C comme quoi - Page 1 - test Violette W-RUER C comme quoi Edilivre, Éditions APARIS 75008 Paris – 2007 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d'exploitation du droit de Copie (CFC) 20 rue des Grands-Augustins - 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 /Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN 13 : 978-2-917135-06-8 Dépôt légal : Mai 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. PREMIERE PARTIE 7 Chapitre 1 Coup de vent Samedi 4 Décembre 2004 0 heures 15 minutes La porte s’ouvre violemment, fait sauter le plot bloqueur et claque contre le mur. Un air glacial s’engouffre dans la maison. L’antique lustre à douze bougies tangue dangereusement. Le vent gonfle les rideaux et soudain les huit fenêtres du salon en rotonde s’ouvrent simultanément dans un vacarme assourdissant. Les carafes en cristal du bar émettent une multitude de sons divers en fonction de leurs contenances. La nappe s’étire, la coupe à fruits s’écrase au sol en mille éclats. Les noix et les mandarines roulent sous les meubles. Un cendrier en faïence entraîne un autre bibelot dans sa chute et tous deux se fracassent contre la plinthe. Le berger allemand Rolf se lève d’un bond du tapis où il dormait paisiblement, aboie de façon 9 étrange et grimpe les marches de l’escalier à vive allure. Au premier étage, pas un bruit en dehors du tic tac régulier du vieux réveil mécanique posé sur la table de chevet. Tatiana dort profondément. Le chien saute sur le lit. — Rolf ! Es-tu devenu fou ! Tu m’as fait peur ! Descends immédiatement ! Le chien ne bouge pas, affalé sur la couverture, les deux pattes sur le museau. Tatiana frissonne. Brrr ! Il fait froid ! Une fenêtre a dû s’ouvrir en bas ! Elle enfile un peignoir et descend en allumant le plafonnier du couloir. Plus elle se rapproche du salon plus le froid lui colle à la peau. Tout est fermé, bizarre. Les radiateurs sont tièdes, la chaudière serait-elle en panne ? Elle descend à la cave. Non, tout fonctionne, je vais remonter un peu le thermostat, la température extérieure a dû chuter de plusieurs degrés. Un cadre au sol attire son attention. Elle le ramasse. Il n’est pas cassé mais vide ! Comment la photo de papa a-t-elle pu sortir de ce support hermétique ? Où est-elle ? Une image ne disparaît pas comme çà ! Elle cherche dans toute la pièce, sous les meubles, en vain, la photo reste introuvable. Je chercherai demain matin. J’ai soif, je vais boire un verre de lait. Elle ouvre la porte du réfrigérateur. Un bruit cristallin vient du placard inférieur de la cuisine 10 Rapidement elle tire le battant du meuble et voit trois saladiers superposés partir en miettes. C’est un cauchemar ! Je vais me réveiller ! Elle décide de tout laisser en l’état. Elle verra plus tard, quand il fera jour. Elle pose le verre sur l’évier et se dirige vers l’escalier. Sur la première marche elle trouve la photo. Comment a-t-elle pu atterrir jusqu’ici? Tout est vraiment étrange ce soir Il vaut mieux que j’aille me recoucher. Elle pose le portrait sur la table de chevet. Le chien est affalé en travers du lit. — Rolf descends ! Il met sa grosse patte sur le bras de Tatiana et lui donne un grand coup de langue sur la main, pas du tout décidé à partir — Sois raisonnable, laisse-moi dormir un peu descends ! Et elle le pousse sur la carpette. 11 Chapitre 2 Nouveau réveil Samedi 4 décembre 2004 1 heure 20 Tatiana est à nouveau tirée de son sommeil par les aboiements de Rolf qui fixe la porte. Il va me faire mourir de peur et de fatigue ! Elle a horreur d’être seule. Quand son mari lui a annoncé qu’il serait en déplacement deux jours, elle l’a rassuré en disant que tout irait bien et que cela passerait vite. Si la première nuit les problèmes commencent, ce n’est pas gagné ! Bon, elle va mettre ce chien en bas dans son coin habituel puis elle fermera la porte de sa chambre à clé. — Rolf ne fais pas la mauvaise tête, descends ! Il continue à hurler sans bouger de place. — Vraiment là tu exagères ! Elle le tire par le collier jusque dans le salon en trébuchant sur les marches. 12 Bon sang quelle nuit ! Qu’est-ce qui lui prend à ce chien ? Quelques minutes plus tard, la chaleur est revenue dans la maison. Le chien s’est calmé et somnole. Tatiana se laisse enfin aller dans les bras de Morphée. Un bruit très fort de vitre cassée la réveille une nouvelle fois. Ai-je rêvé ? Quelle heure est-t-il ? 5 Heures ! Elle se retourne et s’étire dans son lit douillet. À nouveau le même tintamarre ! Cette fois je n’ai pas rêvé. Ce doit être Rolf, il a vraiment décidé de me rendre folle! La chambre est tempérée, pourtant elle grelotte. Le bruit venait du salon. Elle regarde partout, rien. Pas de vitre ou de bibelot cassés, le chien est paisiblement allongé sur sa couverture. Une sourde angoisse l’envahit comme chaque fois qu’un évènement imprévu intervient dans sa vie. Sa respiration s’accélère. Mon Dieu, cela ne va pas recommencer ! Elle secoue la tête. Non, il ne se passe rien d’anormal, mon imagination me joue des tours ! Elle se laisse tomber sur le canapé et certaines images du passé affluent à sa mémoire. 13 Chapitre 3 La vieille dame Août 1960 Les parents de Tatiana ont décidé de quitter le petit bourg où ils vivaient depuis trois ans et d’emménager à une dizaine de kilomètres plus loin, dans un immeuble récent. C’est un nouveau quartier de la ville de Metz en Lorraine, où les bâtiments de huit étages en forme de parallélépipèdes rectangles avoisinent les tours de plus de seize niveaux. Des parcs boisés donnent un air plus attrayant aux constructions en béton d’une banale couleur grise et beige Rien à voir avec le lieu en pleine campagne, où ils habitaient auparavant ! Lors du déménagement précédent, Tatiana avait beaucoup pleuré quand la famille avait quitté Dornot, le village de son enfance. Deux raisons importantes motivaient ses pleurs : ses amis, dont Marie Louise, la fille du chalet, et la maison qui lui plaisait tant ! 14 Construite sur pente raide, c’était la plus belle du village, presqu’un château avec ses multiples pièces sur deux étages. Dans l’immense verger, les arbres fruitiers s’étendaient à perte de vue : poiriers, mirabelliers, prunier, cerisiers et pommiers. Au fond, un sous bois abritait une piscine en pierre. Tatiana parlait aux arbres, aux fleurs. Elle chantait sous les branches, assise sur un rondin de bois. Elle rêvait du prince charmant arrivant de l’univers astral, comme une étoile filante finissant sa course sous son arbre de prédilection. Cet arbre, très vieux, avait failli mourir. Elle le disait magique parce qu’il avait été sauvé grâce à ses prières. La propriété ressemblait à une pépinière avec ses multiples plantes et fleurs. Un grand sapin se dressait fièrement en haut et à droite de l’escalier. L’entrée de la maison, vitrée et en demi-cercle, décorée de plantes vertes faisait figure de jardin d’hiver miniature. Un petit vestibule donnait accès à la salle de séjour dont les murs bicolores rose et blanc contrastaient avec le parquet en marqueterie impeccablement ciré. Un argentier, abritait les bibelots en porcelaine et les verres en cristal de Baccarat, et faisait face à un bahut campagnard d’époque 1900. Sur la table rectangulaire en bois massif, entourée de chaises à haut dossier en cuir rouge, trônait une soupière en faïence de Sarreguemines. A droite, derrière une porte en chêne foncé, se trouvait la salle à manger des jours de fêtes et des réceptions. Le mobilier de style Henri IV s’imposait devant les murs en crépi blanc. Elle était éclairée par 15
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