Le livre défendu - Page 1 - test Du même auteur : Futura ou la superposition des mondes Éd. Du XX mars – 1997 - science-fiction Le passage Ed. des Ecrivains – 2001 – roman Carole, la Caladoise Ed. des Ecrivains – 2003 - thriller réédition - Ed. HDP / J.M. Monnot - 2007 Ils, hold-up à la Road International Bank manuscript.com – 2004 – policier Périls Ed. J. André – 2005 - roman catastrophe H5N1, le virus envahisseur Ed. HDP –/J.M. Monnot – 2006 - roman catastrophe Carole, qui es-tu ? Ed. HDP – J.M. Monnot – 2007 - thriller 4 Robjak Illustrations de Pierre-Marie « BiB » Dorménil Le livre défendu Suivi de J’ai créé SarkoTM Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-1317-8 Dépôt légal : Juin 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Chapitre 1 Jean Routier, auteur de sept romans, ne jouissait pas d’une très grande renommée mais son œuvre savait émouvoir les lecteurs, surtout les lectrices. La simplicité de ses textes, la vulnérabilité de ses personnages imparfaits, mi-héros, mi-lâches, la richesse des sentiments, tout cela faisait de ses livres des ouvrages plaisants. Le romancier ne parvenait cependant pas à vendre au-delà de son entourage familial et professionnel, de sa région. À la sortie de chacun de ses romans, il espérait que le nouveau le ferait connaître, qu’il exploserait alors la vente des box-offices, qu’il pourrait rivaliser avec « Harry Potter ». Mais la réalité était tout autre et il devait chaque fois s’accommoder de la vente de quelques centaines d’exemplaires. Il rêvait de devenir le Jules Verne des temps modernes. Jean avait beaucoup d’idées, une imagination débordante et une sensibilité féminine. S’il avait écrit son premier roman par pur plaisir, il avait compris que cet égoïsme n’était pas profitable aussi s’efforçat-il, dès son second roman, d’écrire pour des lecteurs avec qui il voulait partager ses idées. Le romancier ne 9 vivait pas de sa plume et il travaillait comme péager dans une gare autoroutière ; le travail en trois-huit lui permettait de disposer de temps libre pour se consacrer à l’écriture, pour participer à des salons littéraires. Peu connu, il devait voyager à travers toute la France pour vendre son image et son nom car il savait, par expérience, que les auteurs qui ne bénéficiaient pas de support médiatique n’avaient pas d’autre choix pour capter la curiosité et l’intérêt des lecteurs. Mais Jean avait un gros problème : il était très timide et il refusait parfois l’opportunité d’une mini-conférence, d’une table ronde ; affublé d’un physique quelconque, il n’attirait pas spontanément les foules à lui. Le romancier était donc voué à rester dans l’anonymat quasi-total ; pourtant, lorsqu’il était seul face à son ordinateur, il envisageait les pires situations et il se sentait indestructible. Il s’en voulut plusieurs fois d’être aussi sensible et les expériences qu’il avait eues avec des publics pourtant bienveillants lui avaient souvent laissé des regrets, des blessures profondes. Il avait parfois suffi d’une personne qui lui demanda de parler plus fort ou moins vite pour qu’il fût dans l’incapacité de poursuivre son discours. C’était d’autant plus rageant pour l’auteur qu’il avait tant de choses à dire, à partager ! Jean était un bon mari et un père de famille très impliqué dans l’éducation de ses trois filles. Il acceptait de faire des heures supplémentaires pour offrir des vacances somptueuses à ses enfants. Il passait son temps libre avec sa femme et ses filles et il écrivait lorsqu’il était seul dans sa villa ou la nuit, laissant alors son épouse dormir seule jusqu’au petit matin. Il avait toujours voulu écrire des romans ou des scénarios de films mais son éducation, son enfance, sa 10 vie familiale et professionnelle l’en avaient empêché. Depuis dix ans, il réalisait enfin son rêve, imparfaitement mais c’était déjà un début, un grand pas en avant. Ses collègues de travail avaient vécu sa métamorphose et ils partageaient parfois l’exaltation de leur camarade. Grâce à eux, Jean bénéficiait d’un entourage conciliant et attentif, ce qui fut la cause d’une mini tragédie : à la sortie de son premier roman, l’auteur en herbe crut que son livre était parfait. Il vendit plusieurs centaines de ce roman et il ne reçut en échange que quelques compliments polis, ce qui le conforta dans sa croyance d’un produit bien fait. Puis l’année suivante, il édita un roman d’aventures qu’il espérait vendre aussi facilement que le précédent mais la majorité des lecteurs de son premier livre ne souhaitèrent pas acheter le nouveau. Cette mévente ne s’expliquait pas par le seul fait du passage du franc à l’euro, Jean le découvrit en insistant auprès de ses collègues : certains prétextèrent n’avoir que trop peu de temps pour lire, ne pas aimer la fiction, d’autres furent plus incisifs et avouèrent ne pas avoir aimé le premier livre, de qualité et d’intérêt moyens. Cette révélation brutale et tardive avait beaucoup blessé Jean qui avait réclamé des critiques de ses collègues dès la vente du roman, en annonçant qu’il était preneur de toute remarque, bonne ou mauvaise, à condition qu’elle ne reposât pas sur le choix du nom de ses héros, sur le scénario ou sur le sujet traité. À l’opposé, il était avide de critiques sur son style littéraire, sa façon d’écrire, son vocabulaire, la compréhension de son texte et l’analyse des messages qu’il voulait faire passer à travers son roman. Jean réalisa que sans la parution de son second livre, il serait toujours resté dans l’illusion d’une réussite littéraire. Il éprouva 11 d’abord de la rage contre ses collègues qui n’avaient pas déclaré leurs critiques puis il comprit qu’il leur était très difficile de lui dire que son travail n’était pas parfait. Il aurait dû interpréter leur silence plutôt que l’assimiler à une approbation. Mais il décida de persévérer, de ne pas arrêter d’écrire pour la seule raison que son premier roman n’était pas parfait et que son second livre souffrait des critiques du premier. À ses collègues qui l’interrogeaient sur les mobiles qui le poussaient malgré tout à écrire, il dévoila des raisons insoupçonnables : – Ecrire relève de l’acte divin : je dispose du droit de vie et de mort sur mes personnages, je les crée comme je veux, je leur insuffle les sentiments qui me plaisent… – Cela ne fait pas de toi un Dieu, rétorqua un de ses collègues, les personnages que tu crées ne sont pas de chair et de sang ! – Bien sûr, mais figure-toi que jusqu’à l’écriture de mon premier roman je me croyais athée. Je ne pouvais pas concevoir que Dieu, Mahomet ou Allah pût accepter un Monde aussi cruel, brutal et injuste que le nôtre. Pour moi, c’était impensable qu’un dieu créât des hommes bons et d’autres non. Quand j’ai écrit mon premier roman, il fallait bien qu’il y ait des gentils et des méchants, pourtant j’estime ne pas être quelqu’un de mauvais. Aussi si moi, simple Terrien sans ambition dominatrice, j’ai dû créer des personnages cruels et sanguinaires pour raconter une histoire d’amour, je ne peux plus refuser qu’un dieu façonne aussi des êtres dangereux ! – Pour ma part, je pense que Dieu existe à travers ceux qui croient en lui. Peut-être que je te souffle là le sujet d’un prochain livre ! 12 – Qui sait ? Je t’avoue que je ne peux plus m’arrêter d’écrire, c’est devenu une drogue, un formidable moyen de puissance. Par les actes de mes personnages, les mots que j’utilise, je sens que je peux influencer mes lecteurs… Je ne sais pas encore quel sera mon prochain thème mais j’ai pris conscience que je devais réagir face à certains problèmes qui menacent notre santé, notre environnement… – Tu voudrais donc militer pour les Verts ? ironisa le collègue de Jean. – Pas du tout, mais les scandales du sang contaminé, de Tchernobyl, de l’amiante ne doivent pas se renouveler indéfiniment, sous l’indifférence des Gouvernements successifs. Tous les problèmes de survie, de contamination ou de pollution doivent être traités avec sérieux et ne pas faire seulement la Une de quotidiens pendant quelques jours. Je veux révéler des dangers mondiaux pour inciter mes lecteurs à réagir, ou du moins à prendre conscience de ces problèmes. Ainsi peut-être servirai-je la postérité en dévoilant ces dangers et en incitant les générations futures à ne pas faire les mêmes erreurs que nos parents et nous ! – Tu parles des médias qui n’accordent qu’une durée éphémère aux grands problèmes de notre siècle, mais ne crois-tu pas qu’ils doivent observer une certaine réserve dans leurs déclarations, pour éviter d’affoler les gens ? Crois-tu qu’une info plus fournie sur la grippe aviaire, par exemple, aurait été bénéfique ? Je trouve qu’ils ont déjà beaucoup écrit sur ce sujet et suffisamment influencé les consommateurs de poulets ; leurs communiqués ont conduit plusieurs éleveurs à la faillite, le commerce extérieur a subi 13 beaucoup de contrecoups, heureusement que le foie gras est mondialement apprécié ! – Je soupçonne pourtant les médias de ne pas être toujours neutres. Pour le foie gras, puisque tu en parles, tu trouves pas aberrant qu’ils aient annoncé peu avant le réveillon du nouvel-an 2006 que les canards du sud-ouest avaient été vaccinés préventivement contre la grippe aviaire, que cela n’aurait aucune conséquence sanitaire et culinaire pour le consommateur et qu’à la même période ils faisaient une campagne monstrueuse pour réclamer l’abattage de volailles dans l’Ain ? Je ne vois pas là le prétendu droit de réserve que tu leur accordes, ils ont bien joué la carte de la catastrophe et ils ont engendré une certaine panique ! Seulement, ils ont sacrifié les poulets au bénéfice du foie gras, financièrement beaucoup plus important ! affirma Jean. – Nous pourrions parler pendant des heures des rôles et des pouvoirs des médias. Ils ont le monopole de l’information et sans Internet, nous ne verrions les infos que par leurs yeux. Cela m’amuse de regarder sur le Web les commentaires d’autres pays face à des actualités typiquement françaises comme nos élections présidentielles, par exemple. La « bravitude » n’est pas la seule perle relevée outreAtlantique et aucun candidat n’en sort indemne ! – Faut dire que nos Présidentielles ne ressemblent à aucune autre de la cinquième République ! Les Américains doivent nous trouver maintenant bien plus proches d’eux ! Je suis convaincu que le gagnant fera la Une des journaux people ! Jean ne pensait pas si bien dire, l’élection de Nicolas Sarkozy déclencha les passions et ses photos 14 étaient reprises dans toute la Presse nationale, les grands quotidiens et les hebdomadaires people. Cette profusion d’images et d’apparitions sur les chaînes télévisées fut parfois la cause de disputes familiales. Jean n’y échappa pas. La soirée avait pourtant bien commencé et le dîner touchait à sa fin ; le couple et les trois filles regardaient la télévision tout en buvant leur café. À l’écran, Sarkozy promettait de faire la clarté sur des dossiers en cours : – On nous met Sarkozy à toutes les sauces ! remarqua Jean. On ne peut plus allumer la télé ou regarder un journal sans le voir… – Cela nous change des précédents ! répliqua Émilie. Au-moins il semble s’intéresser à tout le monde, des mères de famille comme moi aux étudiantes comme tes filles ! – Et puis, il est gracieux ! renchérit Julie, l’aînée des enfants. – Mais il semble plus s’intéresser aux Français qu’à la politique internationale, c’est pas son rôle ! rétorqua le père. – Laisse-lui le temps d’arriver, il vient juste d’être élu ! reprit Émilie. Je suis sûre que c’est un bon président et qu’il nous ramènera la Croissance ! Écoute-le, lui seul a le courage de vouloir réformer les régimes spéciaux de pensions ! – Enlever les petits avantages des uns plutôt que de les généraliser à tous, tu approuves cela ? – Il a annoncé cette réforme dans son programme électoral et les électeurs l’ont plébiscité ! – Comme tu y vas, Émilie ! J’en connais qui l’ont élu uniquement pour faire barrage à Ségolène, en pensant choisir le moindre des deux maux ! 15
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