Le chant du cygne - Page 1 - test André Wild Le chant du cygne Roman Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2006 2 Les éditions l’Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2006 ISBN : 2-35335-001-1 Dépôt légal : septembre 2006 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 3 Les éditions l’Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Acte 1 Scène 1 : Premier coup de fil Cyborg, assis devant son ordinateur portable, dans une petite chambre près de Paris, était entouré de reproductions de ses derniers tableaux. Les originaux lui avaient été volés par une société bidon de promotion artistique. Sa femme l'avait quitté récemment et, accablé de dettes et de doutes existentiels, il broyait du noir et ne savait plus comment il pourrait éviter de toucher le fond d'une nouvelle dépression. Soudain l'appareil téléphonique sonna. À l'autre bout du fil M. Silverstone, un galeriste de Londres, d'un rayon d'action internationale, une notoriété sur le marché de l'art qu'il avait rencontré lors de sa dernière exposition à Paris. Il semblait l'appeler uniquement pour avoir de ses nouvelles. À l'époque, il s'était montré impressionné et même intéressé par quelques-uns de ses tableaux, mais les avait trouvés en somme trop amateurs, peu nombreux et pas suffisamment en phase avec ce qu'il estimait être la « tendance moderne » pour lui faire des avances sérieuses. Au cours de la conversation il se rendit compte de l'état moral délabré à l'extrême de l'artiste déchu, en mal de vivre et de reconnaissance. Il l'invita chaleureusement, d’un geste étoffé de grand seigneur, à passer un séjour agréable chez lui, en Angleterre, sur son domaine privé à la campagne, et à ses frais. À l'abri du bruit fracassant du monde moderne, il pourrait ainsi trouver du réconfort, prendre un peu d'air frais et de recul, se reposer, se recycler et si possible, se refaire une santé pour retrouver le feu sacré de l'inspiration. L'artiste en déprime accepta, sans trop réfléchir, cette offre d'évasion inespérée qui se présentait à lui. 4 Les éditions l’Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Scène 2 : Première nuit à Silverstone Castle L'invité s'apprêtait, après une journée de voyage tourmentée, à passer sa première nuit seule dans la demeure spacieuse et meublée au charme moyenâgeux de son hôte généreux, que celui-ci appelait pudiquement le « modeste château de mes illustres invités ». C'est par l’intermédiaire des lignes rythmées de son écriture qu'il entrait, sous la lueur d'une bougie en émission, dans son journal intime avant de se coucher que le lecteur/spectateur apprenait quelques détails de la journée passée pour les compléter sur l'écran de son imagination. 5 Les éditions l’Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Scène 3 : Premier dîner chez Silverstone Arthur Silverstone, le même soir, chez lui, était assis à table avec sa femme, qui s'étonnait de le trouver sans la compagnie de son invité, en train de dîner et de récapituler ses impressions prometteuses. Le talent de son invité d'honneur ainsi que ses projets de « réhabilitation artistique » de son nouveau protégé formaient l'unique sujet de conversation. Sa femme, qui n'était pas très bavarde, - et le spectateur- apprenaient que son bienfaiteur apparent lui avait aménagé pas moins d'un atelier de peinture à l'huile tout équipé ainsi qu'une cuisine remplie de vivres pour au moins trois mois de travail sans soucis, dans l'espoir que l'artiste prometteur parviendrait bientôt à raviver la flamme presque éteinte de son inspiration. Lui, avec le bras ferme et noble de son soutien chevaleresque, encore caché dans l'ombre, pourra enfin sortir pour récolter et exposer en pleine lumière les fruits de sa mission accomplie. Oui, c'était encore lui, Arthur Silverstone, le magnanime qui avait décidé de laisser une dernière chance à un artiste malheureux et égaré dans le labyrinthe de ce monde cruel pour le porter, s'il le méritait, vers la gloire d'une reconnaissance et d’une célébrité mondiale. Arthur Silverstone mâchait la cuisse grillée du poulet rôti avec beaucoup de satisfaction et avalait le résultat à l'aide d'une gorgée de bordeaux pendant qu'une fine couche de sueur brillante couvrait pudiquement les rides de son front laborieux. Curieusement, sa femme ne répondait rien comme si elle avait l'habitude d'entendre ce discours. Elle préféra interrompe le dîner romantique plus tôt que prévu pour s'excuser, au nom d'une énième attaque de migraine, et se retira dans ses chambres privées. 6 Les éditions l’Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Acte 2 Scène 1 : Coup de Foudre Le lecteur/spectateur apprenait, toujours au moyen des extraits de son journal intime, que Cyborg n'éprouvait en fait, aucun désir réel de se remettre à la peinture. Il préférait profiter à la longueur des jours ensoleillés de l'air assaini de la campagne pour faire le plein des poumons, au cours de revigorantes ballades de santé. Il poursuivait, le soir venu, à l'aide de son ordinateur de bord, une recherche intensive de l'âme sœur, entamée avant son arrivée à Kingston Castle, sur un site Web, la plate-forme virtuelle de rencontres la plus fréquentée d'Europe. Et là, un soir, en passant en revue d'innombrables annonces de femmes solitaires en quête du prince charmant, de compréhension et d'amour, ses yeux brûlants d'impatience et d'espoir, s'arrêtèrent sur l'image d'une femme d'une exceptionnelle douceur, d’une élégance et d’une beauté, qui touchait une corde sensible au plus profond de son être. Littéralement fasciné par son regard lumineux, il sentit l'écho de son image rayonnante se répandre dans son espace intérieur et charger à son passage chaque cellule de son corps d'un soulagement et d'un bien être jusque-là inconnu qui le mit dans une humeur d'esprit à la fois paisible et pétillante. Il se dit alors que c’était ça, le fameux coup de foudre duquel il avait tant entendu parler. Ainsi l'aventure commune, l'aventure d'une correspondance par lettres électroniques commença et avec elle les péripéties d'une rencontre finale ardemment souhaitée. (Pour suivre les détails de la correspondance voir le Prélude.) 7 Les éditions l’Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Scène 2 : Second dîner chez Silverstone Au cours du repas rituel du soir on apprit que Silverstone avait lu l'intégralité des entrées au journal intime de Cyborg depuis son arrivée chez lui et qu'il le prit, sans être remué ni touché par leur contenu, pour une simple fiction juvénile, une sorte de tentative fragmentaire, maladroite et immature de renouer avec la tradition littéraire romantique. Il estimait cela comme étant un jeu de miroirs, ludique mais naïf, habile mais futile et surtout désespérément décalé des préoccupations des temps modernes. Il aurait, d'après lui, mieux fait de s'occuper de la peinture pour essayer au moins de dégager un des rares talents qui lui restaient derrière le verni terni d'un nombrilisme pleurnichant, qui couvrait les dessins d'un agglomérat malsain d'hypersensibilité et de pitié de soi. Silverstone n'attendait, comme d'habitude, pas vraiment de réponse. Il lui suffisait d'avoir l'impression d'être écouté. Il avait pris plaisir à interpréter le silence de sa femme comme un signe d'approbation manifeste et acquis d'avance. Son discours fleuve ne l'empêchait pourtant pas de gratifier sa fidèle compagne d'une remarque positive sur le temps de cuisson parfaitement ajusté de la viande avant de se rincer la bouche d'une bonne gorgé de bordeaux et de continuer son monologue décapant. Cyborg était parti, comme d'habitude, pour se consacrer à ses promenades de santé. Il n'avait aucune idée ni le moindre soupçon que son bienfaiteur profitait de son absence pour mener à bien son tour d'inspection des lieux. Silverstone pouvait ainsi tranquillement se rendre compte que son projet de réhabilitation artistique n'avait non seulement pas abouti jusque-là, mais qu'il n'avait même pas encore commencé, étant donné que les toiles vierges entassées dans l'atelier du futur maître imaginaire étaient toujours aussi immaculées et exemptes de la moindre tache de couleur. Il en conclut avec acuité que les chances de le voir encore aboutir dans un proche avenir étaient aussi maigres qu’improbables. Touché dans sa chair de gentleman et dans son honneur de saint patron des artistes maritimes lâchés en pleine tempête sur l'océan de l'existence il fit part de son immense déception pour avouer que le chagrin de voir disparaître un espoir si précieux le rendit enclin à écourter le séjour de son poulain ingrat. Et pour enfoncer le clou plus que pour se justifier lui-même il confia enfin à sa compagne les terribles soupçons qui s’étaient transformés depuis, hélas, car confirmés par des signes qui ne le trompaient pas, en certitude: Il s’exprimait, avec cette assurance habituelle dont il avait le secret et qui ne laissait pas la moindre place au doute. Il disait avoir enfin compris pourquoi cet étrange artiste, au lieu de poursuivre son étoile dans la peinture, avait délibérément abandonné le chemin laborieux mais salutaire de l'épuration de son talent certain pour se rabattre sur une esquisse sans intérêt, fébrile et névrotique de création littéraire, et ceci probablement au point de s'y perdre en y consacrant et en sacrifiant les dernières ressources vitales qui lui restaient. Silverstone s'offrit un autre verre de sa boisson préférée comme pour se consoler et mieux supporter les conséquences de sa tragique découverte. Oui, la vérité était parfois dure à supporter et il demanda, plein de tact et de délicatesse, à sa femme si elle était vraiment prête à l'entendre. Interprétant, comme d'habitude, son silence comme signe d'approbation il poursuivit donc, d'une voix ferme, ses révélations fracassantes. « Il m'a fallu à peine un mois pour découvrir qui se cachait derrière cette figure prétentieuse au cœur sensible et souffrant qui se donnait l'air de porter, sur ses épaules de titan 8 Les éditions l’Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés amaigri, la douleur du monde. Il était un artiste virtuel, avec une existence brisée, déchirée en profondeur, une sorte de déchet recyclé en bout de course, un perdant programmé, qui n'avait tout simplement aucune compétence réelle à la hauteur de ses ambitions ; un pitoyable esclave d'un orgueil personnel démesuré et des faiblesses de caractère qu'il interprétait comme des qualités. Un être épris de sa lâcheté et de sa paresse, non seulement incapable, mais foncièrement involontaire, d'affronter et de surmonter les réalités de ce monde pour le bien de tous et de lui-même. Une existence ratée, chavirée et plongée dans les vagues opaques et sombres de sa propre médiocrité, et pire encore, un psychopathe, qui s'est enfermé dans son monde imaginaire au point de le confondre avec la réalité, un ivrogne de son amour blessé de soi, qui était en train, j'en ai la preuve et la certitude, de basculer complètement dans le délire et la déraison ». « Quelle est cette preuve ? » demanda sa femme. Il était si rare d'être interrompu dans ses élucubrations que Silverstone la prie de répéter la question. Elle reprit donc: « Quelle est la preuve que ton nouvel invité serait aussi en train de basculer complètement dans le délire ? ». Son mari marqua une pause, comme pour mieux savourer l'ampleur de sa sentence finale et de la victoire personnelle qu'elle comportait. « Et bien, mon invité prétend avoir rencontré, depuis son arrivée à Silverstone Castle, son âme sœur, la femme idéale, sa femme idéale, sur Internet, sur un site de rencontre. Or il n'y a aucune possibilité technique à cet endroit pour se connecter à Internet, ni dans la maison aménagée dans le strict respect du style aristocratique du Moyen age, ni dans l'ensemble des maisons dispersées du village qui compte à peine deux cents âmes, pour la plupart des paysans, dont je connais le mode et le niveau de vie jusqu'au moindre détail. En fait, le pauvre est persécuté par un rêve qu'il n'est pas prêt à abandonner et qui le suit comme un démon, un démon, qui, hélas, est en train de le rattraper. Accroché à cette chimère blasée comme à une montgolfière surgonflée qui le tire vers le vide il s'est mis, comme pour ne pas perdre la raison, à écrire à une bien aimée fictive. Il lui écrit donc des vraies lettres brûlantes d'amour et d'admiration, comme à un être réellement vivant. Et, pour continuer à croire et se convaincre que son étoile, ou la reine de son cœur, comme il l'appelle, existe réellement il écrit et invente même ses réponses, se met à sa place, imagine être cent pour cent dans son rôle. Quelle meilleure preuve du fait qu'il ait déjà perdu la raison ? Sa montée triomphante et imaginaire aux sphères de l'exaltation pure et de l'union sacrée, son ascension fictive au paradis terrestre ou mieux, céleste, n’est en faite que le miroir renversé et cassé qui reflète la réalité de sa déchéance et sa descente aux enfers de l'absurdité et de l'irrationnel, dans lesquels il est plongé, dans lesquels il s'est perdu, et personne, personne n'est là pour le sauver, ni même moi, impuissant face à une telle démarche de violence suicidaire…» Et Silverstone, avec un sourire cynique sur les lèvres, se plut enfin à confier à sa femme la dernière nouvelle concernant son invité de courte durée. Une décision qu'il estimait ne plus devoir garder secrète : sa détermination sans faille de tout prochainement accélérer sa chute en le chassant, en le bannissant en bon et dû forme de l'endroit où il avait temporairement trouvé repos et refuge sans pouvoir estimer l'ampleur de sa chance ni savoir profiter de ses commodités multiples. Hélas, ce n'était pas en lui évitant d'affronter la réalité qu’il pouvait espérer apprendre à la surmonter. 9 Les éditions l’Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés
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