Tu me le passes après - Page 1 - Philippe Rosset Tu me le passes après ? Recueil de nouvelles Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 93200 Saint-Denis – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 175, boulevard Anatole France, 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 - Fax : 01 41 62 14 50- mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-384-2 Dépôt légal : mars 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 - Tu me le passes après « Tu me le passes après ? » ? - Pardon ??? - Tu me le passes après ? - Quoi ? - « Tu me le passes après ? » ! - Mais enfin, tu veux que je te passe quoi ??? - Ben, « Tu me le passes après ? » pardi ! - Tu m’énerves. - Le recueil de nouvelles que tu es en train de lire et qui te plait tant, il ne s’intitule pas « Tu me le passes après ? » ? - Aaaah ! Si, pardon. Oui, bien sûr, je te le passe après. -… 9 Courte balade Voyage vers l’inconnu… – On y va ? – On y va. – Ok, c’est parti. – Au fait, on va où ? – Je ne sais pas. – Pourquoi tu me dis on y va alors ? – Et toi, pourquoi tu es partant aussi ? – Parce que je croyais que tu savais où on allait, c’te blague ! – Non, j’ai lancé ça en l’air ; des fois que ce soit attrapé en plein vol et c’est ce qui s’est passé. Mais tu l’as relâché aussi sec. – Tu vas bien toi, tu balances des trucs sans savoir où ils vont aboutir… – Et après, c’est grave docteur ? – Non, mais quand même ! Si ça amène sur des terrains qui ne plaisent pas ? 11 – Ben, je n’y vais pas pardi ! Emporté par la foule, je déroule, une pelote, au gré des inclinaisons et des aspérités de la vie. Mais je ne me laisse pas emporter par la pelote, je la guide aussi, je suis libre… – C’est bizarre cette façon d’agir !? – Tu n’étais pourtant pas loin de me suivre… – Parce que je pensais que tu connaissais ton but. – Et tu ne peux pas avancer sans ? – Je ne sais pas. – Flâner, découvrir, avoir des surprises, avancer en se laissant guider par les courants d’air, ça ne t’attire pas ? – Si. – T’as déjà essayé ? – Non. Peut-être ? Je sais plus, c’est vieux. – Toi, tu pars d’un point A et tu vas vers un point B. Tu sais où est le point B et comment y aller. Tu ne sais pas partir de A et découvrir ton point B en chemin. Il te faut forcément un objectif, c’est ça ? – Euh… oui… non. – Non ? Alors ? – Alors quoi ? – Pourquoi tu ne m’as pas suivi ? – Sans doute parce que je ne maîtrisais pas la destination. – Tu n’as pas confiance en moi ? – Si bien sûr ! – Alors laisse-toi porter. Tu sais que je ne t’emmènerais jamais sur des terrains qui te déplairaient. – Je sais. 12 – J’avais juste envie d’y aller avec toi, partager ce moment ensemble. Ça aurait pu être sympa ? – Ça aurait pu, c’est vrai. Pourquoi je n’y suis pas allé, hein ? – Peur de l’inconnu, besoin de décider, de gérer et de maîtriser. – C’est con ! Je dois avoir besoin de sécurité. – Possible ; c’est bien aussi d’être rassuré. Mais c’est vrai qu’on peut passer à côté de très belles choses également. – En plus, qu’est-ce que j’avais à perdre ? Rien ! – Exact. Tu ne pouvais même que gagner. – C’est bête ! – Oui. – On y va ? – Yes… Allez viens, on va chercher ton point B… Hé, tu sais quoi ? – Non. – Parfois le point B amène un point C. – Et alors ? Je ne pouvais pas le trouver le point C ? – Pas à mon sens. C est une extension d’un B non défini préalablement. Je pense que ton B à toi se transformait en A dès que tu l’avais rejoint et ce qui aurait pu être un C devenait dès lors un B parce que défini comme nouvel objectif. – Ça se tient… Alors, tu m’accompagnes jusqu’au point F ; ensuite, je découvrirai tout seul, d’ac ? – C’est mieux en effet. – Bon, on y va ? Ou on continue la palabre ? – On y va. Go ! 13 Legend’Hère Rencontre mythique Florence rentra chez elle précipitamment et posa les clés sur la console d’entrée. Sans s’arrêter, elle jeta son manteau sur le canapé et se laissa tomber sur la chaise du bureau. Elle n’avait même pas pris le temps de souffler. Pas question de s’avachir. La motivation et l’envie se lisaient dans sa posture. Pourtant sa journée avait été éreintante. Toutefois, de la porte du salon, la simple vision des étoiles de son écran de veille lui avait redonné vie. Ces dernières exerçaient depuis peu un magnétisme énergisant. Ses yeux s’étaient mis à briller. Avait-il répondu ? Vite, ouvrir la mailbox ! Florence avait fait le pas ; elle s’était décidée à s’inscrire sur Internet. Elle avait longtemps hésité. « Non, pas moi ! Je n’ai pas besoin de ça. Après 40 ans peut-être, et encore… un monde virtuel plein de tarés et de mecs qui cherchent une autre maman, trop peu pour moi… ». 15 Tu parles, elle avait fini par tout remplir scrupuleusement. Au placard la ferme opposition de jadis ; elle avait rempli son inscription sur ce site de rencontres avec une application méticuleuse. Aucun élément de son profil n’avait été négligé. Elle avait ainsi voulu montrer qu’elle n’avait pas peur, qu’elle n’avait rien à cacher. Sa photo avait été choisie avec soin. Elle avait osé mettre son visage en ligne. Elle se moquait de qui pouvait la voir. Ses collègues de boulot, ses clients, ses fournisseurs, sa famille, ses amis, son ex, elle s’en fichait pas mal. S’ils la voyaient, c’est qu’ils y étaient aussi. Et de toute façon, ils ne viendraient pas s’en vanter. Elle avait voulu la photo souriante, mais d’un sourire pris sur le vif, pas une grimace de photomaton. Celle qu’elle avait trouvée était parfaite. La tenue était décontractée, le salon très classe de ses amis valorisait l’ensemble et le rire qu’elle arborait donnait du pep et du mouvement à l’image. Les internautes discerneraient forcément ses qualités d’honnêteté et de persévérance. Et son sérieux en tout, même pour les rencontres amoureuses, leur sauterait également aux yeux. Et si individuellement, il n’était pas frappé immédiatement par ces aspects de sa personnalité, c’est que ce ne serait pas le bon. Suivant… Florence avait voulu définir au mieux son caractère afin qu’ils le saisissent bien. Les éléments d’informations qu’elle avait renseignés leur donneraient une base solide par laquelle ils pourraient la cerner. Elle y croyait dur comme fer ; c’est là qu’elle le trouverait. 16 Elle en était certaine, de cet océan de profils émergerait un « il ». Un an qu’elle avait quitté Marc. Plutôt devrait-on dire, un an qu’il lui avait avoué une autre liaison à laquelle il comptait donner plus d’envergure. En l’occurrence, la quitter pour aller vivre avec sa maîtresse. Aïe ! Salaud ! Elle avait eu très mal, elle était tombée des nues. La douleur avait été proportionnelle à la surprise. Certes, il y avait eu de la routine dans leur couple, mais jamais elle n’aurait imaginé qu’il avait une maîtresse depuis trois ans. En quelques secondes à peine et en moins de trente mots, elle avait vu sa vie s’effondrer comme les tours jumelles. Pendant les deux jours qui suivirent, elle avait été un tas de poussière. Les copines avaient chacune leur tour rassemblé les débris. Dix sept ans de vie commune, deux enfants et pas vraiment de problèmes majeurs ; en tout cas, rien qui ne laissait supposer un tel virage. Une épingle à cheveux dans laquelle elle avait tiré tout droit. Heureusement, Florence était bien entourée. Sonnée, elle s’était relevée plus vite et beaucoup plus facilement qu’on aurait pu l’imaginer. De nature optimiste, elle avait regardé loin devant et s’était dit qu’elle était encore jeune et jolie. Elle trouverait sûrement un homme aimant qui ne l’abandonnerait pas. Dix mois avaient été nécessaires pour se décider enfin à étaler sa description physique et ses goûts sur cette place publique virtuelle. Dix mois pour constater qu’avec deux enfants et un job il n’était pas simple de croiser de nouvelles têtes. Qui plus est, de nouvelles têtes qui plaisent. A son âge, les amis sont casés, et les célibataires, s’ils sont légion, ne sont jamais dans 17 votre entourage immédiat. Ils sont partout et notamment sur la toile, mais rarement dans son propre environnement. Et son boulot n’offrait guère plus d’opportunités. Directrice administrative et financière d’une société allemande installée en France, elle s’était toujours refusée à mélanger travail et relations privées. Du reste, les occasions dans ce cercle là n’avaient pas été plus nombreuses. Restait le net. Une autre corde à l’arc des rencontres. Corde qu’elle espérait toutefois plus efficace que celles de la réalité, compte tenu du nombre de rencontres qu’elle avait faites depuis un an. Et si jadis elle avait été réfractaire à ce genre de sites, pour l’heure, elle s’y était jetée corps et âme. Toutefois, elle avait vite déchanté. Dès les premiers jours de son inscription, elle avait eu plus d’une centaine de messages et demandes de contact. Malheureusement, le constat qu’elle avait pu faire n’était pas vraiment gratifiant pour le genre masculin. Et pour cause, entre les inepties salasses, les complaintes dépressives et les demandes de sexes exprimées sans détour par des hommes mariés, elle avait eu un regard tout à coup désastreux sur ce mode de mise en relation. Le surlendemain de son inscription, elle n’avait plus eu du tout le même entrain à consulter ses messages. Sans même les ouvrir, elle effaçait tous ceux ne proposant pas de photo. Pas de temps à consacrer à des gars qui n’avaient pas le courage de mettre leur image. Pour les autres, une lecture rapide de l’entame lui suffisait à décider d’aller au bout du courrier ou de zapper. Un soir, un visage sympa à côté d’un message l’avait interpellée. Elle avait ouvert le message. Le début était bon et au fur et à mesure qu’elle avançait 18
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