Colors - Page 1 - test Philippe Tomblaine Colors Et si on mettait de la couleur dans votre Monde… Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1254-6 Dépôt légal : Mai 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire CHAPITRE I LA SENSATION DES COULEURS ................... 13 CHAPITRE II LE POUVOIR DES COULEURS ........................ 43 CHAPITRE III LA LIBERTE DES COULEURS ......................... 73 EPILOGUE LE LANGAGE DES COULEURS ...................... 103 9 « Ils ne se révolteront que lorsqu’ils seront devenus conscients, et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés. » George Orwell – Extrait de 1984. Le peintre ne doit pas faire ce qu’il voit, mais ce qui sera vu. » Paul Valéry « Le reflet est pour les couleurs ce que l’écho est pour les sons. » Joseph Joubert 11 CHAPITRE I LA SENSATION DES COULEURS 1. Panoramique bleu. Dans le ciel sans lune de la nuit, des étoiles palpitaient. Enfin, les ténèbres s’estompèrent. Lueur incertaine encore. Des écharpes de brume s’étiraient sur la forêt puis le port. Un grand soleil oriental les dissipa bientôt. Tout étincelait maintenant de rosée. Les toiles d’araignées se transformèrent en chapelet de perles marines. Il allait faire chaud… Tout le bâtiment exhalait une senteur étrange de chou cuit, mêlée aux odeurs plus classiques des produits marins. A l’une des extrémités, sur un mur, était clouée une affiche de couleur ciel, très vaste même pour ce grand hangar – ou quoi que ce fût. L’affiche représentait simplement un énorme visage, large de plus de cinq mètres. En dessous, en gros caractères, étaient inscrites les lettres formant le mot « W H I T E ». Le président White, bien entendu. Mais ce n’était pas l’affiche que contemplaient les yeux de l’homme répondant au nom de Blue, c’était une zone géométrique formée et découpée par 13 l’encadrement des portes coulissantes donnant accès au bâtiment : une ouverture illuminée et presque carrée dans le ciel. Bleue. La teinte azurée était seulement troublée par des espaces plus clairs, qui rendaient la couleur électrique : des nuages. 2. Encyclopédie des Couleurs. PSYCHOLOGIE : une quinzaine de siècles avant notre ère, les rois Assyriens et Mésopotamiens, puis Babyloniens, firent édifier des temples appelés ziggourats, dotés d’escaliers monumentaux somptueusement décorés. Chaque marche était peinte d’une couleur différente, destinée à symboliser la diversité des états d’âme. De nos jours, la psychologie des couleurs rejoint en quelque sorte cette conception. Nos psychologues n’hésiteraient plus à nous dire « Dites-moi quelles couleurs vous préférez et je vous dirai qui vous êtes… ». Extrait de la préface de La vie en couleurs par Arthur RAINBOW. 3. Light Blue. Light – c’était son prénom – s’était assis, appuyé dos à une caisse en bois. Il avait les yeux soudés par le vent salin qui s’était levé, et une poudre sableuse et humide à la fois dans la bouche. Mais il se remit à penser, le regard fixé sur l’horizon bleu ardoise. – Je me souviens… Je me souviens d’autre chose. Mais quoi ? Oui, oui, c’est cela… des mots qui le dérangeaient. Bleu, blanc et rouge… « Bleu », il le comprenait, naturellement ; tout comme « blanc », le nom de son président dans l’ancienne langue. Mais « rouge » ? Il n’en voyait 14 absolument pas la signification ni ne savait ce que c’était, bien qu’il sache que ces trois mots réunis, la Couleur, le Nom et le terme inconnu, avaient autrefois représenté quelque chose de fort, pour lui ou son pays. Un symbole peut-être. – Une partie de ce mot, une bribe, vite maintenant, vite… avant que tout ne s’échappe, que le choc ne les disperse, avant que l’ouragan ne s’apaise. Le mot. Rouge. Oui. Il répéta le mot en silence, à plusieurs reprises sans peine : il surgissait sans effort dans sa mémoire. Et pourtant vint le moment où il le prononça mal, puis celui où il l’oublia. Mais il savait qu’il existait. La brûlure causée par le mot inconnu s’était maintenant éteinte. Light Blue reprit sa marche sans entrain. Il se demandait s’il en reviendrait un jour à y penser. Tout d’un coup, il se remémora la première fois… Le mot ignoré n’était apparu qu’en second… C’était un livre particulièrement beau. Son papier bleuté et lisse, un peu affadi par le temps, était d’une qualité qui n’était plus fabriquée alors, depuis dix ans au moins. Il l’avait vu traîner à la vitrine d’un bric-à-brac moisissant, dans un sordide quartier de sa zone, rasé et reconstruit depuis. Il se souvenait de l’enseigne dont il ne restait plus que quelques lettres au sens incompréhensible : L.. RAI. I.. Mais, plus que tout, c’est le titre de l’ouvrage qui l’avait attiré. Il s’intitulait « Art et Couleurs ». Cependant, il n’avait jamais pût se le procurer. Le gouvernement White avait décidé de moderniser le quartier, à grands coups de pelleteuses et d’explosifs. La poussière s’était déposée pendant 15 une semaine sur les maisons et les fleurs. Des bleuets. Une espèce très commune dans le coin, d’ailleurs. Au loin, Light discernait un cube illuminé et baigné de soleil. Il hâta le pas. 4. Ailleurs. Marcher ne lui suffisait plus, il fallait qu’il court, qu’il court à en perdre haleine. Essoufflé, il déboucha soudain sur une place inondée de lumière. Tout autour, ce n’étaient que maisons anciennes, avec colonnes, frises, balcons sculptés, fenêtres ornées d’une dentelle de pierre d’un somptueux effet baroque. Mais ce n’était pourtant pas ces façades qui resplendissaient le plus. Même en plein soleil, elles semblaient encore mornes et obscures. Car les feux de centaines de projecteurs convergeaient sur un cube de cinq cents mètres de côté, qui se dressait au milieu de la place. Ils restaient allumés jour et nuit. Les quatre faces du cube étaient rigoureusement identiques : elles étaient d’un jaune citron, admirablement polies. Au zénith, on les eût crues de marbre doré. Aucune fenêtre ne les perçait depuis le bas jusque en haut, mais, au niveau du sol, chacune était pourvue d’une large porte carrée, accès des personnes et des véhicules. Sur une des faces s’étalaient en lettres chromées jaunes les mots « Présidence et Ministère White ». En dessous, on distinguait le slogan préféré du gouvernement : « White défendra toujours vos couleurs ». Ce bâtiment carré était le principal centre administratif du pays. Lemon Yellow ne s’attarda pas. Il passa en trombe devant l’œil circonspect des vigiles 16 et s’éloigna rapidement. Il voulait rentrer chez lui. Il voulait les voir. Il voulait les lire. Les mots interdits. 5. Encyclopédie des Couleurs. CODE SYMBOLIQUE : LE JAUNE : du latin galbinus, qui désigne une couleur placée après le vert pâle, de la teinte du citron, du soufre ou de l’or. Le jaune, situé dans le spectre solaire entre le vert et l’orangé, est également une des couleurs primaires. Associé à sa couleur complémentaire, le violet, le jaune donnera du blanc. Symboliquement, c’est la couleur de ceux qui partagent de grandes idées, qui ont confiance en leurs moyens : c’est celle des humoristes et des inventeurs. Extrait de La vie en couleurs par Arthur RAINBOW. 6. Trésors. La maison de Lemon réunissait plusieurs caractéristiques anodines au premier abord, mais que son propriétaire avait vite su exploiter à l’insu du voisinage ou des regards curieux, ce qui n’était pas aussi simple que ce tout un chacun pouvait s’imaginer. C’était une vieille bâtisse de deux étages, construite à l’écart de la ville, presque au milieu d’une ensemble de vastes champs céréaliers s’étirant à l’horizon jusqu’au mur ceinturant la zone. L’uniformité jaunâtre n’était troublée çà et là que par une très légère brise marine, qui amenait de légers grains de poussière sablonneux jusqu’à la lisière de la forêt, ou encore par l’agitation de quelques oiseaux s’ébrouant et lâchant un sifflement aigu entre deux rangs d’épis dorés. Ils rappelaient d’ailleurs – et fort 17
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