Echeviel, volume 2 - Page 1 - test Gérard EVEN Echeviel Second volume Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1 juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. er © Editions l’Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-081-X ISBN 13 : 978-2-35335-081-0 Dépôt légal : Mai 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Le Prince Noir, après la cuisante défaite de son imposante escorte, avait pris la décision d’attaquer Bragelonne le plus tôt possible. Il avait été avisé du vol des fourgons par un messager qui avait fait route au galop, vers vingt heures. Il ne pouvait, vis-à-vis de ses vassaux, laisser passer une telle déroute sans écraser ceux qui lui tenaient tête depuis trois ans. C’était toute son autorité sur le territoire qu’il tenait sous sa coupe qui était en jeu. Il avait le temps de préparer l’attaque pour le lendemain. Il réfléchit à son plan d’attaque. Ses soldats partiraient le lendemain après le repas de midi. Compte tenu des fantassins, ils ne pourraient arriver prés du sentier menant au village que le surlendemain dans l’après-midi, et ne pourraient lancer leur attaque que le jour suivant vers midi et demi, une heure, quand le soleil serait à son zénith et la forêt moins sombre. Il savait que Patrick ferait le même calcul, ce qui ne leur laissait que trois jours pour trouver des renforts et être au camp avant l’attaque. Il avait un 7 atout maître. Quatre espions connaissaient les chemins d'accès au village. Ils seraient dissimulés au sein de la troupe, prêts à se succéder parmi la tête de ses soldats chaque fois que l’un deux viendrait à être tué. Il décida pour être sûr de les anéantir tous, de lancer trois mille hommes, avec des arcs en sus de leurs épées pour poursuivre dans la forêt les archers qui seraient dissimulés au bord du chemin et les tuer, les empêchant ainsi de gagner d’autres postes de tir. « Ils n’auront jamais le temps de réunir assez de partisans. Malgré l’avantage incontestable du terrain, il faudrait qu’ils soient plus de mille cinq cent pour espérer l’emporter. Ils ne trouveront jamais mille deux cent hommes en trois jours. La moitié au minimum de toutes façons ne saura pas combattre à l’épée contre mes hommes. ». Le sergent qui avait survécu lui avait en effet fait un rapport sur les forces en présence pendant que lui et ses hommes ramassaient leurs morts et leurs blessés. Environ trois cent partisans en état de livrer une nouvelle bataille étaient repartis ensemble, certainement vers leur camp retranché dans la forêt. Prés d’une centaine de morts et cent blessés qui ne seraient pas en état de combattre étaient à dénombrer dans leurs rangs.Il avait été d’une certaine façon soulagé d’apprendre que Patrick était encore vivant. Sa conscience était apaisée. « Je ne l’aurai finalement pas fait battre à mort comme une bête mais il périra au combat. » Il avait convoqué l’homme qui s’était pourtant assuré de sa mort et en qui il avait toute confiance pour ce genre de choses. ─ Peux-tu m’expliquer ? lui demanda-t-il simplement en le foudroyant du regard. 8 L’homme qui s’attendait à être mis à mort regarda son maître sans ciller. ─ Je puis vous assurer Seigneur que je l’ai examiné avec soin et vous affirmer que lors de ma vérification il était bel et bien mort. Je n’ai pas le moindre doute làdessus. ─ Alors il est mort et il est ressuscité comme le Christ d’après toi ? C’est impossible. Quelque chose t’a échappé°: il ne pouvait être réellement mort lorsque tu t’en es assuré. ─ Je ne puis que vous renouveler ma réponse Sire. Plus rien de vivant n’habitait son corps. Rogan réfléchit. Cet homme était l’un de ses plus sûrs soldats depuis vingt ans, qui ne rechignait pas aux basses besognes. Il s’était mille fois assuré de la mort d’un homme ou d’une femme sans s’être jamais trompé. Sa colère tomba d’un coup. Il avait entendu quelques histoires sur des personnes mortes pendant un moment et dont l’esprit avait ensuite rejoint le corps pour le faire revivre mais ce n’était pour lui que des balivernes. Là, un doute sérieux l’ébranlait. Pour la forme il conclut. ─ Je devrais te tuer de mes mains si je n’avais pas une telle confiance en toi. Je préfère croire que quelque chose d’inexplicable a eu lieu à notre insu. Le Tout Puissant a peut-être son idée? Qui sait! Je te conseille quand même de filer avant que je ne change d’avis. Surpris, l’homme s’inclina. ─ Je ne saurais vous dire à quel point votre confiance me touche et m’honore Seigneur. ─ C’est bon, c’est bon, file te dis-je et prépare-toi pour 9 demain. Nous attaquerons cette racaille dans leur fief de la forêt des Noctantes. Il faudra compter sur de nombreux morts dans nos rangs, même si j’envoie les trois quarts de mon armée cantonnée en ville. Tu seras en tête, l’un de ceux chargés de protéger les hommes qui nous guideront. Si tu en sors vivant, cherche le cadavre du Seigneur de Mérande et ramène sa tête. Je la planterai à l’entrée de la citadelle. Préviens aussi le capitaine de l’armée et ses lieutenants d’en faire autant. L’homme s’inclina de nouveau. ─ Je suis l’un de vos plus fidèles serviteurs depuis vingt ans. Je remplirai cette tâche au mépris de ma vie mais je tacherai de rester vivant au moins jusqu’à ce que nos guides nous aient conduit à leur village. Après son départ, et bien que connaissant d’avance la réponse, il convoqua ses quatre espions. ─ Pourriez vous guider trois mille hommes de nuit jusqu’à leur camp de Bragelonne ? Les quatre hommes se regardèrent puis l’un d’eux prit la parole. ─ Nous avons dû user de mille ruses pour faire partie des villageois ravitaillant leur antre avant que les rebelles ne décident de décimer vos espions, et nous avons pu nous échapper de justesse avant d’être découverts. J’ai été huit fois jusqu’à leur village, mes compagnons cinq ou six fois. Nous avons soigneusement noté tous les repères du sentier principal d'approvisionnement. Je pourrais peut-être, sans doute même, y retourner seul de nuit mais nous ne pourrions guider une armée de 3000 hommes dans les ténèbres, surtout si je suis tué. Le chemin est étroit, très 10 sinueux, avec des angles droits et se perd parfois dans des bosquets et des taillis et il est long de près de deux lieues. Je pense que l’entreprise serait par trop risquée. ─ C’est bien ce que je pensais. Apprêtez-vous à partir demain. Vous vous suivrez à cinquante mètres d’intervalle pour vous remplacer mutuellement chaque fois que l’un d’entre vous sera mortellement atteint. Comme vous ne faites pas partie de mes soldats, je pourvoirai largement à l’entretien de vos familles si vous veniez à périr. ─ Les hommes se courbèrent en le remerciant de sa grande générosité. Une fois seul, Rogan se maudit de ne pas avoir attaqué Bragelonne plus tôt. « J’ai sous-estimé leur force et leur nombre. J’aurai dû les anéantir bien avant. Combien de partisans capables de se battre comptent-ils dans toute la région sous mon contrôle ? Mille cinq cent au moins, et depuis le combat d’aujourd’hui ce nombre ira croissant. Quand j’aurai rasé leur village et tué leurs chefs, cette rébellion sera décapitée et je reprendrai le contrôle total du pays jusqu’au plus petit hameau comme il y a trois, quatre ans ». Puis il pensa qu’il aurait dû envoyer une escorte d’au moins cinq cent hommes, mais réfléchit que les rebelles auraient sans doute réussi à réunir un nombre d’hommes en conséquence et que la défaite aurait été encore plus cuisante. Il se rendit ensuite dans la cité voir les chefs de son armée pour leur demander de choisir les soldats de l’expédition du lendemain et leur expliqua comment ils devaient procéder. Ils laisseraient la garde des chevaux à une dizaine d’hommes avant de pénétrer dans la forêt. 11 Après avoir soigneusement préparé l’attaque avec les chefs qui conduiraient l’armée il regagna sa citadelle. Il soupa rapidement et de peu n’ayant guère faim, puis partit se coucher. Il déjeuna presque de bonne humeur et avec appétit. C’est vers la fin du petit déjeuner qu’une idée sordide s’empara de son esprit. Elle était tellement terrible qu’il essaya de la chasser dans un premier temps, mais elle ne le quitta pas. C’était comme une évidence qui lui permettrait de résoudre le sortilège qu’Hermione de Montfort continuait malgré elle à faire peser sur lui. Elle anéantirait Patrick et son mari, mais de ce dernier il s’en moquait. Par contre, sa mise en jeu impliquait pour lui de reporter le départ des troupes au lendemain pour être certain que le jeune seigneur de Mérande en soit avisé. Il était sûrement déjà en route avec d’autres compagnons pour recruter des combattants supplémentaires, sachant qu’il ne pourrait attaquer avant le quatrième jour à midi mais s’attendant à une attaque ce jour là. Lui et ses autres compagnons ne pourraient donc pas profiter de ce petit sursis pour rechercher d'autres hommes aptes à se battre. Il fallait absolument que son ancien ami en soit avisé sur le chemin du retour et ait le temps de méditer sur le sort atroce attendant celle qu’il avait aimée, et qu’il aimait peut-être encore, avant de mourir. Il ne prenait finalement qu'un léger risque de voir ses adversaires réunir des combattants supplémentaires et ce risque en valait largement la peine. Son projet ferait des ravages dans le cœur de Patrick et rendrait insupportable son sentiment de culpabilité. Et puis éventuellement cent ou deux cent guerriers, pour la plupart fermiers ou artisans, de plus ou 12 de moins ne changeraient rien à sa victoire qu’il estimait acquise. Il décida cependant pour parer tout risque de lancer trois mille cinq cent hommes et en conséquence de rapatrier deux mille de ses soldats des grandes villes pour le cas très improbable où il serait battu. Mais un luxe de précautions n’était pas inutile. Il fit appeler un de ses lieutenants et son chambellan, et eut une longue conversation avec eux. Les deux hommes partirent après s’être vus distribués des ordres précis Une demi-heure plus tard, il descendit pour la première fois voir sa prisonnière dans son cachot. Il y pénétra muni d’une torche. Elle était un peu amaigrie mais moins qu’il ne l’aurait cru. Malgré ses cheveux crasseux, ses vêtements fripés et abîmés, son visage tâché, elle restait toujours aussi belle et fascinante. Elle lui lança même un regard moqueur quand il entra dans sa cellule infecte. ─ Vous venez voir si nous serons morte bientôt. N’y comptez pas trop, à moins de me laisser périr de faim ce qui finirait par se savoir et vous porterait grand tort. ─ De cela je me moque, vous pourriez prendre tout votre temps dans cette geôle mais j’admire, Madame, votre courage et votre ténacité. Vous allez plus que jamais en avoir besoin. D'abord, laissez-moi vous dire que Patrick est toujours vivant et s’est joint aux rebelles de Bragelonne. D’abord totalement incrédule, son visage s’éclaira d’un coup et une brûlante lueur de joie et d’espoir illumina ses yeux, ─ Je peux même vous dire qu’il a attaqué une escorte de trois cent cinquante de mes hommes chargés de 13 convoyer le produit de mes taxes et les a défaits, s’emparant du butin, dit-il comme s’il s’agissait pour lui d’un banal incident. Elle ne s’y trompa point et le regarda en le défiant. ─ Je suis certaine que vous ne vous y attendiez pas. Anéantir une telle escorte prouve qu’ils sont forts et nombreux. Le seigneur de Bragan sourit en se grattant le menton. ─ Il est vrai que j’ai été quelque peu surpris, mais je vais lancer trois mille cinq cent de mes soldats à l’assaut de leur village où il doit rester aujourd’hui environ trois cent hommes en état de combattre. Je les anéantirai tous et raserai tout. Privé de son sanctuaire et de ses chefs, la rébellion deviendra inexistante. Je ferai ramener la tête de votre amant et la planterai à l’entrée de ma cité. Malgré sa blancheur due à son séjour dans cet endroit sombre, la jeune femme réussit à blêmir encore. Il n’eut aucune peine à imaginer quelles devaient être ses pensées et les images qui traversaient son esprit. ─ Mais avant de périr notre jeune chevalier apprendra l’horrible sort auquel je vous destine. ─ Allez-vous me torturer puis me pendre ? lui lança-telle avec défi. ─ Non Madame, bien pire, bien plus monstrueux. Dans une heure, un groupe d’hommes vous escortera dans une petite calèche vers l’endroit où vous finirez vos jours. Je doute fort que là où vous serez vous parviendrez à résister bien longtemps. La jeune femme frémit. Qu’y avait t-il de pire que ce cachot immonde et puant où elle ne pouvait pas se laver et 14
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