L'énigme Katia - Page 1 - Violette W-Ruer L’énigme Katia Roman Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-3294-0 Dépôt légal : Avril 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Chapitre 1 Chevry-Cossigny – 24 Décembre 2005 La neige tombe à gros flocons. La commune de Seine et Marne, à trente kilomètres au sud-est de Paris est recouverte d’un manteau blanc presque parfait. Sur la petite route sinueuse les rares traces sont celles laissées par les conducteurs téméraires ou les invités pour les fêtes de Noël. Chevry-Cossigny n’est pas un bled, un « trou » perdu au milieu de la campagne. Depuis quelques années les lotissements fleurissent comme les pensées au printemps et gravitent autour de l’ancien village. Cependant les immeubles en béton de plus de cinq étages sont proscrits car la priorité est donnée aux espaces verts. Les récentes constructions ne détruisent pas le charme de ce bourg même si les anciens chevrillards, enracinés dans leurs habitudes, ne voient pas d’un bon œil l’arrivée de ces nouveaux habitants. Ils craignent une surpopulation avec tous les dangers que cela comporte. Toutefois, au fil du temps, ils finissent par admettre que le village est plus vivant et prospère. 11 La rue principale, nommée rue Charles Pathé en raison de la naissance de ce dernier dans une maison occupée à présent par une boulangerie, regroupe quelques commerçants comme pharmacie, bars, fleuriste, coiffeur et restaurants. La mairie dont la façade a été rénovée et l’église Notre Dame de l’assomption, édifice en partie reconstruit au XIXème siècle, se situent au centre du bourg. A l’entrée du village, la maison cachée derrière un imposant transformateur électrique est le terminus pour le voyageur fatigué par un long trajet en voiture. Collioure-Paris n’est pas une sinécure par ce temps ! Sur l’autoroute, aucun problème mais les petites routes départementales sont un vrai supplice, impossible de distinguer la route du fossé avec cette neige épaisse. Après deux frappes vigoureuses, la porte s’ouvre et Rose saute au cou de son mari. – Luc enfin ! Elle est arrivée la veille pour aider sa sœur aux préparatifs de la soirée de Noël en famille. C’est une tradition, un rituel crée par les parents et qui se perpetue par l’aînée des enfants, donc par et chez Katia. Le traditionnel sapin à dominante rouge et vert arbore à sa pointe une étoile clignotante dont les reflets constellent d’or et d’argent les murs et le plafond. Au centre de la salle à manger, la table recouverte d’une nappe assortie aux couleurs de l’arbre, accueille un service en porcelaine blanche à liseré doré et des 12 verres en cristal, brillant sous la lumière d’un lustre à pampilles où est accroché une carte souhaitant la bienvenue à tous. Chaque assiette possède une serviette lovée dans un anneau recouvert d’une fleur de noël rouge au nom de chacun des convives. Rien n’est laissé au hasard. L’harmonie est parfaite. Avec l’arrivée de Luc, la famille est au complet. Ce dernier, ragaillardi par un whisky soda, se met au piano et tous entonnent « Il est né le petit enfant ». Un à un, les enfants se frottent les yeux et baillent à qui mieux mieux en descendant l’escalier. Ils découvrent, émerveillés, les présents amoncelés sous l’arbre. L’ambiance est chaleureuse et émouvante. Toute la famille chante le traditionnel « Petit Papa Noël » accompagnée du disque de Tino Rossi. Puis les enfants sont autorisés à ouvrir leurs cadeaux. C’est un régal de voir leurs visages illuminés devant la pile de paquets ! Les robots, voiture téléguidée, poupée parlante et jeux vidéo font un joyeux vacarme tandis que les adultes se rendent dans la salle à manger pour le souper. Les plus petits ont dîné avant de se coucher afin de jouer tout à leur guise au moment de la découverte des cadeaux. Katia aime cette atmosphère aux senteurs de mandarine et de pin mélangés, cela lui rappelle tant les fêtes d’antan avec ses parents ! Une larme coule sur sa joue. Elle poursuit tant bien que mal la tradition, mais sans eux ce n’est plus pareil et sans… 13 A quoi bon… Je ne peux plus rien changer… Après un succulent repas, elle demande à Peter, son beau-frère, d’ouvrir une bouteille de champagne. Il verse le breuvage pétillant dans les coupes. Elle lève la sienne, avec une petite hésitation, puis propose un toast : – Joyeux Noël à tous ! Que ce moment soit toujours un bon souvenir quoi qu’il puisse arriver dans la vie ! Rose est inquiète en entendant cette phrase. Que cache cette tirade mélodramatique ? Ce n’est pas du tout le genre de sa sœur de telles paroles ! Katia boit une gorgée, puis tout le contenu et… vacille… s’écroule. Maxime se précipite et soulève le corps inanimé de sa femme : – Non ! Katia non ! Toute l’assemblée est médusée ! Les invités posent leurs verres. Un vent de panique se répand dans la maison. – Le champagne est empoisonné ! Peter s’écrie : – Arrêtez de dramatiser ! Vous voyez bien que je suis vivant et vous aussi ! Katia a juste un malaise, la fatigue sans doute. Maxime appelle le médecin de famille. Ce dernier est absent, le répondeur débite son message habituel en cas d’urgence. C’est le chaos dans l’esprit de Maxime, ses gestes sont saccadés, il n’arrive pas à réfléchir. 14 Rose appelle les pompiers. Ils tentent de ranimer la jeune femme, en vain. Aucun signe pathologique visible n’explique ce décès. Ils sont décontenancés. Ils avisent le mari que la police doit être prévenue dans un tel cas. C’est la consternation dans la maisonnée. Les enfants sont conduits au premier étage afin de les préserver du désolant spectacle. Seule Mégane reste près de son père totalement effondré. Elle ne peut pas m’abandonner ainsi ! Ce n’est pas possible ! Elle est juste inconsciente ! Elle va se réveiller, je suis sûr qu’elle va se réveiller ! Elle doit se réveiller ! Peter et sa femme, Annie, tentent de le réconforter mais il se jette désespérément sur le corps de son épouse. – Viens Maxime, La police ne va pas tarder et les pompiers devront l’emmener… – Je ne veux pas qu’elle sorte de la maison ! Je veux qu’elle reste avec moi ! – Sois raisonnable, pense aux enfants… Ils vont avoir besoin de toi… J’ai déjà perdu ma première femme et maintenant Katia… Pourquoi le sort s’acharne-t-il ainsi sur moi ? Il se souvient… 15 Chapitre 2 Avril 1988 à Collioure A 26 Km de l’Espagne Maxime est veuf depuis trois mois. Son épouse Marine a succombé à un cancer généralisé foudroyant. Il se retrouve seul avec Mégane et Pierre respectivement âgés de quatre et deux ans. Il s’en suit une profonde déprime et son frère, Peter, doit s’occuper seul du cabinet d’architectes associés. Son épouse, Annie, alors secrétaire de l’entreprise, quitte son emploi pour pourvoir à l’éducation de ses neveux jusqu’à ce que Maxime trouve quelqu’un pour prendre la relève. Puis un très gros chantier requiert la présence de Maxime alors son frère insiste pour qu’il reprenne ses activités. – Le travail te serait salutaire ! Cesse de t’enfoncer dans ton malheur ! Les enfants souffrent de ton manque d’attention ! Secoue-toi ! Marine n’aimerait pas que tu négliges tes enfants et que tu te laisses dépérir ainsi ! 17 Cette réprimande provoque un déclic chez Maxime qui décide de se secouer et de reprendre sa vie en mains. Il jette à la poubelle tous les comprimés de Prozac et autres. Au début il est sujet à un certain manque puis cela s’estompe et il se sent d’attaque pour faire face à ses problèmes. Quelques mois passent et le jour anniversaire du décès de Marine il se rend au cimetière pour déposer des fleurs sur sa tombe. Tandis qu’il prie pour le repos de son âme, il surprend des pleurs. Il tourne la tête mais ne voit personne. Puis il entend la voix d’une femme : – Papa pourquoi es-tu parti si vite ? Pourquoi n’astu pas attendu que j’arrive ? Je t’aimais tellement et je ne te verrai plus… Et les sanglots s’intensifient… Maxime recule un peu. Une jeune femme arrange une gerbe de roses dans un vase de marbre blanc. Doit-il s’approcher ? Pourquoi le ferait-il ? Elle n’a certainement pas besoin d’un intrus dans sa douleur ! Il lui tourne le dos et marche lentement dans l’allée. Des pas font écho aux siens, il ralentit et elle passe devant lui. Elle continue son chemin sans lui prêter la moindre attention. J’ai bien fait de ne pas lui parler ! J’ai frisé le ridicule ! Soudain elle titube, il court et la rattrape de justesse avant qu’elle ne se retrouve au sol. Elle n’est pas inconsciente. 18 – Je vous prie de m’excuser monsieur, ce n’est qu’un petit malaise… le choc sans doute… Merci beaucoup de votre aide… – Etes-vous en voiture ? Si c’est le cas, vous n’êtes pas en mesure de conduire… – Je vous remercie mais j’y arriverai… – Acceptez au moins un café ou un thé dans le bar plus loin avant de prendre la route… – D’accord… Mais c’est moi qui vous invite pour vous remercier de votre gentillesse. Depuis la disparition de sa femme, Maxime ne s’est confié à personne et là , devant un thé fumant, il raconte sa vie à une parfaite inconnue. Elle, lui parle de son père et de l’incroyable sentiment qui les unissait. Maxime regarde le visage de Katia, car tel est son prénom. Ses yeux verts sont magnifiques même ravagés par les larmes. Il n’y a plus aucune trace de maquillage mais peut-être n’en avait-elle pas. Ils se quittent en échangeant leurs numéros de téléphone sans vraiment savoir ce qu’ils vont en faire. Un réflexe pour ne pas être totalement inconnus l’un pour l’autre après ce bref rapprochement dans la tristesse. Quand Maxime rentre chez lui, il a des remords car Katia n’a pas quittée son esprit. Il prend la photo de Marine : Ma chérie tu es toujours en moi, ce n’est qu’une inconnue qui avait besoin d’aide. Tu me manques ! Cependant, Annie s’aperçoit immédiatement du changement dans l’attitude de son beau-frère. Il est 19
L'énigme Katia - Page 1
L'énigme Katia - Page 2
wobook
edilivre.com