Deleuze et l'humour - Page 1 - Collection Livre’L - Oublions la mort !, J-M. Frey - Naître et mourir, c’est la condition humaine, J. Ricot - Penser la mort pour vivre bien, J-L. Nativelle - Avons-nous besoin d’aimer pour vivre ?, A. Guigot - « Vivre, mourir et revivre » dans la musique symphonique des XIXe et XXe siècles, P. Lang - Le bonheur est-il le but de l'existence ?, J. Ricot - Bonheur et sagesses orientales, R. Depierre - Bonheur et communauté, J-M. Frey - Doit-on vraiment rechercher le bonheur ?, J. Gaubert - Les (nouveaux ?) populismes, M. Souchard - Populisme et multitude artiste, J-C. Pinson - Pourquoi en appeler au peuple ?, J-M. Vienne - La crise de la représentation en politique, J. Gaubert - Le statut du mourant, R W. Higgins - La dignité du mourant, J. Ricot - La place du mourant, P. Baudry - « Bellicisme » ou La guerre selon Nietzsche, B. Benoit - Terrorisme ou Du 11 septembre au 11 mars, P. Hassner - « Machiavélisme » ou Guerre et conflictualité dans la pensée de Machiavel, T. Ménissier - « Pacifisme » ou Faut-il vouloir la paix à tout prix ?, J. Gaubert - Le Mal totalitaire, J. Gaubert - La Servitude volontaire, M. Malherbe - L'Ordre établi, J-M. Frey - La Révolution, Y. Quiniou ISBN 978-2-915725-42-1 © Éditions M-Éditer http://www.m-editer.com Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. TABLE DES ABRÉVIATIONS BIBLIOGRAPHIQUES Cette table est obtenue selon « les critères bibliographie-biographie » définis par Deleuze (Ppr 188, F 7). La co-écriture Deleuze-Guattari est indiquée par « D&G ». Inédit « des années 50 » : « Cause et raisons des îles désertes » (repris dans Île) …………………....« Îles » 1953 : Empirisme et Subjectivité (PUF) ………….ES 1956 : « Bergson » in Merleau-Ponty (éd.), Les philosophes célèbres………………………………. « B » « La conception de la différence chez Bergson », Etudes bergsoniennes …………………………….dB 1962 : Nietzsche et la philosophie (PUF) ……. N&Ph 1964 : Proust et les signes (PUF, éd. augmentée 1970)………………………………………….……...P 1966 : Le Bergsonisme (PUF) …..…………………..B « Philosophie de la Série Noire », Arts et Loisirs ……………………………………………….…... SN 1967 : « La méthode de Dramatisation », 28 janvier ………………………………………………..….. mD « A quoi reconnaît-on le structuralisme ? »...S? Présentation de Sacher-Masoch (Minuit)..SM 1968 : « Sur Nietzsche et l’image de la pensée », Les Lettres Françaises, n° 1223, 28 février ………….IM Différence et Répétition (PUF) ………..... DR Spinoza et le problème de l’Expression (Minuit) …………………………………………………. S&e 1969 : Logique du Sens (Minuit) …………………. LS 1972 D&G : L’Anti-Œdipe (Minuit) …………….. aO 1975 D&G : Kafka (Minuit) ………………………. K 1976 D&G : Rhizome (repris dans Mille Plateaux) 1977 : Dialogues avec Claire Parnet (Flammarion) ..D 1980 D&G : Mille Plateaux (Minuit) …………… MP 1981 : Francis Bacon : Logique de la Sensation (La Différence ; Le Seuil 2002) ………………… FB 1983 : Cinéma 1 – L’Image-Mouvement (Minuit) C1 1985 : Cinéma 2 – L’Image-Temps (Minuit) ……C2 1986 : Foucault (Minuit) ………………………….. F 1988 : Le pli. Leibniz et le baroque (Minuit) …... PLz Périclès et Verdi (Minuit) ……………… P&V 1990 : Pourparlers (Minuit) …………………….. Ppr 1991 « D&G » : Qu’est-ce que la Philosophie ? (Minuit) ……………………………………….. Qph? 1992 : L’Epuisé (in Samuel Beckett, Quad) ……. Bck 1993 : Critique et Clinique (Minuit) ……………. CC 2002 : L’Île déserte. Textes et entretiens 1953-1974 (Minuit) ………………………………………..... Île 2003 : Deux régimes de Fous. Textes et entretiens 1975-1995 (Minuit) Fous En raison de la fonction donnée par Deleuze à la méthode bergsonienne, nous adopterons pour les livres de Bergson les abréviations deleuziennes (B 1) : Essai sur les Données immédiates : DI ; Matière et Mémoire : MM ; Le Rire : R ; L’Evolution créatrice : EC ; L’Energie spirituelle : ES ; Durée et Simultanéité : DS ; Les deux sources de la morale et de la religion : MR ; La Pensée et le Mouvant : PM. Deleuze et l’humour Jean-Claude DUMONCEL Jean-Claude Dumoncel a enseigné à l'Université de Caen. Ses travaux laissent agir deux lignages de pensée habituellement tenus pour incompatibles. D'une part, Deleuze a montré comment une conception sélective de la division dialectique initiée chez Platon s'est perpétuée chez Leibniz et Bergson. D'autre part la tradition d'Aristote, Leibniz et Russell a forgé une logique devenue un outil d'analyse philosophique de plus en plus efficace. Les œuvres de C. S. Peirce et de Whitehead attestent que ces deux voies sont compatibles. D'où l'ouverture d'un champ de recherche où tous les problèmes philosophiques peuvent être affrontés enfin avec les moyens à leur mesure. 8 Deleuze et l’humour Jean-Claude DUMONCEL Deleuze et l’Humour Jean-Claude DUMONCEL I. L’HUMOUR TRANSCENDANTAL L’opposition entre ironie et humour est dominante chez Deleuze (Dia 83) : L’humour juif contre l’ironie grecque, l’humour-Job contre l’ironie-Œdipe, l’humour insulaire contre l’ironie continentale ; l’humour stoïcien contre l’ironie platonicienne, l’humour zen contre l’ironie bouddhique ; l’humour masochiste contre l’ironie sadique ; l’humour-Proust contre l’ironie-Gide, etc. C’est la Litanie de l’Humour. Puisque l’humour peut y trancher, p. ex, entre Platon et le Portique, on voit que dans la litanie la différence entre ironie et humour donne une véritable procédure de décision philosophique où l’humour est la pierre de touche, indiquant à chaque fois le bon choix 9 Deleuze et l’humour Jean-Claude DUMONCEL philosophique. Autrement dit Deleuze découvre dans l’humour un véritable transcendantal, dont nous allons avoir à nous demander comment il est possible. II. HUMOUR, IRONIE, SATIRE : LE SPECTRE DE L’ESPRIT Le mot d’esprit a trois formes principales : satirique, ironique et humoristique. L’Humour, l’Ironie et la Satire (LS 287-9) sont donc ce que Deleuze appelle (QPh 80) « les catégories de l’Esprit », objets de « la philosophie comme philosophie de l’esprit » (DR198). Un point commun de tous les mots d’esprit est d’avoir une victime ou une cible. Ce qui permet de définir les catégories de l’Esprit respectivement comme l’esprit en troisième, seconde et première personne. La satire peut s’exercer en l’absence de sa victime, c’est l’esprit en troisième personne. Mais ironiser suppose la victime devenue interlocuteur que l’on prend au mot pour le retourner contre lui. C’est l’esprit en seconde personne. Enfin l’humour se distingue par sa capacité à prendre l’humoriste pour cible, c’est l’esprit 10 Deleuze et l’humour Jean-Claude DUMONCEL en première personne, quand « le respect aristocratique pour les causes du malheur ne fait qu’un avec l’impossibilité de prendre au sérieux ses propres malheurs » (N&Ph 135). Dans l’Esprit, ses trois formes n’ont pas la même valeur. Deleuze opère une division platonicienne de l’Esprit en deux filtrages successifs. D’abord la satire n’occupe qu’une place marginale, marquée par l’usage de l’injure et de l’obscénité (LS 287). Ensuite « Ce qu’il y a de commun à toutes les figures de l’ironie, c’est qu’elles enferment la singularité dans les limites de l’individu ou de la personne » (LS 165). La forme supérieure de l’esprit est donc l’humour. Mais le point commun aux trois variétés de l’Esprit a aussi sa moralité : DR 177 Qu’est-ce qu’une pensée qui ne fait de mal à personne, ni à celui qui pense, ni aux autres ? Cependant la position d’une telle question nous conduit naturellement à poser aussi la question plus simple mais plus radicale qu’elle contient : Qu’est-ce que penser ? 11 Deleuze et l’humour Jean-Claude DUMONCEL III. QU’EST-CE QUE PENSER ? LA PENSÉE PARMI SES PRÉTENDANTS Bachelard déclare en 1938 : L’opinion pense mal ; elle ne pense pas…1 Pris au pied de la lettre, ce verdict est évidemment contradictoire. Mais cette contradiction résulte d’une carence de vocabulaire. Il va de soi que dans un certain sens du mot « penser », même une opinion est une « pensée ». Mais en décidant que l’opinion ne pense pas, Bachelard nous conduit inversement à poser une question qui est en amont de son verdict : Qu’est-ce qu’une pensée digne du titre de pensée ? C’est en ce sens que nous prenons la question « Qu’est-ce que penser ? ». Car c’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’interrogation deleuzienne sur la pensée, à commencer par son explication de la correspondance entre Artaud et Rivière. Selon Deleuze « rien n’est plus exemplaire » que ce quiproquo. Rivière semble répéter le Discours de la Méthode énonçant que « ce 1 La formation de l’esprit scientifique, Vrin, p. 14. 12 Deleuze et l’humour Jean-Claude DUMONCEL n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien » en suivant le bon chemin. Artaud dit que le problème (pour lui) n’est pas d’orienter sa pensée, ni de parfaire l’expression de ce qu’il pense, ni d’acquérir application et méthode, mais d’arriver tout court à penser quelque chose. Son problème n’apparaît qu’en parallèle avec celui de Schreber, lu lui-même en parallèle avec Platon racontant le parcours de la pensée en trois temps : rencontre des contradictions du sensible, réminiscence, dégagement de l’Idée (DR 184-185) : Le président Schreber à sa manière reprenait les trois momens de Platon, en les restituant à leur violence originelle et communicative : les nerfs et l’annexion des nerfs, les âmes examinées et le meurtre d’âmes, la pensée contrainte ou la contrainte à penser. De même pour l’œuvre d’après Artaud : compulsion de penser qui passe par toutes sortes de bifurcations, qui part des nerfs et se communique à l’âme pour arriver à la pensée. 13
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