Mes États-Unis - Page 2 - test Mes États-Unis 3 Thérèse Migraine-George Mes États-Unis Portraits d’une Amérique que vous ne connaissez pas (Essai) Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0822-8 Dépôt légal : Février 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Composé de vignettes successives comme autant de coups d’œil sur le paysage social, culturel et historique américain, ce texte prétend mettre en lumière certains aspects inattendus des États-Unis. « Mes États-Unis » ne sont pas ceux des sentiers battus, des guides touristiques ou des westerns américains, mais plutôt ceux de l’Amérique profonde où je vis depuis plus de dix ans. Pays mythique, source de rêves et de stéréotypes pour les Français, la France l’est tout autant pour les Américains. La France et les États-Unis sont en effet unis depuis longtemps par une histoire transatlantique d’amour, d’hostilité, de séduction et de méfiance, et dans ce livre j’ai donc aussi voulu parler de leurs écarts et de leurs ressemblances, de ces fantasmes qu’ils s’inspirent mutuellement. Je souhaite que ce texte soit à l’image de ces États-Unis tels que j’apprends encore à les connaître : hybride, complexe, et riche de fructueuses contradictions. 9 À Becky L. Bridgman. À ma sœur Julie Anselmini pour sa relecture attentive et ses encouragements. 11 Sommaire 1 – MON RÊVE AMÉRICAIN............................. 15 2 – NO SMOKING ET FAST-FOODS BIOS........ 23 3 – « SOYEZ FÉCONDS, MULTIPLIEZ, ET REMPLISSEZ LA TERRE » (Genèse 9 : 1)... 31 4 – DES BIENFAITS DE LA CULTURE POPULAIRE AMÉRICAINE ............................... 39 5 – ESPÈCES D’ESPACES AMÉRICAINS ........ 45 6 – I LOVE PARIS ................................................. 53 7 – ALMA MATER .............................................. 61 8 – DU PURITANISME À LA GAY PRIDE ....... 71 9 – LE MELTING POT EST-IL UNE SALADE ?. 79 10 – HOME SWEET HOME À CINCINNATI ..... 87 11 – « LES VILLES QUE J’AI VUES VIVAIENT COMME DES FOLLES » (Apollinaire, Alcools, « Le voyageur ») ................ 93 12 – AMISH TRAVERSANT LE PONT D’UNE AUTOROUTE TÔT UN DIMANCHE MATIN .. 99 13 1 MON RÊVE AMÉRICAIN Je me suis bien plantée au concours de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm après trois années de préparation intensive et stressante, parfois même humiliante. Après une année d’hypokhâgne et une année de khâgne, je me suis plantée une première fois. Après une deuxième année de khâgne, je me suis replantée magistralement. Je me rappelle que, pendant cette troisième année, je me disais que si miraculeusement je réussissais au concours j’irais passer l’été quelque part en Amérique du Sud, au Brésil ou en Argentine, à me promener sur des plages immenses sans penser à rien. Au lieu de fuir en Amérique du Sud, je suis partie passer une année à Canterbury, en Angleterre, dans le cadre d’un programme d’échange universitaire. J’étais psychologiquement et moralement détruite après ces trois années de prépa, non pas que, à mon avis, je sois une petite nature, mais parce que je ne fais pas partie de ces happy few qui réussissent bien dans ce système de grands concours dont la France a fait l’une de ses spécialités. Quand on me dit que je 15 dois penser, écrire et produire une brillante dissertation en quelques heures, mon esprit se brouille, mes mains se mettent à trembler et mes pensées s’engluent dans une nervosité incontrôlable. Alors j’ai eu cette intuition juste, sans savoir pourtant encore que je partirais finalement étudier, vivre et travailler aux États-Unis, qu’il me faudrait quitter la France, ses veaux, vaches, cochons et concours, et ma famille aussi, pour d’autres prairies plus vertes et accueillantes. Mon année en Angleterre a été l’une des meilleures années de ma vie car mon carcan mental s’est largement fissuré au contact d’autres cultures et d’autres horizons. Je me suis vraiment bien amusée, et j’ai recommencé à me sentir heureuse. J’ai eu quelques expériences amoureuses peu fructueuses mais instructives avec un Jordanien et un Irlandais. Ma copine Monica, étudiante de mère birmane et de père suédois rencontrée là-bas, m’a appris à rouler des cigarettes et m’a initiée au plaisir de boire du bon whisky. Nous allions passer de longs week-ends à Londres chez sa famille birmane. Sa tante nous cuisinait des nouilles au lait de coco que nous mangions vautrées par terre à regarder des vidéos, parfois pendant toute la nuit. À la fin d’un concert de Bruce Springsteen dans la banlieue de Londres, nous n’arrivions plus à trouver la voiture et nous l’avons cherchée pendant des heures sur un parking immense, croisant et recroisant des gens qui eux non plus ne retrouvaient plus la leur. En revenant vers Londres, Monica conduisait et je me suis endormie. Quand je me suis réveillée, c’était le matin, du soleil passait par le pare-brise et il y avait une chanson des Mamas & The Papas à la radio. 16
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