L'Etrangère - Tome I - Page 1 - test Tina Mild L’étrangère Tome I - Partir renaître ailleurs Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1386-4 Dépôt légal : Juin 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Sommaire PREFACE ............................................................. 13 Chapitre I : L’installation ......................................................... 15 Chapitre 2 : La traque................................................................ 33 Chapitre 3 : L’Exode ................................................................. 41 Chapitre 4 : Du travail, enfin..................................................... 55 Chapitre 5 : Une intégration parfaite......................................... 73 Chapitre 6 : Le cauchemar recommence ................................... 121 Chapitre 7 : La reconversion forcée .......................................... 137 Chapitre 8 : Une bien belle page qu’il faut tourner................... 179 9 PREFACE Imaginez vivre une vie qui ne vous correspond aucunement… Imaginez une sœur aînée qui n’a jamais accepté votre venue, une mère qui vous avoue qu’elle n’a jamais voulu l’être et un père qui refuse votre inscription dans la faculté universitaire dont vous rêvez depuis vos dix ans, sous prétexte que les filles ne doivent pas faire de longues études, qu’elles ont juste à apprendre la cuisine et le ménage… Imaginez ensuite un métier choisi par défaut, un métier administratif si éloigné de vos goûts littéraires et artistiques que vous y éteignez votre âme pendant plus de vingt longues années… Imaginez enfin des attirances amoureuses successives, aussi mal choisies que mal vécues. Un manque récurrent de réciprocité chez vos partenaires qui les pousse à vous tromper au quotidien… Voilà réunis tous les ingrédients indispensables à un mal-être parfait ! 13 Peu à peu l’étouffement vous prend à la gorge. Vous tournez en rond dans cette pièce fermée qu’est devenue votre vie, vous cognant sans cesse dans les murs, cherchant en vain la sortie qui vous permettra de respirer à l’air libre… Vous sombrez lentement et inexorablement dans un désespoir tel qu’il vous pousserait à l’extrême pour cesser de souffrir… Mais vous êtes encore vivant, et votre envie de vivre reste la plus forte ! Alors, pourquoi ne pas considérer votre existence comme la mauvaise donne d’un jeu de cartes ? Aussitôt l’erreur détectée, le jeu s’arrête, pour repartir à zéro… Tina MILD. 14 Chapitre I L’installation L’avion perd très nettement de l’altitude. L’annonce nous en a été faite au micro, nous descendons sur la Tontouta, aéroport international de la Nouvelle-Calédonie. « La température extérieure est de…… » mais les mots de l’hôtesse ne forment qu’un bruit de fond à mes oreilles. Je suis à la fois curieuse et terriblement angoissée. C’est la fin du long voyage mais aussi le début de l’inconnu. Mon Dieu, qu’ai-je fait ?! Ai-je pris la bonne décision ? La panique m’envahit mais il est trop tard… En Belgique, les problèmes familiaux étaient si nombreux que je n’arrivais plus à y faire face. Lâchement, j’ai souvent pensé à commettre un geste irréparable mais chaque fois, l’amour de la vie m’en a empêchée… et voilà qu’aujourd’hui, je me suis enfuie à l’autre bout du monde. A raison ou à tort ? L’avenir me le dira sans doute… 15 Je me penche vers le hublot et tente de distinguer quelque chose. Mais mes yeux ne rencontrent que le noir ; le sol n’est même pas visible. Ainsi, nous arrivons de nuit… il est difficile de se situer dans le temps lorsque, durant le voyage, vous avez vu à deux reprises se lever et se coucher le soleil. Après d’interminables minutes, une rangée de lumières apparaît enfin… les balises de la piste. Les roues touchent le tarmac en douceur et nous roulons vers un bâtiment clair qui semble surgi du néant, au bout de nulle part. Je pose enfin les pieds sur le sol ferme ; après vingt-deux heures de vol, cela fait du bien. Tandis que je me dirige calmement vers la porte ouverte aux nouveaux arrivants, un petit vent frais me caresse le visage. Dans la salle d’arrivée, un peu étourdie, le front appuyé contre la vitre, je regarde la silhouette fantomatique de ce grand oiseau gris qui m’a emportée à l’autre bout de la terre et qui continue à vomir ses quelques trois cents passagers en un flot qui semble ne pas devoir finir. C’est du moins l’impression que me donne la scène du débarquement… une impression d’irréel… Les derniers passagers sont descendus et passent devant moi en direction des guichets de contrôle. Assise sur un siège contre le mur du fond, je demeure dans un état second. Pourtant, malgré la nausée qui m’indispose, il va bien falloir passer devant le contrôleur. Et s’il remarque mon malaise ? Et s’il m’en demande la raison ? Une foule de questions inutiles et stupides me vient à l’esprit. 16 Cependant les files d’attente s’épuisent petit à petit ; il faut réagir et sortir de cette prostration. Je me lève donc et marche vers l’un des deux guichets. C’est une femme en uniforme qui prend mon passeport et l’ouvre. – Pour affaires ou tourisme ? demande-t-elle en levant les yeux sur moi. Ma voix manque d’assurance : – Euh… je suis venue visiter des amis. – Et bien, dans ce cas, n’oubliez pas que dans trois mois maximum vous devrez être repartie. C’est bien compris ? Trois mois maximum ! Elle a haussé le ton et me dévisage avec insistance, le regard sévère. Je marmonne une réponse positive et récupère mes papiers à la hâte. La remarque de cette employée reste incompréhensible. De quoi veut-elle parler ? Lui poser la question me paralyse. Cela amènerait peut-être d’autres interrogations de sa part et je ne me sens pas de taille à y répondre. Perturbée, je m’éloigne du guichet, récupère mes bagages et sors du bâtiment. Dehors, une file de taxis en attente du client s’étire le long du trottoir. Je monte dans le premier qui se présente et indique ma destination au chauffeur : Nouméa. Une petite heure de route. Cela me laisse le temps de réfléchir à l’accueil reçu quelques minutes plus tôt. Dans mon esprit, tout est très confus : je quitte l’Europe pour la France du bout du monde et l’on me dit que je n’y serai tolérée que trois mois. Pourquoi ? 17 Il faudra apporter une réponse à cette question et cela le plus vite possible. Il fait nuit noire et je ne vois rien du paysage. Le chemin me semble long. Enfin, au bout d’une ligne droite des lumières apparaissent… c’est un péage. Le chauffeur m’annonce notre arrivée imminente. La route est à présent mieux éclairée et l’on devine les abords de la ville. Une dizaine de minutes plus tard, la voiture se range doucement devant une façade défraîchie. La course réglée, je me retrouve seule sur un trottoir étroit. L’entrée de l’hôtel est devant moi. L’employé de la réception m’accueille d’un air ensommeillé. Je lui demande si la famille de compatriotes que je suis venue rejoindre occupe toujours l’hôtel ; il me donne une réponse rassurante et tend une clé en me souhaitant une bonne nuit. Dans la chambre, je me jette sur le lit toute habillée, rompue plus par les émotions que par la durée du voyage. Première nuit en Nouvelle-Calédonie… Malgré la fatigue, mon sommeil est entrecoupé de phases de réveil plus ou moins longues. Je nage en plein décalage horaire : dix heures d’avance sur Bruxelles. Pendant les premières vingt-quatre heures, le changement de rythme est tellement perturbant que la chambre reste mon principal refuge. Mais si la réalité du temps présent est difficile à percevoir, ce n’est rien à côté de mes interrogations sur le futur. Nous sommes en juillet 1997… 18 * * * Quelques précisions géographiques indispensables : La Nouvelle-Calédonie, située en Océanie, est une collectivité française d’outre-mer. C’est une île allongée, montagneuse, entourée d’un récif que l’on appelle « la barrière de corail ». Ce pays comprend environ 200 000 habitants. La population est composée de Mélanésiens (Kanaks), d’Européens, de Polynésiens (Wallisiens, Futuniens, Tahitiens…) et d’Asiatiques. Le nickel commerciale. constitue la principale richesse Ses 19 000 km² sont divisés en trois provinces. L’île de Nouvelle-Calédonie, appelée également Grande Terre, couvre 16 750 km². D’une superficie de 7 000 km², la Province Sud rassemble tous les types de paysages : paradis tropical à l’Ile des Pins, mélange pittoresque de tradition mélanésienne et d’ambiance « Western » sur la côte ouest, capitale aux accents océaniens à Nouméa, terre de prédilection pour les randonneurs dans le sud. Cette province regroupe environ 115 000 habitants. La Province Nord elle, compte une population de 35 000 habitants et couvre plus de 50 % de la superficie totale de la Nouvelle Calédonie ceci sur les deux versants de la chaîne montagneuse dressée au centre de la Grande Terre. Tout au nord, le massif renferme des gisements de chrome encore en exploitation. 19
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