Sainte Mylène, priez pour moi! - Page 1 - test Erwan CHUBERRE Sainte Mylène… Priez pour moi ! Roman Editions Editeur Indépendant 75008 Paris - 2007 Le Code de la propriété intellectuelle du 1er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation de ses ayants droits. Toute reproduction, partielle ou totale, de la présente publication est interdite sans autorisation de l’auteur, de son éditeur, ou de Centre Français d’exploitation du droit de copie (CFC, 3 rue Hautefeuille, 75006 PARIS) Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes de l’article L.122-5, 2° et 3° alinéas, d’une part que des copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite (Article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. © Editions l’Editeur Indépendant – 2007 ISBN 10 : 2-35335-090-9 ISBN 13 : 978-2-35335-090-2 Dépôt légal : Juin 2007 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. Du même auteur : « Vierge Ascendant Désordres » 2004 - Parfum d’encre éditions « Le Rôle de ma vie » 2004 – Cylibris « Les Lèvres de Sylvie Vartan » 2006 – Mic Mac « Mylène Farmer Phénoménale » 2006 – City Editions www.erwanchuberre.com A Frantz et à toutes les fées de France et de Navarre... 7 Un auteur en herbe… Promis, demain, j’investis dans un ordinateur portable. J’appelle Cetelem ou Cofidis et m’endette pour les cinq années à venir ! Bon. Une dernière cigarette avant de laisser tomber pour aujourd’hui. Bilan de mon après-midi littéraire : l’admiration de mes nombreuses clopes consumées sous la pression de mes lèvres et la vision chaotique du fond de mon cendrier peuplé de tous ces mégots écrabouillés. Soupirs. Encore trop de cadavres qui hantent le fond de ce cendrier et pas la moindre ligne valable. Juste la date en haut à droite de la page : le 17 juin. Ma mâchoire se crispe. Grr… Enfer et damnation ! C’est de la faute du stylo, j’en suis certain. Le malin tétanise les idées de mon cerveau. Il bloque mes mots qui aimeraient tant sortir de mon esprit pour se jeter en d’élégantes phrases sur cette feuille blanche… toujours trop blanche. Je dirais même que c’est le boycott du 9 bic publicitaire, trop jaloux de ne pas ressembler à un beau plume tout orné de dorures, la plume triomphante et le sexe dressé ! L’éternel combat de David et Goliath… Ma foi, j’aurais dû m’en douter. Je ne rédige pas une vulgaire liste de courses à faire au supermarché du coin, je veux écrire ma vie ! Une vie faite de blessures, de fausses joies et de rêves avortés. Avec un ordinateur flambant neuf, jamais je n’aurais connu cet humiliant sentiment d’infériorité. Hmm… J’aurais plutôt connu la douce osmose entre les doigts et les touches du clavier. J’en reste persuadé. Tu tapes et les idées sont libres pour s’inscrire sur le moniteur. Aucune angoisse de la page blanche. La phobie de l’écrivain. Toutefois, si j’ai en moi toutes les qualités de l’angoissé. Exemple : je n’aime pas l’avion car j’ai trop souvent l’impression que chaque vol sera mon dernier, suis-je pour autant destiné à l’écriture ? Je l’ignore. En désespoir de cause, je préfère penser que « oui ». Sans mentir, je connais les mêmes angoisses qu’un Rimbaud ou qu’un Oscar Wilde. Il faudrait juste maintenant que ces pensées tourmentées s’extirpent de ma tête pour se poser en douceur sur la page blanche. Sous péridurale de préférence. Parce que je n’aime pas avoir mal… Merde ! La sonnerie de mon Samsung 19878, dernier cri, 10 retentit gaiement. Il est déjà 19 heures !!! Glups… À trop vouloir admirer mes cigarettes, j’en ai oublié le temps. Vite, il faut que j’enlève mon habit d’auteur, car en plus d’être un écrivain boudé par sa muse, je risque d’être un chômeur de plus. Eh oui, à défaut d’être la nouvelle Colette au masculin, je suis barman. Erwan du Groove, c’est moi ! Le Groove, un petit bar coquet, situé à deux pas du centre ville où personne ne met les pieds. Et pourtant… 11 Mes débuts au Groove Lors de ma première semaine de présence au Groove, entrer dans la peau d’un barman (j’étais comédien) avait fait naître en moi une dévorante ambition pour ce lieu. Transformer ce bar désert en un rendez-vous incontournable de la vie gay montpelliéraine (j’étais homo. En fait, je le suis toujours), voire le rendez-vous obligé pour être tendance, voilà le but que je m’étais fixé. Hélas, cet enthousiasme fut de courte durée. Comme je voulais me la jouer à la parisienne (j’étais parisien), je créais donc les happy hours : soit deux bières pour le prix d’une. Le succès dura deux soirs. Le troisième soir, les fûts de pression étaient vides et les clients furieux d’avoir le gosier sec. Je proposais alors d’augmenter les commandes au distributeur mais Francis, le patron fantôme du bar, rejeta cette requête en prétextant qu’il ne fallait surtout pas risquer de brusquer les mentalités. Par ailleurs, il me 13 conseilla de me méfier de mon parisianisme aigu ! Je ne voyais pas le rapport avec la choucroute ! Lionel, mon doux collègue, que j’aurais adoré voir dévoré tout cru par une armée de mygales, trop jaloux de l’initiative de mes happy hours, acheva cet échec cuisant par un : « Je t’avais bien prévenu, na, na, na, nanère... ». Stupide garçon ! Que Dieu, dans sa miséricorde, le pardonne. Il ne sait pas ce qu’il dit. Qu’importe. Comme je ne suis qu’un employé et que ce n’est pas mon bar, je me limiterai au strict minimum. Et si Francis se fiche de savoir si le Groove attire du monde ou non, c’est son problème ! De toute façon, il n’y vient qu’une fois par mois, histoire d’offrir des jus de fraise à ses copines hystériques. Des infirmières qui l’ont bichonné suite à un accident de minigolf ! Le reste lui est égal. D’ailleurs, j’ai toujours pensé que cette indifférence cachait quelque chose, comme un goût sulfureux d’arnaque. Oui, et puis, Francis a tout du mafieux sorti du Parrain : obèse, fumant le cigare, toujours content de lui et de tous les autres bars qui lui appartiennent à Montpellier. Maintenant, mafieux ou pas, tant qu’il n’est pas zoophile, qu’il ne m’impose pas d’écouter Céline Dion en boucle et que je touche mon chèque à la fin du mois, le reste ne me regarde pas ! Non ? 14 La définition d’une fée… (A chanter sur l’air des Amants d’un jour d’Edith Piaf, ou sinon faites la, la, la…) Moi, j’essuie les verres au fond du café, J’ai rien d’autre à faire, Que d’écouter mes cd… Ah ça, oui, j’adore ! Pour pallier le silence de ce bar trop souvent désert, je me passe en boucle tous mes lasers préférés en augmentant à fond le volume. En bon homo que je suis, amoureux du strass, des paillettes et des maquillages outrageux, toutes mes copines pop répondent à l’appel de ma sensibilité, avec une nette préférence pour Myyyyllllèèèène ! Mais oui, voyons ! La sublime Mylène Farmer, la diva des gays dans toute sa magnificence et sa superbe. Toutefois, écouter à fond la divine libertine rouquine représente un risque de taille : si des 15
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