Louise Michel, Marianne du Peuple - Page 1 - test Du même auteur aux éditions Acoria La rose noire de Palerme Paris, 2008. © Acoria éditions, 2009 Joseph MAKELE, éditeur Mail : acoriadiffusion@free.fr Site : www.acoria.net ISBN 978-2-35572-035-2 Aux termes du code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie, microfilmage, scannérisation, numérisation...) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. Tous droits de reproduction, traduction, d’adaptation et de représentation réservés pour tous pays. « On n’est pas habitué à voir une femme qui ose penser. » Georges Clémenceau Préface Pionnière de l’enseignement à destination des générations futures, Louise Michel est apparue à l’âge de la maturité sous son vrai visage, sans fard ni artifice, à son image : naturellement impliquée en 1870 dans la Commune au nom de la flagrante iniquité des tenants du régime. Comment ne pas vouloir faire connaître à tous, le sens profond et l’authentique valeur d’un engagement « pur et dur » certes, mais tourné d’abord vers le progrès social dans une vision plus juste de l’humanité ? Avant-gardiste à l’école de cette liberté à laquelle elle a voué son existence, elle a imaginé une possible égalité entre l’homme et la femme, en pleine harmonie de par leur complémentarité et leur côté indissociable dans cette bataille que serait la vie au quotidien. Pourquoi a-t-elle été victime de son vivant et surtout après, de tant de critiques sur cette existence personnelle, vide d’être solitaire, donc jugée suspecte, mais si riche de sa « démarche citoyenne », jusqu’à l’accabler des pires insultes : « louve assoiffée de sang », « bacchante en furie » « virago populacière » ou « la Mère Michel a perdu son chat » ?... Lucide à l’extrême, elle n’a cessé de prôner une lutte implacable contre le pouvoir bourgeois, incapable de se montrer équitable d’agir au titre de la justice de classe. Épargnée de rien et comme un retour de bâton à son implication politique, elle reçoit alors en pleine figure ses origines, 9 Louise Michel, Marianne du Peuple faisant dire au spécialiste de la satire libertaire, le pamphlétaire Laurent Tailhade dans les gazettes capitalistes avec le plus profond mépris de sa nature féminine : « — Un visage aux traits masculins, d’une laideur de peuple, creusé à coups de hache dans le cœur d’un bois plus dur que le granit… » Dans la même optique, mais pour essayer de se justifier d’avoir été payé en tant que manipulateur de l’opinion populaire par voie de presse, le journaliste Louis Andrieux n’a-t-il pas déclaré dans ses « Souvenirs » que : « — Mademoiselle Louise Michel était l’étoile de ma rédaction, inconsciente du rôle qu’on lui faisait jouer. Je n’avoue pas sans confusion le piège que nous avions tendu à l’innocence… ? » Malgré sa participation à cette révolution d’idées sans foi ni loi, pleinement revendiquée et assumée au-delà de toutes limites, elle ne s’est investie à ce degré suprême de souffrances que pour la cause des déshérités. De n’avoir pu adhérer inconditionnellement à un quelconque mouvement, n’est-elle pas finalement « une anarchiste d’un autre temps », c’est-à-dire d’aucune époque, la perpétuelle révoltée d’un système établi depuis que le monde existe ? Dérangeante au possible de n’avoir cautionné que ce qu’elle estimait juste sans jamais accepter de « se fondre dans un quelconque moule », n’est-il pas plus aisé, voire malsain, de s’attarder sur une éventuelle « petite histoire » ? Si on commence par la trouver laide en vue de rationaliser cette platitude au niveau du cœur, on en vient vite à l’affubler de n’importe quoi. On remonte à son enfance. On revient au « dévoiement » de sa mère, servante chez des châtelains, pour avoir su élever son enfant 10 Louise Michel, Marianne du Peuple seule. Puis, on accuse son prétendu père d’être pédophile, d’où son départ précipité, son grand-père affectionné de la même calomnie, uniquement parce qu’elle a eu l’enfance d’une châtelaine. Ainsi, elle finit accusée de mauvaises mœurs en fin de parcours sous prétexte qu’elle a une amie, Charlotte Vauvelle avec qui elle a fini par vivre au même domicile à force de disperser ses biens au profit des démunis. Comment expliquer ce manque incommensurable dans l’absence de progéniture, au point de lui en réinventer une par défaut, sans autre preuve qu’une légende « de pieds palmés héréditaires » ? Non, tout conteste qu’elle ait pu avoir un enfant de son idole Victor Hugo lors de son entrevue à Paris, de surcroît en compagnie de sa mère. Comment concevoir cette fameuse « Victorine », abandonnée à la naissance près de Cherbourg dans un endroit où rien ne peut témoigner qu’elle fut passée à cette époque-là ? Quand elle revoit à son retour d’exil, son maître à penser au cours d’une promenade en calèche, n’a-t-il pas noté dans son carnet intime à cette date précise, qu’« Enjolras » avait encore dit non… (« Enjolras » était le surnom qu’elle s’était donnée, pseudonyme de ses écrits de jeunesse en hommage à un héros révolutionnaire des « Misérables ») Ne reste-t-il pas cette lettre du lendemain de leur dernière rencontre dans laquelle elle s’excuse auprès du célèbre poète de son attitude de la veille et en fait appel à sa compréhension ? Michel étant un nom de famille assez courant, pourquoi vouloir absolument que cette Victorine bretonne soit absolument sa fille sous prétexte que Victor Hugo était un coureur de jupons invétéré et qu’elle n’aurait pu lui résister ? Étonnant de sa part une telle soumission d’emblée à la première entrevue ! Faute d’argument tangible, son choix délibéré d’une mère 11 Louise Michel, Marianne du Peuple portant un patronyme identique serait une ruse supplémentaire de sa part afin de donner le change devant son incapacité présumée à élever correctement cette enfant. Unique excuse consentie : en tant que fille-mère, elle n’aurait probablement pas voulu que sa descendance revécût ce qu’elle aurait enduré. Est-ce suffisant pour imaginer pareil abandon ? Si elle avait été réellement l’amante de l’écrivain, celui-ci se serait servi d’elle en muse selon ses habitudes sentimentales et lui aurait certainement dédié un, voire plusieurs poèmes enflammés. Or, rien… Les seuls textes, composés à son intention dans un profond respect et presque admiratifs, ne sont qu’en son honneur puisqu’ils révèlent sa grandeur d’âme et son combat acharné contre l’injustice. Qu’elle ait peut-être été « sa négresse », cela ne serait pas à exclure du fait qu’elle écrivait dans sa veine littéraire, qu’il lui était difficile vu les événements de percer dans le domaine poétique et que c’était son rêve le plus fou de se servir de sa plume ardente ! Il manque beaucoup de cette longue correspondance entretenue durant vingt ans. Mais cette absence de témoignages écrits (beaucoup s’étant égarés) ne prouve malheureusement rien, à part qu’elle aurait — pourquoi pas ? — un peu suppléé à son travail d’écriture. Le si prolifique auteur aurait très bien pu se faire assister, à l’image d’Alexandre Dumas, d’une collaboratrice de choix à laquelle l’époque refusait d’être « une nouvelle George Sand ». Quant à la réputation du génie, il se serait bien sorti indemne de ce faux pas comme lors de son aventure avec Léonie Biard, femme mariée dont il s’était entiché. Si le mari crut se venger en les faisant prendre en flagrant délit d’adultère par un huissier, le coupable ne fut nullement inquiété, rapport à son statut. 12 Louise Michel, Marianne du Peuple De son amour des enfants et de sa façon particulière d’envisager la condition des femmes, elle n’aurait assurément pas hésité à garder cette fille illégitime auprès d’elle, chez sa mère, en se moquant du qu’en-dira-t-on. De son éventuel désir d’enfanter, ne l’aurait-elle pas préféré d’un homme qu’elle aimait follement, Théophile Ferré, que d’un mythe qu’elle ne faisait que vénérer au regard de son œuvre si proche de son état d’esprit, non de sa virilité affichée. « Puritaine » n’est-elle pas d’ailleurs la critique acerbe le plus souvent rapportée à son sujet ? N’avait-elle pas refusé deux partis au seul motif qu’elle n’éprouvait rien pour eux ? Alors, comment pouvoir lui attribuer pareille liaison sans autre fondement que la médisance ? Simplement parce qu’elle n’a pas eu « la vie dite normale des gens bien pensants » et qu’elle a essayé d’assumer sa position de femme dans l’indépendance en tant que mère nourricière de la liberté à qui elle a consacré ses jours et ses nuits de solitude. Reprenons donc l’expression que certains ont employée à son encontre : « la Vierge Rouge », martyre d’une société sans état d’âme vis-à-vis du plus faible et d’un temps loin d’être révolu. Et pourtant, elle a vécu ; elle a souffert ; elle a aimé ; elle a rêvé ; elle a lutté ; elle a payé ; elle a tout donné d’elle-même jusqu’à plus souffle de vie, d’amour et d’espérance, portée par cette soif de savoir et cette faim insatiable de fraternité. En songeant à elle, un ancien de 1848, Charles-Ferdinand Gambon n’a-t-il pas affirmé que : « La Commune est plus vivace que jamais, et que la France sera toujours à la tête des révolutions. Il exalte Jeanne d’Arc, victime de l’ingratitude d’un roi, et dit que Louise Michel a été victime de l’ingratitude de la République. » 13 Louise Michel, Marianne du Peuple Comment ne pas déceler dans cette personnalité hors du commun, le bouc émissaire idéal à condamner, l’exemple à ne pas suivre d’oser défier le pouvoir ségrégationniste, « une mystique d’un autre style » œuvrant en dehors des dogmes et de cette Église qu’elle rejetait d’être complice de la cruauté des puissants ? Humaine à cent pour cent, voilà sa meilleure définition au cœur d’une interminable bataille journalière dont le désintéressement continue de l’honorer, atypique de par son penchant altruiste prononcé dans un faux athéisme de circonstances. Si Dieu semble avoir œuvré en elle différemment, étrangement de ne transparaître que dans son sens aigu de la fraternité et la solidarité, appropriation de la souffrance d’autrui pour la faire sienne, elle a affiché son aversion contre le pouvoir ecclésiastique, insensible à la misère des hommes, à la condition bafouée des femmes et au sort atroce réservé aux enfants. De chair et de sang, cette créature s’est révélée marquée d’une flamme céleste dans le total don de soi en faveur de la cause humaine. Même si elle s’est voulue à l’écart des religions, sa démarche se présente universelle, y compris au sein de sa croyance, inavouée en la faculté de chacun à pouvoir devenir juste et bon, au nom de ce Paradis des êtres auquel elle espérait éperdument. N’a-t-elle pas fait sienne « La morale anarchiste » de Kropotkine de 1889 : « Jusqu’à présent, l’humanité n’a jamais manqué de ces grands cœurs qui débordaient de tendresse, d’esprit ou de volonté, et qui employaient leur sentiment, leur intelligence ou leur force d’action au service de la race humaine, sans rien lui demander en retour… C’est le révolutionnaire ardent auquel les joies de l’art, de la science, de la famille même paraissent âpres tant qu’elles ne 14 Louise Michel, Marianne du Peuple sont pas partagées par tous et qui travaille à régénérer le monde malgré la misère et les persécutions. » Ainsi était « la Vierge Rouge » au cœur d’or d’avoir versé « son sang d’âme » à l’infini des créatures sans distinction. Liberté demeure son véritable nom, le seul que personne ne pourra lui retirer face à la vérité à l’état brut. À chacun maintenant de se faire sa propre opinion au regard des faits !...
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