Nilmer - Page 3 - test Jean-Hervé CONIO MINSSIEUX Nilmer Roman Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris - 2007 3 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions l’Éditeur Indépendant – 2007 ISBN : 978-2-35335-108-4 Dépôt légal : Septembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 REMERCIEMENTS Ce livre est dédié avec tout mon Amour pour Sandrine sans qui rien n’aurait pu voir le jour. A mes deux grands bonheurs : ma fille Jade et mon fils Ben. Remerciements à Liliane pour ses corrections avisées. A Oscar et René pour leur aide. Enfin, à Editeur Indépendant qui a su donner sa chance à un jeune écrivain : Merci encore. 7 Le petit Luca était comme paralysé à l’image des autres enfants de sa classe. Les yeux écarquillés, il buvait les paroles de ce vieil homme qui racontait une si belle histoire. Personne ne savait comment il s’appelait. Depuis des mois, voire des années, il venait s’imprégner de tous ces livres. Il n’avait pas de carte de bibliothèque, ni d’identité. Le personnel fermait les yeux sur sa présence et le laissait parcourir d’innombrables ouvrages. Il n’en emportait évidemment aucun chez lui, mais avait-il un « chez lui » ? Cet énigmatique personnage à la silhouette intemporelle, aux cheveux et à la barbe blanche se déplaçait difficilement, portait des vêtements en lin et un vieux manteau en tweed. Il arrivait toujours à dix heures du matin et s’en allait à la fermeture. Il s’éclipsait le midi pendant une trentaine de minutes et revenait, imperturbable, lire tous ces textes anciens et ces romans d’aventures. Le personnel de la bibliothèque lui avait donné un surnom : Gandalf qui le faisait sourire chaque fois 9 qu’il l’employait. Il avait lu et relu des dizaines de fois la trilogie de Tolkien « le Seigneur des Anneaux » et se faire appeler comme le célèbre magicien le rendait fier et malicieux. De toute façon il n’avait jamais dit comment il se nommait et personne n’osait le lui demander. Sauf aujourd’hui où il avait, semble-t-il, dépassé les bornes, de l’avis du responsable de la bibliothèque : – Dites-moi que je rêve ! s’exclama-t-il. Écoutezmoi, on vous tolère ici et je ne vous ai jamais rien demandé, mais cette fois-ci, vous allez trop loin ! Les trois garçons sont recherchés par leur maîtresse et ils n’ont rien à faire ici.Mademoiselle Dupuis leur raconte une histoire et dites-moi ce qu’ils font, deux étages au-dessus du coin de lecture pour enfants, à écouter un vieux bonhomme au lieu d’être avec leurs camarades ? termina Monsieur Conti passablement énervé. Si la silhouette et l’allure du vieil homme prêtaient à sourire, au moment où il releva la tête et le regarda droit dans les yeux, ce dernier marqua un mouvement de recul comme si une force étrange animait ce regard d’un bleu extraordinaire. – Demandez-le aux petits, pour ma part j’ai mieux à faire répondit-il en s’éloignant rapidement. – Au moins, lui, il est intéressant ! Ces contes pour bébés sont nuls tandis que Nilmer, lui, nous raconte de belles histoires dit Luca en s’adressant à Monsieur Conti. – Comment tu l’as appelé ? interrogea ce dernier. 10 – Nilmer, il s’appelle comme ça, répondit le petit garçon. – Tu sais quelque chose d’autre sur lui ? – Non, il nous a dit s’appeler Nilmer et que, si on voulait, il pouvait nous raconter une belle histoire, une très vieille légende avec des chevaliers, des magiciens et des monstres, conclut Luca, dépité de ne pas entendre la fin. – Bon, très bien, allez suivez-moi, je vous ramène à votre maîtresse. Ne recommencez jamais, vous ne devez plus quitter vos camarades, c’est compris ? Surtout pour écouter les délires d’un pauvre fou ! dit-il sarcastique. – Nilmer n’est pas fou, d’abord il savait que vous alliez venir… s’emporta le jeune garçon. – C’était pas difficile… forcément il n’ignorait pas que j’allais me mettre à votre recherche. – Peut-être ! Mais comment pouvait-il savoir que vous alliez dire en nous voyant : dites-moi que je rêve, rétorqua Luca d’un air satisfait. Visiblement intrigué, le responsable essaya de se convaincre lui-même : – Il est ici toute la journée et c’est certainement une expression que j’emploie souvent. Il l’a entendue voilà tout. Luca, voyant l’interrogation du bibliothécaire, enfonça un peu plus le clou : – Il se doutait que vous alliez répondre ça ! Par contre il nous a dit que vous devriez mieux soigner 11 votre blessure au genou parce que ça va s’infecter et vous aurez de gros problèmes. Le directeur resta sans voix. Comment pouvait-il être au courant pour sa blessure ? La veille, lors d’une sortie en vélo, il avait percuté une barrière. Une chute violente dans une descente et il s’était planté un vieux clou rouillé dans la jambe gauche. Honteux, il n’en avait parlé à personne et aujourd’hui si la douleur persistait, il ne boitait pas et aucun signe extérieur ne pouvait le laisser supposer. Bégayant et cherchant ses mots, visiblement très perturbé, Monsieur Conti dit à Luca : – Maiiiis… je n’ai pas de blessure au genou, il ne faut pas écouter ce vieux fou, allez suivez-moi. La maîtresse était affolée. Quand elle vit les trois enfants, un soupir de soulagement éclaira son visage qui se transforma rapidement en rictus de colère. – Luca, tu les as encore entraînés pour faire des bêtises, tu n’écoutes rien et je vais appeler ta mère… il va falloir que tu deviennes raisonnable sinon tu finiras mal… Conquérant, le petit garçon lui répondit : – Il paraît que non, Nilmer m’a dit que j’aurai bientôt une mission à accomplir pour sauver le monde. Tous les enfants se mirent à rire sauf Monsieur Conti qui se touchait le genou et regardait Luca de façon insistante. – Je serais vous, M’sieur… j’irais à l’hôpital ! Vingt ans plus tard… 12 CHAPITRE 1 Luca DE TOCLLAN se réveillait difficilement, il était huit heures du matin et il avait dormi à peine trois heures. Fêtard invétéré, célibataire, ce séducteur de trente et un ans n’avait jamais réussi à se poser, refusant catégoriquement de s’engager dans une quelconque relation sérieuse, préférant multiplier les conquêtes. Avec son mètre quatre-vingt-cinq, son allure athlétique, ses cheveux noirs et ses yeux bleus, il ne laissait personne indifférent et surtout pas la gent féminine ! Paradoxalement, ce policier, brigadier dans l’unité antiterroriste, faisait preuve d’un sérieux et d’une abnégation à toute épreuve quand il s’agissait de son travail. Mais aujourd’hui Luca avait la tête ailleurs, il était inquiet. Après avoir ingurgité rapidement ses deux cafés, pris une douche et s’être équipé de tout le matériel adéquat, il sortit de chez lui à neuf heures. Il grimpa sur sa moto, une grosse cylindrée de marque japonaise et se dirigea au poste de police de 13 Bellecour. Sur place, il retrouva les autres collègues de sa brigade : – Salut les gars, vous êtes tous là… je sais que vous avez tous les boules de bosser un samedi matin mais bon, faut être sûr que c’est une connerie. Il y a quatre-vingt-dix pour cent de chances qu’on se soit levé pour rien mais on ne peut pas laisser planer le moindre doute. Abdul nous a juré qu’ils allaient faire péter une bombe dans la rame de métro mais il ne sait ni où ni quand ni comment. Tout ce que l’on pense c’est qu’ils veulent toucher le plus de monde possible donc forcément, un jour ouvrable, à une heure de pointe : certainement lundi matin vers huit heures ou le soir, vers dix-huit heures. Ils auraient déjà préparé un plan quelque part dans le métro, on a deux jours pour le retrouver. En revanche, on ne doit pas ébruiter cette info sinon ce serait la panique ou pire si les terros savaient qu’on connaît le plan, ils pourraient le changer au dernier moment… donc soyez discrets et on reste en contact par portable ; allez, on y va les gars ! – Luca, comment veux-tu qu’on ratisse tout le métro lyonnais à dix ? C’est mission impossible ! interrogea son adjoint. Si tu penses que c’est une menace sérieuse alors avise le ministère et arrête de jouer les Don Quichotte ! – Fais pas chier Marco, Abdul est sûr qu’il va se passer un truc mais il reste hypervague. Comment veux-tu alerter et déclencher le plan ORSEC avec si peu d’éléments… ils vont nous rire au nez et nous 14 prendre pour des mythos ! On passe quelques heures dans ce satané métro et si tout va bien, lundi soir on ira boire une bonne bière et on rigolera de cette foutue alerte… allez mon pote, au boulot ! Luca resta seul. Il sortit du poste de police de la célèbre place et se dirigea vers le métro du même nom. Il prit la ligne D direction Grange Blanche, monta dans la rame et observa les gens présents. « Vous êtes assis tranquillement, tout va pour le mieux et boum tout est terminé. Tout ça parce que des enfoirés se sont donnés le droit de vie ou de mort. Bon sang, quelle que soit la cause, comment peut-on s’en prendre à des innocents… mon Dieu, pourvu qu’il se trompe… tiens je fais appel à Dieu alors que je suis complètement athée ! Mon pauvre Luca, tu pars en vrille… concentre-toi et fais ton job et laisse-le en dehors de tout ça. C’est peut-être pour ça que tu n’y crois pas… quel Dieu pourrait créer un être aussi mauvais que l’Homme, si ce n’est l’Homme lui-même ! ». Luca ne croyait pas si bien dire. Il éclata de rire et les quatre personnes présentes dans son wagon le regardèrent, étonnées. – Excusez-moi, j’étais en pleine réflexion ésotérique et métaphysique mais je crois qu’il vaut mieux que je me contente de lire l’Équipe ! Il se mit à rire de plus belle mais très vite son hilarité se transforma en silence et son visage se figea alors que le métro s’arrêtait station Guillotière. 15
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