant comme pour elle-même, et a élevé sa petitefille avec un mélange d'entrain, de rigueur et de tendresse. Lise, ayant achevé ses études l’an dernier, a trouvé un poste de professeur de français dans le collège d'Alsbury. Sa maîtrise parfaite d'une langue quasi maternelle lui a été d'une grande aide. Sa grand-mère, ne s’estimant plus indispensable, est partie à son tour, tout doucement, très tranquillement, sereinement, rejoindre ses enfants pendant son sommeil. Mamie (Lise l'a toujours appelée ainsi, jusqu'à en oublier, un prénom suranné et de surcroît très exotique de ce côté-ci du Channel : Marie-Antoinette) lui a transmis l'amour des livres, et tout particulièrement des livres d'ésotérisme qui ont occupé une place privilégiée dans la bibliothèque. Elles ont passé de longues soirées à discuter d'un passage ou d'un chapitre, à rapprocher telle idée ou tel exemple décrit, à commenter une situation ou un événement survenus chez des proches et à tenter de l'expliquer à la lumière de ce qu'elles ont lu. Il arrivait que des voisins viennent s'entretenir avec elles, leur posent des questions auxquelles elles essayaient de répondre le plus simplement possible, quitte à travestir une vérité plus complexe. Elles ne détenaient pas toujours la réponse n'ayant, elles-mêmes pas fini de parcourir ce long chemin de la connaissance. Mais ces discussions leur ont permis de faire le point, de constater avec modestie leurs limites et, patiemment, de les repousser un peu plus chaque jour. 11 L'idée est ainsi venue à Lise d'écrire un roman, pour exposer ses idées sous une forme simple et accessible à tous. Elle y a longuement pensé, fait un plan d'ensemble avec plusieurs parties, et a décidé de s’y mettre cet été. Au fur et à mesure qu'elle aligne les mots et les phrases, Lise sent la présence de sa grand-mère. Une présence subtile, mais bien réelle. Lorsqu'elle butte sur un mot, une expression qui correspond à ce qu'elle cherche à exprimer, elle revoit son visage serein et bienveillant, et le calme revient dans son esprit. Elle finit alors sa phrase ou son paragraphe, les tournures justes venant tout naturellement sous son crayon. Ce sentiment de la présence fréquente de sa Mamie à ses côtés explique qu'elle ne l’ait pas longtemps pleurée. Dans un premier temps elle a mal accepté de ne plus la voir, la toucher, lui parler. Mais très vite, elle a compris que le rôle joué par sa grand-mère auprès d'elle était terminé, et qu’elle était partie retrouver dans "l'autre monde" sa fille, son gendre et tous ceux qu'elle avait aimés et qui l'y attendaient. Le nouveau bonheur de sa grand-mère et la sensation de ne pas être abandonnée par elle, ont vite séché des larmes qui n’étaient que la manifestation de son égoïsme. Soudain la jeune femme entend du bruit et, levant la tête, voit sortir de la grande bâtisse un jeune garçon à la poursuite du chien de la maison. C'est sûrement le petit-fils du directeur, arrivé la veille au soir, pense-t-elle. Ne prenant pas son dîner dans la salle à manger, elle n'a pas eu l'occasion de le rencontrer. Par contre, le personnel s'est longuement étendu sur le sujet. Elle a ainsi appris 12 que les parents du garçonnet étaient partis faire une longue croisière estivale, celles où les gamins turbulents ne sont guère appréciés. Ils ont donc laissé l'enfant à la garde du grand-père pendant toutes les vacances d’été. Apercevant Lise, il court dans sa direction et se laisse tomber, tout essoufflé, à ses côtés. Le chien, la langue pendante et haletant bruyamment, s'allonge à son tour. - Tu es Lise, le professeur de français qui habite chez mon grand-père pendant les vacances ? Grand-père m'a dit que tu connais plein d'histoires amusantes et que tu me les raconteras quand je voudrai. - Comment t'appelles-tu ? - Loïc. - Bonjour Loïc ! - Mmh… - Je connais effectivement des tas d'histoires, des contes et des légendes que me racontait ma grand-mère lorsque j'étais enfant. Mais je te les raconterai plus tard. Comme tu peux le constater, je suis occupée en ce moment. - Grand-père m'a dit que toutes les personnes que je verrai étaient ses employés ! Alors elles doivent faire ce que je veux quand je le veux ! Avant de répondre Lise regarde le jeune garçon avec attention. Il lui rappelle un de ses élèves, toujours révolté, autoritaire et même agressif. Elle a mis plusieurs mois à l'amadouer, à lui faire comprendre que le respect des autres se gagnait et ne s'exigeait pas. Dans le regard de Loïc, elle perçoit un manque d'assurance, une certaine timidité, qui la rassurent. - Ainsi, chez toi, tout le monde fait ce que tu veux ? 13
Vision du jardin, Tome 1 - Page 3
Vision du jardin, Tome 1 - Page 4
wobook