Alive connexion - Page 1 - test Alive Connexion M.C. Gallet Alive Connexion Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0590-6 Dépôt légal : Janvier 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Partie I Les Combattants 9 Chapitre 1.1 Plic. Plic. Plic. Plic. Plic. Plic. Le bruit fortement stressant était régulier. Les unes après les autres, telle une chaîne interminable, les gouttes d’eau venaient s’écraser dans une vaste flaque noirâtre. Boueuse. Sans fond. Plic. Plic. Plic. Plic. Le cul-de-sac paraissait désert : pas âme qui vive. Le sol était sale. Les murs, détruits. Les poubelles ? Tristement renversées sur le flanc. Le paysage alentour était tout aussi chaotique. Un véritable dédale de ruelles toutes aussi fuligineuses les unes que les autres. Des maisons et bâtiments aux fenêtres cassées semblant inhabités. L’air lourd. Trop, lourd. Pesant. Donnant une atmosphère assez étrange à l’endroit. Et ce ciel ! Ah. Aussi gris qu’un jour de tempête. Empli de nuages noirs rappelant les ténèbres. La nuit approchant, le soleil avait comme soudainement… disparu. Et pourtant. Un faible rayon doré vint timidement éclairer une masse inerte, recroquevillée au fond de l’impasse. Ce même rayon fit danser de doux reflets sur ce qui semblait être une chevelure sombre. – Hmmm. Le grognement brisa l’interminable silence qui avait emprisonné le village fantôme. La fameuse masse, qui était en fait un corps, se redressa lentement. Vacillante. Comme engourdie par un sommeil trop long. – Ma tête… Doucement, elle étendit une jambe. Puis l’autre. Secoua la tête. Leva les deux bras vers le ciel. Etouffa un bâillement. Comme si cela était la chose la plus ordinaire du monde. Pourtant, elle ne voyait ni n’entendait rien. 11 – Newton, Newton… Cruel besoin de se répéter cela. – Professeur Newton. Comme si ce simple nom était gravé depuis toujours dans son jeune esprit. Pourquoi ? Comment ? Mystère. – Je ne dois pas rester là. Trouver… Newton. Oui, trouver… Elle s’appuya – ou du moins tenta de s’appuyer – contre le mur, ne sentant que très peu le contact avec la pierre visqueuse. – J’ai mal. Elle fut debout. Restant immobile quelques minutes, elle tendit lentement les bras vers l’avant. Puis, tel un mort-vivant, se mit à avancer. Trébuchant. Tombant. Se relevant à chaque fois. – Pourquoi ai-je si mal ? Plic… Plic… Le bruit devint de plus en plus lointain. Il s’atténua d’ailleurs avant de disparaître totalement quelques pas plus loin ; quelques secondes plus tard. – Newton… C’était sa seule pensée. Son unique obsession. Il n’y avait rien d’autre. Un vide total. Un trou béant. Etait-elle amnésique ? Non. Elle n’avait pas de mémoire. – Professeur Newton. Elle continua de déambuler lentement, ne se préoccupant guère du chemin à suivre. Elle marchait tel un automate. Comme si ses jambes savaient exactement où aller. Avancer. Trouver Newton. Rien d’autre. Et puis, soudain, le temps qui change. Une brise légère jouant avec quelques vieux papiers traînant sur le sol. Une sorte de brume enveloppant peu à peu les tristes bâtiments. Rendant bien vite, d’ailleurs, la vision impossible à plus de cinq mètres. L’air plus vif. Plus piquant. Mais ce n’était pas le plus étrange. On pouvait maintenant entendre… Des voix. Oui. De faibles murmures au discours incompréhensible. « Qu’est-ce ? » Au fil des minutes, la force, les sens, semblèrent lui revenir. Levant les yeux vers le ciel, elle sourit face au spot lumineux semblable à la pleine lune. « Oui… Oui. » Elle inspira l’air frais à pleins poumons. Comme si c’était la première fois de sa vie. 12 Ce qui n’était pas totalement faux : cela lui procura une sorte… d’apaisement. Et lui donna du courage. Beaucoup de courage. A vrai dire, il allait lui en falloir pour affronter la suite des évènements. La jeune fille – ou du moins, la chose qui y ressemblait fortement – fronça soudainement les sourcils, en alerte. Etrange. Elle sentait maintenant comme une présence. Si proche, mais si lointaine à la fois… Et son instinct lui indiquait clairement que ce n’était pas sans rapport avec les murmures incessants. Mais que devait-elle, que pouvait-elle faire ? – Newton. D’abord Newton. Mais rien n’y fit. Elle changea brusquement de direction. Obliqua vers la droite. Puis, sentant l’adrénaline monter en elle tel un enfant en train de chaparder des sucreries dans le dos de sa mère, se mit à courir d’une foulée désordonnée mais néanmoins rapide. Soudain… – Aïe ! Alors qu’elle survolait les rues pavées, elle se retrouva brusquement au sol, plaquée par la force invisible. Et, lorsqu’elle se défendit, une décharge électrique lui parcourut instantanément le corps. Les murmures s’intensifièrent. Mais quand l’étreinte se desserra l’espace d’un instant, elle en profita pour bondir en avant, se collant quelques mètres plus loin contre un mur visqueux. Haletante. – Il faut… Il faut… De l’ordre. Oui, de l’ordre. Trouver les gens. Trouver Newton. Sans difficulté, elle sauta puis attrapa le rebord d’une fenêtre au-dessus d’elle : l’ascension de la Grande Tour commençait. Alors elle se hissa souplement, découvrant au fil des minutes ses quelques capacités. Certaine souplesse. Etonnant sens de l’équilibre. Perception des moindres détails à des dizaines de mètres. Des moindres pièges tendus par les ombres. « Encore quelques mètres… » Seule la force semblait lui faire défaut. La créature pesta bruyamment. Puis, avec une grimace de douleur, arriva enfin au sommet de l’édifice. Le spectacle qui l’attendit en haut la laissa d’ailleurs longuement perplexe. Désert. Ruines. Seuls ces quelques mots pouvaient exprimer ce qu’elle voyait en ce moment même. « Qu’est-ce ? Qu’est-ce ?! » Un dôme bleuté semblait recouvrir la ville. Une force, une puissance, s’en dégageant. 13 C’en était trop, il fallait qu’elle s’en approche : alors elle sauta dans le vide. Chuta une cinquantaine de mètres… Et se réceptionna souplement sur le sol. « Hum. Pratique. » Un fin sourire naquit sur ses lèvres blanches. Tout en se passant la main dans les cheveux, elle regarda à droite. Puis à gauche. Pour enfin décider de s’élancer vers le nord. Les bâtiments se bousculaient dans son champ de vision, défilant à la vitesse du vent. Cent mètres… Cinquante mètres… La Chose gronda, peu satisfaite : cela ne se passait pas du tout comme prévu. Elle bondit sur le toit de l’immeuble voisin, essayant de ne pas la perdre des yeux. Elle tourna à droite, longeant ainsi un sombre hangar, prit la deuxième à gauche, puis, après une seconde d’hésitation, se mit à courir de plus belle. Tremblant d’excitation, elle cessa bientôt sa course folle. Elle était comme… attirée par ce halo de lumière. C’est au détour d’une petite ruelle, presque imperceptible dans la pénombre, qu’elle le vit la première fois. Il était… Terriblement imposant. Terriblement mystérieux. Marchant lentement, elle tendit le bras gauche, effleurant la surface bleue du bout des doigts : celle-ci était étrangement vaporeuse. Une jeune fille se tenait en face d’elle. Et elle avait la même expression de surprise peinte sur le visage… Longue observation : traits hésitant entre douceur et dureté. Etrange contraste entre peau diaphane et chevelure d’ébène. Yeux trop clairs. Silhouette indécise. Aura indiquant une puissance indéniable, mais regard fuyant. Un être paradoxal. « Moi. Moi-même. » Elle recula précipitamment de quelques pas… et son reflet en fit de même. « NON ? » Elle échappa un cri d’effroi à l’apparition d’autres personnes derrière elle. Mais dans la ruelle ? Rien. Même désert. Même silence. Personne ! La jeune fille fit de nouveau face au dôme. ILS semblaient comme lointains. Immobiles. Effacés. – Que voulez-vous ? Elle essaya d’approcher, tentant d’en savoir un peu plus. 14 La chasse devint soudainement beaucoup plus aisée, la proie s’étant miraculeusement immobilisée. Elle rétracta ses griffes, son épaisse crinière dressée en pointe audessus de sa large tête. Elle se mit à pester contre la présence invisible ; contre les puissantes décharges électriques. Pourtant, elle avait comme l’agréable impression de braver un interdit en agissant de la sorte. En s’obstinant. En continuant de faire courir ses longs doigts fins sur la surface bleue, allant même jusqu’à poser ses deux mains dessus. Rien. Il fallait se rendre à l’évidence. Malgré les voix, il ne passait strictement rien. Nada. Les personnes n’étaient plus là. Profond soupir de découragement. « Et maintenant… Que vais-je faire ? » Alors, automatiquement, elle fourra ses mains dans les poches de son pantalon. Puis, tournant les talons, repartit en sens inverse. Errant telle une âme en peine. – Promenons-nous dans les bois, pendant que le loup n’y est pas… Même sans connaître la réalité, même sans n’avoir jamais rien vécu, elle possédait en mémoire un nombre impressionnant d’images. Mais il ne s’agissait pas des souvenirs, vu qu’elle n’y apparaissait jamais. Juste des choses… innées. Comme si savoir un nombre incalculable de comptines allait de soi. – Qui a peur du grand méchant loup… Mais pourquoi, pourquoi, chantait-elle cela ? – Loup, y es-tu… Léger craquement, grondement, immobilisation. – Qui est là ? La Chose hésita quelques secondes : elle était repérée. Elle voulut quitter la nappe de brouillard, mais se ravisa finalement au dernier moment. Comment sa proie avait-elle fait ? Peu importe. Maintenant, il fallait assumer. Changer de plan. Même si son but restait strictement le même. Elle se tapit sournoisement dans l’ombre, attendant le prochain bon moment. – Qui est là ?! La jeune fille avait la méchante impression d’être traquée par un je ne sais quoi. Et ce petit jeu ne lui plaisait pas, mais alors pas du tout. 15 Un pas. Deux pas. Trois pas. Avec vivacité, elle pivota… et retint de justesse un hurlement. Il y avait bien quelque chose. Et même si la silhouette demeurait floue, on devinait sans difficulté que c’était tout, sauf sympathique. Quelque chose de grand. De puissant. D’élancé. Et sans doute assoiffé de sang. – Approche, monstre, si tu l’oses… Mais il ne bougea pas. Un pas. Deux pas. Trois pas. Regard par-dessus l’épaule. Le monstre désormais à moins d’une dizaine de mètres. Alors elle se pencha. Ramassa un caillou de belle taille. Inspira longuement. Serra les poings. Se retourna : grave erreur. « Bouh ! » Le cri qui suivit déchira brusquement la nuit noire : il était maintenant en face d’elle. Lui, tout entier, avec ses énormes pattes et ses crocs de la taille d’un avant-bras. – NON ! Ne dit-on pas que le meilleur moyen de défense, dans la plupart des cas, c’est la fuite ? [Certes, c’est un exercice risqué quand une chose monstrueusement inconnue vous chasse. Mais qui ne tente rien… n’a rien !] La jeune fille bondit, détalant bientôt à une vitesse folle dans les ruelles. Sourire intérieur de la bête. « Mission réussie ! Enfin… presque. » Elle se mit à galoper sur les talons la petite nouvelle, trouvant la poursuite franchement amusante. Mais elle veillait toujours minutieusement à ce qu’elle prenne la bonne direction. Ce serait quand même fort dommage de la perdre si proche du but… Shadow ralentit finalement le rythme : le Manoir était en vue. « Plus que quelques mètres ! » Essoufflée, au bord du malaise, la jeune fille découvrit – par hasard ? – une vaste habitation. Où elle pourrait peut-être trouver refuge ! Seul obstacle considérable : une grille de fer forgé. Priant de toute son âme, elle se rua pourtant dessus. Prit son appel. Bondit avec l’énergie du désespoir. Miracle : ses mains trouvèrent une prise ! A l’aide d’un coup de rein, elle arriva au sommet. Et accrocha, au passage, sa cravate rayée. – Ouvrez-moi ! Coupant à travers le gigantesque jardin à l’aide de ses dernières forces, elle ne cessait de hurler. – S’il vous plaît ! 16
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