Les chevaliers et la Walkyrie - Tome 2 - Page 3 - test Marc LEGRAND Les chevaliers et la Walkyrie Tome 2 La revanche du Temple Illustration : Sandra Lagabarre Edilivre – Éditions APARIS Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-147-7 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. À mon frère Si la plus belle ruse du diable consiste à faire croire qu’il n’existe pas, l’entreprise la plus efficace de nos ennemis est sans nul doute de nous souffler d’une voix rassurante que nous avons déjà perdu la guerre avant même qu’en soit livrée la première des batailles, que nous devons déposer les armes alors que déjà résonne l’écho du tocsin. Écoutez cette voix et vous mourrez. Dans la guerre comme dans la paix, le dernier mot reste à ceux qui ne se rendent jamais, aussi la vie appartient-elle à celui qui n’abandonne pas espoir. Nous ne capitulerons pas et au contraire triompherons-nous bientôt des barbares, par le fer de nos armes, la vaillance en nos cœurs et la vertu de notre sang. Un peuple n’est vaincu que lorsqu’il accepte de l’être. 101 Vendredi 3 août Penchée sur la grande carte, la paume des mains accolée à la surface de l’une des nombreuses tables situées en les sous-sols du manoir, la journaliste semblait réfléchir, le majordome sur sa gauche et Rurik, le garde du corps, de l’autre côté, fixant le document avec la même attention. À vrai dire, la jeune femme était pressée de trouver une solution viable, midi approchant, car il lui faudrait bientôt se rendre sur son lieu de travail où ses absences répétées risquaient fort, à la longue, de peser sur les relations professionnelles plutôt cordiales qu’elle entretenait jusqu’à ce jour avec le directeur du quotidien régional. Au bout d’un court instant, le Norvégien intervint à nouveau dans la conversation, faisant remarquer que leur employeur et ami y verrait sans doute plus clair à son retour, après tout, il était le véritable maître d’œuvre et chef d’orchestre de cette opération. Sur ce point précis, Kate ne l’aurait pas contrarié. – En vérité, fit-elle soudain, c’est bien trop audacieux pour passer inaperçu [et d’ajouter]. La date, les moyens et le risque élevé de remonter jusqu’à Andersen Corporation, cela ne fera qu’attirer les soupçons sur nous, c’est couru d’avance. Rurik hocha la tête, semblant partager cette analyse. – Sans compter que nos chances de succès sont faibles. Le majordome soupira, harassé mais toujours confiant. – Pas si nous créons une diversion crédible, ajouta-t-il. La jeune femme et le garde du corps s’interrompirent. – Il conviendrait alors qu’elle soit magistrale, fit ce dernier. À vrai dire, M. Connor avait une idée derrière la tête. – Et ça ne sera pas une mince affaire d’échafauder pareille diversion, prononça la journaliste. En somme, il faudrait qu’elle soit aussi complexe que la véritable opération, afin de donner le change tout en détournant 9 l’attention du Temple, bien entendu, mais aussi de l’opinion publique et des médias, c’est donc là un véritable défi [puis d’ajouter], mais je ne crois pas aux miracles. Le vieux serviteur sourit, certain de détenir la solution. – Alors, j’ai ce qu’il vous faut, répondit le majordome. 10 102 Par l’insigne œuvre du hasard, le jeune homme, attablé une nouvelle fois à la Mensa, la magicienne à sa gauche, faisait face à Njord, le père de celle-ci, tandis que les débats s’animaient, chacun des neuf autres membres de l’assemblée sentant bien la tension monter d’un cran entre les deux Vanirs, en l’absence remarquée de M. Waterford, le vieil Irlandais, qui, à coup sûr, aurait su quoi dire afin de désamorcer cette crise. Un peu gêné d’assister à pareil règlement de compte, Peter, du reste, n’osait trop s’en mêler, étant placé, dans tous les sens du terme, au centre même de la discussion. Njord n’en démordait pas, déjà bien plus irrité qu’il n’y paraissait, écumant presque de rage contre son effrontée de fille, pour les mêmes raisons que jadis. Le chef du Sanctuaire fulminait, les poings serrés. – J’ai compris ton manège ! tonna ce dernier. Tu sais autant que moi combien les Aesirs ne sont pas fiables [une fraction des présents maugréa, et le Vanir de fixer le jeune homme]. Que crois-tu qu’il fera du pouvoir que tu comptes lui transmettre [son interlocutrice voulut intervenir] ? Combien de jours et de nuits penses-tu que tu devras attendre avant qu’il ne te poignarde dans le dos pour les mêmes raisons que le premier d’entre eux ? Freyja, furibonde, sentit son visage s’empourprer. – Cette fois-ci, père, nous n’avons pas le choix. Mais celui-ci ne voulait toujours rien entendre. – Justement, si ! rétorqua-t-il, se dressant soudain. À vrai dire, jamais elle ne l’avait vu si courroucé. – C’est un cas de force majeure ! hurla la magicienne. Assis à ses côtés, le jeune homme s’inquiétait, tandis que plusieurs des membres de l’assemblée le regardaient, sans trop savoir ce que chacun d’entre eux pensait à propos de la présente situation, n’osant prendre parti, ni pour l’un, ni pour l’autre. 11 La belle sorcière voulut poursuivre mais son père la coupa. – Parce que tu l’as décidé ainsi, encore une fois ! Freyja se redressa à son tour, presque essoufflée. – Je t’interdis de m’interrompre ! hurla-t-elle soudain. Un grand soupir sembla s’échapper de la Mensa. – Mais pour qui te prends-tu, pauvre idiote ? Le jeune homme allongea sa main, espérant la calmer. – Contrairement à toi, pour ce que je suis encore ! C’est alors que son ami se leva à son tour, écrasé par le silence qui venait brusquement de saisir l’imposante salle au milieu de laquelle trônait la table ronde, chacun des membres de l’assemblée demeurant frappé de stupeur, hébété à la suite de ce qu’il venait d’entendre de la bouche même de la jeune femme. En un geste délicat, Peter entreprit de toucher son bras. – Nous devrions peut-être partir, suggéra-t-il alors. Encapuchonné, le Vanir fusillait sa fille du regard. – Écarte-toi, murmura la jeune femme à son ami. La créature lisait dans les pensées de la magicienne. – S’il te plaît, partons, répéta son frère d’armes. Jamais, avant ce jour, elle n’avait tutoyé son père. – Ne te dresse pas contre lui, fit doucement la belle Freyja [puis, de reprendre son souffle et d’ajouter, fixant Njord de ses grands yeux azur]. Parle-moi de la seconde porte, se risqua-t-elle à cet instant précis. Que me caches-tu pour réagir de la sorte ? Cette fois-ci, c’en était trop pour l’entité, aussi, sans coup de semonce, tandis que le jeune homme reculait, obéissant à la jolie magicienne, le chef du Sanctuaire exécuta-t-il un bien curieux mouvement de la main, faisant à nouveau soupirer les neuf autres membres de la Mensa, puis, dans un crépitement propre à glacer le sang du plus valeureux d’entre eux, un arc bleuté prolongea soudain le bras de Njord avant de frapper la jeune femme qui, à moitié surprise, se raidit complètement en un long et terrifiant cri de douleur, saisie par une atroce souffrance, sous les yeux et les hurlements de son compagnon d’armes. Après quelques secondes, Peter tenta de s’interposer. C’est alors que Njord, de sa main libre, fit un geste, projetant sa fille en arrière, lui assénant une sorte de coup de bélier invisible mais bel et bien réel. Déséquilibrée, la sorcière fut littéralement catapultée contre le mur auquel le jeune homme tournait le dos, rebondissant violemment puis retombant avec une certaine lourdeur, en vrille et face contre terre, 12 cependant que la Mensa restait muette d’horreur devant ce déchaînement de haine à l’encontre de la magicienne. Faisant aussi vite qu’il le put alors, Peter s’extirpa de la grande table ronde et se porta en direction de son amie, effrayé, avant de se pencher sur elle, un genou à terre, la retournant délicatement et soulevant sa tête tout en constatant que Freyja tremblait, ses yeux pâles à moitié révulsés dans leurs orbites, comme frappée par de frénétiques et mystérieuses convulsions aussi inquiétantes que spectaculaires. Reposant la tête de la jeune femme, il se releva soudain. – Espèce de sale ordure ! tonna ce dernier. Accourant vers lui, un homme lui saisit la main. – Je vous en prie, ne le défiez pas ! invita l’inconnu. Sans même jeter un regard à sa fille, Njord ricana. Retrouvant difficilement et partiellement son calme, Peter se pencha à nouveau sur la magicienne qui tremblait toujours, la peau humide, semblant transpirer, puis la belle Freyja rouvrit les yeux, apercevant le visage de son ami avant de lui sourire tout en essayant de prononcer quelque parole destinée à le rassurer. Les autres membres de la Mensa se pressaient désormais. – Je vais bien, prononça-t-elle alors. Ne t’inquiète pas. Puis le corps de la jeune femme sembla se dématérialiser. – Mais qu’est-ce que tu fais ? interrogea-t-il alors, inquiet. Freyja, devenue évanescente, avait complètement disparu. – Elle est partie à Folkvang afin de refaire ses forces. L’inconnu semblait sûr de lui, le fixant de ses yeux verts. – Folkvang ? fit alors Peter, tout en se remettant debout. Le chef du Sanctuaire, lui aussi, avait quitté les lieux. – La demeure de Freyja, répondit le guerrier. Derrière les murs qui abritaient la Mensa, une ombre volait entre la copie du Quadrant que la société secrète lui devait, en somme, depuis qu’elle en avait dérobé les plans au Temple, peu de temps, finalement, avant de croiser à nouveau le chemin du jeune homme. À cet instant, la magicienne se matérialisa devant la seconde porte, située sur la gauche de la machine et en face de celle donnant sur l’endroit d’où elle venait de disparaître. Intriguée, la jeune femme avançait à pas de velours. – J’étais certain de te trouver ici, fit une voix familière. Frissonnant de plus belle, Freyja ne se retourna point. – Tu m’as suivie, fit-elle alors, endolorie et inquiète. L’entité mit un certain temps avant de lui répondre. 13 – Ce fut plutôt aisé, prononça-t-il enfin [et d’ajouter, tandis que sa fille fixait la porte, immobile et interdite]. Elle est à cet endroit même depuis des mois, en vérité, mais tu ne l’as jamais vue, parce que tu n’as jamais voulu voir ce qui crevait pourtant les yeux, c’est bien là tout ce que je te reproche, mon enfant. La magicienne se retourna alors, dubitative. – Viens-en aux faits, veux-tu ? fit cette dernière. Le chef du Sanctuaire demeurait à bonne distance. – Tu ne m’avais jamais autant manqué de respect. Son interlocutrice semblait grelotter, saisie par la douleur. – Il faut croire qu’il y a un début à tout, ajouta-t-elle alors. À vrai dire, Freyja se sentait particulièrement mal à l’aise. – En effet, ma fille, répondit soudain Njord [et d’ajouter], et il y a aussi un temps pour tout. Le temps pour les Atlantes et le Sanctuaire a passé, lui expliqua-t-il encore d’une voix calme, les anciens rapports de force ne sont plus, ils ont évolué avec les âges que toi et moi avons traversés [la jeune femme écoutait, ne sachant trop quoi penser en cet instant précis]. Je crains que ton sens des réalités n’ait été altéré depuis la chute de notre grande civilisation [et de conclure], c’est à peine si nous avons survécu avec ces fichus Aesirs, rappelle-toi comment celui en qui tu avais toute confiance a bien failli t’ôter la vie. Cela n’évoque-t-il plus rien pour toi ou ton impétuosité t’aveugle-t-elle au point de ne plus rien craindre, ni les dieux, ni moi ou même la mort ? La magicienne fixait toujours son vieux père. – J’essaie simplement de faire de mon mieux. Mais l’entité n’avait que faire de ces paroles. – Je t’ordonne de ne plus remettre les pieds ici, Freyja, lui adressa soudainement son père [la jeune femme tressaillit]. Il me paraît évident que tu n’es plus digne de siéger à la Mensa, aussi te demanderais-je de rester parmi les humains, puisque tu sembles tant apprécier leur compagnie. À partir de ce jour, je te bannis définitivement de ces murs [et d’achever]. J’ai pu me passer de ta mère et de ton frère pendant tous ces siècles, il me sera aisé de faire de même avec toi, infidèle parmi les infidèles. À vrai dire, la belle Freyja n’en croyait pas ses oreilles. – Tu me chasses, c’est ça ? Et si je te désobéissais ? La réponse de Njord ne se fit pas attendre. – Alors tu t’exposeras au sort que je réserve d’ordinaire aux ennemis venus me défier, aussi te tuerais-je sans l’ombre d’une hésitation, promit la créature [la magicienne tremblait, au bord des larmes]. Tu crois être 14
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