Vous aurez de mes nouvelles... - Page 1 - test Blackfountain Vous aurez de mes nouvelles… Recueil de contes et nouvelles Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1427-4 Dépôt légal : Juillet 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 C’EST BON POUR LA PLANETE Alex poussa la porte de son petit pavillon de banlieue et pénétra sans bruit dans son nid douillet. Sa journée de travail achevée, il n’avait aucune peine à laisser au dehors tous ces petits tracas qui empoisonnaient inutilement l’existence… Les derniers rayons d’un timide soleil d’automne nimbaient de douceur les murs du salon. Home, sweet home… Le jeune homme poussa un soupir de soulagement. Il déposa ses clés magnétiques sur le meuble de l’entrée et accrocha son manteau dans la penderie. Black, le chat, avait quitté le canapé d’un bond souple et silencieux et se frottait contre ses jambes en ronronnant. Alex se pencha pour lui grattouiller la tête. « Alors, mon vieux, bonne journée ? » L’animal lui lécha les doigts en guise de réponse. Son maître lui sourit, se redressa puis traversa le salon d’un pas joyeux. La pièce brillait de propreté et sentait bon la cire à l’ancienne. Rien ne traînait, chaque chose était à sa place. La perfection. La porte de la cuisine était ouverte. Alex s’arrêta quelques instants à l’entrée pour régaler ses yeux du 9 joli tableau qui s’offrait à sa vue : Heidi, son épouse, donnait à manger à Marc, leur bébé de deux ans. Il contempla béatement les deux amours de sa vie. La perfection. « Regarde qui est là mon chéri… Papa ! Dit la mère à son enfant, tout en offrant un merveilleux sourire de bienvenue à Alex. » Le bébé tourna la tête vers son père et lui sourit à son tour. « Comment vont mes deux trésors ? Demanda le jeune papa, en se penchant pour les embrasser. – Le mieux du monde ! Répondit Heidi. Il nous tardait que tu rentres. Tu nous as manqué… » Alex prit place auprès d’eux et attendit patiemment la fin du repas de son bébé. Il savait que ce ne serait pas très long. Marc avait toujours bon appétit et mangeait très proprement. De plus, quand on le mettait au lit, il s’endormait tout de suite, sans protester et passait la nuit entière, sans se réveiller. La perfection. Le bébé était couché et dormait déjà. Le jeune couple dégustait un savoureux dessert frais et fondant, du tiramisù maison. Comme un avant-goût de paradis… Le repas fini, les amoureux débarrassèrent la table. Alex aida sa femme à faire la vaisselle. Tout fut lavé, séché et rangé en un clin d’œil. La nuit entière leur appartenait. Le mari enlaça tendrement son épouse. Il défit sa coiffure, de lourdes boucles brunes tombèrent en une voluptueuse cascade sur ses épaules. Il plongea son nez dans les vagues languissantes de sa chevelure pour s’enivrer de son capiteux parfum de monoï. Il constata, émerveillé, 10 qu’elle répondait avec ardeur à ses caresses. La perfection. « J’en connais un qui a besoin d’un gros câlin… murmura Heidi. » Pour toute réponse, il colla fougueusement ses lèvres sur les siennes, la souleva dans ses bras et la porta jusqu’à la chambre à coucher. Alex fixait sans le voir le plafond de l’alcôve, noyé dans la pénombre. Repu, il avait encore du mal à revenir dans la réalité. Il avait l’impression de flotter, ne ressentant plus la lourdeur de son corps. Une sensation bien agréable, qu’il aurait souhaité ne plus jamais quitter. Heidi reposait tout contre lui, endormie. Il contempla encore la beauté de son corps nu, rayonnant d’une douce chaleur. La perf… Une onde glacée se propagea soudain dans ses entrailles. Comment avait-il pu oublier ? La mort dans l’âme, il repensa à la facture énergétique qu’il avait reçue le jour précédent. Une fois de plus, il avait douloureusement constaté qu’il ne s’était pas privé d’user et abuser de l’énergie ! Mais cette fois, il avait vraiment dépassé les bornes ! Il se demandait encore comment il allait pouvoir payer la somme astronomique qui figurait sur sa facture. « Je suis désolé, ma puce… susurra-t-il à l’oreille de Heidi, toujours endormie. Tellement désolé, si tu savais… » Il poussa doucement sa femme sur le côté et chercha à tâtons le bouton « OFF » dans son dos. Ses doigts sentirent le métal froid. Quelques secondes d’hésitation et ils appuyèrent enfin dessus. Heidi se raidit et son corps se vida progressivement de toute sa chaleur. Au bord des larmes, Alex la regarda. Pour économiser un maximum d’énergie, il calcula 11 rapidement qu’elle devrait rester déconnectée au moins un mois… « Nos retrouvailles n’en seront que plus fantastiques ! Soupira-t-il pour se donner bonne conscience. » Le slogan diffusé dans les médias internationaux depuis des mois lui revint en mémoire et acheva de le conforter dans sa décision : « Maîtrisez vos dépenses énergétiques ! C’est bon pour la planète ! » Alex se leva et le pas lourd, se dirigea vers la chambre de son bébé, pour le déconnecter lui aussi. C’est bon pour la planète… * * * 12 LE CHAT N’était-ce pas là une chose étrange, qu’un sourire de chat sans aucun chat ? Lewis Caroll En ce début d’après-midi, le parc était presque désert. Peu de gens avaient eu le courage de braver le soleil de plomb qui se déversait en flots incandescents sur la moindre parcelle de terre, hors des zones arborées. Un jeune homme, assis tout seul sur un banc, profitait de l’ombre relativement fraîche d’un marronnier pour s’absorber dans la lecture d’un livre numérique. Ses vêtements, chemisette et short blancs, collaient à sa peau moite mais il n’en avait cure. Il passait juste de temps en temps une main sur son front pour empêcher les gouttes de sueur de couler vers ses yeux. Un peu plus loin sur sa droite, assis sur un autre banc, un homme et une femme surveillaient du coin de l’œil leur enfant, tout en échangeant des baisers plus torrides encore que ce soleil de plein été qui semblait vouloir faire fondre la ville tout entière. Le petit, âgé d’environ six ans, jouait sagement dans 13 le bac à sable du parc, protégé du feu tombant du ciel par le feuillage dense d’un platane, ondoyant lascivement sous les caresses d’une brise brûlante. L’enfant entendit un miaulement derrière lui et se retourna. C’était un gros chat tigré, occupé à gratter le collier de cuir marron qui enserrait son cou. Une laisse était attachée à ce collier et flottait dans les airs, comme tenue par une main invisible. Le petit garçon se releva, intrigué. Le cordon se tendit et l’animal fut tiré en arrière. Il planta ses yeux d’émeraude dans ceux de l’enfant, comme pour l’implorer de lui porter secours et se volatilisa dans l’espace. Le gamin, interdit, regarda en direction de ses parents, constata qu’ils étaient bien trop occupés pour lui fournir une quelconque explication. Il considéra alors, perplexe, les traces laissées par le chat dans le sable. Il s’avança un peu et tendit prudemment la main vers l’endroit où aurait dû se trouver le petit félin. La main disparut à son tour. Pris de panique il la retira vivement. Elle reparut, intacte, à son grand soulagement. De plus en plus intrigué, il avança d’un pas dans les traces. Rien ne se produisit. Il s’enhardit, fit un pas de plus, et disparut à son tour. « Johnny ! Enfin nous t’avons retrouvé ! S’écria une voix de femme. » L’enfant tourna la tête dans tous les sens, affolé. Où était le parc ? Que faisait-il dans une pièce inconnue, au beau milieu d’un mobilier tout aussi inconnu ? Et qui était cette femme blonde au bord des larmes qui criait qu’ils l’avaient retrouvé ? Il sentit sur ses jambes nues et tremblantes la caresse de la fourrure du chat qui se frottait à lui en ronronnant. Ses yeux s’embuèrent malgré lui. La femme 14 s’approcha de lui et caressa ses cheveux avec douceur. D’un geste tout maternel. « Ne pleure pas, mon chéri… Je vais chercher ton papa pour lui annoncer la bonne nouvelle, murmura-telle en souriant. Il n’en croira jamais ses yeux ! Je veux que tu nous attendes ici sans bouger, sagement. Tu es d’accord ? » Le garçonnet acquiesça, avait-il un autre choix ? La femme quitta la pièce, en prenant soin de fermer la porte à clé derrière elle. Il resta seul avec le chat et en profita pour examiner plus attentivement l’endroit où il se trouvait. C’était une chambre d’enfant tout à fait ordinaire, qui lui semblait à présent comme vaguement familière. Les meubles de bois clair renvoyaient la douce lumière de l’après-midi, tamisée par des voilages écrus. Une ambiance douillette et sereine, propice à le rassurer… La porte se rouvrit et la femme reparut, accompagnée de son mari. La vue du garçon lui provoqua un tel choc qu’il tomba à genoux devant lui, le souffle court, le cœur battant. Il le dévisagea longuement, incrédule. « Comment est-ce possible ? Demanda-t-il d’une voix suave. Il y avait une chance sur des milliards pour… – Homme de peu de foi ! L’interrompit son épouse. Tu n’as jamais cru à son retour ! Tu m’as prise pour une folle quand j’ai décidé de m’installer dans sa chambre et de n’en plus sortir jusqu’à ce qu’il revienne… Oui… Il y avait une chance sur des milliards pour qu’il revienne, une toute petite chance. Mais moi, j’y ai cru ! J’y ai toujours cru ! 15 – Ce n’est pas possible, murmura-t-il. Une brêche spatio-temporelle ne se rouvre pas aussi facilement, ni aussi vite ! – Bon sang ! Cria-t-elle presque. Laisse tomber les statistiques et les hypothèses ! Dans le chaos qu’est devenu le monde d’aujourd’hui, tout est possible. Que te faut-il de plus pour croire ? – Laisse-moi un peu de temps, Marina… C’est si… imprévu ! – Moi, j’étais prête ! Cet après-midi, quand j’ai vu le chat enfin disparaître, j’étais prête. J’ai toujours su que nous retrouverions notre fils. » L’homme se releva. Il paraissait perdu dans d’intenses réflexions. « Tu oublies quelque chose… dit-il. – Quoi ? – Il vient de vivre ailleurs sans nous, pendant cinq ans. Il a dû avoir d’autres parents, une autre famille. Des amis… Il a été arraché à tout cela sans qu’on lui demande son avis. – C’était son destin de revenir. On ne peut rien contre le destin. – Mais il va souffrir d’avoir perdu ce monde ! – Oui, mais nous serons là pour le consoler. » Le garçonnet, frappé de stupeur, les regardait tour à tour. Il ne comprenait rien à ce qu’il lui arrivait. « Je veux rentrer chez moi, pleurnicha-t-il. Je veux ma maman. – Mais mon chéri, lui répondit la femme en prenant son petit visage dans ses mains, c’est moi ta maman… Un jour, nous t’avons perdu mais tu es revenu. 16
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