Mille Milliards de Bisous pour mon Chéri - Page 1 - 2 Du même auteur Aux éditions Le Manuscrit – LES FABULEUSES, fables, 2001 – IPHIGÉNIE D’EUROPE, théâtre, 2007 Aux éditions La Plume noire – IL N’Y A PAS DE REQUINS DANS LA LOIRE, roman, 2010 3 Lucrèce Mille Milliards de Bisous pour mon Chéri Roman Éditions EDILIVRE APARIS 93200 Saint-Denis – 2011 4 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualite@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-4819-4 Dépôt légal : avril 2011 © Edilivre Éditions APARIS, 2011 5 Pour Nad et pour Mathis. À la mémoire d’Emmanuel Seiller. 7 “Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta : the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta. “She was Lo, plain Lo, in the morning, standing four feet ten in one sock. She was Lola in slacks. She was Dolly at school. She was Dolores on the dotted line. But in my arms, she was always Lolita.” Vladimir Nabokov, Lolita "C’est ici la case sacrée / Où cette fille très-parée, / Tranquille et toujours préparée, / D’une main éventant ses seins, / Et son coude dans les coussins, / Écoute pleurer les bassins : / C’est la chambre de Dorothée" Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, 3ème édition, X 9 Post 1 J’en connais qui se présenteraient avec de longues phrases. Moi pas. Je m’appelle Lucrèce et j’ai 17 ans. C’est tout : 17 ans. C’est tout ce que j’ai, mais ça je les ai. C’est déjà pas mal, vous me direz. La jeunesse ne se trouve pas sous un sabot de cheval, me répète parfois mon père. Pas faux. Sauf que c’est le genre d’expression qui me fait flipper : une phrase bien cliché histoire de montrer que l’on a méchamment réfléchi à un truc mais que surtout on ne va pas s’amuser à s’étendre sur le sujet, à divulguer la substance profonde de ses pensées. Alors, pour ne pas perdre de temps à philosopher, on s’en sort par une pirouette : un dicton populaire, le plus vaseux possible et que personne ne pourra contester : ça finit par clouer le bec de la personne en face de vous et le tour est joué. Au sujet de la jeunesse, je vais peut-être vous étonner si je vous dis que me trouver dans la peau d’une adolescente ne me procure pas un poil de je ne sais quel délire existentiel. Je ne dis pas que je vis au pays des Bisounours mais, franchement, de quoi je 10 pourrais me plaindre ? Tout d’abord, je suis loin d’être impopulaire au lycée. Ma meilleur amie, Adèle, une brunette un peu intello et surtout très coincée, m’envie pour ça. Si vous la voyiez, vous comprendriez pourquoi. Au secours ! Elle a un gros cul, des yeux de veau et des cheveux bruns filasses. Elle se branle complètement de son physique because, pour elle, la vraie beauté est ce qu’il y a à l’intérieur. Morte de rire ! Je lui donne souvent des conseils pour son maquillage, ses fringues, et cetera, histoire qu’elle puisse avoir une chance de se faire draguer un de ces quatre. Pas gagné. En ce qui me concerne, question mecs, je vais tout vous raconter dans deux secondes. * * * À la maison, c’est plutôt pas mal, honnêtement. Mes parents font en sorte que je ne manque de rien et ils me laissent la plupart du temps une paix royale, y compris avec mes copains. Total respect pour ma vie privée : on peut leur reconnaître au moins ça. Histoire que j’aie un semblant de vie sociale, ils me filent un peu d’argent de poche : cinquante euros par mois, ce qui me suffit largement pour me lâcher pendant les soldes chez Jennyfer et dans les boutiques des Quatre Temps. Le shopping, justement : je suis capable de claquer en une après-midi cinq mois d’argent de poche en jeans IKKS, tee-shirts Double One Peace, vestes DDP ou bien accessoires bling-bling, genre : lunettes de soleil, chapeaux, bérets – j’adore ! –, bagouzes, colliers, bracelets, sacs à main, ceintures et cetera. 11 Mais mon truc à moi c’est surtout les chaussures : tennis Adidas, ballerines, bottes, Converses, Kickers ou souliers vintages, talons aiguilles (à utiliser avec modération : jouer la Paris Hilton sur échasses c’est pas mon trip), Dr Martens et même Caterpillar. J’ai une collection hallucinante de pompes qui font pâlir d’envie maman. Vu que nous avons la même pointure, c’est pas rare qu’elle m’emprunte une paire de temps en temps pour une occasion, genre : sorties entre amies ou mariages. Elle, elle me fait mourir de rire. Elle ne se gêne pas pour me donner des leçons de morale tous les quatre matins sous prétexte que je suis un « panier percé » mais elle est la première à pleurer pour que j’aide à lui trouver des fringues moins ringardes que ses espèces de sacs ! C’est la misère… * * * Pour mon dix-septième anniversaire, mes parents m’ont offert un téléphone portable : un super beau Samsung. Un smartphone trop mortel ! Le précédent était un LG préhistorique dont l’unique fonction était de téléphoner et, à la rigueur, de recevoir des appels : humour ! Celui-là, par contre, est top : écran tactile, bluetooth, wifi, carte mémoire SDHC de 32 go, appareil photo de 6 méga pixels, vidéo, lecteur MP3, Internet mobile. J’adore ! C’est pas encore un iPhone, mais bon… Le problème c’est que papa surveille ma conso un peu trop souvent. Tous les quatre matins, j’ai mon quota de leçons de morale. Il paraît que je lui coûte une fortune en appels, SMS et MMS, because j’explose mon forfait tous les mois. Comme si je n’avais pas le droit d’avoir une vie sociale : je suis 12 grave dégoûtée ! Et puis, c’est pas comme si mes parents pointaient au Pôle Emploi : papa est architecte, quant à maman elle remplit à longueur de journées des tableaux Excel pour une boîte de compta. Je peux pas dire qu’ils soient blindés de caillasses mais ils gèrent plutôt pas mal, merci pour eux. Sinon, ils m’ont aménagée une méga chambre cosy où je peux m’isoler lorsque j’en ai envie. J’ai tout ce qu’il faut pour y passer la journée sans m’emmerder et sans être emmerdée. Au Noël dernier, j’ai reçu un netbook d’enfer, un Archos. Je me connecte en wifi et voilà : je m’évade quand j’en ai envie. Je chatte sur MSN, je me login sur Deezer, je mate mes séries préférées en VOD (Lost, Desperate Housewives, Dexter), je regarde les derniers films sortis en DivX, je gère mon profil Facebook, je twitte comme une malade mentale, je visite les blogs de mes amis ou bien je m’occupe du mien (voici son adresse et merci d’avance pour vos visites et vos commentaires : http://leblogdelucrece.wordpress.com). Sur ma vie, mon « chez moi » c’est mon paradis ! Je m’y sens trop bien : une déco d’enfer grâce aux couleurs du mur (anis et aubergine : je voudrais remercier devant vous mon père à qui je dois ce magnifique travail sur ma chambre. Applaudissements, s’il vous plaît ! ☺). C’est frais grâce aussi aux meubles Ikea et aux affiches de ciné que j’ai dégotées un peu n’importe où : Twilight, Citizen Kane, Inception, Les petits Mouchoirs. Est-ce que je vous ai dit que le cinéma, j’adore ? J’ai aussi une petite bibliothèque plutôt honnête. Contrairement à ce que vous pourriez penser, je croule sous les bouquins : romans, BD, mangas, 13 dictionnaires et manuels scolaires, bien sûr. Pas mal pour une « pétasse sans cervelle », pas vrai ? Spéciale dédicace pour toi, Anne-Marie ! Question musique, j’aurais des tonnes de choses à vous raconter. J’ai une centaine de CD à la maison et pour la plupart des disques repiqués. J’écoute et je kiffe à peu près toutes les nouveautés pop, électro et rap du moment. Posez-moi une question sur le sujet, n’importe laquelle : je suis imbattable ! Bon, j’ai quand même quelques préférences : Katy Perry, Eminem, Eiffel, Lady Gaga, M, Taylor Momsen, Justice, Gossip ou 50 Cent. Ça ne me déplaît pas non plus de piocher dans la discothèque préhistorique de papa : Telephone, Indochine, The Clash, Prince ou Dire Straits. Mais à toute petite dose : faut quand même pas déconner… Bref, la belle vie, comme dirait papa ! Mais il y a d’autres raisons qui expliquent pourquoi je n’ai pas à me plaindre. D’abord, si vous permettez que je me passe de la pommade, je ne peux pas dire que je sois le thon du quartier. Vous voulez mon autoportrait ? Voyons, je suis plutôt grande. Taille : un mètre soixante douze. Poids : cinquante cinq kilos tout habillée. Des cheveux châtains mi- longs habituellement coiffés avec une frange sur le front – « une frange de poney », me dit maman. Des yeux verts. Un visage pas bouffé par l’acné – une chance ! Je peux me vanter d’avoir une vraie peau de bébé que j’entretiens avec des tonnes de masques, de crèmes, et de fonds de teint L’Oréal, parce que je le vaux bien (lol). J’ai un piercing sur le nez, un autre sur le nombril et un joli tatouage de dauphin rose sur mon épaule droite. Des dents impeccables aussi : on dit que j’ai la bouche de Scarlett Johansson. C’est un
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