L'Orilis - Page 1 - www.edifree.com Editions APARIS – Edifree 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 81 42 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : infos@edifree.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0980-5 Dépôt légal : Mars 2009 © Sylvie Baïsse-Bandet L’auteur de l’ouvrage est seul propriétaire des droits et responsable de l’ensemble du contenu dudit ouvrage. 6 PROLOGUE L’histoire contée dans ce livre va paraître, aux yeux d’un grand nombre d’entre vous, comme une illusion fantastique. Mais, pourquoi ne serait-elle pas, tout simplement, réalité ? Si, Marc était parmi nous aujourd’hui, il pourrait vous en parler. Ces aventures l’ont rendu méconnaissable. A douze ans passés, Marc est un garçon mince à l’air rebelle. Ses cheveux blonds sont toujours coiffés en bataille, affichant un côté rebelle. Mais, la douceur de sa bouche et de ses grands yeux bruns garantissent la bonté. Nous sommes le 21 juin, premier jour d’été dans la banlieue tranquille de Paris. Le réveil sonne comme tous les matins. Marc plonge sa tête sous l’oreiller pour ne plus entendre ce maudit « Bip ! Bip ! » qui annonce que les grandes vacances ne sont pas pour aujourd’hui. Le temps des rêveries est fini. Il regarde, par la fenêtre, le petit oiseau qui chante sur la branche de l’arbre. – En voilà un qui est heureux de s’être levé ce matin, pense-t-il. 9 Tout à coup, la mélancolie envahit Marc. Il pense à son ami Pergy rencontré lors des dernières grandes vacances. Elles resteront graver, à jamais, comme le meilleur moment de son existence, devenue bien monotone depuis. Tout a commencé le soir où ses parents, Eva et Olivier Charpe, leur ont annoncé, à lui et sa sœur Laurine, qu’ils partiraient tous les quatre faire une croisière en Norvège, les quinze premiers jours de juillet. Un grand merci à Isabelle, l’amie d’Eva. L’ayant faite, elle n’arrête pas de vanter les beautés de cette croisière. A croire qu’elle travaille pour une agence de voyage. Alors, des images plein la tête, madame Charpe n’a de cesse d’essayer de convaincre son mari pour la faire. Et, c’est chose faite. Adieu les filles en bikini sur les plages de sable fin du sud de la France, bonjour désespoir, telles ont été les premières pensées de Marc à l’annonce de la nouvelle. Laurine ne partageait pas le même avis. Elle débordait d’enthousiasme. Pour elle, croisière évoque féerie. A neuf ans, elle est en plein dans l’âge des contes de fée. – Marc descend prendre ton petit déjeuner, sinon tu vas être en retard au collège, crie Eva, du bas de l’escalier. Revenu à la réalité, le garçon finit par sortir de son lit. Il cesse de penser à Pergy et se dirige vers la salle de bain. Face à la glace, les sourcils froncés, il médite sur la façon de discipliner ses cheveux rebelles, pour ne pas entendre la réflexion quotidienne de sa sœur. 10 Ayant réussi, tant bien que mal, à se coiffer, Marc descend quatre à quatre l’escalier et rejoint Laurine en cuisine. – Bonjour, plume d’or !, lance-t-elle. L’enquiquineuse a lancé sa blague. Parfait, il va pouvoir prendre son petit déjeuner tranquillement. Il s’assoit en face d’elle, et se sert des céréales. Reposant la boite, ses yeux sont attirés par le dessin d’un pingouin vantant les bienfaits du produit. Alors, la promesse de son ami Pergy, faite l’année passée, ressurgit : – Marc, il est temps pour nous de se dire au revoir. Mais, je te fais le serment, que dans un an, je viendrais te rendre une petite visite, où que tu sois. Nous fêterons, alors, notre amitié. Trois cent soixante-cinq jours, dont certains paraissent avoir plus de vingt-quatre heures, à attendre cet ami qui a su transformer des vacances cauchemardesques en vacances de grandes aventures. Et surtout, qui a pris une grande place dans son cœur. 11 CHAPITRE 1 L’été précédent à Dunkerque, le dimanche 1 juillet, la famille Charpe au grand complet descend du taxi. Pendant qu’Olivier paye le chauffeur, Marc admire le paquebot « L’Etoile Polaire » qui va être sa maison flottante pour les quinze jours à venir. Franchissant la passerelle en tirant sa valise, il a la nette impression de s’embarquer pour les galères. A douze ans, il va devoir passer ses vacances entourées, disons le franchement, de vieux. Il a beau porté son regard dans tous les sens, la moyenne d’âge des passagers est d’une bonne cinquantaine d’années. Mais la somptuosité du hall d’entrée lui remonte un peu le moral. – Bonjour messieurs dames. Bienvenue à bord ! Marc en vient presque à rougir. Une jolie brune s’adresse à lui, enfin plutôt à la famille. Avec de magnifiques grands yeux noirs, elle se tient là debout devant lui dans son beau tailleur blanc. – Je suis Cathy, votre hôtesse d’accueil, continuet-elle. – Bonjour mademoiselle, lui répond Olivier. Nous sommes la famille Charpe. 13 Cathy regarde son planning. Relevant la tête en souriant, elle se dirige vers le comptoir. Quelques instants plus tard, elle revient avec deux cartes et dit : – Vos cabines se situent sur le pont Constellation. Prenez l’ascenseur juste en face de vous, et montez au dernier étage. Vous avez les cabines 4 et 6. Je suis à votre disposition durant toute la durée de votre séjour sur ce bateau. Je vous souhaite une excellente croisière. Arrivé en haut, Marc remarque qu’il n’y a que six cabines à cet étage. Il se rend compte que ses parents n’ont pas fait les choses à moitié. Ils leur offrent une croisière de luxe à sa sœur et lui. Lorsqu’il ouvre la porte de la cabine numéro 6, Marc en a le souffle coupé. Lui, Marc Charpe allait voyager dans une suite. Cette cabine spacieuse est dotée de deux lits bas en bois blond. Un espace salon indépendant avec de confortables fauteuils, des luminaires encastrés et des cadres pastel, sans oublier la télévision, le réfrigérateur, le téléphone… Le tout donne sur un balcon où Marc pourra admirer la mer à la belle étoile. Bien sûr, la salle de bain est tout aussi luxueuse avec baignoire et toilette. La seule ombre au tableau est qu’il va devoir partager ce petit palais avec sa très chère petite sœur. D’ailleurs, elle a déjà choisi son lit. Si Marc ne pose pas certaine condition immédiatement, elle aura vite fait d’envahir son espace vital. – Vous venez les enfants, dit Eva interrompant les pensées de son fils. Le bateau va bientôt lever l’ancre. Vous aurez tout le temps de ranger vos affaires plus tard. En sortant, ils croisent une vieille dame sortant de la cabine juste en face. 14 Il est dix-sept heures lorsque « L’Etoile Polaire » commence à s’éloigner du quai. Les passagers saluent de la main la foule sur le quai venue assister au départ. On se croirait sur le tournage de la série « La croisière s’amuse ». – Souriez un peu jeune homme, dit une voix un peu tremblante. Rassurez-vous ce bateau ne va couler comme le « Titanic ». Il est doté des dernières technologies de radar. Marc se retourne et se trouve nez à nez avec la dame de la cabine numéro 5. Elle porte une robe longue en mousseline couleur corail avec le chapeau et les gants assortis. Autour de son cou pend un long collier de perles. De plus, les yeux bleus azur rayonnant font que l’on remarque à peine le visage ridé par le temps. Cette femme semble vraiment sortir d’un musée. C’est à peine si elle ne sent pas la naphtaline. Mais en s’éloignant, elle laisse derrière elle une légère odeur citronnée qui enivre le garçon. Pour sa première nuit à bord, Marc a dormi comme un loir. Pour le moment, pas de mal de mer à l’horizon et un petit déjeuner sera le bienvenu. Mais les sirènes d’alarme se mettent à sonner. – Mesdames et messieurs, veuillez sortir sur les ponts munis de votre gilet de sauvetage, prononce une voix dans les haut-parleurs. Veuillez rester calme, ceci est un exercice de sauvetage. Laurine et Marc sortent de leur cabine, harnachés de leur gilet de sauvetage. Dans le couloir, ils tombent sur la vieille dame qui semble embêtée avec son gilet. – Voulez-vous bien m’aider à attacher ce satané gilet, demande-t-elle. Ne restez pas là planté comme une momie, jeune homme. 15 Marc réalise soudain qu’elle s’adresse à lui. Il finit par bouger, et l’aide à fixer son gilet. Le haut-parleur continue à « cracher » les consignes. Une fois l’exercice terminé, la vieille dame demande à Marc : – Voulez-vous prendre le petit déjeuner avec moi dans ma cabine. J’aimerai me faire pardonner mon incorrection de tout à l’heure. Je me bats toujours avec ces gilets de sauvetage. (Marc reste méduser par la proposition). Mais je suis sotte ! Je ne me suis pas présentée : Eglantine Granier qui vous remercie de votre précieuse aide. Je suis très maladroite quand il s’agit d’enfiler ce machin là. Marc n’a toujours pas pu sortir un seul mot de sa bouche. Il est tellement fasciné par Eglantine. Il ne saurait l’expliquer mais une influence mystérieuse émane d’elle. – Mais, je parle, je parle, enchaîne Eglantine. Je ne suis qu’une vieille pie. (Elle regarde Marc avec un léger sourire). Peut-on connaître votre nom ou préférez-vous que je continue à vous appeler « jeune homme ». – Je m’appelle Marc Charpe, Madame. – Oh, mon Dieu ! Mais il parle. Je ne veux pas de madame entre nous. Eglantine sera très bien. Et maintenant que les présentations sont faites, le tutoiement est de rigueur. Ça brise la glace, susurre-telle à l’oreille de Marc. Le garçon n’arrive pas à donner un âge à son interlocutrice. Son apparence physique la classe parmi les personnes âgées, tandis que son esprit jeune et vif lui fait gagner un bon nombre d’année. 16 Se retrouvant tous les deux dans la cabine numéro 5, lui devant une tasse de chocolat chaud, et elle une tasse de thé sans nuage de lait comme on aurait pu le croire. – Tu n’as pas l’air vraiment heureux de faire cette croisière. Pourtant c’est un joli voyage. Peu de gens ont la chance de le faire. Eglantine est peut-être une vieille femme, mais son esprit est resté jeune. Un vrai moulin à parole voilà ce que Marc pense d’elle. – Moi, c’est la sixième fois que je fais ce voyage, continue-t-elle. Tu dois te demander pourquoi. Le ton de sa voix change tout à coup. Elle qui paraît toujours joyeuse semble triste. – Toujours le même circuit, réussit à prononcer Marc pour rompre le silence qui s’est installé. Ce silence persistant ne lui ressemble vraiment pas. Mais que faire. Marc est un garçon timide, et commence à se sentir mal à l’aise. – Alfred était un homme d’aventure, finit par dire Eglantine. Cela fait six ans que mon cher époux nous à quittés. Nous étions mariés depuis cinquante ans. – Mais quel est le rapport avec la croisière ?, demande le garçon avec audace. – Attend Marc ! Ne sois pas si impatient. Avant notre rencontre, Alfred était parti en expédition au Spitzberg en prenant à peu près le même itinéraire que ce paquebot. Eglantine boit une gorgée de son thé du bout des lèvres, et reprend 17 – C’est au cours de ce voyage qu’il a rencontré les Alcidés. Alfred était passionné par eux. Il disait qu’ils étaient intelligents mais surtout des liens très forts d’amitié s’étaient tissés entre eux. Il aurait aimé vivre parmi ce peuple. Je voudrais les connaître avant de rejoindre mon époux. – Pourquoi ne pas aller les voir tout simplement ? – Oh ! Ce n’est pas si facile comme tu pourrais le croire. Personne ne peut se rendre chez le peuple Alcidé car personne ne sait l’endroit où il vit. Marc regarde son hôte d’un air perplexe. Lui raconte-t-elle des histoires ? Souvent les personnes d’un certain âge divaguent. – Qui sont-ils ?, demande Marc d’un ton intrigué. – Hum !, fait Eglantine. Quelques secondes s’écoulent dans un silence de mort. La vieille dame hésite puis se lance : – Si je te le dis, jure-moi que tu ne vas pas te moquer de moi. Pas même un petit ricanement. Tu comprends, à tous ceux à qui j’en ai parlé, m’ont explosé de rire au nez. Marc commence à s’agiter sur sa chaise. Il n’arrête pas de se triturer les doigts. Cette femme est vraiment diabolique. Comment peut-elle le torturer mentalement aussi longtemps ? Le suspens devient insoutenable. Les secondes écoulées paraissent être des minutes, voir des heures en exagérant un peu. Le garçon est prêt à se mettre à genoux, et à la supplier de continuer son récit. Imperturbable, Eglantine repose sa tasse de thé dans un geste lent et gracieux. 18
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