Glanures - Page 1 - test Roland Deleu glanures Recueil de nouvelles Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2006 2 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. 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Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2006 ISBN : 2-35335-009-7 Dépôt légal : septembre 2006 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 3 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés Glanures Préambule Introduction Confession L'église maudite L’enfant mort-né La soutane Le caillou Mariage interdit La fille secrète Le curé et le Procureur Renversement de rôles Le Suisse Usine occupée –1er Ministre à la Franco-Belge Le Ténor de Dubru L’œil du cyclope Propagandiste jociste Page de garde "C'était mon ami, c'était mon maître" Terreur à l'école La grenade Loi Unique CP/Bourg Larrons en foire "Du sable" TRC Allah agbar – Henricot L'anarchie – Clabecq Un cow-boy parmi nous Le Poirier-descente en enfer Florilège Flétrissure La photo jaunie Collège La gloire inutile –Nassogne Pour conclure La rencontre Finale 4 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés Préambule A Torgny, village situé au fin fond de la Belgique avec ses maisons aux tuiles romaines rouges donnant l'impression d'être en Provence , il existe un ermitage consacré depuis des siècles et abritant encore un anachorète…Un ? Disons plutôt une anachorète puisqu'il s'agit d'une religieuse, dominicaine – missionnaire, retirée dans cet endroit bucolique avec la bénédiction de l'ancien évêque de Namur, Mgr Matten . Liégeoise dans l'âme et de cœur, cette religieuse, âgée de plus de quatre-vingt ans, demeure en ces lieux depuis plus de 3O ans Entre elle , femme réellement érudite et bien au fait de la vie mouvementée de nos jours, et moi, syndicaliste au repos , s'est établi un étrange dialogue rempli de douceur et d'humour en parlant de nos passés réciproques , avec la complicité de mon épouse . C'est avec l'encouragement de cette ermite, sœur Marie-Bernard, que j'entreprends de mettre sur papier les anecdotes que je lui narre régulièrement lors de nos entretiens. Je tiens à la remercier pour sa patience et son aide. L'étrangeté des aléas de la vie a rassemblé une ermite et un syndicaliste … N'est-ce pas original ! 5 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés « L’avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque bien des petits révoltés. L’avenir ne veut ni feu, ni sang, ni guerres ; Ne soit pas de ceux-là qui vont nous les donner » J. Brel « la Bastille » « La révolution serait faite le jour où les chrétiens se mettraient à vivre leur christianisme » Citation de G. Clémenceau Essai pour une introduction aux différents récits. A l'approche de la septantaine, j'ai ressenti ce besoin intense d'écrire un peu comme pour me soulager des idées, des souvenirs qui traversent mon esprit, en déroulant le film de mon passé, dans mes instants de tranquillité et de calme. Comme certains de mes proches m'ont encouragé dans cette démarche, je me suis donc mis à rédiger quelques anecdotes recueillies et enregistrées au fond de mon être, sans aucune prétention littéraire ou autre. Lorsque j'étais petit garçon, j'allais dans les champs de blé pour glaner les épis restant à terre après le passage de la moissonneuse. J'étais pieds nus dans mes sandales en caoutchouc, trouées sur le dessus, et les éteules me piquaient les pieds. Ce souvenir m'est resté très présent et son image m'a inspiré pour donner un titre à tous mes récits : "Glanures"…Comme le petit garçon, j'ai glané dans ma mémoire quelques évènements de mon existence, dans ma vie familiale et professionnelle. Une autre allégorie me fascine; c'est celle de l'épervier qui survole, en planant, les champs et les prés puis, il plonge régulièrement en piqué vers le sol pour attraper une proie. Je fais de même en survolant une période de 9O ans de la vie des gens simples du monde du travail dont je suis l'enfant. Aucun ordre, ni chronologie ne guident ma narration, le seul "fil conducteur" pourrait être celui de l'évolution des hommes, de la société et l'implication ou la présence de l'Eglise catholique et de ses représentants dans le quotidien de la vie en société. J'ai réalisé cette démarche en me basant sur des faits réels vécus par ma famille et moi-même en étant bien conscient des mutations profondes et des bouleversements dans les conceptions et les modes de vie tout au long de cette promenade dans le temps passé depuis la première guerre mondiale de 1914. Un zeste d'amertume apparaîtra peut-être aux lecteurs, mais mon objectif n'est pas de pleurer ou de geindre sur mon passé, tout en admettant ma difficulté de suivre la perpétuelle transformation de notre monde et sa marche vers de plus en plus de nouvelles techniques et sa quête constante du bonheur et du sens de la destinée humaine. Au collège où j'étudiais, je notais dans mon cahier intime cette maxime : "Ne regardez plus dans un miroir cassé, jetez-le à la poubelle …" Je pense que c'est vrai, encore aujourd'hui, il faut aller de l'avant sans toujours regarder en arrière, mais il faut aussi, selon moi, savoir considérer le passé comme une belle leçon et une source d'espérance ou de connaissance pour assumer son présent et son avenir. Dans mon quotidien habituel je lisais dernièrement, à propos d'une exposition de vieilles photos, cette annonce des organisateurs :"Les agitateurs du passé"…Je souhaite être, un peu, cet agitateur, ce remueur de l'ancien ! 6 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés « Avec des cathédrales pour unique montagne Et de noirs clochers comme mats de cocagne, Ou des diables en pierre décrochent les nuages, Avec infiniment de brumes à venir, Écoutez-le tenir, le plat pays qui est le mien » J.Brel Dans les champs d'Eglise …. Avec mes pensées pour Octavie et Odiel Deleu : ma grand mère et mon grand père paternels Kamiel Dejonghe , mon grand père maternel Marie et Charles Deleu, ma mère et mon père 7 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés En glanant dans les champs de notre Eglise d'antan…… La Confession Après la grande guerre de 14 - 18, au retour des réfugiés de France, le village de Zonnebeke où habitaient mes grands parents était complètement rasé. Plus aucune maison, aucun bâtiment ni l'église étaient restés debout. Le champ de bataille de l'Yser avait durant 4 années englouti et écrasé ce gros village de 6000 habitants où il ne restait que des trous d'obus, tranchées et des arbres fauchés comme des blés. Un jeune curé, Paul Lammens, ancien précepteur des enfants royaux, ordonné à Issy-lesMoulineaux et originaire de Zonnebeke avait été nommé dans sa propre paroisse pour diriger les ouailles rentrantes logées provisoirement dans des baraquements en bois …Il avait comme ami le futur évêque de Bruges alors doyen à Ypres, l'abbé Lamiroy. Dans les années 1930 le devoir pascal, "faire ses pâques", était une condition sine qua non pour être et rester chrétien. Chaque paroissien devait se confesser et communier entre le dimanche des Rameaux et Pâques-clôses ! Le curé Lammens, avait trouvé un moyen pour savoir si ses ouailles avaient bien rempli ce devoir annuel. En fait, avec ses deux vicaires, il avait instauré "le billet de Pâques" (Paasbriefje), un petit papier avec une prière de contrition, de regrets et une image pieuse. Lors de la confession, le curé Lammens et ses prêtres glissaient par dessous la petite planche trouée du confessionnal ce petit papier à chaque paroissien ayant reconnu ses fautes "avec contrition". Après Pâques-clôses, notre curé allait de maison en maison pour ramasser ces petits billets. De cette manière, il savait qui n'avait pas rempli ses obligations pascales. Des mauvaises langues prétendaient que le curé tenait une "liste noire" de ces "gueux" et, avec l'influence qu'il avait auprès des patrons et fermiers riches, les personnes inscrites sur cette liste ne trouvaient plus de travail ou se voyaient licenciés vers la Pentecôte … Pour éviter le confessionnal de Zonnebeke, certains se rendaient à Ypres près d'un prêtre âgé et sourd et réclamaient aussi une attestation … Mais le stratagème fut très vite relevé par notre curé qui ne reconnut plus cette manœuvre ! Assez éloigné de l'église, au lieu dit "Broodseinde" -"fin du pain" - là où les terres n'étaient plus bonnes pour la culture du froment et où habitaient mes grands-parents, il y eut un mouvement de contestation sur les pratiques du curé Lammers avec comme prétexte la distance du hameau par rapport au centre du village pour aller se confesser. Par un genre de chantage discret, notre curé réussit à convaincre ces contestataires à se rendre à la chapelle de l'endroit dans un confessionnal fabriqué pour l'occasion. Il faut dire qu'en plus de leurs terres pauvres, ces paroissiens risquaient de perdre leur petit emploi dans les fermes s'ils ne possédaient pas le fameux "billet de Pâques"… De plus, l'abbé Lammers constituait les dossiers de "dommages de guerre" pour les habitants et avec ses relations, il parvenait à les faire avancer plus vite. C'est du moins ce que certains prétendaient dans le village. D'autres disaient qu'il en empochait une partie pour reconstruire l'église, les bâtiments paroissiaux et autres maisons privées. Mon grand-père donnait raison à ces derniers car notre curé et sa famille étaient devenus très riches…C'est pour un toute autre motif que ce prêtre du quitter sa fonction …Il fut condamné pour des actes obscènes avec des enfants suite à une dénonciation d'un de ses vicaires … 8 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés "L'église maudite" En traversant le centre du village de Zonnebeke, le passant est frappé par la masse imposante de l'église et la hauteur de son clocher dressé à une cinquantaine de mètres du sol. Cet édifice religieux, reconstruit après la guerre de 1914 comme tant d'autres à cette période, était surnommé "la cathédrale" un peu comme l'église de Warneton que les gens du coin nommaient "la cathédrale de la Lys". Je vis depuis une vingtaine d'année en Gaume et près de chez moi, en Lorraine, se trouve un petit village d'une centaine d'habitants avec une immense église, devenue basilique dernièrement, de style gothique primitif et construite au XII ème siècle Cette magnifique basilique domine un pâté de quelques dizaines de maisons et le contraste est frappant entre la taille de cet édifice et celle de ce tout petit village d'Avioth. De tous temps donc, les hommes ont construit des temples grandioses à la gloire de Dieu. C'est très certainement cette tradition qui inspira notre curé Lammens, lorsqu'il établi avec son architecte les plans de reconstruction de l'église de Zonnebeke en 192O, quelques temps après sa nomination comme pasteur de la paroisse . Le bâtiment s'éleva, en style néo-roman sur les fondations largement agrandies de l'ancienne église détruite durant la guerre Au fur et à mesure de cette construction, de très sérieux problèmes se posèrent aux entrepreneurs avec l'emploi de nouveaux matériaux comme le béton armé et surtout en raison de la conception ultra moderne de l'église avec des espaces largement ouverts sans points d'appui trop apparents. A demi élevée, la construction menaçait déjà de s'effondrer; les murs se fissurèrent sous le poids des poutres en béton et les quelques piliers de soutien se penchèrent dangereusement. Il était évident que les études de résistance et les calculs des portées avaient été mal réalisés. Les autorités de tutelle pour la reconstruction ordonnèrent à l'architecte et à l'entrepreneur d'arrêter les travaux. L'évêque de Bruges, Mgr Waffelaert exigea la démolition immédiate de la construction en cours estimant que l'ensemble du projet avait été mal conçu et visait bien trop grand . Pourtant Lammens ne s'avoua pas vaincu et il s'adressa à un éminent ingénieur en technique du béton qui lui conseilla de placer des ancres et des longerons en aciers sur toute la largeur de l'édifice pour maintenir les piliers et les murs. Ces travaux entraîneraient une importante dépense supplémentaire. Le curé se fit tirer l'oreille avec des menaces d'être déplacé, mais de par ses relations avec la Maison Royale, il parvint à se maintenir en obtenant une aide spéciale du Fonds Albert 1er. Mon grand père paternel, Odiel, nom archaïque pour un homme, me racontait parfois les délibérations et les contestations au sein du Conseil Communal où il siégeait à propos des travaux. Le Conseil dénonça le gouffre financier dans lequel se plongeaient le curé et son église, en plus de la faillite de l'entrepreneur. On trouva pourtant un nouvel entrepreneur pour continuer les travaux et terminer l'édifice. C'était la première église de ce genre en Belgique. En juin 1925, lorsqu'il célébra la première messe dans son sanctuaire, le curé était bien isolé…L'assistance était clairsemée, une atmosphère glaciale régnait dans l'église …les fidèles avaient peur et l'humidité ambiante rendait cette froideur insupportable. Il faut dire qu'un drame s'était produit la veille de Pâques, quelques semaines auparavant. Ce jour-là des maçons wallons et leurs épouses fêtaient la fin des travaux de maçonnerie dans le café "Saint Hubert" situé près de l'église. Après avoir bien mangé et surtout bien bu, ils proposèrent à la patronne du café et à leurs épouses de monter au clocher pour planter le "bouquet" à 45 mètres de hauteur. 5 dames et 4 maçons prirent place dans le monte-charge que le machiniste 9 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés de service mit en marche. Arrivé presque au sommet, le bac en bois se décrocha des chaînes et tomba dans le vide avec les occupants la charge était trop lourde. Un nuage de poussière envahit les lieux et après quelques minutes on découvrit les 9 corps gisant sur le sol ; 6 d'entre eux étaient morts sur le coup, 3 autres étaient grièvement blessés et transporté vers la clinique de Roulers. Une seule dame, l'épouse d'un maçon, survécut à cette catastrophe. Mes grands parents, mes parents, toute la famille et tous les habitants considéraient cet accident dramatique comme une "vengeance du ciel". Très sincèrement, ils pensèrent que Dieu avait donné un signe de sa colère parce que cette église ne lui convenait pas, car elle était trop vaste et surtout trop onéreuse. Leur conviction était renforcée par les suspicions fondées sur la tenue de la comptabilité des travaux, les vols de matériaux, les détournements de subsides, les doubles facturations, etc… Dans les années 30, selon les dires de ma grand mère Octavie, l'église de Zonnebeke était "maudite" dès sa construction car elle était l'œuvre du diable. Voilà ce que les paroissiens murmuraient entre eux le dimanche en se rendant à la messe. Ils chuchotaient car ils n'osaient le dire trop haut de peur des représailles du curé très puissant. Monseigneur Waffelaert refusa de venir consacrer l'église et de la bénir lors d'une cérémonie solennelle car il estimait qu'elle allait s'effondrer très vite. Il eut tort puisque ce sanctuaire est toujours debout, mais cela reste une église froide sans âme, où il est très difficile de trouver le recueillement. A l'opposé des bâtisseurs de cathédrales parvenant à créer une ambiance de grandeur et d'élévation vers une spiritualité intérieure par la beauté de l'architecture et des diverses décorations de pierre ou de verre, les maîtres d'œuvre de l'église de Zonnebeke n'ont obtenu qu'un vaste temple sans chaleur et sans attrait vers la prière et la méditation. 10 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés L'enfant mort-né…. Ma grand-mère Octavie était une femme pour le moins originale ? Très fière et coquette, elle se dandinait souvent avec son renard argenté autour du cou pour se rendre à la Messe ou aux festivités locales. Cette écharpe en fourrure, elle l'avait reçue de réfugiés gantois que mes grands parents avaient accueillis durant la guerre de 4O. Une de ses particularités était bien celle de fumer la pipe. Oui ma grand-mère (Meetje) fumait la pipe en terre cuite bien droite et lançait ses volutes, assise à coté du foyer belge, dans la cuisine de la maison. Nous étions près de Wervicq, pays renommé pour son tabac, et mon grand-père en cultivait lui-même. Pour la consommation courante, il mettait ce tabac dans une vessie de cochon séchée pour en maintenir la fraîcheur !... Une autre originalité de "Métje" consistait à transformer toute conversation en chanson en reprenant des mots et des phrases de celle-ci. C'était une brave femme qui, bien qu'illettrée, m'écrivait régulièrement durant mon service militaire, dans son plat flamand phonétique, en joignant un beau billet de 1OO Frs dans l'enveloppe …Qu'elle était bienvenue cette enveloppe dans mon "trou" en Allemagne. Durant la "grande guerre" mes grand-parents avaient perdu 4 enfants, drame qui pour ma grandmère s'ajoutait à la perte de ses 2 frères le même jour près de Dixmude ! En 1919, seul mon père, l’aîné, avait survécu à la "grippe espagnole" fléau mortel pour toutes les populations de l'époque. Un jour que j'étais en conversation avec Métje près de son poêle, une de ses sœurs Tante Emilie arriva près d'elle tout en pleurs. Sa fille venait d'accoucher et l'enfant était mort dès sa naissance. Dans les années 195O, cet enfant ne pouvait être baptisé ni entrer dans l'église. De plus, le principe "en dehors de l'Eglise point de salut" était toujours de mise et de ce fait; le Royaume de Dieu lui était interdit. En ce temps là, le clergé considérait, sans doute, que l'enfant mort-né était le fruit du "Malin" en l'excluant de son église. Toujours suivant cette abominable théorie contraire à l'Esprit d'Amour, ces enfants allaient séjourner dans une sorte de lieu entre enfer et paradis ou purgatoire pour l'éternité cet endroit s'appelait…"les limbes " Ainsi, l'Eglise de nos villages ajoutait une peine et une détresse supplémentaires aux parents de ces enfants en leur interdisant l'entrée du Royaume au nom de Qui?… je vous le demande … Déposant sa pipe sur le bac à charbon, ma grand-mère conseilla à sa soeur de se rendre dans un bourg à une dizaine de kilomètres, près de Dadizele, où le curé acceptait de baptiser les enfants morts à la naissance. Pour ce faire, il employait un subterfuge qui consistait à placer l'enfant sous un rayon lumineux venant du soleil ou de l'éclairage de l'église et qui donnait à l'enfant une apparence de vie. Comme il ne fallait pas tarder, c'est dans la voiture du boulanger voisin que je vis Tante Emilie, sa fille, son enfant et ma grand-mère partir chercher le passeport vers le ciel pour cet ange défunt dont je n'ai jamais connu le prénom … J'ai appris que le petit corps avait été mis dans une boite et jeté dans la fosse commune du cimetière par le fossoyeur de service … 11 Les éditions Editeur indépendant, 56 rue de Londres, 75 008 Paris © Tous droits réservés
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