L'Ile Nocloud - Page 1 - test Jean Sarrat et Julien Monetti L’île Nocloud L’épopée fantastique de Julien Pommedeter Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2238-5 Dépôt légal : Novembre 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire Chapitre 1 Silence ! On tourne autour et après le temps......... 11 Chapitre 2 Merlin en apparat m’apparut soudain.................... 17 Chapitre 3 Alors ? Alors ! : Le premier jour est arrivé é é ................................ 21 Chapitre 4 Le deuxième jour : Autour du tour… ou l’arrivée du Tour de France à la voile ....................................................................... 27 Chapitre 5 Le troisième jour : Le requin marron ................................................... 31 Chapitre 6 Le quatrième jour : La supplique de maître Caboul.............................. 37 9 Chapitre 7 Le cinquième jour : Moulette la mouette ............................................... 41 Chapitre 8 Le sixième jour : Miroir mouchard, m’entends-tu ? .......................... 47 Chapitre 9 Le septième jour : J’atterris soudain sur l’île Nocloud........................ 53 Chapitre 10 Tout a une fin......................................................... 63 10 Chapitre 1 Silence ! On tourne autour et après le temps Bandol, le Vendredi 13 février Madame la Directrice, Je vous prie de m’excuser et je vous demande pardon pour ma si longue absence de sept jours, car si je ne suis pas venu à l’école pendant toute cette période, c’est que les hasards de la vie m’ont confronté à des événements inoubliables et donc voici pourquoi, quand, comment et pourquoi (je m’excuse, je l’ai déjà dit) : … Ce dernier mercredi matin vers 9 heures, après avoir terminé mes devoirs de Maths, – 2 et 2 font 4, 4 et 4 font 8, 7 et 3 font onze… Oh pardon ! – On ne dit pas 7 et 3 font onze ! Et la liaison !… On dit 7 et 3 fontonze… – Hi ! Hi ! Sept et trois font 10… et pas onze, 11 révisé ma leçon de musique : rémi fa do do, do do fa ! rémi ! si ! si ! la, si si do do ré, dis me redit ré mi, je me promène enfin sur le port de Bandol, l’air joyeux. Cheveux impassibles aux vents grâce à la couche quotidienne de gel fixateur, je vais en chantant et sifflotant, de-ci de-là, tra la la la la la lère tsoin tsoin… avec cette folle envie de faire quelques pas de claquettes, une deux trois, une deux trois, une deux trois. Qu’il fait beau ! Très beau ! Un soleil magnifique nous réchauffe le cœur et l’esprit, transformant miraculeusement tous les visages des quinqua lleries, sexa exagérant et septua promeneurs, leur donnant ce petit je ne sais quoi dans le sourire devenant éclatant et cette haleine si fraîche, lèvres entrouvertes et regard dirigé vers l’astre complice. Aujourd’hui, personne n’affiche cette morosité rancunière, coutumière du poids des ans. Tout le monde est heureux, radieux, les jeunes, les vieux, les p’tits, les grands, les gros, les maigres et les tendus. Le ciel d’un bleu clair met les oiseaux en fête qui sifflent en se donnant la réplique, à toi, à moi ! à toi ! à lui, à nous, à vous… à tous… mais rien aux autres. Soudain mon regard est attiré par un attroupement d’hommes et de femmes. Je crois reconnaître quelques amis et voisins. Tiens ! Lui, là, il est là, lui ! Lui, là avec sa casquette à l’envers et ses mains plongées dans les poches de son pantalon trop grand de charpentier, rabaissant sans cesse son vêtement en appuyant sur les poches avant, arrière, et ses onomatopées avec accent d’intello de banlieue. Tiens, lui, par contre ! Sympa… Ouais sympa de le voir ici. Au centre d’un cercle, protégé par un cordon de CRS enchaînés, un homme, casquette sur la tête, visière sur la nuque, lunettes sur les yeux, mâchonne 12 un cigare plaintif. Il pointe son index tout en donnant des ordres à des personnes agitées par des allersretours et des gesticulations mais qui ne s’inquiètent nullement de la réception de ses messages et de leur contenu. Lui, il parle, parle sans cesse, le sourire quelquefois satisfait de son bon mot au milieu d’une agitation d’affairés, égarés, complètement indifférents, dont certains tiennent des micros et déroulent d’interminables fils électriques noirs, d’autres brandissent des lampes en recherchant le meilleur effet. Je m’approche, gagné par l’insoutenable besoin de comprendre. Je découvre alors le cœur de cette tornade et l’objet de tout ce remue-ménage. Au milieu du cercle d’affairés indifférents, une magnifique jeune fille ressemblant à une fée, récite un texte avec de la tristesse dans le regard braqué en direction de l’embarcadère Paul Ricard, le prolongeant jusque sur le sémaphore de l’Ile des Embiez. C’est d’une tristesse peuchère ! Tous les regards épient le moindre mouvement de visage à traduire par des Ho ! Ha ! Mademoiselle « Fleur des cœurs »… c’est c’la et c’est ainsi que je devais la nommer. (Ce prénom lui va si bien : il ne pouvait être que le sien, elle ne pouvait en avoir d’autre. Celui-ci lui était déjà destiné). Je ne suis dans l’instant que le modeste et unique traducteur d’une évidence tellement naturelle. Fleur des Cœurs déroule sa boucle blonde avec l’index droit et a un petit air pensif et lointain, accentué par une petite moue qu’elle veut boudeuse. Avec la pointe de son petit pied droit tendu, elle décrit des demi-cercles invisibles qui lui font pencher la tête à chaque retour de pointe du pied. Quel talent ! Quelle grâce ! Tous les regards l’accompagnent dans 13 son geste si gracieux. Soudain après avoir récupéré le silence imposé par l’aboyeur au cigare plaintif, elle prononce les quelques mots impatients de se loger dans le creux de mon oreille : « J’attendrai, le jour et la nuit, j’attendrai toujours son retour. J’attendrai à chaque instant le retour de mon Prince charmant. Viendra-t-il ou ne viendra-t-il pas ? Zat is ze quouestchon ? J’attendrai le jour et la nuit, j’attendrai toujours son retour… Merlin l’Enchanteur, mon bon ami protecteur Merlin, m’a annoncé sa venue. Il doit arriver par ici, il doit arriver par là, il court il court le futé, le futé des bois jolis. Gentes Dames et mes bons Seigneurs, tendez vos esgourdes pour bien écouter ma goualante : son prénom commence par un J et se termine par un N… C’est aujourd’hui que mon regard triste doit retrouver tout son éclat d’antan ». La foule présente ne peut plus contenir sa joie, son admiration. Les yeux écarquillés, souffle retenu, bras tendus, mains rapprochées, la foule se tient prête à recevoir le signal donnant le départ des applaudissements. Une main claque, entraînant une cascade d’applaudissements. Fausse joie du faux signal du départ donné par un effronté, la foule est reconduite dans son élan par l’aboyeur de service, qui en professionnel averti s’est quand même fait piéger par l’effronté anonyme. Il n’a pas vu venir la chose. Tel un coucou émergeant de sa boîte en bois, il réclame le silence, constate le respect de ses instructions et lance alors le mot tant attendu par toute son équipe qui trépigne : « Moteur ! ». Mais c’est mal connaître les admirateurs de Fleur des Cœurs. Certains, sans tenir compte des 14 recommandations du maître des lieux, rebondissant sur les dernières paroles prononcées par la divine Princesse, ne respectent pas le silence imposé et, impatients de déclencher les prochaines répliques, lui tiennent à peu près ce langage : « Moi ! Moi ! Ma douce Princesse, je m’appelle Jean ! » « Non, pas lui ! Pas le fils de BON » « Moi aussi, Princesse, je m’appelle Jean » « Non, pas toi, le Fils de Bonnot le chef de bande ! » « Moi, moi, m’sieur, dites-lui que j’m’appelle aussi Jean ! » « Toi ! Le Fils de Pile, pas de Jean, voila… pas de Jean ! C’est compris oui ? » « Moi, je m’appelle John ! » « John, c’est pas Gaulois… » « Moi, moi je suis Jésus ! » « Jésus se termine par S, nom de Dieu !! » « Non ! Alors ni lui, ni l’un, ni l’autre, ni eux, ni toi mais moi. Nous n’y pouvons rien et vous n’y pouvez rien car moi, c’est moi, moi Jonathan et j’attends le destin ». Elle ne répond pas aux suppliques et prières de personne, son regard toujours fixé sur l’embarcadère et sa boudeuse moue en attente d’un son qui n’arrive pas. Le silence pesant imposé par l’homme emporté à la casquette pesante et au cigare léger, s’empare de toute l’assistance. Soudain, telle la flèche de Robin des Bois fendant l’air, j’entends mon ami Timothée m’appeler : « Julien ! » 15
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