Le Plaisir et la Contrainte. - Page 1 - test Jean-Luc QUOY-BODIN Le plaisir et la contrainte Sociétés mutines et libertines en France au XVIIIe siècle Éditions EDILIVRE APARIS Collection Universitaire – ISSN : 1962-1434 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0606-4 Dépôt légal : Mars 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Source : Zéphyr-Artillerie ou la Société des Francs-Péteurs (1746). Photo Bibliothèque nationale de France. 9 Source : Ce vers quoi tendent les membres de l’Ordre de la Félicité (1753). Photo Bibliothèque nationale de France. 10 Préface Ce livre est un essai de synthèse sur l’histoire d’associations originales mentionnées pour la première fois de façon sommaire en 1820 par l’éditeur de L’Aulnaye dans son édition des Œuvres de Rabelais sous le titre « ordres et sociétés de plaisir1 » en Europe du Moyen-Âge à l’époque Moderne puis pour la France par Jacques-Antoine Dulaure dans son Histoire physique, civile et morale de Paris2 (1829). L’archiviste Ludovic Lalanne en 1857 donnera une liste de sociétés essentiellement bachiques élargie à l’Europe dans ses Curiosités Littéraires3 ; mais c’est au bibliographe Arthur Dinaux qu’il revient d’avoir le tout premier consacré un ouvrage qui n’est pas une étude d’ensemble mais un inventaire érudit (publié après sa mort par son confrère Gustave Brunet en 1867) de ce qu’il a appelé Sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes4 . L’histoire de ces sociétés n’a jamais fait l’objet d’aucune synthèse dans une perspective historique. Seules nous sont parvenues des monographies disparates du XIXe siècle – Ordre des FrancsPéteurs (1854) ; Régiment de la Calotte (1886) ; des années 1900-1920 : Ordre de la Mouche à Miel (1904) ; Ordre des Lanturlus5 (1928). Les historiens semblent avoir boudé ce qu’ils considéraient comme un Œuvres de Rabelais. Paris. Th. Desoer, 1820, 3 vol. L’annotateur est François-HenriStanislas de L’Aulnay, par ailleurs, auteur de plusieurs ouvrages sur l’Ecossisme. T. I, pp. 7-8. 2 Jacques-Antoine Dulaure consacre un sous-paragraphe intitulé « Origine des Francs-Maçons et autres sociétés secrètes » dans la 4e édition de son Histoire… (1829). T. 8, pp. 62-104. 3 Curiosités Littéraires par Ludovic Lalanne. Paris, Adolphe Delahays, 1857 « Des Sociétés, réunions et ordres littéraires et burlesques », pp. 327-363. 4 Arthur Dinaux, Les sociétés badines, bachiques, littéraires et chantantes : leur histoire et leurs travaux / ouvrage posthume revu et classé par M. Gustave Brunet. Paris, Bachelin-Deflorenne, 1867, 2 vol. 5 Benedetta Craveri a « réveillé » cet Ordre dans son article « Madame de la Ferté Imbault et son monde (1715-1791) », in Revue d’Histoire Littéraire de la France Vol. 105, 2005, n°1, pp. 95-109. 11 1 épiphénomène d’un mouvement plus large, celui de la sociabilité dont il est pourtant inséparable. S’agissant de certaines sociétés libertines certains maçonnologues d’aujourd’hui semblent regarder avec perplexité ces parodies de leur Ordre dont les maçons eux-mêmes ont pourtant cherché à se démarquer dès les tout débuts du XVIIIe siècle. De son côté, la recherche universitaire n’a que depuis assez peu de temps intégré la recherche maçonnologique. La mise en place d’instances universitaires et d’unités mixtes de recherches ont permis aux chercheurs de travailler en symbiose qu’ils soient maçons ou non comme en témoigne la publication en 2002 d’une Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie à laquelle ont contribué quarante-six spécialistes essentiellement universitaires1 . Quant aux sociétés « badines » ou « libertines » elles représentent, du point de vue historique, un domaine quasiment vierge 2 . Or, ces sociétés correspondent avant tout à un phénomène associatif donc à un fait historique avec ses archives manuscrites au même titre que les loges maçonniques ou les corporations de métiers. En regard, les littéraires et historiens du littéraire ont, comme il se doit, essentiellement travaillé sur le libertinage comme fiction narrative, c’est-à-dire à travers les auteurs dits libertins mais aussi à travers le discours médical et théologique 3 . La fiction Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie coll. « Pochothèque. Encyclopédies d’aujourd’hui » Librairie Générale de France, 2002 sous la dir. d’Eric Saunier. Voir notice bibliographique de Raymonde Monnier dans Annales Historiques de la Révolution française. n°328. Il existe un Institut d’Etudes et de Recherches Maçonniques (Iderm) fondé en 1974 dépendant du GrandOrient de France qui publie des cahiers : Chroniques d’Histoire Maçonnique et organise des journées d’études. Dépendant de la Grande-Loge de France la loge n°2076 Quatuor Coronati publie la revue Points de vue initiatiques et la loge de recherches Jean Scot Erigène publie des Cahiers Jean Scot Erigène. Dépendant de la Grande Loge Nationale Française la loge de recherches Villard de Honnecourt publie les Cahiers Villard de Honnecourt. Voir la synthèse de Pierre-Yves Beaurepaire « La recherche maçonnique en France en quête d’identité et de reconnaissance », Zeitschrift für Internationale Freimaurer-Forschung, 2001, 6, pp. 57-67 et L’espace des Francs-maçons. Une sociabilité européenne au XVIIIe siècle. Rennes. P.U.R. « Histoire », 2003. En Avril 2008 une journée d’étude a été organisée par Charles Porset et Cécile Révauger dans le cadre du programme « Le monde maçonnique au XVIIIe siècle » organisé par Centre d’Étude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIIe et XVIIIe siècles, Université de Paris-Sorbonne (CELLF 17e-18e) en collaboration avec le Centre Interdisciplinaire Bordelais d’Etude des Lumières (CIBEL) de l’Université Michel de Montaigne, Bordeaux III. 2 J’ai ébauché une étude consacrée à l’Ordre de la Félicité et à l’Ordre Hermaphrodite in Revue Historique, 1986, CCLXXXVI/1 pp. 57-84. René Le Forestier dans son ouvrage posthume Maçonnerie féminine et loges académiques, Archè Milano, préface d’Antoine Faivre, 1979 avait mentionné. (ch. I à V) certains « cénacles » féminins qui, sous couvert de maçonnerie, s’adonnaient au libertinage. Voir l’Ordre de la Félicité p. 128. 3 Sur ce débat des rapports entre approche littéraire et approche historique du libertinage voir Stéphanie Genand, Le libertinage et l’histoire : politique de la séduction à la fin de 12 1 narrative consacrée au libertinage a suscité depuis quelques années un intérêt grandissant si l’on en juge par les publications innombrables et les collections consacrées au phénomène libertin, intérêt qui est peut-être un signe des temps, en ce début de millénaire, et qu’il faudra un jour analyser. Pour nous, il s’agit, avant tout, de décrire en historien une réalité historique. Mais si l’archive a une valeur de trace, de preuve, elle ne saurait à elle seule prétendre rendre compte d’un phénomène aussi complexe que celui des sociétés « badines » et « libertines ». Le plus souvent, pour ce champ d’études, l’archive valide la fiction mais elle n’en épuise pas le sens. La fiction acquiert une valeur tout aussi importante quant aux perceptions des comportements transfigurés par la magie de l’écriture. Il existe deux sortes de « sociétés » : historiques et fictives. C’est pourquoi j’ai intégré dans ma synthèse trois fictions narratives la Secte Anandryne, l’Ordre de la Manchette et l’Ordre des Aphrodites qui sont inspirées ou non de réalités historiques, en tout cas, d’une importance primordiale pour l’historien dans la mesure où elles se font l’écho de rumeurs qui en disent trop ou pas assez. Or qu’est-ce que la rumeur si ce n’est l’impalpable archive du verbe, de la parole qui cède parfois à la tentation de laisser une trace écrite de son propre doute ? Sénac de Meilhan a raison de rappeler que « la langue du libertinage mondain ne peut pas dire la mort du roi et l’abolition de l’Ancien Régime : il y a là un paradoxe insurmontable, qui rend nécessaire l’émergence d’un nouveau genre de texte. 1 » Par ailleurs, dans le cas des rituels des sociétés que j’ai appelées « mutines » ou libertines le sens linguistique, syntaxique, la littéralité du texte ne sauraient faire ressortir le sens symbolique. Pour décrypter ce dernier le non-dit acquiert autant d’éclat que ce qui est proclamé. Le langage est infirme. C’est pour lors que s’interpose et s’impose la question de l’interprétation qui est un risque mais un risque nécessaire pour tenter une mystagogie. Faut-il être soi-même initié pour être à même de décrypter le sens caché l’Ancien Régime in « Studies on Voltaire and the eighteenth Century », Voltaire Foundation, Oxford, 2005. L’auteur reconnaît la nécessité de réajuster certains aspects des rapports entre l’histoire et la fiction libertine. À compléter par Valérie Van CrugtenAndré, Le Roman du Libertinage, 1782-1815. Redécouverte et réhabilitation, Paris, Honoré Champion, 1997 qui oppose la Société des Amis du Crime de Sade à l’univers de Nerciat qu’elle surnomme « Société des amis du plaisir ». Voir aussi « Introduction » au volume Vérité et littérature au XVIIIe siècle, Mélanges rassemblés en l’honneur de Raymond Trousson, Paris, H. Champion, 2001, pp. 7-10. Au-delà du fait libertin, Alain Corbin, L’harmonie des plaisirs : Les manières de jouir du siècle des Lumières à l’avènement de la sexologie. Paris, Perrin, 2008. Cette synthèse s’intéresse au regard médical, théologique et pornographique portés sur les plaisirs sexuels en France depuis le XVIIIe siècle. 1 Cité dans Stéphanie Genand, op. cit., p. 199. 13 des choses ? Pourtant un exposé de l’histoire des sociétés libertines à base de pure archive serait d’un réductionnisme stérilisant auquel doit savoir pallier l’historien du social par le recours à des approches interdisciplinaires – qu’elles soient littéraires, linguistiques, sociologiques, philosophiques et même psychanalytiques. En effet, le déchiffrement d’une « poiêsis », d’un contre-langage, tel qu’il est utilisé par certaines sociétés libertines à travers ce que j’appellerai l’« icône verbale » (la parole) ou l’« icône scripturale » (le signe) ou l’« icône gestuelle » ne doit pas être univoque. L’historien a donc besoin du littéraire qui met en relation les faits et les idées sorties de fictions narratives, pour en tirer une synthèse, et tenter une interprétation. C’est la démarche qu’a entreprise le G.R.I.H.L. (Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur l’Histoire du Littéraire 1 ). D’emblée se pose un problème essentiel de typologie. Le terme de « sociétés badines » utilisé par Dinaux m’a laissé perplexe ; outre qu’il est totalement désué, il ne me semble correspondre en rien à ce qu’étaient vraiment ces associations. Le Grand Robert (1989) propose comme synonymes de « badin » : « Enjoué, espiègle, folâtre, fou, gai, mutin ». Ce dernier terme a retenu mon attention en ce qu’il combine deux concepts : celui d’insoumission et celui de gaîté. Anticonformistes et gaies, ces sociétés l’ont été assurément, tels les Anti-Façonniers ou les FrancsPéteurs. Mais je n’ai voulu retenir parmi ces sociétés mutines qu’un échantillon – alors qu’il en a existé des dizaines – pour illustrer cette forme de rébellion de l’esprit, de refus de la contrainte. Les termes d’Ordres et de Sociétés sont les plus répandus. Examinons d’abord le terme de « société ». Selon Trévoux (1771) : « Société, dans un sens plus reserré, signifie compagnie de gens ordinairement assemblés pour des parties de plaisir. Cœtus. C’est un homme aimable qu’il faut admettre dans notre société. Les gens bourrus sont chassés de toutes les sociétés 2 ». Les Le G.R.I.H.L est l’aboutissement d’une association du Centre de Recherches Historiques (laboratoire de l’E.H.E.S.S. et du C.N.R.S.) avec l’UFR de Littérature française de l’Université de Paris III. Sous la direction de Jean-Pierre Cavaillé pour le thème « libertinage, athéisme et irréligion », et notamment les « pratiques libertines ». Sous la direction du même chercheur, le G.R.I.H.L. met en place une bibliographie constamment mise à jour sur « Libertinage, athéisme, irréligion ». En français, anglais, italien, allemand. Voir aussi l’article de Didier Foucault, Le Libertinage de la Renaissance à l’Âge classique : un territoire pour l’historien ? in Byzance et ses périphéries, Hommage à Alain Ducellier, textes réunis par Bernard Doumerc et Christophe Picard, CNRS/Université de Toulouse – Le Mirail, Coll. Méridienne, 2004, pp. 417-433. 2 Cité par Jacqueline Hellgouarc’h, L’Esprit de Société. Cercles et « salons » parisiens au XVIIIe siècle. Préface de Marc Fumaroli. Editions Garnier, 2000, p. 453. 14 1 dénominations de Confréries, de Compagnies 1 mettent l’accent sur la solidarité, mieux, la complicité des membres quelle qu’en soit l’activité (Confrérie des Baise-Culs, Confrérie des Coqueluchiers 2 , Compagnie des frères bachiques de Pique-Nique) ou la singularité qui les afflige (Confrérie des Cornards, des Cocus). Quant au terme d’Académie, il désigne essentiellement une réunion d’hommes et de femmes qui se retrouvent périodiquement pour débattre d’un sujet particulier : ainsi de l’amour (Académie Galante). Mais il peut aussi s’apparenter dans la narration littéraire aux clubs 3 anglais (Académie silencieuse et Club du Silence). Il apparaît donc un relatif flottement dans les termes. Restait le terme de « sociétés libertines ». J’ai trouvé ceux de « sociétés d’amour », « sociétés de plaisir » ou de « sociétés érotiques 4 » : il m’est apparu qu’une société consacrée aux jeux érotiques ne pouvait qu’être secrète sans être pour autant initiatique – telle la Société du Moment. Quant au terme d’Ordre qui induit une hiérarchie avec ses titres et dignités, il renvoie d’abord depuis l’époque féodale à la division ternaire, théologique de la société française. Le Dictionnaire de l’Académie Française (1694 et 1762) n’accorde pas d’entrée au mot « Ordre » sauf à définir son contraire le « Désordre » ; après les « choses morales », « Etre dans le désordre » « se dit aussi, Des personnes qui sont dans le vice & le dérèglement 5 ». Celui qui vit dans le désordre se met au ban de la société car il commet une infraction à un Ordre voulu par Dieu. Par conséquent, ce qu’est un Ordre n’a pas à être défini ; il suffit de rappeler que le désordre D’après Trévoux (1771) Le terme de compagnie « se dit au sens le plus étroit, d’un certain nombre d’amis assemblés dans un lieu pour s’entretenir, pour se divertir, pour se visiter » cité par J. Hellgouarc’h, op. cit., p. 455. Ainsi l’Académie française est-elle une compagnie. 2 Le terme de « Confrérie » au Moyen-Âge puis sous la Renaissance avait à voir avec les rites burlesques, pratiqués en période de Carême presque toujours en rapport avec une communauté religieuse, un saint, patron ou non d’une corporation de métier. MarcAntoine-René, marquis de Paulmy et André-Guillaume Constant d’Orville dans Mélanges tirés d’une Grande Bibliothèque. De la lecture des livres françois M.CCL. XXXIII évoquent l’existence encore au XVIe siècle à Rouen en l’église Notre-Dame-de-BonneNouvelle d’une confrèrie des Coqueluchiers. 3 Selon Trévoux (1771) : « On donne ce nom en Angleterre à certaines assemblées singulières qui se font dans des cabarets et les autres lieux de plaisirs » cité dans J. Hellgouarc’h op. cit., p. 455. En France, le Club de l’Entresol représente « une espèce de club à l’anglaise ou de société politique parfaitement libre, composée de gens qui aimaient à raisonner sur ce qui se passait […]» cité par J. Hellgouarc’h, op. cit., p. 455. 4 C’est le terme retenu dans l’ouvrage posthume de René Le Forestier, La Maçonnerie Féminine et les loges académiques, Préface d’Antoine Faivre, Archè Milano, 1979. 5 Dictionnaire de l’Académie françoise… M.DC.LXXXXIV. Tome second, p. 157. 15 1 majeur (avant les sens de « trouble, embarras, et égarement d’esprit 1 ») est lié aux désordres de la chair. De là, il découle que le terme d’ordre libertin correspondrait à un dévoiement par rapport aux ordres de chevalerie et à un blasphème contre Dieu. Pourtant, c’est le terme le plus généralement utilisé par les libertins pour désigner une société de la contrainte consentie. À partir de cette double notion de « sociétés mutines et libertines » j’ai voulu, avant toute chose, m’interroger sur le sens de ce phénomène associatif souvent très organisé qui a existé en contrepoint des salons des Lumières et du libertinage ordinaire, improvisé, qu’il ait été princier ou de bas étage, au cours des années de la Régence et du règne de Louis XV. Pour apprécier l’un, il conviendra de replonger par quelques coups de sonde dans ce que fut l’autre : l’idée étant que la société à travers ses diverses strates a servi de modèle de dissipation à la plupart de ces sociétés. Alors, pourquoi certains mutins et libertins français surtout de la première moitié du XVIIIe siècle ont-ils éprouvé le besoin tant pour leurs débats que pour leurs ébats de se doter d’une structure conçue comme un ordre ? Plus profondément, j’ai souhaité comprendre le sens de ce plaisir de la mise en ordre des plaisirs dans une société qui est déjà une société dite d’Ordres pour y partager des goûts ou des aversions communs, y combiner tantôt raison et déraison, tantôt hasard et contrainte, « délai » et « urgence 2 », patience et impatience. Le plaisir est composé de tous les plaisirs qui constituent ce que j’appellerai une dyschronie c’est-à-dire une résistance au Temps Historique (sociétés mutines) d’une part et au Temps métaphysique (sociétés libertines) d’autre part. En effet, il y a une combinatoire des plaisirs même s’ils sont le plus souvent complémentaires : le plaisir comme ruse pour se dérober à un temps par trop réglé et monotone. Mine de rien, tout se « joue » peut-être déjà au cœur de ces petits jeux à contraintes, à « complications », à retardement où le temps est, en quelque sorte, « dé-joué » – tels échecs, dames, trictrac, jeux de cartes, mais aussi de ces jeux aléatoires tels jeux de dés, billards, lotos – où se niche un seul et même besoin grandissant au fil du siècle, celui de pratiques et de stratégies ludiques toujours plus complexes qui fassent diversion à l’écoulement d’un Temps décidément inexorable. Par quelle tactique, faire taire tous les tic-tac ? Mais « hasard » et « stratégie » alternent constamment au XVIIIe siècle : on passe du jeu de dés au « jeu de dames » dit « à la française ». Puis du jeu 1 Ibid. 4e édition M.LCCLXII. T. I. p. 518. 2 Sur le sens de ces deux concepts voir p. 40. 16
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