Financiarisation, répartition des revenus et croissance en France - Page 1 - test Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des GrandsAugustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions Edilivre – Collection Universitaire – 2008 ISBN : 978-2-8121-0031-4 Dépôt légal : Septembre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Université Paris I Panthéon – Sorbonne U.F.R de Sciences Economiques hèse pour le doctorat en Sciences Economiques (arrêté du 30 mars 1992). Présentée et soutenue publiquement par Célia FIRMIN FINANCIARISATION, REPARTITION DES REVENUS ET CROISSANCE EN FRANCE Quelques faits stylisés à l’épreuve d’un modèle stock-flux Directeur de thèse : M. Liêm HOANG-NGOC, Maître de conférences à l’Université Paris I Jury : M. Laurent CORDONNIER, M. Marc LAVOIE, M. Liêm HOANG-NGOC, M. Cuong LE VAN, M. Jacques MAZIER, Maître de conférences à l’Université Lille I, rapporteur Professeur à l’Université d’Ottawa, rapporteur Maître de conférences à l’Université Paris I Directeur de Recherche au CNRS (CES) Professeur à l’Université Paris XIII Mai 2008 L’université Paris I Panthéon – Sorbonne n’entend donner aucune approbation, ni improbation, aux opinions émises dans les thèses ; ces opinions doivent être considérées comme propres à leurs auteurs. A Steeve Remerciements Mes remerciements vont tout d’abord à Liêm Hoang-Ngoc pour la confiance qu’il m’a accordée en acceptant de diriger cette thèse, pour la richesse de ses conseils, et pour sa façon de faire partager son sens critique et son enthousiasme. Je souhaite ensuite exprimer ma profonde reconnaissance à Bruno Tinel ; sans lui ce travail eût été beaucoup plus long et fastidieux. L’aboutissement de cette thèse doit beaucoup à sa disponibilité à mon égard tout au long de ces années. Ses remarques, conseils ou critiques lors du suivi de ce travail ont grandement contribué à sa cohérence et à son amélioration. Le travail rapporté dans la présente thèse a également bénéficié d’un environnement très favorable, tant au niveau des conditions matérielles que des compétences humaines, au sein de l’équipe CES-MATISSE. Que soit ici remercié Jean-Luc Outin, directeur de l’équipe, pour l’accueil qu’il me réserva et le soutien qu’il apporta à cette recherche. Je tiens également à remercier les membres du laboratoire pour leur conseil et soutien tout au long de ces années. Je commencerai par ceux qui ont occupé ou occupent le bureau 224, Sophie Divay, Emeric Lendjel, Coralie Perez et Nicolas Pons-Vignon, mon travail a largement bénéficié de nos discussions régulières. Qu’ils soient remerciés également pour leur soutien amical. Beaucoup est également dû à Nicolas Canry, il m’a consacré de nombreuses heures, particulièrement au sujet de la modélisation. Sans son aide précieuse, cette thèse eût nécessité un travail prolongé. Je lui exprime ma profonde gratitude. Au sein du Matisse et au-delà, je souhaite citer toutes les personnes qui, par leur intérêt pour mes recherches, par les conseils prodigués ou le soutien apporté lors des moments de doute ont permis à cette thèse d’aboutir : Muriel Pucci, Anne Fretel, Damien Sauze, Matthieu Charpe, Nadine Thévenot, Christophe Ramaux, Nathalie Berta, Heloïse Petit, Julie Valentin, Corinne Perraudin, Michaël Assous et Jean-Baptiste Gossé. Angel Asensio, Michaël Clévenot, Laurent Cordonnier, Edwin le Héron, Marc Lavoie, Dominique Lévy, Jacques Mazier, Dominique Plihon, Eric Tymoigne et Franck Van de Velde ont, chacun à sa manière, grandement contribué à améliorer la qualité de cette thèse. Je les en remercie chaleureusement. Une mention particulière est à réserver à ceux qui par leurs relectures, attentives et critiques, et par leur grande disponibilité lors des derniers jours de travail, m’ont apporté une aide bienvenue : Olivier Allain et Joëlle Cicchini. Je remercie également les membres de ma famille pour tout le soutien, les encouragements et la confiance qu’ils n’ont cessé de m’accorder pendant toutes ces années. Enfin, cette thèse n’aurait certainement jamais abouti sans la présence de Steeve à mes côtés. Il m’a toujours soutenue et encouragée tout au long de ces années. Cette thèse lui est dédiée. SOMMAIRE Introduction générale……………………………………………………………….…….. p.1 Chapitre I. Réformes institutionnelles et financiarisation ………………………...………. p.21 Chapitre II. La France des années 1990 : les effets de ces réformes sur le reste de l’économie ………………………………………………………………………………………………p.41 Chapitre III. Des origines de la financiarisation à ses effets induits : les débats théoriques ……………………………………………………………………………………………. p.113 Chapitre IV. Financiarisation, répartition et croissance dans les analyses postkeynésiennes ……………………………………………………………………………………………. p.177 Chapitre V. Financiarisation et répartition : un modèle …………………………………...p215 Chapitre VI. Analyse des propriétés du modèle par simulations et interprétation de la trajectoire française ……………………………………………………………………….p.259 Chapitre VII. Politiques économiques et fiscales dans le cadre d’une économie financiarisée ……………………………………………………………………………………………..p.297 Conclusion générale…………………………………...…………………………………p.319 Annexes …………………………………………………………...………………………p.326 Bibliographie …………………………………………………………………………...…p.343 Liste des schémas, graphiques, tableaux et encadrés ……………………………………..p.367 Tables des matières ……………………………………………………………………….p.373 INTRODUCTION GENERALE « Dans la mesure où les actionnaires et les créanciers contrôlent efficacement les entreprises et incitent les dirigeants à en maximiser la valeur, l'efficacité avec laquelle les sociétés allouent des ressources s’améliorera et les épargnants seront plus disposés à financer la production et l'innovation. (…). Ainsi, l’efficacité des mécanismes de gouvernance influe directement sur la performance des entreprises avec potentiellement d’importantes implications sur les taux de croissance nationaux 1. » Levine (2005), p.872 Cette citation de Levine résume l’un des principaux résultats de la théorie standard de l’entreprise. Pourtant, loin d’avoir contribué à relancer l’investissement, la propagation des principes de gouvernance d’entreprise s’est accompagnée en France d’un ralentissement de l’accumulation du capital, bien que la part des profits dans la valeur ajoutée se soit accrue et que l’influence des actionnaires se soit renforcée. Le contexte institutionnel et empirique A partir des années 1970, de profondes réformes institutionnelles sont mises en place, en particulier concernant les institutions financières et monétaires. Principalement, l’accès aux marchés monétaires et financiers est étendu aux acteurs non financiers au cours des années 1980, le secteur bancaire est privatisé, et les marchés sont libéralisés et décloisonnés. Le rôle de l’Etat en matière de financement de l’économie, important au cours des Trente Glorieuses, “To the extent that shareholders and creditors effectively monitor firms and induce managers to maximise firm value, this will improve the efficiency with which firms allocate resources and make savers more willing to finance production and innovation. (…).Thus, the effectiveness of corporate governance mechanisms directly impacts firm performance with potentially large ramifications on national growth rates.” 1 1 tend à reculer et un nombre important d’entreprises est privatisé. Enfin, les noyaux durs, qui organisaient des participations croisées entre entreprises afin de limiter l’influence des investisseurs institutionnels sont démantelés au cours des années 1990. Ces transformations accroissent l’influence des détenteurs du capital sur les décisions de gestion et participent à la propagation des principes de la « gouvernance d’entreprise » et de la « création de valeur pour l’actionnaire ». Le terme de « gouvernance d’entreprise » est employé pour rendre compte de la structure et de l’exercice du pouvoir au sein d’une entreprise et notamment des mécanismes qui incitent les dirigeants à gérer l’entreprise dans le sens des intérêts des actionnaires. Le terme de « valeur actionnariale » renvoie ici quant à lui à la représentation d’une firme au service exclusif de ces actionnaires. Selon notamment les économistes proches de la théorie des coûts de transaction, ces évolutions devaient permettre un accès facilité au financement pour les entreprises ainsi qu’une réorganisation de l’appareil de production menée par les actionnaires dans le sens d’une plus grande efficacité économique. Ces transformations institutionnelles ont été accompagnées d’un changement de nature des politiques économiques. Les politiques d’inspiration keynésienne reposant sur le développement de la protection sociale et la relance de l’activité économique via le déficit public ont été progressivement abandonnées au profit des politiques favorisant l’offre. De la recherche d’une amélioration de la compétitivité des entreprises dans les années 1980 à la lutte contre le chômage au cours des années 1990 et 2000, la baisse des coûts salariaux se situe au centre des politiques économiques menées. Le développement des marchés financiers et la propagation des méthodes anglo-saxonnes de « gouvernance d’entreprise », alliés à la modération salariale, devaient apporter les conditions propices à une reprise de l’investissement et de la croissance. La modération salariale a engendré une restauration spectaculaire, en quelques années, de la part des profits dans la valeur ajoutée et a jugulé l’inflation. Cependant, ces réformes institutionnelles ainsi que la « désinflation compétitive » puis les « politiques actives » de l’emploi ont certes restauré la profitabilité des entreprises, mais elles n’ont pas permis de relancer l’investissement, les taux d’accumulation étant inférieurs à ceux des années 1960 et 1970. Le chômage est ainsi analysé comme lié au coût excessif du travail, notamment peu qualifié, et toute hausse de la part salariale engendrerait un recul de la profitabilité des entreprises nuisible à la croissance dans un contexte de concurrence accrue. Face aux questions actuelles de pouvoir d’achat, les débats économiques et politiques s’orientent alors vers la défiscalisation des heures supplémentaires et le partage 2 des profits dégagés entre salariés, actionnaires et entreprises, laissant de côté la question de la répartition primaire des revenus. Dans ce contexte, les solutions recherchées pour lutter contre le chômage s’orientent alors vers l’aménagement des parcours professionnels 2. La « flexicurité » ou « sécurité emploi-formation » serait dans cette perspective la seule solution face au chômage. Néanmoins, ces analyses et préconisations laissent de côté la prise en compte des transformations qui ont eu lieu dans la sphère financière. Or, les évolutions du contexte institutionnel ne peuvent être laissées de côté pour expliquer le ralentissement de la croissance et la montée du chômage. Ainsi, pour de nombreux auteurs hétérodoxes, marxistes 3, régulationnistes 4 ou postkeynésiens5, la financiarisation explique une grande part du ralentissement de l’accumulation mais également du recul de la part salariale. Par exemple, la croissance des dividendes distribués par les entreprises non financières, principalement au cours des années 1990, amène les auteurs marxistes à parler d’une confiscation des ressources par la finance et à juger cette dernière comme responsable du ralentissement de l’accumulation 6. Par conséquent, il apparaît nécessaire de mieux comprendre par quels mécanismes les évolutions des institutions financières se répercutent sur la répartition des revenus et l’emploi. L’objet de cette thèse est d’avancer dans la connaissance que l’on peut avoir sur les interactions existant entre financiarisation, répartition des revenus et croissance, dans le cas de la France. Il s’agit d’analyser dans quelle mesure la financiarisation explique le recul de la part salariale et le ralentissement de l’investissement. Nous partons donc de deux idées principales qui structurent l’analyse. La première renvoie au rôle des institutions dans la détermination des comportements et des dynamiques macroéconomiques. La seconde considère que le partage de la valeur ajoutée ne dépend pas de facteurs technologiques, au contraire de la théorie standard, mais qu’il occupe une place centrale dans la détermination du niveau d’activité, y compris dans une 2 3 Cf. Auer et Gazier (2006). Cf. Duménil et Lévy (2001) et (2005). 4 Cf. Boyer (2000) et Plihon (2003). 5 Cordonnier (2006) et Stockhammer (2004) par exemple. 6 Duménil et Lévy (2006). 3 économie financiarisée où se développent les revenus financiers issus du patrimoine des ménages. Ces questions renvoient ainsi à celles des relations entre répartition des revenus et croissance, dans le contexte particulier d’une économie financiarisée. En d’autres termes, nous allons nous interroger sur les conséquences des évolutions des institutions financières sur la définition des comportements des différents secteurs institutionnels, plus précisément des ménages et sociétés non financières, et ainsi sur la dynamique macroéconomique d’ensemble. Nous adoptons une approche en économie fermée. En effet, bien que l’économie française dépende pour partie des évolutions de son commerce extérieur, le pays garde une forte dynamique endogène, autocentrée. Plusieurs indicateurs confirment ce diagnostic, comme par exemple les écarts entre les évolutions du solde commercial et celui de la croissance. Bien que les évolutions du solde extérieur expliquent une part des variations du taux de croissance, il existe des décalages entre les évolutions de ces deux variables, y compris sur la période récente. Par exemple, alors que le solde extérieur se dégrade et devient négatif entre 2000 et 2004, la croissance repart à la hausse sur cette période. De même pour 2005 et 2006, les évolutions du solde extérieur ne semblent pas en mesure d’expliquer complètement les variations de la croissance du PIB (graphique 1). Graphique 1 : Contributions à l’évolution du PIB, aux prix de l’année précédente 10,0 8,0 6,0 4,0 2,0 0,0 -2,0 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 Solde extérieur des biens et services Taux de croissance du PIB Source : INSEE, Comptes nationaux, base 2000. 4
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