L'ombre des anges, Episode 1 - Page 2 - test Vincent DEUNETTE L’OMBRE DES ANGES Episode 1 Le livre des secrets Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2007 ISBN : 978-2-35607-253-5 Dépôt légal : Novembre 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 A mon père qui m’encourage du haut des cieux, A mon arrière-grand-mère, A mes proches qui croient en moi, A tous ceux qui se reconnaîtront dans cet ouvrage… En souvenir du bon vieux temps… 7 CHAPITRE 1 Amy avait froid… Ses mitaines ne lui suffisaient plus et l’air glacé de novembre lui rongeait les phalanges. Amy s’était enfuie de l’orphelinat dans lequel on l’avait placée peu après sa naissance. Cela faisait maintenant deux ans qu’elle se débrouillait comme elle pouvait en mendiant devant les supermarchés ou même en volant de la nourriture lorsque les recettes étaient mauvaises. La plus grande difficulté consistait à trouver un endroit où dormir le soir. Un endroit où personne ne tenterait de lui voler ce qu’elle aurait pu amasser dans la journée. Amy marchait depuis une bonne heure en espérant trouver un coin qui saurait l’abriter du froid et des dangers de la nuit. Elle s’arrêta devant un épicier qui était encore ouvert malgré l’heure tardive et se prit à rêver de festins à dévorer. Deux hommes la sortirent brusquement de ses mirages gastronomiques lorsqu’ils s’affairèrent à rentrer les cageots de fruits à l’intérieur de la boutique. Amy afficha une moue de déception et prit discrètement 9 une pomme dans l’une des caisses qui était encore dehors. Un des deux employés la remarqua et afficha un œil mécontent. « – Hé ! Reposes ça tout de suite. » Amy prit peur et se mit à courir. Le deuxième homme raisonna son collègue. « – Laisse la filer. Elle n’ira pas loin. – Quoi ? S’étonna celui qui était en colère. – Oui. Regarde où elle va. Tu tiens vraiment à la suivre ? – Elle nous a volé une pomme. Je ne supporte pas les voleurs. – On voit bien que t’es nouveau dans le coin toi. Tu sais pas ce qu’on raconte sur cet endroit vers lequel elle s’enfuit ? – Bah non. Qu’est ce qu’on raconte ? – Que c’est une cité hantée. Elle est maudite. – N’importe quoi, ricana l’homme tout en remplaçant sa colère par un sourire moqueur. – Tu ne me crois pas ? Demande au patron ce qui est arrivé à l’ancien gérant de la boutique et tu verras. » Amy courait aussi vite qu’elle pouvait malgré le poids de son sac à dos qui claquait contre sa colonne vertébrale à chaque pas. Sur celui-ci était accroché un vieux duvet qu’elle avait volé à l’orphelinat avant de partir. Il avait beaucoup vieilli mais même couvert de crasse et d’humidité il tenait encore un 10 peu chaud. Et puis, pour se réchauffer, Amy avait ce qu’il fallait dans le sac. Une bouteille de whisky et quelques cierges dérobés à l’église du coin. Le cœur d’Amy battait la chamade. Tout en ralentissant sa course, elle jeta un œil par dessus son épaule. Personne ne la suivait. Rassurée, elle reprit une marche normale tout en reprenant son souffle. Elle contempla sa pomme en souriant d’un air satisfait, puis la rangea dans sa poche de pantalon. Sans même s’en apercevoir, Amy venait de remonter toute une avenue plongée dans les ténèbres. La vieille route était bordée de platanes dont les branches venaient déchirer le ciel de leurs griffes acérées dépourvues de feuilles. Seule la lueur généreuse de la lune venait adoucir ce décor effrayant. Amy afficha un air perplexe lorsqu’elle réalisa que l’endroit était désert. C’était un quartier abandonné. Une fois en haut de l’avenue, elle prit la rue qui se trouvait sur sa droite. Tout en avançant, Amy croisa les bras pour tenter de résister au froid glacial qui semblait tout à coup omniprésent. Elle marchait en contemplant les maisons qui étaient en fait des maisons minières condamnées. Les fenêtres et les portes avaient été grillagées pour éviter les intrusions de clochards. Amy eut un sentiment étrange en se promenant dans cette rue fantôme. C’était comme si l’odeur nauséabonde de la mort et l’air glacial de l’hiver fusionnaient dans les airs dans un élan d’érotisme macabre, rendant l’endroit encore plus inquiétant. 11 « – Qu’est-ce qui a bien pu se passer ici ». Se dit elle en tentant de comprendre pourquoi les habitants avaient déserté leur quartier. Dans cette petite ville du pas de calais, il était rare de voir de tels endroits. Généralement, les anciennes maisons minières avaient été rénovées et offraient un minimum de confort moderne. Ces maisons là, elles paraissaient n’avoir jamais été refaites. Toutes collées les unes aux autres, toutes de façade identique, exhibant leurs briques rouges criantes d’histoire. Le froid se changea lentement en humidité et c’est sur le front d’Amy que tomba la première goutte de pluie. Ce fut sans prévenir que tombèrent ensuite des milliers d’autres gouttes. Amy se mit à courir pour trouver un endroit où s’abriter. Dans sa course, elle observait les portes des maisons sur sa gauche, jusqu’à ce qu’elle en trouve une où la grille avait été forcée. Elle s’y dirigea promptement et se pencha pour écarter la grille encore un peu. Quelqu’un l’avait tordu au niveau du bas et Amy n’eut aucun mal à la tordre plus pour se frayer un passage. Elle y passa son sac à dos, mit ses longs cheveux bruns et gras en boule dans sa capuche, puis elle s’allongea et rampa pour entrer dans la maison. Elle se releva et, malgré ses vêtements sales, elle prit tout de même la peine de se frotter pour épousseter sa veste et son pantalon. Face à elle, un escalier sordide menant à la cave ; Sur sa gauche, une pièce au papier peint jaunit par la cigarette, le temps et la crasse. Sur sa droite, la pièce principale menait au 12 reste de la maison. Au fond de celle-ci, une petite véranda délabrée. Et enfin, entre les deux pièces se dressait un escalier, sur la gauche, qui passait derrière le mur de la pièce principale. « – Y a quelqu’un ? Cria Amy. » A cet instant, elle entendit un bruit à l’étage. Elle se figea. Sur le sol, Amy aperçut des bris de verre. Avant d’être grillagées, les vitres avaient sûrement été brisées à coups de pierres par les jeunes délinquants de la cité. Elle en ramassa un morceau tranchant, prit une profonde inspiration et s’engouffra dans les ténèbres du grand escalier aux marches craquantes. Elle monta d’un pas lourd et hésitant. Arrivée sur le palier de l’étage, Amy scruta la chambre qui se trouvait sur sa droite. Celle-ci était vide. Les rayons lunaires ajoutaient à la fois un côté mystérieux à ces lieux et en même temps, adoucissaient l’atmosphère. Un bruit de frottement se fit alors entendre. Amy se retourna et avança lentement. La porte de la deuxième chambre était entrouverte. La jeune fille l’ouvrit délicatement tout en restant sur ses gardes. Lorsqu’elle y découvrit un chien qui faisait tranquillement sa toilette, elle poussa un soupir de soulagement. Elle baissa son arme et fixa l’animal en souriant. Celui-ci, surpris par la présence de cette étrangère, stoppa ses ablutions nocturnes pour l’observer en inclinant la tête d’un air intrigué. Amy entra dans la pièce et s’accroupit pour tendre la main vers ce beau labrador. Il était d’un noir ébène, hormis le cou qu’il 13 avait blanc. Très vite, il se laissa apprivoiser par la douce adolescente aux yeux noirs et lui lécha les mains comme pour la saluer. Il ne fallut pas longtemps à Amy pour se sentir à l’aise. Cela faisait à peine vingt minutes qu’elle était là, et déjà, elle avait installé son duvet et allumé ses cierges. Assise sur le rebord de la fenêtre, elle fumait une cigarette en scrutant le quartier qui paraissait si vieux. « – J’ai trouvé ma nouvelle maison, pensa-t-elle. Personne ne viendra me chercher ici. » Elle jeta son mégot et alla s’installer sur sa couche. La jeune fille sortit de la poche de son pantalon son salaire du jour. Assise, elle s’adossa contre le vieux mur froid de la chambre et compta ses pièces. Le chien vint la rejoindre en remuant timidement la queue. Eprouvant sans doute un besoin d’attention, il se mit à lui lécher le visage. « – Arrêtes, répétait Amy en riant, arrêtes ! Je compte ma paye. » D’un coup de museau, le chien poussa la main qui tenait la monnaie pour se faire caresser. Amy laissa tomber ses pièces sur le vieux plancher. Elle s’empressa de les ramasser mais l’une d’entre elles se mit à rouler pour finir dans un trou. Amy grimaça et s’y précipita. Une lame du plancher était cassée, laissant une ouverture de cinq centimètres de large sur dix de long. « – C’est malin ! Tu m’as fait perdre une pièce… » 14 L’adolescente engouffra sa main sous les lames de bois moisis et se mit à chercher son bien à tâtons. Elle remarqua tout à coup que quelque chose était dissimulé sous ce plancher. Elle palpa l’objet, puis, tant bien que mal, parvint à le sortir du sol. Un livre ! Un gros bouquin marron et poussiéreux. Amy le nettoya avec la manche de sa veste. En l’ouvrant, elle s’aperçut qu’elle venait de trouver une sorte de journal intime écrit à l’encre noire : « – Eh ! Bien, tu m’as fait perdre une pièce mais grâce à toi, j’ai peut-être trouvé un trésor. Au moins, on a de quoi passer une soirée intéressante. » Le chien comprit qu’il n’avait finalement rien fait de mal et se remit à battre la queue avec frénésie. Amy se réinstalla, bien à l’aise sur son duvet, et déballa le sandwich qu’une vieille dame lui avait offert en début de soirée. Elle en prit une bouchée, et son regard croisa celui de son compagnon à quatre pattes qui la fixait d’un air affamé. « Oh ! Ne me fait pas tes yeux de chien battu. Si tu veux manger, tu fais comme moi, va faire la manche. » Le labrador au regard attendrissant insista et la douce Amy finit par céder. Après un soupir de résignation, elle partagea son repas en deux parts équitables. Elle s’empara ensuite du livre et entreprit alors sa lecture… L’ouvrage semblait narrer la vie d’un jeune homme dénommé Vincent… 15
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