Un siècle en Limousin Tome 1 - Page 1 - test Luc Petitcollot Un siècle en Limousin TOME 1 « Saba d’entra » ROMAN Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2006 2 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2006 ISBN : 2-35335-011-9 Dépôt légal : 4ème Trimestre 2006 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 3 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Même si ce roman est basé sur des faits historiques, l'auteur tient à préciser que tous les personnages et les événements du quotidien de ce roman sont sortis de sa propre imagination. 4 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Merci à mon père qui m'a donné l'envie d'écrire, et à ma mère qui aurait du écrire. 5 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Prologue Fin du XIX siècle Entourée de France, vivait au cœur de cette dernière, une région presque ignorée de tous : Le Limousin … Il est vrai, que contrairement à ses nombreuses régions-sœurs, la Bretagne, le pays basque, Hautes Pyrénées, Hautes Alpes, île de France où tout se passait ; bords de Loire et ses châteaux renaissance italienne ; Puy de dôme avec son volcan en forme de ventre de femme enceinte ; Corse île de beauté, le limousin faisait figure de parent pauvre. Il faut dire que même ses montagnes étaient tellement usées par les années, qu’ici on les appelait humblement monts : Mont Gargant, Monts de Blonds, Monts d’Ambazac ! Rien à voir avec les pics orgueilleux des Alpes et des Pyrénées qui fleurissaient chaque année sur les calendriers des postes. De même pour ses lacs et étangs qui faisaient pouffer de rire les régions balayées par la mer Méditerranée ou l’océan Atlantique. Mais ici, en limousin, on n’était pas envieux. Les hommes vivaient en harmonie avec la transparence du kaolin quand, chauffé à outrance, il devenait porcelaine et dur comme le châtaignier qui s’agrippait au granit bleu du sous-sol, pour donner le fruit qui avant «l’invention » de la pomme de terre, avait nourri bien des générations de paysans ! C’est ici, dans ce pays, qu’est né en février 1896, Antoine Charpentier dont le père était maréchal ferrant, le même jour que Félicien Ferrant dont le père était charpentier. Ces deux là ne se sont jamais quittés. Copains comme cochon, de vrais jumeaux pour le meilleur et pour le rire. Presque voisins, ils habitaient le même hameau de quatre foyers. Ils vécurent ainsi toute leur jeunesse ensemble. Un an plus tard, Antoine eut un Frère… Henri Charpentier, deuxième du nom et aussi fils de forgeron….Malingre, il fut longtemps la risée des écoliers du village d’à côté. Surtout que le pauvre était né avec un pied bot. Plus tard les gamins du village lui dirent souvent : « T’as le pied bot, mais t’as pas de beaux pieds ! » Il fut surnommé Piebo. Dans ce petit hameau, nommé les Chapelles, naquit aussi la même année qu’Antoine, Adrien le fils du gros paysan. Bien élevé au bon lait et à la charcuterie, il devait peser le double des trois autres réunis. C’était le moins leste de tous, car sa graisse et son souffle au cœur l’empêchaient de suivre la cadence des autres. Il fut surnommé Souflo… Et puis et surtout, dans le hameau d’à côté, Verneuil, il y eut Jeanne… Jeanne, ah Jeanne ! Une perle de beauté issue de la rosée du matin quand la lumière du soleil naissant la fait rutiler de tous ses éclats. Belle et transparente comme la porcelaine si fine de Limoges, elle avait de grands yeux bleus aussi envoûtants et troublants que la Marianne qui trône dans la mairie du bourg d’à côté et qui vous poursuit toujours de son regard charmeur. Jeanne a été, jusqu’à son mariage, source de tendresse envers elle et de conflits permanents entre les quatre jeunes limousins… D’une beauté sans égal, Jeanne était aussi très gentille… Trop gentille. Elle était si gentille que ça en devenait inquiétant. Souriante et accueillante, elle ne voyait pas le mal et ne comprenait pas que parfois, des gens puissent mal agir. 6 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Dans sa candeur et sa naïveté elle aurait pu suivre n’importe qui, pourvu qu’il lui sourit. Toujours prête à faire plaisir, Elle fut surnommée Cado, par les quatre autres. Elle ne manquait pas de chevaliers servants, pour aller la chercher et la ramener à l’école du bourg voisin. Même par les grands temps de neige, ou les sabots collent aux chemins effacés de congère, celui qui se croyait le premier arrivé, était toujours le deuxième, si ce n’est le dernier. Malgré leur handicap, Souflo et Piebo ne s’en sortaient pas trop mal…. Ils partaient plus tôt que les autres, c’est tout ! On peut dire qu’elle en a fait user des paires de galoches et fait distribuer malgré elle, des paires de taloches ! C’est que pour la belle les quatre petits limousins en venaient même aux mains ! Copains comme cochon d’accord, mais chacun pour soi, surtout chacun pour Jeanne ! Et comme il n’y avait pas une Jeanne pour chacun, il fallait bien se la minauder pour qu’elle n’en choisisse qu’un. Et tout le monde croyait qu’il serait celui là . En été, au bord de la Glane la bande des quatre faisaient des concours de pissette. La règle était simple : Le cœur de Jeanne appartiendrait à celui qui pisserait le plus loin… Chacun avait sa méthode, une fois l’artillerie sortie de son douillet écrin, il fallait attendre le top départ. La règle était très stricte, c’était au son du rouge gorge qu’il fallait tirailler et faire feu. Parfois le rouge gorge chantait de suite, parfois on ne sait pourquoi, il se laissait désirer et se faisait attendre. Alors ceux qui s’étaient gavé d’eau pour augmenter le jet, trépignaient sur place en attendant le top départ libérateur. Quand le rouge gorge absent restait muet trop longtemps, le participant vaincu allait se cacher dans un fouret et s’épanchait dans un grand ouf. Bien entendu, il était éliminé de suite. Le plus malin à ce jeu là c’était Félicien. Avec astuce, il pressait fortement entre le pouce et l’index la fine peau qui recouvre le méat et ainsi mettait de la pression dans la compétition. Faut dire que des quatre Félicien était le mieux servi par la nature, il avait donc une longueur d’avance. Mais dans la bande des quatre, la valeur n’attendait pas la longueur des extrémités. Quoi que ! Même les truites et les grenouilles se reculaient plus ou moins en fonction des artilleurs. Elles assistaient ainsi au spectacle sans être éclaboussées. Les concours se prodiguaient uniquement entre mâles. Les quatre petits mecs ! La Jeanne, la pisseuse, était le gros lot du concours mais elle en était évidemment exclue. Pisser droit et debout c’est l’affaire des mecs ! Pourtant, un jour d’été, ou la bande des quatre s’adonnait à son jeu favori, Jeanne les rejoint sans les prévenir. Voyant leur concours et l’hilarité qu’il déclenchait, elle voulut se joindre à eux. - D’accord dit Félicien. En un instant ils étaient tout prêts. Les grenouilles et les truites se rapprochèrent pour assister à ce nouveau spectacle. Au son du rouge gorge, les quatre compères arrosèrent abondamment les poissons trop curieux pendant que Jeanne se mouillait lamentablement les chaussettes. Devant la honte de Jeanne, Antoine se retourna et lui dit -Qu’est ce qui la, ton robinet, il est cassé? Fais voir, je vais le réparer ! C’est alors que Jeanne innocente, écarta les jambes et dévoila aux quatre autres ébahis de surprise, son petit fruit sans appendice… 7 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Les deux premiers qui se précipitèrent pour observer de plus près cette partie d’anatomie, inconnus pour eux furent Souflo et Piebo. - Bou diou, dit Souflo, pas étonnant qu’elle pisse raz de terre, y’a pas de canon à son artillerie ! - T’as raison rétorqua Piebo, c’est tout coupé, t’as vue la grande cicatrice ! Les deux autres plus poètes s’avancèrent eux aussi. - Regarde dit Braco à Poiro, c’est beau comme un pelon de châtaigne quand celui-ci expédié de l’arbre s’écrase à terre et s’ouvre sous le choc en laissant entrevoir son fruit ! Eberlué devant tant de beauté Poiro lui rétorqua : -Ça n’a rien à voir avec une châtaigne, on dirait un petit abricot tout juste éclos. Braco, en connaisseur lui répondit : - C’est que les piquants n’ont pas encore poussé ! Laisse le mûrir et tu verras plus tard, ce sera aussi beau qu’un pelon de châtaigne avec son petit fruit dedans… Poiro lui demanda - Et comment sais tu tout ça, toi ? D’un air hautain, Braco lui répondit : - Je le sais, c’est tout ! Les jours de septembre, lorsque les châtaigniers commençaient à lâcher leurs fruits entourés de hérisson, il n’était pas rare que dans la châtaigneraie du Bois Chatard, la horde de petits canailloux passassent leurs jeudis entiers en se canardant de «pelons » de châtaigne. Et tout cela pour le cœur de Jeanne, la plus belle ! Les plus malins portaient des gants, les autres, non seulement recevaient en pleine figure les hérissons verdoyants, mais avaient du mal à répliquer, tant leurs mains étaient, elles aussi, incrustées de piquants ardents et douloureux ! A l’école du village, ce n’était pas mieux… Monsieur Bardon, l’instituteur, s’arrachait les cheveux devant les vilenies de ces preuxs chevaliers serviles ! Drapé dans sa blouse longue et grise, ils les attendaient tous les matins au grillage de l’école communale. Des fois, par grand froid, il espérait intérieurement, que bloquée par le gel et la neige, la bande des quatre et leur protégée ne pointerait pas leur nez violacé par le gel, aux portes de l’école. Et bien non ! On ne peut pas leur reprocher d’avoir fait l’école buissonnière à ces cinq là … malgré les frimas, ils furent toujours là ! Pas très ponctuels dans les horaires certes, mais chaque fois bien là ! Réellement là ! Présents ! Et ce pauvre monsieur Bardon savait qu’il allait s’user à contenir expressément une dislocation explosive de la classe toute entière par la bande des quatre plus une ! Pendant les récréations, la bande des quatre était soudée. Piebo, Soufflot, Poiro (surnom donné à Antoine parce qu’il avait un gros point de beauté sur la joue droite) et Braco (surnom donné à Félicien car dans sa famille, ils étaient braconniers de père en fils), ces quatre mousquetaires étaient tous unis pour foutre des raclées aux autres élèves, pendant que la petite Jeanne « cado » jouait tranquillement au fond de la cour avec ses petites camarades. Jeanne était la plus leste, Jeanne était la meilleure ; d’ailleurs Jeanne était la plus belle. Malgré les querelles entre garçon, chaque membre de la bande avait les yeux rivés sur elle. Chasse gardée ! D’ailleurs on n’a jamais vu un des autre garçon du village tourner autour de la belle ! Même Adrien le fils du garde champêtre qui comme les autres recevaient les bastonnades des gars du hameau, se gardait bien de s’approcher de Jeanne. Ce n’est pas l’envie qui lui manquait, mais il avait peur de la réaction des quatre autres. 8 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Freluquet et malingre, c’était le chouchou de l’instituteur… les quatre l’appelait : « j’vais l’dire ! » et oui, c'étaient constamment des « j’vais l’dire à mon père »… « j’vais l’dire à ma mère »… « j’vais l’dire à monsieur le maire »… « j’vais l’dire au maître »… La bande des quatre n’aimait ni les rapporteurs ni les premiers de la classe. Donc, pendant les récréations, la chasse aux rapporteurs et aux fayots était ouverte. On peut dire qu’il en a reçu des marrons, l’Adrien, mais après chaque bagarre, inévitablement il se relevait et criait aux quatre autres : - De toute façon j’vais l’dire ! C’est bien simple à l’école il y avait deux bandes : les Bourduba (ceux du bourg du bas) ; et les corbeaux du hameau du haut. Dans la cour de récréation on pouvait sans se tromper les reconnaître facilement. Les Bourdubas portaient des chaussures tandis que les Corbeaux avaient des sabots. De plus, ceux du haut, étaient affublés de grandes capes bleues noires qui faisaient penser, lorsqu’ils descendaient du hameau, à un vol de corbeaux noirs et menaçants. Souflo, Piebo, Braco, Poiro et Cado faisaient la Loi et les Bourduba n’en menaient pas large. Dès que les corbeaux apparaissaient, les Bourduba s’enfuyaient à toutes jambes. Les années passèrent ainsi… A l’école, personne ne fit merveille et tous quittèrent l’éducation nationale à quatorze ans, pour travailler. Le seul qui décrocha le certificat d’étude, avec la mention « bien », ce fut Braco. Il aurait pu continuer ses études, mais sa mère, la veuve Brougier, sans le sous, ayant plus besoin de ses bras que de ses hypothétiques diplômes, le garda à la ferme. Au village, deux ont réussi. Serge, le fils du maire et Adrien, « j’vais l'dire »…ils partirent tous deux pour Limoges, à la grande école. Quand la guerre éclata en 1914, la bande des quatre Corbeaux se disloqua. Seuls deux sur quatre furent appelés sous les drapeaux : Poiro et Braco. Les deux autres furent réformés. Henri pour son pied-bot et Adrien pour son souffle au cœur. La veille de la mobilisation, Poiro se rendit seul pour dire au revoir à Cado et c’est ainsi qu’elle lui avoua son amour et lui prouva instantanément, dans la fenière 1 qui jouxtait la maison. Ils se promirent fidélité et Poiro, le cœur léger, retourna chez lui avec le bonheur aux lèvres et aux sens. Le lendemain fut aussi joyeux et c’est le cœur en fête que Poiro partit avec Braco à la guerre. Une formalité, pensait-il plein d’amour et d’espérance. Cado l’aimait et ce n’est pas une petite guerre qui allait lui enlever son tout nouveau bonheur ; et puis, comblé de chance, il partait là bas avec Braco son meilleur ami. Ils allaient voir, les boches, ce que sont les châtaignes quand elles sont prodiguées par des limousins purs race ! Poiro pensait : - Ils vont en prendre plein la gueule les Boches! Braco et moi on craint personne ! Quand ils revinrent quatre plus tard, ce n’étaient plus les mêmes… Amaigris, décharnés avec des yeux mi-clos, comme si l’horreur vécue là bas n’avait pas voulu être imprimée par leurs rétines. De leur guerre, on ne sut rien ! Jamais ils n’en parlèrent. On sut simplement, grâce à Félicien, que souvent ils enviaient les rats et les taupes… c’est tout ce qu’ils lâchèrent de leur périple dans l’Est de la France. Poiro n’eut aucune émotion apparente, lorsque Cado s’approcha de lui et lui dit émue : - Poiro, je te présente Jean, c’est ton fils, il va bientôt avoir quatre ans. 1 Où était engrangé le foin. 9 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés Dans ses bras décharnés, il prit son fils contre lui et le caressa maladroitement de ses mains osseuses. Puis il planta son regard d’acier dans les yeux de Jeanne et se mit à pleurer. Elle lui reprit l’enfant, le posa par terre et se blottit tout contre lui. Il pleura longtemps, sans bruit mais collé, lové contre Jeanne, sa femme si belle, si chaude, si accueillante. A l’extérieur aussi, tout avait changé. La bande des quatre avait fondu. Sûrement à cause des chaleurs de la guerre et du temps qui défile à contre temps… y’a ceux qu’étaient là haut à s’amuser comme des gamins dans la boue des tranchées et du froid qui vous surgèle l’esprit et les membres, et puis y’a ceux, les sérieux, qui sont restés au pays… là où la vraie vie continuait. Ce repas de retrouvailles, Cado s’en souviendra toute sa vie… Pour faire plaisir à son homme enfin revenu, elle les a tous invités, un dimanche à midi. Elle avait sorti la nappe à carreaux, les belles assiettes en terre cuite (oui, même si près de Limoges, peu étaient ceux qui possédaient un service en porcelaine), et comble de raffinement, elle avait mis sur la table des serviettes en drap brodé par sa tata Adéma. Pourtant, elle aurait du s’en douter Jeanne que ce repas allait mal tourner ! C’est que pendant quatre ans, les deux autres, les réformés, « Piebo et Souflo » ils n’ont pas perdu leur temps ! Chacun à leur tour ils sont venus la minauder. Elle avait beau leur dire qu’elle était amoureuse d’Antoine et que de plus elle portait en son ventre le fruit de leurs amours, rien n’y faisait. Combien de fois sont ils revenus à la charge ? Même qu’un jour, le pied bot et le souffle au cœur se sont présentés ensemble devant chez elle, chacun demandant à l’autre : - Qu’est ce que tu fous là ? Elle s’en souvient la Jeanne, comment ce jour là , ils se sont tannés dans la cour de la petite ferme. Mais elle était comme ça la Jeanne. Belle, intelligente, mais tellement naïve qu’elle ne voyait pas le mal même entre les cornes du diable. Ce dîner, c’était pour Antoine, pour lui redonner le sourire et l’envie de vivre. Comme en 1914 quand, dans la fenière, il l’avait faite mère. Bêtement elle a cru que ses copains allaient l’aider à retrouver la joie de vivre. Au début tout se passa bien. La soupe réchauffa les corps et le chabro se chargea de l’esprit. Les Corbeaux étaient enfin réunis et l’oisillon de quatre ans passait de mains en mains, de bras en bras redonnant à chacun le sourire dans la joie simple des retrouvailles. Tout se gâta quand Piebo, un peu éméché retira les chaussons en laine du petit Jean - Que fais tu? Lui demanda Cado... - Je regarde si le petit a les pieds botx. - Pourquoi veux tu qu’il ait les pieds botx ? Demanda Poireau, soudain inquiet. - Ben c’est que c’est génétique pardi ! C’est alors que Souflo, encore plus éméché que les autres, s’exclama dans un gros rire : - Fais courir le gamin, pour vérifier… - Pour vérifier quoi ? demande Poiro de plus en plus intrigué. - Ben, pour voir s’il a du souffle, rétorque Soufflot hilare, en se reversant une rasade d’eau de vie… Ne comprenant pas ce que voulez dire son ami, Poiro demanda : - Quel souffle ? La voix dans le pâté à l’eau de vie, Soufflot rétorqua : - Un souffle au cœur ! Si le gamin souffle comme une forge asthmatique, c’est que le petit, il est de moi. C’est moi le père ! Poiro devient blême, il se retourna vers Cado et lui demanda : 10 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés - T’as pas fait ça ? Innocemment Cado répondit : - Fais quoi ? Furieux Poiro rétorqua : - T’as pas fait la chose avec ces deux moins que rien, pendant que j’étais à Verdun ? Dis-moi que ce n’est pas vrai ! Cado ne répondit pas. Poiro insista et redemanda : - Cado, réponds-moi ! Souflo et Piebo se réservèrent copieusement d’eau de vie. Poiro insista. C’est Soufflot qui répondit : - Dis donc Poiro, Cado, elle est pas qu’à toi Cado ! Elle est aux quatre corbeaux ! Elle est à nous tous ! - Ça c’est ben vrai rétorqua Piebo de plus en plus éméché… Rappelles toi Poiro, on se l’est tous jurés dans la châtaigneraie des bois Chatard : - Un pour tous, tous pour Cado ! Poiro ne les écouta pas, il se retourna vers Cado et hurla : - T’as pas fait ça ? Cado se tue à nouveau, pendant que Piebo et Soufflot se marrèrrent de plus en plus… Souflo déclara hilare : - Pour sûr qu’on la vu, la châtaigne dans son pelon tout doré de velours soyeux, ah ! Sur qu’il est doux celui là , pas comme le nid des châtaignes. - Pour sûr, rétorque Piebo et la châtaigne à Cado… c’est du beau….Du très beau ! - T’as fait ça ? Hurla Poiro à Cado.. - Quoi ? Demanda naïvement Cado. - Tu leur as montré ton pelon? - Oui, je l’ai fait, comme quand on était petit. J’ai pas pensé à mal. Elle rajouta naïvement : - Mais, ils n’ont pas mis leur robinet dedans, comme toi dans la fenière. Complètement ivre Soufflot reprit : - Parce qu’on a pas eu le temps, on a été dérangé par le vieux Belly ! Piebo rajouta : - On y a glissé les doigts dedans ça suffit pour être papa ! C’est vrai ça, dit-il en buvant au goulot. Il s’essuya la bouche et rajouta : - J’ai déjà vu l’incinérateur, il fait pareil ! - L’inséminateur lui souffla Souflo hilare. - Oui l’inséminateur, il vient à la ferme, il va à l’étable et il fait pareil avec les vaches. C’est pour ça qu’elles vêlent les vaches, c’est parce qu’on à mis les doigts dedans ! - Et oui, c’est comme ça rétorqua Souflo, on t’a pas appris ça à Verdun ? A moitié endormi par l’alcool, Piebo rétorqua : - Voilà pourquoi, le petit Jeannot, il a trois papas Corbeaux ! Le seul qui est cocu dans l’histoire, c’est toi Braco ! Remarque on veut bien te faire parrain. Piebo et Souflo éclatèrent de rire, pendant que Braco, sentant la situation tourner au vinaigre essaya de calmer le jeu : - Si je suis parrain, c’est du fils de Poiro et de Cado et j’en serais très fier ! - T’es le parrain du fils des corbeaux rétorqua Souflo. Poiro blême de rage se leva d’un bond et hurla : - Dehors ! Sortez de chez moi et que je ne vous y vois plus jamais ! Les deux autres se marrèrent de plus belle. Sentant la situation s’envenimer Braco intervint : 11 Editions Editeur Indépendant, 56 rue de Londres, 75008 Paris © Tous droits réservés
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