Les belles histoires de grand-mère Mbâ - Page 1 - Les belles histoires de grand-mère Mbâ 3 JBC Tchamko Les belles histoires de grand-mère Mbâ Conte jeunesse Éditions EDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 93200 Saint-Denis – 2010 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS Collection Coup de cœur 175, boulevard Anatole France, 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 - Fax : 01 41 62 14 50 - mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-35335-408-5 Dépôt légal : août 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 6 Sommaire Bonée, la fée du baobab ........................................ 13 La marmite de Sango Mbappè............................... 27 Ndam, la fille venue de nulle part ......................... 39 Nyama-Nyama, l’affreux têtu................................ 49 La Statue sacrée ..................................................... 59 Les Deux Coépouses ............................................. 77 Nga-Ka le charlatan ............................................... 91 Ngobo, l’aveugle orpheline ................................... 103 La gardienne du mont Koupé ................................ 115 9 À tous les enfants de la Terre, l’avenir de demain… 11 Bonée, la fée du baobab Jadis à Diadiagne, un petit village du Sénégal, vivait une famille de pêcheurs. Diop le père, Aminata la mère et Bougui leur petit garçon. Tous les matins à l’aube, Diop quittait son lit de bambou et réveillait tout doucement le petit Bougui qui dormait sur une natte de raphia près de l’âtre. Après s’être débarbouillés, ils s’en allaient vers le rivage situé tout au bout du village et sautaient dans leur pirogue qui prenait aussitôt la mer. Un jour pourtant, survint un incident qui faillit gâcher à jamais leur bonheur. Ils se trouvaient en mer à attendre que les poissons daignent se prendre dans leurs filets, quand un vent violent se déchaîna. En pêcheur averti, Diop déclara : – Le temps va se gâter ! Nous ferions mieux de nous dépêcher de rentrer ! Il venait à peine de terminer sa phrase, que de terribles bourrasques manquèrent de le faire tomber à l’eau. Un grondement de tonnerre s’entendit et des éclairs zébrèrent le ciel. La frêle embarcation rebondit 13 sur les flots. Le petit Bougui s’agrippa à l’une des jambes de son papa. – Papa, j’ai peur ! J’ai si peur ! Le ciel tonna de nouveau et une pluie drue s’abattit sur eux. Le petit Bougui enfouit sa tête sous les filets de pêche, pendant que son papa pagayait ferme pour rejoindre le rivage. – Ne crains rien mon fils ! Nous nous en sortirons ! Hélas, comme pour les punir d’avoir osé les défier, les vagues mugissantes firent chavirer la pirogue. Le petit Bougui se débattit de son mieux. – Papa ! À moi ! Au secours, je me noie ! Son père nagea de son mieux pour le rattraper, mais les flots impétueux qui ne semblaient pas du tout décidés à abandonner leur proie, emportèrent le petit garçon. Bercé par le clapotis des vagues, Bougui ferma les yeux et finit par s’endormir. Alors, tout droit descendus du ciel, trois petits anges au sourire espiègle, se penchèrent sur lui en chantonnant : « Ils sont partis pour la pêche, pleins d’espoir, le pas léger, mais les caprices de la mer, autrement en ont décidé… Bougui ! Bougui ! Réveille-toi ! La mer n’a point eu raison de toi ! Et malgré ta peur bleue, le ciel veille toujours sur toi ! Bougui ! Réveille-toi ! Bougui ! Réveille-toi ! Réveille-toi ! Bougui ! Bougui ! Réveille-toi ! La mer n’a point eu raison de toi ! Et malgré ta peur bleue, le ciel veille toujours sur toi ! » 14 La mer poussa un grognement, puis elle se dressa de façon menaçante devant les anges. Achevant leur chanson, ils disparurent au fur et à mesure. Les vagues entraînèrent Bougui vers le rivage où elles l’abandonnèrent. Il bougea dans son sommeil, puis finit par s’éveiller. Quelle ne fut pas sa surprise de constater qu’il se trouvait sur un banc de sable d’une blancheur éclatante. Étonné, le petit garçon se redressa et regarda tout autour de lui. Il n’y avait que du sable, pas une seule habitation. – Papa ! Papa ! Seul le souffle du vent lui répondit. Bougui allait se mettre sur ses pieds, quand il entendit une voix fluette qui disait : – Hé mon garçon, fais donc un peu attention ! Bougui eut beau cherché de tous les côtés, il ne vit personne. Il se leva, fit un pas en avant et demanda d’une voix mal assurée : – Qui est là ? – Aïe ! Ouille ! Saperlipopette ! Ce gamin va finir par m’écraser ! Bougui, qui ne voyait toujours pas celui qui lui parlait, répéta : – Qui est là ? – Je suis ici, sous ton pied gauche ! Bougui recula. Se baissant, il aperçut un magnifique scarabée enfoui dans le sable. Celui-ci émergea totalement. – Ouf, ce n’est pas trop tôt ! Tu as bien failli abîmer ma si jolie carapace ! 15 Le petit garçon le regarda se débarrasser du sable qui le recouvrait, en ouvrant de grands yeux. – Mais… qui es-tu ? Le scarabée arrêta de se nettoyer et le dévisagea avec surprise. – Comment ça qui je suis ? Mais cela se voit non ! Agitant ses antennes dans tous les sens, il se mit à battre la mesure avec ses petites pattes, puis entonna : « De toute l’île je suis celui qui est le plus gentil ! Un peu coquin, assez taquin, pas malin pour un brin ! Je… je… je m’appelle Tudo ! Je suis un scarabée ! Et ma carapace est fine et toute dorée ! Je m’appelle Tudo ! Je suis un scarabée ! Et mes antennes sont longues et aimantées ! Je m’appelle Tudo ! Je suis un scarabée ! Et mes petites pattes suffisent à me porter ! Je m’appelle Tudo ! Je suis un scarabée ! Tête de linotte est mon surnom préféré ! » Tudo le scarabée interrompit sa chanson, en se rendant compte, que Bougui était sur le point de fondre en larmes. – Pourquoi tu as du chagrin ? – Hélas, je ne peux m’empêcher de penser à mon pauvre papa ! Et ma maman, ma chère et tendre maman ! Quelques gouttes s’écrasèrent sur le sable. Tudo le scarabée sautilla pour les éviter, puis il s’empressa de réconforter le petit garçon. – Je peux t’assurer que rien de fâcheux n’est arrivé à ton papa ! 16 – C’est vrai ? – Mais puisque je te le dis ! Le scarabée cligna des yeux, en tourbillonnant à toute vitesse autour de Bougui. Pris de vertiges, il retomba sur le sable, les quatre fers en l’air. Bougui rit de bon cœur, puis l’aida à se relever. Tudo lui tira la langue. – Viens avec moi ! – Où m’emmènes-tu ? – Nous allons rendre visite à Bonée ! Le scarabée se mit en marche suivi de son nouvel ami, en fredonnant : « Je m’appelle Tudo ! Je suis un scarabée ! Et ma carapace est fine et toute dorée ! Je m’appelle Tudo ! Je suis un scarabée… » Il s’arrêta tout à coup de chanter. – Nous sommes arrivés ! Bougui le regarda avec surprise. – Il n’y a personne ! – Un peu de patience ! Bonée ! Bonée ! Où es-tu ? C’est moi, Tudo ! Personne ne se montra, ce qui le fit trépigner d’impatience. – Saperlipopette ! Où est-elle donc encore passée ? Bonée ! Bonée ! C’est moi ! Tout à coup, le sol sableux se mit à trembler et de ses entrailles surgit un vieux baobab dont les branches s’étirèrent paresseusement. Bougui écarquilla les yeux, alors qu’elles se chamaillaient entre elles, afin 17
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