Vous avez de mes nouvelles ? - Page 2 - test Rusbee Legueleck Vous avez de mes nouvelles ? Recueil de Nouvelles Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0652-1 Dépôt légal : Juin 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire UN DRÔLE DE COCKTAIL ............................... 11 RÉFUGIÉE (Je suis née en 1928)… ......................................... 25 LES CHIENS ABOIENT, LA CARAVANE PASSE (Les malheurs d’un touriste).................................. 43 UN LONG, TRÈS LONG RÉVEILLON….......... 73 ALOHA VERSION ROUGE SANG (Meurtres au domaine vinicole « Aloha »)............ 83 DÉRIVES NOIRMOUTRINES ............................ 129 9 Présentation À une époque où « la différence » semble primer, à une époque où le fait de vivre ne suffit plus, à une époque où l’homme ne veut plus ressembler à « un homme », je crie mon incompréhension ! Les plus grands responsables politiques et leurs différentes idéologies ne peuvent se permettre de faire n’importe quoi sans marquer « L’Histoire » à tout jamais. Pourtant, cela existe et se répète sans cesse depuis la nuit des temps ! Apparemment, personne ne s’en soucie… En passant par des faits divers que nous connaissons trop bien et qui concernent des enfants, je veux décrire ce que serait le monde sans ce racisme et cette intolérance qui le minent. Tout en étant pleinement conscient que la plupart du temps, ces attitudes ne font que masquer l’appât du gain et du pouvoir. Dans cette nouvelle, j’ai donné « justement » la parole à des enfants ! 13 – Vas-y Chen, envoie la balle. – Je fais ce que je peux. Ce n’est pas un jeu pour une fille… Il était dix heures et il y avait beaucoup d’animation dans la cour de récréation de la petite école primaire de Martelange, un petit village de la Province de Luxembourg en Belgique. Les enfants jouaient sous la surveillance bienveillante de leur maîtresse madame Petibon. – Chen… Siam… Si possible, j’aimerais que vous alliez jouer au ballon un peu plus loin. Il serait souhaitable que nous puissions garder les fenêtres du réfectoire intactes. Elle avait une tendresse particulière pour ces deux enfants. Chen était d’origine chinoise et Siam d’origine tibétaine. Leurs pays étaient en guerre. Rien n’aurait jamais dû les réunir et pourtant, ils étaient inséparables. C’était vraiment un drôle de cocktail ! Avec un léger sourire, madame Petibon se remémora une punition qu’elle avait infligée à Siam. C’était un enfant assez turbulent. Ce jour-là, un de ses petits camarades avait pris sa place en classe près de la jeune chinoise. C’était pour jouer, mais Siam ne 15 l’avait pas compris ainsi. Il s’en était suivi une pagaille indescriptible… Alors qu’elle le grondait, il avait adopté une attitude hautaine et du haut de ses sept ans, il l’avait tout simplement ignorée. Madame Petibon se devait d’affirmer son autorité et l’avait mis en retenue à la fin de la journée. Mais quelle fut sa surprise quand elle découvrit la petite fille prostrée, les larmes aux yeux, assise sur le carrelage du préau devant la porte de la classe. La gamine lui avait tout simplement déclaré qu’elle voulait être punie avec son ami Siam. * * * La journée s’était passée sans problème, ce qui était assez rare… En effet, les deux enfants étaient souvent la cible des quolibets de leurs camarades : « Les jaunes, grains de riz, yétis, chinetocs… ». Tant que ces quolibets s’adressaient à lui, Siam ne réagissait pas, il n’en avait rien à faire. Mais dès que les gosses se moquaient de Chen, son chevalier servant « montait à l’assaut ». Leurs familles habitaient le même village de Wisembach, à quelques kilomètres de Martelange. Le père de Siam, monsieur Li-Tcheng, était responsable d’un temple boudhiste pour cette partie de la Belgique. Malheureusement, la mère de Siam était décédée durant leur départ précipité du Tibet suite à l’invasion chinoise. Quant à la famille de Chen, monsieur et madame Fei-Chang, elle exploitait avec succès un restaurant chinois au centre de Martelange, le « Parfum 16 de Lotus ». Comme le village était scindé en deux parties par la frontière belgo-luxembourgeoise, le restaurant se trouvait situé du côté luxembourgeois. Si la guerre qui opposait leurs deux pays n’existait pas pour les enfants, elle était bien présente dans l’esprit de leurs parents. Ils avaient honte de l’amitié qui les unissait. * * * Comme d’habitude, Siam tenait son amie par la main pour se rendre à l’arrêt de bus qui les ramenait chez eux. Une fois de plus, ils constatèrent qu’un comité d’accueil les y attendait. Il s’agissait des « Irréductibles », trois jeunes de mauvaise réputation qui s’acharnaient à les humilier. Siam serra la main de Chen plus fortement. Elle baissa la tête tout en marchant. – Eh, les gars. Venez voir le « péril jaune » qui débarque ! – Bonjour, Sébastien, Pascal, Paul… Je vous en prie, laissez-nous tranquilles. La dernière fois ne vous a pas suffi ? – Si tu crois que tu vas encore t’en tirer avec tes singeries, on ne se laissera plus surprendre ! À peine avait-il terminé sa phrase que le fanfaron s’étalait majestueusement sur le trottoir. Siam avait été aussi rapide que l’éclair et s’en prenait déjà au deuxième larron, quand un crissement de pneu retentit 17 derrière lui. Il s’agissait du père de Chen. Il jaillit de sa voiture comme un diable. Monsieur Fei-Chang était furieux. Il saisit violemment la main de sa fille et l’entraîna vers la voiture en criant : – Espèce de bandit, voyou… Je ne veux plus que tu voies ma fille ! La gamine avait beau essayer de lui expliquer, il n’écoutait rien. Siam était très triste. Les « Irréductibles » en avaient profité pour disparaître et il était resté seul devant la guérite de l’arrêt de bus. Il n’avait plus qu’à rentrer. Demain, il reverrait son amie et cela suffisait à lui remonter le moral. * * * La classe était commencée depuis déjà plus d’une heure et Chen était toujours absente. Madame Petibon ne parvenait pas à masquer son étonnement, c’était la première fois que cela arrivait. Elle tenait discrètement Siam à l’œil, car lui aussi affichait son inquiétude. On frappa plusieurs fois à la porte. Il s’agissait de plusieurs hommes en costume et de policiers. Après un court conciliabule avec l’institutrice, ils se dirigèrent vers la cour de recréation. Siam distingua clairement les parents de Chen au milieu d’autres gendarmes, sa mère était en pleurs. Connaissant les sentiments de monsieur Fei-Chang à son égard, il préféra rester à sa place et attendre. Il avait l’impression que sa tête allait exploser. 18 Madame Petibon poussa la porte de la classe et s’installa à son bureau. Elle semblait très émue. Elle avait un mouchoir à la main et une larme coulait sur sa joue droite. – Les enfants, je viens d’apprendre une terrible nouvelle. La petite Chen a disparu… Si un d’entre vous l’a vue, qu’il le dise tout de suite. Ses parents sont très inquiets. C’était la goutte qui fit déborder le vase. Siam hurla de toutes ses forces et se rua au dehors. Personne ne parvint à le retenir. Quelques secondes plus tard, il tournait déjà au coin de la rue. Il courait comme un possédé. * * * – Oui, madame Petibon. Ne vous inquiétez pas, il est rentré à la maison. Je ne sais pas comment, car il n’a pas pris le bus. –… – Il s’est enfermé dans sa chambre. –… – Je vous tiendrai au courant. Est-ce que vous avez du nouveau pour Chen ? –… – Rien. Merci madame, au revoir. –… – C’est ça, nous prions de toutes nos forces pour qu’il ne lui soit rien arrivé. –… – Au revoir. 19 Monsieur Li-Tcheng était très inquiet. Il avait appris la disparition de Chen en même temps que le reste du village. La police avait déjà fait une enquête de quartier dans la matinée suite à son enlèvement supposé. Lentement, il monta les vieux escaliers en bois qui le menaient au premier étage. À droite se trouvait la chambre de Siam. Il s’appuya contre un chambranle et tenta de réconforter son fils. – Siam, ouvre la porte. Je dois te parler. Mais la porte resta obstinément fermée. – Ne t’inquiète pas ! La police fait tout ce qu’elle peut pour la retrouver. Il ne reçut en réponse que des pleurs et des sanglots. Lui aussi avait des doutes. Les rapts d’enfants sont tellement fréquents et effrayants. Surtout depuis que certaines affaires 1 hantent nos esprits… Malheureusement, il n’y avait rien à tenter. Seulement attendre et espérer. * * * Demain est un autre jour, rempli d’espoir. – Siam, lève-toi. Il est temps d’aller à l’école. Mais il se heurta à un mur de silence et la porte resta désespérément close. Monsieur Li-Tcheng s’y attendait un peu. Connaissant son fils et les sentiments que le petit 1 Les affaires Dutroux, Fourniret… 20
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