Jeux d'ombre - Page 1 - test Alain Eymer Jeux d’ombre Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2009 ISBN : 978-2-8121-0370-4 Dépôt légal : Janvier 2009 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Remerciements Comme pour chaque livre, je ne peux que remercier mon épouse, pour sa présence lumineuse. Elle m’encourage en permanence et me critique avec une pertinence redoutable. Merci Ingrid. Je tiens à m’excuser auprès de ce cher Cyril Granoulhac, pour l’avoir débauché depuis plusieurs semaines. Merci pour sa disponibilité incessante et ses corrections précises, pour son temps libre perdu sur les pages de ce manuscrit. 7 Chapitre 1 D’un geste embarrassé et maladroit, il la repoussa délicatement, le plus loin possible de son torse viril, d’homme parfaitement épilé. L’instant d’après, il la chassait poussivement vers l’immense lit jaune, ultra avant-gardiste qui occupait la majeure partie de la petite chambre. Son désir, encore si vigoureux quelques minutes auparavant, s’était brusquement volatilisé comme la brume abandonnait les vastes champs de céréales en début de matinée, durant l’été Indien. Silencieusement, il détourna les yeux de sa proie et s’avança furtivement vers la lucarne qui faisait office de fenêtre. Il ressentait en lui le besoin urgent de respirer de l’air frais, pour éponger sa mémoire et vider son cerveau bouillonnant, de toutes ses pensées néfastes qui le rongeaient de plus en plus. Deux secondes plus tard, de l’oxygène, ou du moins un mélange de gaz carbonique et d’ozone provenant de la stratosphère contaminée s’engouffrait dans la pièce renfermée alors qu’un vent hivernal rafraîchissait l’atmosphère pesant. 9 Il détestait cette femme. Certes, il ne pouvait pas réellement expliquer le motif de cette haine soudaine mais il ne la supportait pas, au plus profond de luimême. Il secoua la tête d’un air dubitatif afin d’exprimer volontairement son agacement. Il se ravisa aussitôt sous le regard intimidant de sa compagne qui l’observait attentivement. Gêné, il lança alors un coup d’œil en direction de la rue animée en balayant nerveusement les rideaux d’un revers de main. Quelques jeunes enfants, légèrement turbulents à son goût, jouaient bruyamment au ballon, sans état d’âme, certainement perdus dans ce bas monde, à frapper stupidement contre un mur haut et gris. Pourtant, le quartier de Murray Hill appartenait à la catégorie des districts populaires, presque résidentiels. Il y régnait un calme monotone et une tranquillité exemplaire, loin de la violence quotidienne que les médias étrangers aimaient diffuser, histoire de réduire à néant le mythe de la terre promise. Dans ce faubourg accueillant, l’environnement y tenait une place appréciable avec de nombreux parcs verdoyants, teintés de nuances chaleureuses. Les rues dégageaient un bien-être naturel proche d’une euphorie visible. Ce style de vie plaisait considérablement à ses amis européens qu’il fréquentait régulièrement. Au loin, à quelques minutes, à vol d’oiseau, il apercevait l’Empire State Building, immense et fier, au cœur même de Manhattan, le point désormais culminant de New York depuis les dramatiques attentats de septembre 2001. L’immeuble légendaire se dressait devant lui tel un fauve en furie. Il se remémorait la scène où King Kong escaladait le sommet de la tour, défiant les centaines de policiers et 10 de pompiers, séquestrant délicatement Fay Wray dans ses mains géantes. Puis il imagina le célèbre gorille abandonné la jeune femme sur la corniche, bravant ainsi l’escadrille d’avions qui se dirigeait vers lui. Il le revoyait s’écrouler dans le vide, criblé par les rafales des mitrailleuses. Il n’avait aucune chance de survivre face à de telles armes. Néanmoins, il avait osé affronter l’homme mais il avait malheureusement payé de sa vie. Il constata amèrement l’absence d’adulte pour surveiller ces enfants livrés à eux même. Il hocha tristement la tête. Les gens se lamentaient des conséquences parfois désastreuses que pouvait engendrer leur insouciance. Ils imputaient ensuite leur propre négligence à la société civile. Comme si un simple procès permettait d’effacer naturellement un accident en rapportant des liasses de billets de dollars ! Cette journée s’annonçait décidément sous de bien mauvais auspices et sa pauvre tête lui semblait bien trop lourde à supporter les incessants caprices de sa soupirante. Aujourd’hui, il n’avait aucune envie de faire l’amour, du moins, plus envie de consommer quelque chose avec cette foutue femme. Une demi-heure avant, probablement. Mais son ardeur sexuelle était désormais retombée au plus bas en contemplant sa maîtresse. Malgré tout, elle paraissait fraîche… Et terriblement excitante, allongée sur le lit, attentive et ouverte. Ce n’était plus d’actualité !, estima-t-il, énervé. Face à lui, la jeune et séduisante femme s’inventait un autre monde en gesticulant bêtement, sans réelle fantaisie. 11 Aussitôt étendue sur la couverture couleur or, elle s’était mise à rougir sournoisement, les bras dénudés posés en arrière. Son joli postérieur bombé au maximum et un sourire provocateur encourageaient les attitudes passionnelles de son compagnon de jeu en l’aguichant de manière érotique et sulfureuse. Manifestement, elle ne semblait pas avoir saisie réellement sa dernière attitude qui n’était pourtant pas si anodine. Elle avait toujours adoré s’exhiber devant des inconnus, aimant s’afficher comme une starlette. Elle dégrafa le premier bouton de son chemisier. Il jeta encore un coup d’œil dans la rue puis ferma les rideaux épais… Il n’avait nullement l’intention d’entreprendre quelque chose avec elle. Au contraire, il avait hâte de quitter cet endroit. Bizarrement, elle n’eut aucune réaction à son comportement troublant. Sans aucune discrétion. Sans aucun soupir également. Juste des gestes précis et souples qui démontraient un état d’excitation avancé. Son corps sublime, irréprochable comme celui d’un jeune mannequin de 20 ans, dégageait une ivresse réellement perceptible dans l’atmosphère brûlant de la pièce. Elle ne rêvait que d’une seule chose à ce moment précis… Elle poussa un long soupir de déception en remarquant la sollicitude injurieuse de l’homme, un affront que rarement ses amants osaient se le permettre. – Dépêche-toi Benjamin ! Tu sais bien que je ne suis pas trop patiente et mon mari peut débarquer à tout moment ! Elle jeta un regard soucieux en direction de la porte. Son maquillage abusif tentait de mettre 12 désespérément en valeur ses yeux bleus et son teint halé. Elle fit un petit mouvement de paupières. – C’est très étrange, ces derniers temps, j’ai l’impression qu’il ne travaille plus. Il m’évite presque… Il a peut-être remarqué quelque chose entre nous. Elle sourit naïvement. Benjamin, lui, restait toujours muet, près de la fenêtre. Il se grattait le front, une sorte de manie désagréable qu’il essayait vaillamment de combattre. – Certes, Tom ne me raconte pas tout comme au début de notre cher mariage, – 3 ans d’amours pas encore achevés –, mais j’ai l’impression qu’il a des soucis avec son directeur. Il s’emporte même de temps en temps sans aucune raison apparente, pour des broutilles. « Il n’aurait jamais du démissionner de JTS. », Ajouta-t-elle sérieusement. Comme dans un film érotique, elle poussa un cri presque imperceptible. – Inhabituel pour lui !, acheva-t-elle en baissant l’intonation de sa voix. Apparemment, elle se croyait irrésistible en pantalon de cuir noir moulant, qui lui collait abusivement à sa peau cuivrée par les rayons sophistiqués et revêtue d’un corsage transparent sans finesse. Sa main, entièrement recouverte de bagues grossières mais vivement colorées, commençait déjà à détacher le troisième bouton. Son autre main se glissait silencieusement, de bas en haut, le long de ses cuisses longilignes. Malgré tout, il ressentait une pigmentation grandir en lui… Elle poussa de légers gémissements lorsque ses doigts s’amusèrent en elle. 13 Épicurienne en plus ! Il fixa de nouveau la main agile de la femme en pleine extase. Elle s’amusait encore à le tester, à éprouver ses nerfs cependant il avait clairement décidé de ne pas céder à la tentation. A l’évidence, il maudissait ce parfum enivrant qui embaumait la pièce, cette odeur qui empestait tous ses habits et même sa propre peau. Il secoua la tête d’un air incrédule puis la dévisagea avec un certain mépris. Cette femme ne l’excitait plus. Pire, cette femme l’écœurait et à cette heure précise, il aurait pu facilement régurgiter son repas du midi. Il tourna la tête vers la porte. – Justement. Parlons un peu de ton mari… C’est une personne que j’apprécie particulièrement même si je ne l’ai pas revu depuis plusieurs semaines. Il fronça nerveusement les sourcils. Ce n’était jamais très commode de continuer une telle discussion, surtout dans une scène pseudo charnelle qui se déroulait avec une femme, en rut. Il n’avait pas le désir de lâcher prise malgré la controverse que cela devait obligatoirement engendrer. – Je ne peux pas t’en dire davantage. – Il parie encore sur des chevaux ? – Impossible de savoir !, rétorqua-t-elle d’un ton qui prouvait son ignorance. – Je m’inquiète pour lui. Il est si fragile moralement… Si distant avec ses proches. Il ne répond plus à mes mails. Il ne m’appelle plus sur mon portable. Il ne déjeune même plus avec ses collègues. « J’ai l’impression qu’il se détache peu à peu de la vie. », Attesta-t-il tristement. – Et alors ?, soupira-t-elle… 14 Elle détourna sa jolie frimousse vers la gauche et gémit péniblement, comme pour affirmer ouvertement sa contrariété. Elle aimait particulièrement se plaindre de son sort et provoquer un sentiment de pitié à son égard. Inconsciemment, il remarqua la couleur rose fuchsia de son rouge à lèvre qui débordait légèrement sur sa dentition blanche écarlate. Faisait-elle exprès de passer délicatement sa langue pour gommer le produit qui se dérobait ? Il ne pouvait répondre totalement à cette question mais ses gestes grotesques et anodins l’irritaient particulièrement. De nouveau, il la fustigea d’un regard sombre. La réaction de sa maîtresse fut brutale et sans équivoque. – Oublie-le de temps en temps et pense un peu à nous ! C’est un perdant qui ne mérite ni ta compassion, ni ta compréhension !, s’écria-t-elle froidement. Elle ajouta aussitôt. – Un vrai perdant ! Surpris par cette réplique hargneuse et déplacée, Benjamin Stronger serra brutalement la mâchoire. Des sillons, exprimant son exaspération, se dessinèrent partiellement le long de son cou. Il comprima fortement les poings. – Arrête Eleen. Je n’ai plus envie de poursuivre cette discussion inutile ! Je ne supporte pas que tu colportes de telles insinuations sur ton mari. De toute manière, tu ne l’as jamais compris ! Tu ne piges pas qu’il puisse passer un mauvais cap ! – Tant mieux !, avoua la jeune femme d’une voix soumise. Passons à des choses nettement plus 15
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