Dieu et moi - Page 1 - test Claude AUBER Dieu et moi Humour onirique Manuscrit de Bronze Concours littéraire 2005-2006 de la Fondation litéraire Fleur de Lys Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-917135-85-3 Dépôt légal : Juillet 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 À tous mes proches qui, patiemment, m’ont supporté, et qui pour ça seront, peut-être, canonisés. Avec une pensée toute particulière pour Francis Huet, grand pêcheur devant l’Éternel, Sa femme « Mitou » qui affectionne les pipes. Jean-Claude et Danielle Olivry, les Amoureux de Peynet. Jacques Leroy et sa femme « Lulu » qui nous snobent parfois. Et tous ceux que j’ai oubliés. « Je ne crois pas en Dieu, mais je fais quand même mes prières, on ne sait jamais. » Georges Wolinski. Préface Un petit pied de nez à l’au-delà, histoire de conjurer le sort, avec le souci évident de ne froisser personne et surtout de ne pas offenser les participants involontaires de cette petite rêverie. Certains prétendront que j’ai pris quelques libertés dans ce récit et il leur appartiendra de le prouver. Et, si par hasard, j’avais vu juste ! Mais il est vrai que le hasard, c’est Dieu qui garde l’anonymat comme le disait, si justement, Édouard Pailleron. 7 Adieu la Terre ! Je suis mort de rire. Non, ne riez pas ! Je suis vraiment mort de rire. Je sais que cela prête à sourire, mais c’est comme ça ! Figurez-vous que c’était mon anniversaire ; ma femme, à son habitude, avait organisé une petite fête avec sa discrétion coutumière et évidemment, comme les autres fois, je ne m’étais aperçu de rien. Il faut vous dire que je ne suis pas très observateur et du genre plutôt naïf ; déjà, dans ma prime jeunesse, mon père avait dû m’expliquer que le père Noël n’existait pas alors que j’allais allégrement vers mes onze ans ; l’année d’avant, un copain de la communale avait essayé de m’expliquer la même chose et, indigné, je lui étais tombé dessus à bras raccourcis. Nous n’étions pas loin d’une trentaine. Il y avait une partie de la famille, de sa famille, devrais-je dire. 9 Ma famille à moi se scindait en deux : il y avait ceux que je n’aimais pas et ceux qui ne m’aimaient pas ; comme il était difficile de concilier les deux on avait décidé, d’un commun… désaccord, de ne plus se rencontrer ; sauf pour les enterrements, comme il se doit ! Finies les petites crasses mesquines et les fâcheries ; on se rattrapait hypocritement le jour de l’an où chacun y allait de son couplet de vœux mirobolants. Donc je continue, il y avait également des amis d’enfance perdus de vue, des copains d’Afrique (des blancs), quelques indigènes du coin pour le folklore et pour faire bon poids Madeleine avait complété avec un couple de pique-assiettes et des voisins dont la seule vue me collait de l’urticaire ; heureusement ces derniers avaient été satellisés en bout de table et je dois avouer que je n’étais pas étranger à l’interversion des petites étiquettes qui indiquaient la place de chacun et de chacune ; dans un souci de paix et de concorde, évidemment ! Les retrouvailles cela s’arrose ! Je n’ai pas donné ma part aux autres ; je n’ai pas comptabilisé, non plus, les pastis ingurgités car, comme chacun le sait, quand on aime on ne compte pas ; mais il me sera beaucoup pardonné car c’était pour l’exemple. Imagineriez-vous un bistrotier qui refuserait de trinquer avec ses clients ? Bien sûr que non ! Et circonstance atténuante, il faisait très chaud ; à ce propos, j’avais un ami, grand buveur 10 devant l’Éternel, qui, chez ses hôtes, utilisait une expression plus incitative « Il fait soif ». Nous venions d’attaquer les huîtres ; les pôvres essayaient bien de se recroqueviller dans leur coquille pour échapper à la curée, mais sans succès. Francis l’Africain, avait entrepris de nous raconter une des blagues dont il a le secret, avec son humour habituel ; tous ses voisins étaient pliés en deux et moi-même j’en perdais la respiration. Sur le moment, je ne m’étais rendu compte de rien et c’est quand je vis des visages inquiets, penchés au-dessus de moi, que je commençai à paniquer ; puis brusquement la lumière s’était éteinte et je sombrai dans un nuage de ouate où je m’enfonçai avec une lenteur désespérante. 11 Ave le ciel ! Cette descente cotonneuse ne dura qu’une fraction de seconde et je me retrouvai dans une immense salle, inondée d’une lumière diffuse de couleur bleutée, où j’avais l’impression de flotter. Cela avait l’allure d’un hall d’aéroport géant de forme légèrement ovalisée ; impression d’ailleurs confirmée par une voix éthérée qui égrenait inlassablement des numéros. La structure semblait être constituée d’immenses miroirs à facettes, un peu comme les yeux d’une mouche ; sur les parois, se découpaient des sortes de rectangles en cristal devant lesquels aboutissaient d’immenses files d’attente de personnages qui semblaient irréels. Ils étaient affublés d’une sorte de tunique qui n’était pas sans rappeler l’uniforme des petites sœurs de Saint Vincent de Paul, avec la même cornette ; ces habits étaient tellement amples, qu’on ne distinguait pas les femmes des hommes. 12 Par contre les bras, les jambes et le cou semblaient inexistants ; tous les visages diaphanes semblaient se ressembler et il en émanait une douceur invraisemblable ; sur l’uniforme, à la hauteur de ce qui semblait être le torse, on pouvait distinguer un calicot sur lequel étaient inscrits des chiffres. En me penchant, je constatai que j’en portais un, moi aussi ; c’était le 96. La tête basse, perdu dans mes pensées, j’attendais bien sagement que mon tour arrive ; puis, je me rendis compte que, depuis pas mal de temps, la voix appelait avec insistance le numéro 69. Je me redressai alors et vis que tous les visages semblaient tournés dans ma direction ; un léger sourire mutin s’était dessiné dans leurs faces pâles et les amples manches flottantes de leurs habits s’agitaient vers moi comme pour me désigner. Puis soudainement, en me penchant une nouvelle fois sur les chiffres qui ornaient ma poitrine, je réalisai que ma lecture à l’envers avait provoqué une inversion ; en réalité il s’agissait bien du 69. Confus et gêné par les regards insistants de la multitude de mes compagnons d’infortune, je me dirigeai vers la porte où clignait le frère jumeau de mon numéro ; puis un éclair se produisit entre les chiffres, ce qui provoqua l’ouverture de la porte ; tout cela dans le plus profond silence. 13
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