Laure Faradet - Page 3 - test Fabienne GIL Laure Faradet et Les sorcières de Zraloska Edilivre – Éditions APARIS 3 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-556-7 Dépôt légal : Avril 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 1ère Partie Zraloska 7 Chapitre I Quand la poupée borgne s’éveille Laure Faradet vivait avec ses parents et ses deux frères, Marius et Jean – des jumeaux de douze ans, dans une vieille maison de pierre à la sortie de la ville, près de la forêt de Rouxmare. A quinze ans, Laure était une adolescente plutôt différente des autres filles de son âge. Bien sûr, elle allait au lycée. Elle était même l’une des meilleures élèves de sa classe de seconde. Mais Laure avait peu d’amis. En effet, les centres d’intérêt de ses camarades lui semblaient bien futiles. Alors que celles-ci s’intéressaient à la mode, et aux chanteurs pour minettes, Laure elle ne rêvait que de fantastique. Son plus grand plaisir était d’ailleurs de traîner dans cette librairie toute poussiéreuse de la rue des Corneilles qui proposait de nombreux ouvrages sur la magie ainsi que des contes fantastiques. En cachette de ses parents qui n’auraient pas compris une telle passion, elle dépensait tout son argent de poche dans l’achat de ce type de littérature. Plus les livres étaient vieux et ressemblaient à des grimoires, plus Laure s’y 9 intéressait. Pourtant elle n’était pas vraiment une jeune fille rêveuse et elle savait distinguer la réalité de l’imaginaire. Et même si de nombreux récits semblaient sortir tout droit de l’imagination de celui qui les avait écrits, Laure ne pouvait s’empêcher de se prendre au jeu de l’histoire. La vie de Laure pouvait se résumer ainsi : sérieuse et appliquée au lycée car elle avait soif de connaissance ; obéissante et serviable à la maison car c’était une adolescente bien élevée. Mais pour ses loisirs, Laure était plutôt secrète et ne parlait de sa passion qu’avec les jumeaux qui lui avaient juré le silence, convaincus qu’ils étaient que s’il y avait un jour une histoire incroyable à vivre, mieux valait être de son côté. Pour vivre ses rêves pleinement, Laure s’installait dans sa chambre mansardée du deuxième étage, contigüe à celle des garçons, s’allongeait sur de gros coussins de velours et allumait quelques bougies qui contribuaient tout de suite à rendre l’ambiance mystérieuse, par l’éclairage faible et dansant qu’elles produisaient sur les pages des livres. Cette chambre était plutôt sobre, car hormis ses coussins de velours rouge, on n’y voyait que des étagères pleines de livres, un lit de pin et une commode assortie. Laure n’avait conservé de ses jouets d’enfant qu’une vieille poupée à laquelle elle tenait particulièrement. Cette poupée lui avait été offerte par sa marraine pour ses sept ans et Laure aimait beaucoup sa marraine. Malheureusement trois ans plus tôt, elle était partie faire un safari en Afrique, avait été mordue par un serpent venimeux et avait succombé à ses blessures. Les secours étaient arrivés trop tard. 10 Depuis ce terrible accident, Laure conservait précieusement cette poupée et avait eu un jour une grave dispute avec ses frères. Un soir qu’elle rentrait du collège où elle était à cette époque, elle avait trouvé les jumeaux, très occupés autour de la poupée. Et elle avait vu avec horreur qu’ils lui avaient crevé un œil. Exigeant une explication, les garçons, gênés, avaient répondu qu’ils avaient voulu opérer la poupée comme dans l’émission télévisée qu’ils avaient vue la veille. Malheureusement leur « travail » de chirurgien n’était pas réparable et c’est ainsi que la poupée resta borgne. Malgré son œil en moins, Laure n’avait jamais voulu se séparer de ce dernier cadeau de sa marraine et elle l’avait installée auprès de son lit, sur une étagère qui n’était pas encore occupée par des livres. Oui, elle était un peu bizarre avec son œil en moins. Toutefois, Laure la trouvait très belle avec ses longs cheveux roux et sa robe de satin vert. Et elle ne manquait jamais de lui faire un clin d’œil, le soir, avant de s’endormir. Ainsi entre ses études et ses livres pleins de rêves, Laure se sentait parfois bien seule. Sa vie était invariablement la même jusqu’au jour où un étrange évènement commença à changer cette vie simple mais parfois ennuyeuse. Une nuit alors qu’elle dormait, elle fut réveillée par une lueur bleue qui s’allumait et s’éteignait. En même temps, semblant venir du fond des ténèbres, une voix s’éleva : « Viens avec moi Laure, n’aie pas peur, et suis-moi ». Eberluée, Laure ne comprenait rien. La voix semblait provenir de l’étagère où était installée la poupée borgne. C’était la poupée qui avait parlé ! Et la lueur bleue, c’était son œil unique et bleu qui 11 s’ouvrait et se fermait. « Comment est-ce possible ? une poupée ne parle pas. » Laure, sans s’en rendre compte, avait parlé à haute voix, et la poupée qui avait entendu, lui répondit : « Je ressemble à une poupée mais je ne suis pas une poupée ». « Tu dois me suivre maintenant. Il le faut. Ils ont besoin de toi ». Alors comme hypnotisée par la lueur bleue, et plutôt curieuse de ce phénomène extraordinaire, Laure se leva, enfila son jean, un pull de coton et ses mocassins et suivit la poupée. Evidemment, elle dut faire très attention de ne pas faire craquer les marches de l’escalier qui permettait d’atteindre le rez-de-chaussée. Et surtout, il ne fallait pas réveiller ses parents qui dormaient dans la chambre du fond, au premier étage. Elle fit tourner la clé de la porte d’entrée et sortit avec la poupée, dans le plus grand silence. Elles se dirigèrent vers la forêt et marchèrent longtemps, longtemps. Pendant combien de temps ? Laure ne pouvait le dire. Elle avait l’impression de flotter dans l’air mystérieux de la nuit et ses pieds semblaient effleurer l’herbe mouillée sans jamais faire craquer les brindilles. Arrivées dans une clairière, la poupée se dirigea immédiatement vers un vieux chêne dont les longues branches s’élevaient vers le ciel étoilé. A un mètre du sol, il y avait un trou profond et assez gros dans le tronc. La poupée s’y engouffra et se retourna pour voir que Laure s’était arrêtée devant le tronc et ne bougeait plus. « Viens Laure, au fond de cet arbre il y a une autre vie. Une vie qui t’intéressera, crois-moi ». Laure hésitait, ne sachant si elle devait faire confiance à la poupée. Mais Laure était une jeune fille passionnée par 12 les phénomènes étranges. Etait-il possible qu’elle puisse vivre une extraordinaire aventure comme celles qu’elle lisait chaque jour dans ses livres ? Alors la curiosité l’emporta et elle tendit la main à la poupée qui l’attira avec une force peu commune à l’intérieur de l’arbre. Laure se sentit happée par une tornade qui la propulsa vers la cime de l’arbre. Il faisait très noir et elle se demandait quand elle arriverait. Elle serrait la main de la poupée dont l’œil unique jetait de temps en temps une petite lueur bleue sur la paroi de l’arbre. D’un seul coup, elle sentit qu’elle ne bougeait plus. Elle était assise quelque part, toute étourdie. La lumière l’aveuglait. Alors elle frotta ses yeux, lâchant la main de la poupée et regarda. Elle était assise près d’un vieux chêne. Mais ce chêne n’était pas comme tous les autres : ses feuilles étaient en or. Et c’était le reflet de l’or qui l’avait tant éblouie. Autour de l’arbre, il y avait des enfants qui ramassaient les feuilles tombées avec l’automne, et qui chantaient, ou plutôt qui fredonnaient car s’il y avait une mélodie, il n’y avait pas de paroles. L’un d’eux s’aperçut de sa présence et interpellant ses compagnons, il s’avança : « Hé toi, qui es-tu et d’où viens-tu ? » Effectivement, Laure ne leur ressemblait pas : alors qu’elle portait toujours son vieux jean et son pull de coton, tous les enfants qui lui faisaient face, portaient de somptueuses robes ou pantalons brodés d’or. Laure, vexée, redressa fièrement la tête et répondit : « je suis Laure et je viens de France ». « France ? C’est quoi ? » interrogea l’un d’entre eux. « Vous ne connaissez pas la France ? » s’étonna Laure. « Mais alors, où sommesnous donc ? ». « Ici, c’est Zraloska et on n’en connaît pas d’autre de pays ». La jeune fille était 13 intriguée. Elle regarda tout autour d’elle et s’aperçut que tout brillait, tout semblait fait d’or. Autour de la clairière, il y avait un chemin où le gravier ressemblait à des pépites. Et derrière le chemin, s’alignaient des maisons toutes rondes dont les toits et les murs étaient aussi en or. Quel étrange pays ! Une fillette un peu plus grande s’approcha du gamin qui avait interpellé Laure et lui dit d’un ton un peu sévère : « Goutih, il faut nous dépêcher, l’automne ne dure pas si longtemps. Nous ne pourrons jamais terminer si nous nous arrêtons sans cesse. » Et tous les enfants reprirent leur activité comme si de rien n’était. Ils semblaient bien organisés. Pendant que les plus petits ramassaient les feuilles et en faisaient d’énormes tas, d’autres en remplissaient des brouettes qui une fois pleines étaient acheminées par les plus grands, vers un imposant bâtiment tout en or lui aussi, situé au cœur du village, au-delà des premières maisons. Laure, dont plus personne ne faisait cas, se laissa envahir par la curiosité. Et qui n’aurait pas eu envie de savoir ce qui se passait dans ce monde étrange ? Tout était en or, soit ! mais pourquoi ces enfants ramassaient-ils toutes ces feuilles d’or ? Où les emmenaient-ils donc ? Laure se dit alors que si la poupée borgne l’avait amenée ici, alors elle connaissait ce pays et pourrait lui en dire plus. Elle regarda autour d’elle et aperçut la poupée qui regardait fixement une petite maison dont la cheminée laissait échapper une épaisse fumée grise. « Poupée, s’écria-t-elle, pourquoi m’as-tu amenée ici ? Que faisons-nous dans ce pays ? ». « Calme-toi Laure ! Tout ce que je peux te dire pour l’instant, c’est que tu connaîtras bientôt la raison de notre 14 présence ici ». « Tu trouveras toi-même la clé, car toi seule peux résoudre l’énigme. » Face aux propos bizarres et manifestement dénués de sens de la poupée, Laure se laissa tomber par terre et décida de réfléchir. « Bon, si je résume : je ne suis pas folle et je ne suis pas en train de rêver. » Instinctivement, elle ferma les yeux et se pinça très fort pour vérifier ses dires. Elle rouvrit aussitôt les yeux et comme elle s’y attendait, elle était toujours dans ce pays qu’elle ne connaissait pas, et non dans son lit, comme au sortir d’un rêve. « Si je suis ici, c’est apparemment pour remplir une mission, pensa-t-elle, alors autant commencer tout de suite, d’autant plus que ce sera peut-être amusant ! » Comme si elle avait deviné ses pensées, la poupée s’approcha et lui tendit la main. « Viens, dit-elle, je vais te montrer Zraloska. » Laure se leva et tenant la poupée par la main, elle la suivit sur le chemin de pépites. Elles passèrent devant les habitations rondes qui ressemblaient aux maisons des contes de fées. Entourées de petits jardins dont l’herbe verte contrastait avec la couleur d’or de leurs murs, elles étaient construites de plain-pied, avec de minuscules fenêtres et une large porte dorée. Elles s’alignaient ainsi, toutes sur le même modèle, le long du chemin. Arrivées au centre, Laure découvrit une fontaine où l’eau coulait avec abondance et juste derrière, ce grand bâtiment qu’elle avait aperçu, et vers lequel se dirigeaient les enfants qui conduisaient les brouettes de feuilles. En s’approchant, la chaleur devenait intense et la luminosité plus forte encore. Entraînée par la poupée, Laure franchit le seuil et ce qu’elle vit la laissa béate d’étonnement. 15
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