Je croyais vivre un bonheur sans nuage - Page 1 - Yves Jonquet Je croyais vivre un bonheur sans nuage Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 5 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0062-8 Dépôt légal : Février 2009 © Yves Jonquet L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu du dit l’ouvrage. 6 Familles d’ouvriers de père en fils, Henri Ballestre et son meilleur ami Louis Maistre avaient usé leur pantalon sur les mêmes bancs de l’école communale. Ils avaient tous deux partagé leur jeunesse et avaient même fait la connaissance de sœurs jumelles. Ils se marièrent le même jour à la mairie de Beaune. Cette région, dont la majorité des habitants vivait de polyculture, d’élevage, de la forêt, enfin de viticulture qui les incita à reprendre une petite entreprise artisanale de fabrication de tonneaux. Quelques-unes d’entre-elles avaient fermé pour la légitime raison que leur patron avait l’âge de prendre la retraite, d’autres et ils étaient peu nombreux la concédèrent à leurs enfants. Ce faisant, ces deux amis s’installèrent en aveugle, sans trop se poser de questions quant à savoir s’ils auraient assez de travail pour survivre, ils partirent du principe que cette région était propice à la confection de tonneaux. La Bourgogne tire son prestige mondial de ses vins : Chablis, vin blanc de l’Yonne ; Côte-de-nuits ; Côte-de-Beaune ; enfin le Beaujolais. Les Américains venant en France ne faisaient qu’accentuer leur vente. 9 Henri forgeron de métier, Louis sachant travailler le bois… quelle belle équipe formaient-ils ! Tous les ingrédients étaient réunis pour qu’ils puissent avancer sans trop se tromper que leur entreprise serait florissante… 10 – Oh, viens voir ! Dit madame Ballestre à sa fille Josette, âgée d’une vingtaine d’années. Elle préparait son bac, avait déjà connu un premier échec, avait donc beaucoup de retard. Viens vite, te dis-je ! Dépêche-toi ! – Maman, serais-tu pressée à ce point ? Tu deviens vraiment très contraignante ! – Comment me parles-tu, ma fille ? Et sur quel ton ! Si ton père t’entendait, malgré ton âge avancé, il te priverait de dessert comme il le fit dans le temps ! – A mon âge, on n’est plus une gamine ! La peur d’être privée de dessert ne m’affecte guère. Dis-moi, maman, oserais-tu en parler à papa ? – Pourquoi me prendrais-tu pour une moucharde ? Je t’aime trop ! Sa fille s’approchant de la fenêtre, tout près de sa mère : – Quoi ! dit-elle. Mais, il n’y a rien à voir, mais vraiment rien ! – Quoi, rien ? Tu as raison, répondit la mère… il fait si froid dehors ! Notre appartement est tellement surchauffé que la buée se dépose sur les vitres. J’ai pourtant fait le ménage de fond en comble, notamment essuyé les carreaux… mais puisque le 11 temps est contre nous… regarde, ce sale temps ! C’est un temps à la pluie qui va chercher la neige. Pour aller plus vite, j’essuie les vitres avec mon coude, malgré ce, j’en conviens ma fille, tu as raison… c’est à peine si on l’aperçoit. Je dirais même que les ayant essuyées… va vite chercher un chiffon, afin que nous puissions mieux voir la mariée ! – Es-tu bien sure de voir une mariée ou sa robe blanche se fondrait-elle avec la blancheur de la neige ? Tiens, tu vois bien, il n’y a rien à voir ! – Te moquerais-tu de ta mère ? La voilà ! Ah, je ne rêvassais pas, c’est bien une mariée ! – Oui, maman tu as raison… mais qui est-ce ? – Ne la reconnais-tu pas, ma fille ? – Tout de même, répondit Josette, c’est une fille de notre quartier ! – Quand même ! – Je n’en suis pas absolument sure, ne restons pas sur notre faim, ouvre en grand la fenêtre pour que nous puissions la dévisager. – Coquine, que tu es ! Bien curieuse, maintenant ! Je t’en prie Josette, ferme donc, tu vas me faire attraper un refroidissement ! – Maman, accorde-moi quelques secondes ! Je t’en prie maman, je veux absolument la voir, j’ai tellement envie de me marier ! – Je te comprends, à ton âge rien de plus normal ! Sache une chose… ce n’est pas en restant enfermée à la maison que tu connaîtras un garçon ! Réticente à ouvrir la fenêtre, sa fille prit les devants et sans même lui en demander la permission, la réouvrit toute grande. 12 – Tu me fais geler. Avec toi, on chauffe pour rien dans cette maison ! Tu crois que ton père, en bas, dans son atelier, doit avoir aussi chaud que nous ? Il travaille, fait des tonneaux pour gagner de l’argent. Et toi, ma Josette, jettes l’argent par les fenêtres ! – Maman, tu n’avais pas à me dire qu’il y avait quelque chose à voir ! Je la reconnais ! – Tiens, qui est-ce parbleu ? – Maman, cette fille allait au lycée avec moi… elle s’appelle Babette, de fait, elle s’appelle Elisabeth. J’ai de très mauvaises choses à son sujet à t’apprendre. – Lesquelles ? – … Son père boit, ne travaille jamais. Sa mère ne se fait qu’avec des femmes de rue, de véritables « grognasses » ! Elle fait la vie. Quand je dis, elle fait la vie… reçoit chez elle des clients qu’elle fait payer. Le prix cher, d’ailleurs… alors qu’il est peu probable de trouver femme aussi laide. Pourtant elle doit savoir prendre les hommes ! Pour éviter des frais, elle ne loue pas de garçonnière, mais ose faire monter les clients dans son appartement. Appartement même où vivent son soûlard de mari et Babette qui assistent à un remue-ménage, qu’aucune personne bien équilibrée ne pourrait supporter. Son père, bourré toute la journée, arrive même à se faire des copains des amants de sa femme. Outre que cette maison est devenue par le fait même un véritable bordel, il se dégage de cet appartement une odeur nauséabonde… Babette s’est toujours plaint d’avoir eu une très mauvaise enfance. Malgré, son jeune âge… elle devait avoir, à ce moment-là, dans les dix-sept ans… elle est toujours intervenue auprès de ses parents, leur démontrant qu’en mettant chacun du sien, ils 13 arriveraient certainement tous deux à reconstituer un couple enviable, mais ce fut pour elle peine perdue. Le ménage s’était déjà dégradé depuis longtemps : la mère fainéante trouvait quelque compensation à faire la bordille… non pas qu’elle eût tellement été attirée sur un plan sexuel par les hommes, mais y voyait, dans la façon de se comporter, matière à gagner sa vie confortablement, sans trop se fatiguer toutefois ; le père, au départ ébéniste de son métier, aurait très bien pu se comporter normalement, mais devant les agissements qui ravalaient sa femme au niveau bestial, se mit à boire, ce ne fut pas, cependant, la meilleure façon qui eût pu le sortir d’affaire. Dégoutté, il noya son chagrin dans la bouteille, ne trouvant pas de solution interchangeable. La fille les cachait bien pour le rendre à la raison ; malgré ce, quand il lui manquait sa drogue, se retournait vers sa femme, la battait prétextant qu’elle devait boire elle aussi et par le fait même vidait les bouteilles avant que lui-même n’ait pu en goûter le nectar. …As-tu assez de clients actuellement ou te font-ils défaut pour qu’à ce point tu me prives de cet élixir ? Au cas contraire, si tu eusses l’impertinence de m’avouer que les clients te manquent, arrange-toi pour en avoir davantage : il me faut absolument du vin ! J’ai des clients plus qu’il n’en faut ! Mais tu bois comme un trou et m’en demandes toujours davantage. Dans le cas où cette somme ne te suffirait point, adresse-toi à ta fille, fais-la tapiner, elle est très jeune et les vieux en sont friands. – D’après ce que tu sembles m’expliquer, Babette a vraiment eu une vie hors du commun. 14 – Le plus gênant, maman, est qu’elle osait raconter aux élèves du lycée, dont moi-même faisais partie à ce moment là, ce qu’elle aurait dû taire. Elle aussi bien que moi avons pégué au bac. – Vous n’avez pas échoué à l’examen pour les mêmes raisons. Babette pour avoir mal vécu son enfance, toi pour avoir certainement fréquenté en cachette un garçon. A ton âge, les filles n’osent se confier aux parents. – Maman, je ne fréquente aucun garçon, puisque je viens de te dire, à l’instant même, que mon plus grand désir serait de me marier. – Quel âge a-t-elle maintenant ? – Un an de moins que moi, je pense ! – C’est drôle, je ne la connais pas et combien de fois vins-je te chercher au lycée ! – Si, maman, tu la connais ! Souviens-toi, un jour alors que tu étais passée me prendre avec papa, que nous étions pressés de nous rendre à Deauville passer le week-end, tu as assisté à une scène abominable, son père, sans savoir ni pourquoi ni comment, la laissa presque raide morte devant le portail. – Pauvre fille ! Oui, je me le rappelle ! Babette de raconter : Le Proviseur a même dû intervenir, appela même les gendarmes. Une enquête fut menée. La DASS fut même au courant de cette affaire qui fit beaucoup de bruit à l’école. Elle est même intervenue auprès des parents pour l’en soustraire. La mère aurait répondu : s’il ne s’agit que de cela… vous pouvez donc la prendre sans aucun scrupule. Elle nous gêne, dit-elle, plus qu’elle ne nous apporte de satisfaction ! 15 Elle travaille mal à l’école comme moi d’ailleurs lorsque j’avais son âge. Vous n’avez point à me critiquer. N’ayant obtenu aucun diplôme, vous me direz que j’aurais pu faire des ménages… mais ils fatiguent et sont très mal payés. Passer la serpillière toute ma vie ne m’aurait convenu. Je préfère à tout prendre faire du cheval avec les hommes. Jugez-en vous-même, je ne pense pas m’en sortir trop mal, la maison est bien meublée. Le trottoir ne serait-il fait que pour faire pisser les chiens ? Regardez, je ne mens jamais ! Elle sortit de sa poitrine opulente, sans discrétion aucune, une liasse d’euros qui fit rêver les deux responsables de la DASS. Oui, répondit l’un, vous semblez bien gagner votre vie, mais pensez-vous à votre fille ? Vous faites monter, me dites-vous, dans votre appartement vos clients. Seriez-vous sourd à ce point et aimeriez-vous faire répéter ? Me croyez-vous assez riche pour payer deux loyers ? Votre fille, madame, ne peut absolument pas vivre la vie que vous lui faites mener, ou vous changez votre fusil d’épaule ou vous allez nous contraindre à agir d’une autre façon ! Par-dessus le marché, ne voyez-vous pas que vous faites de l’esprit ? De quel fusil changerais-je d’épaule, seuls les hommes me chassent ! Ne faites point d’esprit avec nous, répondit la dame de la DASS. Nous voulons vous faire comprendre qu’il vous faut changer de vie, il en va de votre intérêt et tout rentrera dans l’ordre ou vous nous mettrez dans l’obligation de vous enlever votre 16
Je croyais vivre un bonheur sans nuage - Page 1
Je croyais vivre un bonheur sans nuage - Page 2
wobook