L'ombre d'une âme - Page 1 - Thierry Ferrand L’ombre d’une âme Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-2672-7 Dépôt légal : Février 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire Préambule ............................................................. 11 Chapitre 1 – Marie-Agnès .................................... 13 Chapitre 2 – La découverte .................................. 25 Chapitre 3 – Le couvent ....................................... 33 Chapitre 4 – Les travaux ...................................... 47 Chapitre 5 – Les hallucinations ............................ 61 Chapitre 6 – Le passage ........................................ 75 Chapitre 7 – La vérité ........................................... 85 Chapitre 8 – Le vol du tombeau ........................... 101 Chapitre 9 – La visite ........................................... 115 Chapitre 10 – L’empire Saunier ........................... 127 Chapitre 11 – Sœur Véronique ............................. 139 Chapitre 12 – La délivrance ................................. 153 9 Préambule L’ombre d’une âme est mon troisième roman, il est tiré d’une de mes nouvelles (Le couvent). On me pose souvent la question ! Pourquoi écrivez-vous ? Je ne sais que répondre. L’écriture est pour moi assez récente, elle me permet de voyager dans l’imaginaire et de le faire partager, d’autres raisons sont vraisemblablement inconscientes. Il est évident que lorsque l’on a son propre livre entre les mains, on a la satisfaction d’avoir été jusqu’au bout de son rêve. Ce qui est paradoxal dans le fait d’écrire est qu’il est avant tout un acte solitaire, mais qui par la force des choses devient public par l’intermédiaire de l’édition. L’ombre d’une âme est un roman fantastique à la limite du réel ou un réel à la limite du fantastique. Le doute hante les personnages, et celui de Marie-Agnès en est la pierre angulaire, à la fois attachant et troublant. Marie-Agnès fera douter son ami Pierre jusqu’au dénouement final. 11 Chapitre 1 Marie-Agnès La vie nous réserve parfois des surprises. L’histoire que je vais vous raconter est authentique, bien que paraissant irréelle. Tout commença un beau matin de juillet, il y a quelques années, pour être plus précis le 2 juillet 1996. Je faisais alors mes études d’ingénieur à Paris. Le matin, j’aimais flâner dans le vieux Paris, sentir toutes ces odeurs, en particulier celles des pains encore fumants sortant du four des boulangers, celle du bitume mouillé par les balayeuses de la ville, et ces artifices de parfum des passantes. Mon équipée se finissait principalement aux alentours de Notre-Dame. Ce matin-là , le ciel était limpide, un cristal taillé dans l’azur bleu. Dès 9 heures, par beau temps, les peintres sortaient leur chevalet et il n’était pas rare de voir une dizaine d’entre eux peindre Notre-Dame, cette vieille dame de pierre aux charmes envoûtants. Tout à coup, mon attention fut attirée par une jolie silhouette, celle d’une jeune fille brune d’une vingtaine d’années. Comme entraîné par je ne sais quelle force, je me dirigeai vers elle, lui disant quelques mots, une phrase banale. 13 – La journée va être belle ! Beau temps pour peindre. – Oui, la journée va être belle… Elle me regarda de ses grands yeux marron et me sourit, il me semblait l’avoir toujours connue, elle que je voyais pour la première fois… Et à ce moment-là , je me sentis troublé par cette merveilleuse apparition, comme un aveugle qui trouve la vue et voit le soleil pour la première fois. Mon cœur battait la chamade, désorienté par cette douce lumière. Ce jour-là , j’eus toutes les audaces : d’un naturel plus que timide avec les filles, j’osai pourtant l’aborder. Elle me répondit, tout en me fixant intensément, qu’elle poursuivait des études d’art contemporain. Quelques minutes passèrent, son sourire se dessina peu à peu sur son visage. – J’aime peindre, mais je ne compte pas en faire ma carrière. – Vous avez tort : votre tableau est très réussi. La douceur de sa voix m’apaisa, il me vint tout à coup l’idée de l’inviter au restaurant. Il n’était pas dans mes habitudes de convier une inconnue, et ce ne fut pas sans mal. Je passai sûrement par tous les états, de la pâleur d’un linge blanc à la rougeur d’une tomate. J’eus l’impression de passer pour le plus grand des machos, me rendant on ne peut plus ridicule. – Si je vous invitais au restaurant, viendriez-vous ? Sa réponse fut aussi inattendue que ma question – ma grande timidité y était pour beaucoup. Elle avait trouvé ça touchant et comique à la fois. – Oui, pourquoi pas ? 14 Rendez-vous fut donc pris le soir même à vingt heures, dans un petit restaurant italien près de NotreDame, « Chez Mario ». Un restaurant où l’on se rendait entre copains et copines, et surtout un endroit où les menus étaient abordables pour nous autres étudiants. L’attente du soir me sembla durer une éternité. Je parcourus des dizaines de kilomètres à l’intérieur de mon petit meublé parisien, un appartement que je partageais avec un ami de la fac, Jean-Pierre, un Marseillais toujours affamé aussi bien de victuailles que de filles. Malgré une charge pondérale très importante qui avoisinait les 130 kg en données corrigées, – autrement dit en bricolant le pèse-personne ! – il rayonnait de lui un charme fou, qui était à la fois une soif de vie et une tendresse infinie envers les femmes. Cet après-midi-là , il sentit en moi un comportement inhabituel, une anxiété mêlée d’impatience. Il me savait de caractère calme et réfléchi, mais il avait devant lui une souris mécanique dont le ressort était si tendu qu’il était prêt à se rompre au moindre choc. Jean-Pierre me fixa de son profond regard bleu en me questionnant. – Enfin qu’as-tu ? Tu as rendez-vous avec le diable ? Ça fait des années que l’on se connaît : même pour les veilles d’examens, tu étais plus calme. Si c’est pour une fille, alors présente-la-moi tout de suite… Si elle te met dans cet état-là , elle doit être super canon ! J’eus un sourire forcé en guise de réponse à sa question. Il sourit à son tour et reprit son travail d’écriture. J’étais tranquille : Jean-Pierre plaçait l’amitié sur un piédestal, et il n’aurait jamais entrepris la conquête de la petite amie de l’un de ses copains. 15 La soirée « fatidique » arriva enfin, comme tout doit arriver. J’avais pour l’occasion choisi la désinvolture : un jean et une chemise à manches courtes blanche. Je fus le premier sur les lieux, 30 minutes avant le rendezvous. Je me sentais anxieux, mal dans ma peau, avec le sentiment curieux de vouloir la revoir et la crainte de la décevoir. Elle me semblait trop belle, trop inaccessible… De plus, je n’étais pas du genre à inviter une inconnue, mais là , ça avait été plus fort que moi. Un peu comme si je voulais retenir un rêve pour éviter qu’il ne m’échappe. Vingt heures sonnèrent à la vieille horloge du restaurant, et toujours aucune présence de ma belle inconnue. Dans le restaurant italien, le branlebas de combat avait sonné : « Chaud devant ! ». Des plats de spaghettis ruisselant de sauce tomate circulaient au-dessus de ma tête. Le brouhaha des voix couvrait le cliquetis de couverts dans les assiettes. Le barman me regardait comme s’il avait compris, en secouant la tête avec un sourire de compassion. L’horloge sonna une seconde fois, il était 20 h 30, mais toujours rien… S’était-elle jouée de moi ? Avait-elle eu un fâcheux contretemps ? Je me morfondais lorsqu’elle apparut, plus belle que jamais. Je me souviendrai de ce mirage jusqu’à mon dernier jour. Elle était vêtue d’une longue jupe blanche constellée de fleurs mauves, contrastant avec un chemisier de satin blanc, lequel était orné, à chaque extrémité du col, de deux petits dauphins en argent sertis de deux pierres bleues faisant office d’yeux. Mais en elle, le plus sublime était son sourire, ce genre de sourire qui vous marque à jamais. Si la poésie avait été femme, elle en aurait eu son sourire. Elle aurait pu sans conteste poser pour Modigliani. Il n’y avait aucun doute, elle était plus que jolie, elle 16 était belle. Elle était différente des autres filles que je connaissais, ou plutôt je posais un regard différent sur elle… Celui d’un enfant découvrant l’immensité de la mer, ce qui me laissait entrevoir sa grande générosité et ses qualités de cœur : je semblais vivre un rêve, et sa seule présence en était le soleil. – Excusez mon retard : un petit imprévu de dernière minute… – Ce n’est pas grave, j’espère que l’endroit vous convient ? – Oui, j’adore la cuisine italienne. Au bout de quelques minutes, je sus son prénom : Marie-Agnès. J’eus un léger sourire, car une de mes tantes portait le même prénom ; elle avait été dans son jeune âge plutôt charmante et possédait toujours une beauté attractive, malgré ses cinquante ans. Elle sut le mien, Pierre. Après une présentation sommaire. – Vous êtes à Paris depuis longtemps ? – Non, une année. Un silence religieux avait pris place, elle semblait s’ennuyer. J’enviais mon ami de chambrée JeanPierre, qui par ses jeux de mots et ses blagues faisait rire des tablées entières, car lui, il aurait su la faire rire. Je devais réagir, j’avais peut-être devant moi la femme de ma vie, cette chance que l’on ne rencontre qu’une fois ou peut-être jamais. Je tentai le tout pour le tout : raconter des histoires drôles. La plupart du temps, racontées par moi, elles ne l’étaient plus, car je n’avais pas la mémoire pour ce genre de discipline et les chutes étaient incertaines ou bien je mélangeais des histoires entre elles. – Mademoiselle, j’ai une petite histoire qui vous fera rire. Vous savez pourquoi les blondes racontent des histoires courtes ? 17 – Non. – C’est pour que les brunes les comprennent. J’avais été maladroit avec cette plaisanterie, étant donné que j’avais en face de moi une brune. MarieAgnès me fixa de ses grands yeux marron, elle devait penser avoir devant elle le plus pitoyable des hommes. Elle prit son visage un court instant dans ses mains et laissa éclater son rire, un rire par saccades, rempli de trémolos. J’avais été sans le savoir très drôle par le fait d’être ridicule, d’ailleurs même quand je redevenais sérieux, elle était morte de rire. J’étais rassuré : mon audace avait porté ses fruits, et avait permis de rompre la glace. Puis minuit sonna, la bouteille de Chianti bien entamée avait donné une couleur pourpre aux joues de Marie-Agnès et ajouté de l’éclat à ses yeux. Elle vérifia l’heure à sa montre puis mit sa main dans la mienne et me dit tendrement : – Je dois partir, Pierre, merci pour cette soirée. – Vous partez déjà , Marie-Agnès, heu, tu pars déjà ! Je lui tendis timidement un morceau de serviette sur lequel j’avais inscrit mon numéro de portable. Elle le prit et pour toute réponse me sourit et prit son sac. Elle disparut comme par enchantement, telle une Cendrillon des temps modernes. Je la regardai partir comme on peut voir s’éloigner un être cher à l’intérieur d’un train, sans pouvoir la retenir avec la crainte ne jamais la revoir. Dès le lendemain matin, mon ami de chambrée Jean-Pierre me questionna. – Alors, tu lui as joué le grand jeu, les chambres d’étudiante sont douillettes ? 18
L'ombre d'une âme - Page 1
L'ombre d'une âme - Page 2
wobook
edilivre.com