Les fautes d\'orthographe - Page 1 - test Ghislain DIDIER Les fautes d’orthographe Roman Éditions Éditeur Indépendant 75008 Paris - 2008 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droit. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS). Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L. 122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L. 122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L. 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Éditions Éditeur Indépendant – 2008 ISBN : 978-2-35335-164-0 Dépôt légal : Janvier 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. À Denise, ma grand-mère Un grand merci à : Ma femme Virginie Mes enfants Malone, Maxence et Kélian Thierry, Marc L., Michèle Torr et Jean-Raymond À tous les lecteurs du premier roman pour leurs conseils et leurs encouragements Toute ma famille, mes amis… …et à Emilie Barreau de la maison d’édition « Editeur indépendant » pour son soutien, ainsi qu’à toute son équipe. Ce qui ne nous tue pas… 1 Sarah, une petite fille menue aux yeux gris d’un triste émouvant et à l’allure absente, pénétra dans le palais des 24 colonnes de Lyon sur lequel flottait fièrement le drapeau français. Ce vieux palais du 15e siècle, ancien palais de Roanne, fut la fierté de la royauté qui à l’époque voulait imposer sa justice et sa toute puissance. Cet immense édifice détruit par les flammes et aussitôt restauré au 17e siècle, était pour la petite fille ce jour-là un lieu de terreur, d’oppression mais aussi de renaissance. Sarah pénétra dans la Cour d’Assises, imposante et solennelle, par une porte surplombée par l’œil de Caïn, symbole de l’opprobre public. Sa décoration et son ameublement demeuraient immuables depuis 1842. Seul le crucifix qui présidait les débats au 19e siècle avait disparu. Sarah avançait timidement, à petits pas dans cette petite salle, habitée par de hauts murs habillés de tapis verts que les fenêtres au sommet éclairaient tant bien que mal, car la salle était située au sous-sol de cet édifice immense. La couleur ou la hauteur des murs, la clarté ou l’obscurité de la salle laissaient de glace la petite bambina. Sarah demeurait la tête basse, les yeux rivés sur ses chaussures neuves achetées pour l’occasion par l’aide sociale à l’enfance. Elle n’osait pas lever son regard vers cette salle qui l’accueillait à bras ouverts. Elle restait blottie contre Michèle, son éducatrice depuis quelques 13 mois maintenant. L’idée que son sentiment en ce début de matinée était semblable à celui ressenti sans doute par le taureau que l’on conduit à l’arène la fit sourire malgré elle. Elle sourit tout de même car elle savait qu’elle ressortirait vivante de ce tribunal… certes meurtrie au plus profond de son être, à demi morte certains jours de sa vie… mais tout de même vivante et heureuse de l’être ! Sarah rendait de temps en temps visite à son pédopsychiatre, certes moins fréquemment qu’au début de sa prise en charge, mais au fil du temps leurs rencontres étaient devenues régulières. La petite fille rejoignait avec plaisir et soulagement le petit fauteuil saumon où elle allait extirper ses heures noires du plus profond de sa mémoire. Elle quittait tout aussi rapidement ce cabinet une fois la consultation achevée. Son pédopsychiatre lui avait encore réitéré cet encouragement hier matin lors de sa consultation hebdomadaire « Sarah, le temps efface nombre de malheurs. Tu ne pourras jamais oublier ce que tu as enduré durant ta petite enfance ; mais tu sauras sans doute apprivoiser ton passé et ses souvenirs et en créer une force pour mieux affronter l’avenir » Sarah essaya de puiser du réconfort dans ces propos tout en s’asseyant sur le banc de cette salle d’audience. Nous étions au premier jour du procès de son oncle maternel. Elle avait beau frotter sans cesse ses deux petites mains l’une sur l’autre, elle ne parvint pas à les réchauffer. Ses mains transcrivaient bien malgré elle la froideur qui remplissait son corps tout entier. Elle ne trouva de la chaleur humaine que dans le regard maternel de Michèle et les gestes tendres et paternalistes de Jean, son avocat. Dehors, des centaines de journalistes grouillaient devant le tribunal de Lyon. Sarah et Michèle étaient entrées ce matin par la porte arrière du tribunal afin de les éviter. 14 Moulée dans une longue jupe grise, des bras cachés par un pull ample retombant sur sa jupe, Michèle était une femme de petite taille dont on ne voyait que la chevelure brune, au visage rond où prédominait un petit nez retroussé. Elle rassemblait chaque jour patiemment tous ses cheveux dans un chignon. Elle profitait de cet instant précieux, pour faire une introspection, une remise en question sur cette vocation qui lui avait tant coûtée. Octobre s’imposait et nous prédisait fièrement un hiver proche et rigoureux. Déjà, un vent léger et froid avait pris la place de la chaleur ensoleillée de l’été encore tout proche sur nos peaux bronzées. Les pas des travailleurs se pressaient dans les ruelles lyonnaises et sur les voies métropolitaines. Ces hommes restaient enthousiastes à la seule idée de rejoindre leurs appartements chauds et douillets. La disparition du brouhaha de la salle interrompit le cours des pensées de Sarah. Elle n’entendait plus que les chuchotements du couloir. Une porte latérale s’entrouvrit et elle vit apparaître un homme vêtu de noir imposant, majestueux et noble, dont l’unique présence et l’image de la fonction suffisait à faire régner le silence. Michèle se pencha vers son oreille pour lui dire : – « C’est le juge » Le président de la Cour s’installa dans son fauteuil en noyer en forme de médaillon rappelant le trône de LouisPhilippe. Celui-ci était paré d’un rameau d’olivier. Ses assises étaient dessinées en forme de gueule de lion, gueule de lion omniprésente sur les portes des salles d’audiences. Le bureau du Président s’enrichissait d’une fine sculpture en bas relief de la loupe d’érable. La balance de la justice était enlacée par le caducée d’Hermès qui paraissait jaillir d’une tête de lion reliant deux cornes 15 d’abondance : l’équité de la justice venant protéger l’exercice des arts, de la science et du commerce lyonnais. Sarah le dévisageait, impressionnée par cet homme qui représentait pour elle l’autorité. Il avait ce pouvoir non seulement sur la salle d’audience mais surtout il était celui qui la protégerait certainement de son bourreau, de son oncle. Comme par instinct de survie, elle saisit la main de Michèle. Rapidement comme un ballet de danseuses classiques, les jurés, les greffiers et pour finir le Procureur de la République prirent possession des lieux. Sarah n’avait pas la force de regarder la porte étroite par laquelle son ennemi allait pénétrer au terme d’un sinueux parcours dans les entrailles du palais. Le regard du Président surplombait toute l’assemblée grâce à l’estrade où ses lambris frontaux à pilastres étaient couronnés par un pin sculpté en bois. Un dossier attendait le Président sur son bureau, messager de longues journées d’audiences nauséeuses où le pire de l’être humain se révèle à huis clos. Indubitablement, son amour pour la justice poussait ce juge à vouloir réparer la souffrance des enfants dont il se sentait au travers de la société, lui aussi complice sinon coupable. Sarah avait fermé les yeux, la tête relevée vers le plafond. Son esprit s’était détaché d’elle… elle avait tellement besoin de s’évader de son quotidien. À douze ans, quand d’autres jeunes filles se posaient des questions sur des frivolités, Sarah n’arrivait pas à se détacher de son angoisse face à l’avenir. En ces instants, elle se sentait comme décalée de la réalité. L’agitation percevable de la petite mégapole lui paraissait dérisoire et superficielle. 16 Elle se sentait comme rejetée de l’existence ambiante, comme si sa présence sur cette terre avait été une erreur d’aiguillage. Elle se percevait plus en osmose avec les lois célestes où les rapports entre les êtres ne sont qu’amour asexué baigné dans une ambiance de sérénité. Sarah ne voyait pas son oncle, adossé au vieux siège du box des accusés, qui ne la quittait pas des yeux. Son visage bouffi et pâle prenait une certaine ampleur grâce à ses longs cheveux frisés et châtains clairs. Les pupilles de ses yeux bleus étaient encerclées de la rougeur alcoolique de sa conjonctive. De son œil émanait toute la rancœur qu’il ressentait pour sa victime. Au bout d’un laps de temps, la petite fille sentit glisser sur elle le regard de son oncle. Elle ne chercha pas à vérifier son impression, en fait cela n’avait aucune importance. Sarah était trop tourmentée par son passé autant que par son avenir et ne se souciait de rien d’autre. Insensiblement, l’oxygène sembla manquer à la petite fille. L’audience n’avait pas encore commencé et pourtant déjà, elle paraissait plus qu’insurmontable à l’enfant. Tenant toujours la main de Michèle dans la sienne, elle la serra très fort d’un coup, trop fort… tant que Michèle ne put empêcher un petit cri de s’échapper. Après la gêne de voir tous les regards fixés sur elle, Michèle comprit. Elle attrapa la deuxième main de la petite fille et l’emmena vers l’extérieur. Elles traversèrent rapidement le long couloir rectangulaire menant à d’autres salles d’audiences semblables et sordides, survolant les regards interrogateurs de la foule. Elles débouchèrent sur l’immense hall carré en marbre rosé et mauve que Michèle eut beaucoup de difficultés à franchir. Elles descendirent les gigantesques escaliers surmontés par de sublimes colonnes avant de rejoindre l’extérieur. Dans la salle d’audience, les conversations s’animaient à nouveau. Chaque journaliste pronostiquait son verdict, 17
Les fautes d\'orthographe - Page 1
Les fautes d\'orthographe - Page 2
wobook
edilivre.com