Bizarre ! Vous avez dit Bizarre ? - Page 1 - test Claude AUBER Bizarre ! Vous avez dit Bizarre ? Nouvelles Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70/Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-111-8 Dépôt légal : Octobre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 Du même Auteur – La Case aux Grigris – Dieu et moi – L’abeillon aux yeux rouges – Insolites 1 – Insolites 2 – Insolites 3 – Insolites 4 6 Bizarre, bizarre… – Qu’est-ce qu’il a ? – Qui ? – Votre couteau. – Comment ? – Vous regardez votre couteau et vous dites : « Bizarre, bizarre », alors je croyais que… – Moi, j’ai dit « bizarre, bizarre » ? Comme c’est étrange. Pourquoi aurais-je dit « bizarre, bizarre » ? – Je vous assure, cher cousin, que vous avez dit « Bizarre, bizarre » ! – Moi, j’ai dit « bizarre » ? Comme c’est bizarre… Drôle de drame : Marcel Carné (1936) 7 Avec une pensée toute particulière pour : Annie Scozzari, Kongne Jean-Marie, Étienne. 9 Préface Quelques histoires bizarres ou insolites, virtuelles ou réelles livrées en vrac avec l’intention de distraire. À l’inverse des autres auteurs les noms des personnages sont vrais, ce qui m’évite de me torturer les méninges pour les baptiser mais surtout c’est ma façon à moi de rendre hommage à certains et de fustiger les autres. Parfois les lieux où se déroulent les récits sont ceux de mon enfance mais peuvent avoir changé depuis. Dans ce petit recueil, il est souvent fait référence à l’Afrique et à la guerre de 40 ce qui n’a rien d’étonnant car elles sont pour moi, porteuses de souvenirs. 11 Ils sont fous ces blancs ! 13 Chapitre I Abdou était né dans un coin perdu de la brousse africaine. Il descendait d’une longue lignée de guerriers qui avaient jugé, une fois pour toutes, que la seule occupation noble consistait à faire la guerre à leurs voisins. À cette époque l’on ne faisait pas le détail et l’on trucidait allégrement toute la tribu vaincue sans considération pour l’âge ni le sexe. Souvent, après une bataille on dévorait à belles dents un ou plusieurs ennemis ; on rendait ainsi un vibrant hommage à leur bravoure et par la même occasion on faisait un repas gastronomique. Durant des siècles ses ancêtres avaient ainsi mis à mal les autres ethnies de la région. Plus tard, quand les blancs étaient venus, on avait fait une entorse à la coutume et l’on se mit à faire des prisonniers car ils étaient d’un excellent rapport. On pouvait les échanger contre des tas de choses qui venaient du pays des blancs et parfois même, quand les prisonniers étaient nombreux, des fusils. 15 Cette traite des noirs alimentée par les noirs euxmêmes, avait pris fin bien avant la naissance d’Abdou, mais l’on continuait néanmoins à se tuer en cachette et à faire bombance après la bataille. Malgré tout il fallait prendre des précautions car la présence d’un gendarme et d’un missionnaire ne facilitait pas les choses. Souvent le missionnaire parcourait les villages pour y semer la bonne parole et il expliquait à tous qu’il était très mal de tuer les autres et encore plus mal de les manger ; évidemment tous les hommes en âge de combattre arboraient des mines renfrognées lors des intrusions de ce représentant de Dieu. Certains se demandaient quel goût pouvait bien avoir un blanc, tout en sachant qu’on ne pouvait pas le tuer, car le blanc il est compté. Seuls les enfants semblaient apprécier sa présence, surtout lorsqu’il distribuait des images saintes. Abdou avait été chargé par le chef des guerriers du village d’être l’oreille de la tribu auprès du missionnaire et, il s’en sortait très bien. Notre espion apportait souvent des cadeaux très appréciés par le père tels que viande de chasse, bananes, poulets, ignames, mil et j’en passe. En échange le prêtre lui enseignait les rudiments du français. Bien que fréquentant assidûment la mission, Abdou avait participé à une expédition punitive suivie d’une dégustation et malheureusement un des futurs méchouis avait pu s’échapper et prévenir la gendarmerie. 16 Le jeune homme avait donc été arrêté et attendait en prison que l’autorité judiciaire statue sur son cas ; de toute façon son sort semblait scellé car le cannibalisme était puni par la peine capitale. Seule l’intervention du père avait apporté une alternative avec l’approbation tacite des autorités car nous étions en 1915 et la guerre faisait rage en Europe où la France manquait cruellement de chair à canon. Notre cannibale avait donc fait acte de candidature, ce qui lui avait permis d’empocher, au passage, la prime de 200 francs offerte à tout engagé volontaire ; ne sachant pas trop à quoi cela pouvait servir il avait laissé cette somme au père de la mission. 17
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