J'ai quelque chose de grave à te dire - Page 1 - test Isabelle Hardouin J’ai quelque chose de grave à te dire Témoignage Édilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Édilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-370-9 Dépôt légal : Octobre 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 PRÉFACE Notre histoire, comme bien d’autres, douloureuse, est celle qui n’arrive qu’aux autres. Lorsque les faits vous rattrapent et que vous êtes plongés, malgré vous, dans le délire d’un homme qui ne comprend pas la portée de ses agissements, votre vie bascule à une telle vitesse que vous ne pouvez plus enrayer la machine qui s’est mise en route. Lisez cette histoire vraie, laissez-vous porter et substituez-vous à mon rôle. Laissez-vous envahir ! Puis réagissez, analysez la situation aussi honnêtement que j’ai pu le faire. Mon but est de lancer un cri d’alarme, un mouvement de colère et de réaction contre ces faits dont nous entendons souvent parler mais qui ne nous touchent pas. Je veux que ces hommes sachent qu’ils détruisent nos enfants qui, sans aide, ne peuvent s'en sortir, parce que, attouchement sexuel ou viol, les dégâts psychologiques sont sensiblement les mêmes. Surtout, je veux que jamais vous n’oubliiez que notre histoire pourrait, demain, être la vôtre !!! Respectons nos enfants qui demain construiront notre société. « MAMAN, J’ai quelque chose de grave à te dire. Tu peux venir ? Oui, j’arrive dans quelques minutes. » Je suis dans la cuisine, je prépare le repas. Je me demande ce qu’elle veut dire par « grave ». À quatorze ans et demi, que peut-il lui arriver de grave ? Encore une copine qui l’embête, un copain qui la « cherche un peu trop », une mauvaise note à son dernier devoir… Enfin, rien de méchant, rien de bien important, rien qui puisse faire basculer sa vie de petite fille. Elle est dans son bain, au premier étage. Elle aime bien discuter alors que je lui frotte le dos. Elle raconte ses petites histoires de la journée, me demande des conseils. Tout d’une petite fille qui grandit beaucoup trop vite à mon goût. Pourtant, son père la regarde encore comme son petit bébé. Il va bientôt tomber à la renverse, le pauvre. Nous le savons tous, nous faisons des enfants, les élevons du mieux que nous pouvons et paf !!! Ils s’en vont. Les ingrats… Fille de parents « biens comme il faut » comme beaucoup de personnes le diraient. Père : fonctionnaire ; mère : gérante d’entreprise. Tout pour couler une vie bien tranquille, sans problème. Un frère de deux ans son cadet, certes un peu turbulent, sans plus, comme tous les frères. MAMAN ??? J’arrive, deux minutes !!! Ce qu’elle peut être exigeante ! C’est certainement ma faute, je suis un peu trop à leur écoute, mon mari me le reproche assez souvent, mais c’est comme ça. Je m’implique peut-être un peu trop dans leur éducation. J’ai toujours pensé qu’une bonne mère se doit de tout faire pour que ses enfants se sentent en sécurité, qu’ils sachent que leurs parents sont là, écoutant leurs peurs, les rassurant sur leur avenir et surtout, toujours prêts à voler à leur secours quoi qu’il arrive. Ce n’est pas facile d’être parents, aujourd’hui. Nous devons faire attention que nos enfants ne tombent pas entre les mains de gens mal intentionnés. Il est vrai qu’ils ne sont pas à l’abri de trafics divers et sont des proies faciles pour les vendeurs de drogues. C’est d’ailleurs mon cheval de Troie, ma bataille de tous les jours. Je ne supporte déjà pas l’odeur de cigarette, alors les herbes et autres, n’y pensons pas. MAAAMANNNN !!! J’arrive, j’arrive… Ce n’est pas possible, ce qu’elle est « chiante ». Je monte enfin l’escalier qui nous sépare, entre dans la salle de bains et prend le tabouret pliable que je laisse toujours contre le petit meuble de rangement. Je vais pour m’asseoir tout en lui parlant. Alors qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui est si grave ? Je relève la tête, me tourne vers elle et remarque les larmes dans ses yeux, son visage tiré, son regard fuyant. Malgré moi, je me redresse et me colle contre le mur. Je comprends tout de suite que cette fois ce n’est pas une histoire de camaraderie qui tourne mal, c’est beaucoup plus que cela. J’ai un mauvais pressentiment, le mot « GRAVE » prend tout son sens. Mon cœur s’emballe, mes pensées se bousculent. Une idée me vient tout de suite à l’esprit : elle est enceinte. Mon dieu, ce n’est pas possible. Je l’ai pourtant mise en garde contre tout ce qui pouvait lui arriver avec les garçons, bien fait comprendre qu’elle ne peut rien faire sans protection et qu’il est indispensable qu’elle prenne un moyen de contraception adapté avant d’entamer une relation aussi poussée. Je lui ai toujours parlé dans ce sens, préférant le dialogue permanent. C’est bien pour cette raison que nous parlons de tout et de rien, plus comme des copines, riant de ses petites histoires qui restent entre nous. Personne d’autre ne sait de quoi nous parlons pendant ces moments de complicité, pour la plupart du temps, dans cette salle de bains. D’ailleurs, je pense que son père est un peu jaloux de cette complicité avec nos enfants. Parce que notre fils aussi commence à me raconter ses petits secrets. J’essaie de partager mon temps libre pour moitié avec elle, moitié avec lui. C’est beaucoup plus facile avec elle, puisque lorsqu’elle a commencé à faire de la gymnastique, sport que j’ai moi-même pratiqué pendant mon enfance, j’ai aménagé mes horaires pour reprendre du service en tant que monitrice. Je dois dire que ces moments sont relaxants, malgré la responsabilité supplémentaire que cela représente. Certains cours, souvent le samedi, commencent par un temps de discussions. Les filles parlent de leurs problèmes avec leurs parents, leurs copines et surtout leurs premiers flirts. Parfois, ce sont des histoires à n’en plus finir, deux copines amoureuses du même garçon, des ruptures toujours très douloureuses à cet âge-là, etc. Elles ont toutes entre douze et seize ans. Beaucoup n’arrivent pas à parler avec leur mère. Je suis devenue la confidente de service. J’avoue que j’aime mon rôle. J’adore les enfants et cela rejoint un peu le métier d’éducatrice pour enfants en difficulté, que je n’ai pas pu faire. Étant la seule monitrice à ce cours, je leur permets de prendre un moment pour me poser les questions qu’elles n’osent pas avec d’autres. Elles savent que je répondrai sans détour et leur donnerai les meilleurs conseils, leur exposant toujours le pour et le contre, tout en leur faisant comprendre que, si elles adoptent la première solution, il arrivera ceci, si elles prennent l’autre solution, il arrivera cela. Nous devons toujours faire un choix et en assumer les conséquences. Je ne cesse de leur dire qu’il est très important et préférable de parler avec leurs parents. Que le dialogue est toujours la meilleure chose. De toute façon, elles peuvent me contacter quand elles le souhaitent, même par l’intermédiaire de ma fille. Je pense à ce garçon avec qui Pauline flirte. Ce n’est pas possible, ils n’ont pas fait une bêtise irréparable. C’est insensé. Flûte, à quoi ça sert de prendre autant de temps à expliquer qu’il est important de se protéger, que je préfère qu’elle me demande une ordonnance pour cette contraception avant de faire quoi que ce soit. Ça ne peut pas m’arriver à moi, c’est injuste. Mes pensées se bousculent, j’ai peur de ce qu’elle va m’annoncer. Alors, parle, dis-moi ce qui t’arrive. Je ne sais pas comment j’arrive encore à parler tellement je deviens nerveuse. « J’ai quelque chose de grave à te dire mais promets-moi de ne pas faire de scandale. » Ses larmes se mettent à couler sur ses joues. Des sanglots commencent à se faire entendre. Vas-y, dis-moi ce qui te préoccupe. Je… Je… Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu… tu es enceinte ? Non, Non, c’est pire que ça. Pire !!! Je ne vois pas ce qui peut t’arriver de pire !!! Tu me promets de ne pas en parler à Papa, à personne ? Dis d’abord ce que tu as à me dire et je te promets de faire au mieux. Tonton m’a touchée. En entendant cela, j’ai l’impression que ma tête se vide, je ne sens plus mon corps, mes jambes se dérobent. Je vois ce tabouret, l’attrape et m’assieds. Je deviens livide, sans aucune réaction. Qu’est-ce qu’elle me raconte ? Ça ne va pas ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Je le savais, je leur avais dit que tu ne me croirais pas.
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