Mon copain Antoine, E.PArmentier - Page 3 - Roman jeunesse "Il a vraiment l’air bizarre, Antoine [......] Finalement, le seul truc qui ne cloche pas chez Antoine, c’est son prénom… " Emmanuel Parmentier Mon copain Antoine Roman Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 2 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-201-2 Dépôt légal : Juillet 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. À Fanny. Pour tous ces petits détails qui font les grandes œuvres. 5 –1– Il a vraiment l’air bizarre, Antoine. Il a une tête énorme et toute ronde, comme un ballon de volley. Si son visage me fait penser à un ballon de volley, plutôt qu’à un ballon de basket, par exemple, c’est à cause de l’acné. Les boutons d’acné, quand vous en avez, ça vous démange, et vous ne pouvez pas vous empêcher de les gratter ; et plus vous les grattez, plus vous en avez. C’est un cercle infernal. Si vous ne faites pas attention, à la fin, vous ressemblez à une passoire. Bref. Alors qu’à mon âge, on bataille ferme contre les boutons d’acné, Antoine, lui, il a le visage parfaitement lisse. L’acné n’a aucune emprise sur lui. C’est un véritable miracle. Sinon, il a deux minuscules orifices sur les côtés, qui lui servent d’oreilles, et un petit nez, légèrement retroussé. Mais je crois que le plus étonnant, ce sont ses yeux, d’un bleu profond comme l’océan. Antoine a les yeux constamment exorbités, ils sont toujours grands ouverts. Plus j’y réfléchis, et plus il me fait penser au Loup de Tex Avery, vous savez ce personnage déjanté dont la langue se déroule interminablement dès qu’il voit une jolie fille… Sauf qu’Antoine, les filles, il n’en a strictement rien à faire. 7 Et c’est réciproque, d’ailleurs. Mouais, ma comparaison n’est peut-être pas si judicieuse… Toujours est-il qu’Antoine semble fasciné par tout ce qu’il voit, comme si chaque instant était une découverte. Pourtant, notre monde, je ne le trouve pas si fascinant. Il est, à mon goût, un peu trop terre à terre. Un brin de folie, un soupçon de magie dans notre quotidien, ça ne ferait parfois pas de mal… Antoine est, et de loin, le plus petit garçon du collège. Même les sixièmes le dépassent d’au moins une tête. S’il n’était pas avec moi en classe de quatrième, je crois que je le prendrais pour un CM1 égaré. En plus, il est maigrichon. Je suis quasiment sûr qu’avec mes deux mains, j’arrive à faire le tour de ses cuisses. Certes, il n’est pas aussi rachitique que les enfants vivant dans les pays du tiers-monde, que l’on peut voir de temps à autre dans les journaux télévisés, mais il n’est quand même pas bien épais. En d’autres termes, c’est un gringalet. Ah oui, j’allais oublier un détail important : Antoine a la peau toute blanche. Mais blanche de chez blanche, comme de la neige. Ce qui est génial en France, c’est qu’il y a un mélange incroyable de couleurs de peau : rose, noire, brune, jaune, rougeâtre, etc. À chaque couleur de peau correspondent une culture, une histoire, des traditions, des coutumes… C’est ce qui fait, à mon sens, la richesse et la force de notre pays. Beaucoup plus que notre économie ou notre soi-disant « produit national brut ». Mais un teint aussi pâle, aussi livide, je dois avouer que je n’avais encore jamais vu ça. 8 Finalement, le seul truc qui ne cloche pas chez Antoine, c’est son prénom… 9 –2– Moi, c’est Manu. Je viens d’avoir treize ans. Je suis plutôt beau gosse, du moins je crois. Ce genre de considération, ça dépend énormément des gens. C’est une question de sensibilité. Vous pouvez être divinement beau aux yeux de quelqu’un, et passer totalement inaperçu aux yeux d’un autre. La sensibilité, c’est comme la vérité, ça ne se commande pas. Et c’est très bien comme ça. Il n’empêche que je crois que je suis plutôt beau gosse, avec mes yeux bleu-vert et ma tignasse dorée… Je suis assez grand pour mon âge, presque un mètre soixante-dix. Si je continue de grandir à cette cadence, je vais bientôt dépasser mon père. Ça lui fera les pieds, je pourrai à mon tour le traiter de « vermisseau » et de « rase-mottes »… Je commence aussi à choper des pectoraux et des abdos. Pour cela, je m’entraîne assez dur : pas un jour sans que je fasse du sport. J’aime toucher mes muscles pendant l’effort, quand ils sont gonflés et tendus au maximum. C’est une sensation très agréable, ça donne une formidable impression de puissance. Quant à l’acné, par chance, elle ne fait pas trop de ravages sur mon visage. Par rapport à certains de mes 11 potes, je n’ai pas de quoi me plaindre. J’aime regarder mon reflet dans la glace, ça se voit que je suis en train de mûrir. Ma barbe se diffuse lentement, elle envahit progressivement tout le bas de mon visage. Fini le temps où j’avais quelques poils ridicules au menton ! Et puis, mes traits s’affinent, mes fossettes se creusent, mon regard devient de plus en plus pénétrant. Peu à peu, je deviens un homme. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, j’étais fils unique. Mais mes parents ont décidé de se remettre à l’ouvrage. Comme ça, sur un coup de tête. J’ai longuement réfléchi, et je crois avoir compris pourquoi ils ont rempilé. En fait, c’est très simple. Ma mère, qui ne fait vraiment pas son âge, approche de la quarantaine. Ce qui veut dire que dans quelques années, elle ne pourra plus avoir d’enfants. Alors voilà, c’était un peu la limite, la dernière chance. C’était : « Ou on le fait maintenant, ou on ne le fera plus jamais. » Ma mère en est à son sixième mois de grossesse. Il paraît que ce sera une fille. Moi, sur l’échographie, je n’ai pas trop réussi à voir si c’était un garçon ou une fille. Mais bon, les médecins sont formels. On peut leur faire confiance, ce sont des professionnels. Aurore qu’elle s’appellera, comme le lever du jour. Je trouve ça mignon comme prénom, Aurore. Ça fait à la fois chaleureux et énigmatique. Je suis très fier d’avoir bientôt une petite sœur. Ça me fait aussi un peu peur. Treize ans d’écart, ce n’est quand même pas rien. Je ne sais pas trop ce qu’on va pouvoir se raconter… 12 Le ventre de ma mère grossit à vue d’œil, c’est impressionnant. Dire qu’il y a encore quelques mois, elle avait une taille de guêpe ! Je me demande si, une fois Aurore sortie, elle retrouvera sa silhouette d’avant. De toute façon, peu importe. Ma mère est toujours aussi belle, même avec un ventre rebondi ; elle est belle, mais différemment. Tous les soirs, juste avant de me coucher, je pose mon oreille sur son ventre, et j’écoute ce qui se passe. C’est devenu un rituel. Eh bien, croyez-moi, ça fait un sacré ramdam là-dedans, ça n’arrête pas de gigoter ! Je crois qu’Aurore commence sérieusement à se sentir à l’étroit, à manquer de place. À moins, tout simplement, qu’elle ne soit turbulente. Comme son grand frère. 13 –3– Antoine, je le connais maintenant depuis un peu plus de deux ans. En fait, je ne le connais pas vraiment, vu qu’il ne cause avec personne. À ce stade-là, je ne sais pas si on peut encore parler de timidité. Antoine vit dans son monde, un monde totalement fermé, un monde dans lequel il ne laisse entrer personne. Les rares fois où il daigne parler, c’est quand on lui pose des questions de cours. Et là, curieusement, il ne faillit jamais. Les mots sortent de sa bouche, avec assurance et limpidité ; les réponses semblent couler de source. En revanche, impossible d’en savoir plus sur lui. Quand les professeurs l’interrogent sur ses passetemps, sur ses envies, sur la profession de ses parents…, il répond simplement : « Vous n’avez qu’à consulter la fiche de renseignements que j’ai remplie en début d’année. », puis il se recroqueville sur luimême. Il ne prononce plus un mot de toute la journée. Mais les professeurs ne lui en tiennent pas rigueur : Antoine est le meilleur élève de toute la classe. Ce n’est pas compliqué, sa moyenne générale oscille entre dix-huit et dix-neuf. S’il n’y avait pas le sport, elle avoisinerait certainement les vingt sur 15
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