Andrée. - Page 1 - Daniel Gaye Andrée, le venin du diable Éditions APARIS – Edifree 75008 Paris – 2009 5 www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1815-9 Dépôt légal : Août 2009 © Daniel Gaye L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 6 L’ouvrage est une fiction, toute ressemblance avec une personne ou une situation de la vie passée ou réelle serait purement fortuite. 9 Andrée est un roman intimiste qui interpelle la gent féminine. Le récit débute par une réflexion existentielle qui au travers les tourments se transforme en polar. Libido et meurtres défraient la chronique en rase campagne. Le crime ? Celui d’être pleinement une femme quand la quarantaine vous terrasse de l’intérieur et vous rend belle et sensible à craquer. De simples faits qui prennent avec l’âge une tournure démesurée et emblématique. Tout avait bien commencé. Bien née, la gamine avait grandi sainement avant de rencontrer l’homme de sa vie. Le couple ayant tout pour réussir. Le jeune banquier subvenant à la famille pendant que sa douce épouse croyait en son bonheur. Une histoire d’amour ordinaire. Erreur ! Alors, que la mère se sacrifie sans compter pour l’éducation des enfants, y laissant ses meilleures années, les filles la quitteront. En perdant sa raison sociale, la femme se retrouve en grande difficulté, totalement démunie, seule et sans âme. Pire ! Derrière, le miroir se reflète une silhouette nue et désespérément troublante qui lui échauffe les esprits. Est-elle possédée ? 11 Au fond de son ventre quelque chose la perturbe, la gêne à lui faire perdre la tête, au point de tout voir en noir. Que diable lui arrive-t-il ? A force de vouloir le bien, Andrée recherche le mal, se créant ses propres ennemis pour mieux exister au travers leur non-sens. Enfermée dans la spirale qui l’aspire, elle ne peut, ni ne veut aucunement s’arrêter en si bon chemin. Mieux encore, s’étant prise au jeu, elle génère ses douleurs. Elle se fit malade. Le médecin qu’elle consulte tentera un audacieux traitement. Un pari fou qu’il ne put gagner. Et pour cause ! Qui peut se prévaloir de gérer sexe, business, amour et même famille, sans se mettre en péril ? Rares, sont ces femmes me direz-vous ! Et certainement pas, les héroïnes à l’eau de rose des séries américaines pour qui tout semble si facile. Car la vérité est bien tout autre quand le vécu est authentique et sincère tel que le vit notre amie. Ses questions sont également les vôtres, car nombreuses sont les Andrée en France et ailleurs. 12 –1– Il est onze heures, dehors, le temps est maussade. Un léger brouillard noie l’horizon sous un voile grisonnant que surmonte timidement un clocher. Derrière des croix anonymes, un groupe s’étire en demi-cercle pour un dernier rituel. Etant donné les circonstances, le cimetière se veut discret. Au milieu, une femme répand des pleurs, sous ses yeux mouillés, un cercueil emporte sa fille pour un ultime voyage. Aurore venait d’avoir 21 ans. A l’aube de sa vie, le crépuscule mit fin prématurément à sa joie de vivre. La drogue lui aurait été fatale. Enfin, c’est ce qu’il se dit en coulisse. En tout cas, elle rejoint son amie et demi-sœur dans les couloirs de la mort. Sur la tombe voisine, l’épitaphe indique que Cathy, sa cadette de 3 ans, fut tuée lors d’un accident de la route. Les voilà réunies sans autres desseins que l’éternité. Un bien terrible constat que celui de voir une jeunesse à la fleur de l’âge fauchée par le destin. Au centre des tourments, une mère n’est plus que l’ombre d’elle-même, la terre venant de lui arracher coup sur coup ses enfants. Elle a tout perdu, la 13 pauvre ! Andrée aurait voulu être enterrée vivante, mourir à leur place. Cela ne lui fut pas permis. De fait, la malheureuse souffre d’en être là . Se recueillant en silence, elle s’avança pour un ultime adieu quand une couronne lui fit affront. Décidément, il était dit que rien ne lui serait épargné ici-bas, le protocole indiquait sans fleurs. « Qui a pu ? Un étourdi sûrement. » Les couleurs choquent, l’attention embarrasse. De plus, à l’endroit où elle est déposée, elle dérange franchement. Vu la gravité du moment, le geste est plutôt déplacé. Fortement éprouvée, l’emplacement exigu ne s’y prêtant guère, la femme en noir heurta l’encombrante rosace. Les jambes fragiles, elle chancela. Heureusement, des mains complices la soutiennent, grâce à quoi elle put rester droite et digne. La sérénité était sauve, tout au moins en apparence car dans l’effroi du mouvement, un objet roula, stupéfiant l’assemblée. Un coup de froid d’outretombe s’abattit. « Malheur ! Qu’est que cela ? » L’émotion est trop forte, elle se sent lasse. Des bras fidèles l’accompagnent jusqu’à la pierre de taille toute proche. La tension vient de monter d’un cran. Andrée doit attendre sur le monument funéraire pour reprendre ses esprits, le feu aux joues de colère. « Pourquoi ? Pour qui ? » Répète-t-elle inlassablement. Autour, c’est l’incompréhension la plus totale. « Elle est fatiguée. Les événements l’ont épuisée, c’est normal avec ce qu’elle a vécu. » Chuchote-t-on à l’arrière. 14 Manifestement, personne ne réalise l’ampleur de la mise en garde. Nul n’y a vu le signe du malin. Enfin, presque car Andrée et son serviteur aux gants blancs l’ont vite compris, l’avertissement est clair. Elle pensait avoir payé de son sang, or, voilà , qu’une fois encore, la femme est rattrapée par son passé. Ainsi faite, elle ne pouvait qu’assumer. Pourquoi diable un tel acharnement ? « Pour me punir grand Dieu ! » Hurla de dépit la blessée. Que lui reste-t-il ? Sans les enfants, une sournoise vengeance n’a guère de sens. En vérité, la menace lui importe peu. Le message est avant tout un défi, une manière de pigmenter le quotidien. Ceux qui ont pu faire sa connaissance savent de quoi elle est capable. « Cela recommence. » Se dit-elle quelque peu apaisée. Ou plutôt, cela n’avait jamais cessé. La réflexion fut bénéfique, sa détermination faite, l’avenir lui semblait tout indiqué. Il lui fallait aller de l’avant coûte que coûte. La cérémonie terminée, saluant les invités, elle quitta d’un pas ferme l’enclos, tournée vers des lendemains ravageurs. L’alerte fut sérieuse, aussi c’est sur le qui-vive qu’elle sortit. Dans l’allée, déjà , elle se sentit épiée. A la hauteur de la lourde grille d’enceinte, elle se retourna d’un bloc pour y débusquer une ombre qui se faufilait tel un rat entre les stèles et le mur. « Paul ! C’est toi ? » Lentement, une forme humaine apparut au grand jour. L’homme de corpulence svelte, élégamment 15 habillé se montra totalement déconfit et pénaud. Sa démarche parut honnête. « Oui, c’est moi. Mes condoléances, Andrée. » Dit-il, posément. « Quelle audace ? – C’est ma fille. J’avais le droit d’être là . – Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Je te parle de la provocation. – Je ne comprends pas ? Explique-toi. – Tu n’es pas l’auteur de cette plaisanterie de mauvais goût ? – Je t’en prie mes intentions sont louables et respectueuses. Je t’assure de mon profond et sincère regret. Je compatis à ta douleur. Loin de moi toutes velléités. De quoi parles-tu ? – De la couronne mortuaire. Pardi ! C’est toi ? – Non, pas du tout ! J’ai juste déposé des roses. Je suis désolé, j’ignorais les consignes. Accepte mes excuses. » Un long silence s’en suivit. « Si tu dis vrai, qui est-ce donc ? Cela ne peut pas continuer. Non ! » Cria-t-elle, n’osant imaginer la suite. Puis ragaillardie, elle se redresse d’autorité assénant le coup. « Cela ne fait rien. Je me vengerai. » S’adressant au nouveau venu, elle ajoute sur un ton plutôt hautain voire dédaigneux. « Je voulais seulement l’intimité parfaite, sans heurts ni malheurs. Visiblement, c’est raté. » Paul est un curieux personnage. Ils ont été mariés mais cela ne fit pas long feu. Très vite, un accident de parcours les divisa. Malgré cela, il tenait à suivre sa 16 fille jusqu’au bout. C’est à ce titre qu’il voulut savoir, sans quoi, cela s’arrêtait là . Epoux, ils ne se sont jamais compris, ce n’était pas aujourd’hui, après vingt ans de séparation que cela allait commencer. Seule, la curiosité le démange. « Que s’est-il passé ? » Andrée qui avait déjà la tête ailleurs, revint sur lui, prenant étonnamment la peine de lui expliquer. Un miracle de patience qui surprend. Les événements l’auraient-ils changée ? Elle s’explique : « Une orange est tombée sur le cercueil. Elle venait de la couronne. En allant rendre hommage, mon pied s’est pris dans la corbeille et des fruits se sont éparpillés. L’un des agrumes a roulé dans la fosse. C’est un sacrilège. – Pourquoi ? – C’est justement la question que je me suis posée. La signification me paraît évidente, c’est exactement comme pour l’autre fois, un signal fort. Tu sais ce que représentait jadis cette couleur. On n’en a suffisamment parlé à l’époque. Aurais-tu la mémoire courte ? Quant à savoir qui en est l’auteur, c’est une autre affaire. Une énigme de plus. Le suspense entretient la forme, n’est-ce pas ? A moins que tu en saches plus sur le sujet que tu ne veux le dire ? A part toi, peu de gens savaient pour les obsèques. – Il n’y a aucun doute à avoir : l’orange, c’est une signature ! » Dit alors une voix forte, sortie de l’arrière en forme de conclusion. En retrait, un homme, fait tout de noir, un serviteur distingué se tenait à disposition. Celui-là même qui la rattrapa tout à l’heure. Il la surveille depuis le début tel un aide de camp, totalement dévoué. Sa prestance fit sursauter Paul, étonné de la voir ainsi protégée. 17
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