Éléphant majesty - Page 1 - test Du même auteur : « Croquis féminins » – chez http://portaildulivre.com/ « Désirée de Montello » « Deux ours et la lune » « Deux histoires au bord de la mer » – chez http://pawedit.com/ « Le retour des copains » « Croquis de rugby » « Dieu sera Web ! » « Voyage en Asile colis » – chez http://www.atlantica.fr/ « Il faut sauver le soldat Jules » « L’idée de la joie » « Ils ont enterré Ben Barka » « Spleen family » – chez http://www.edilivre.com/ « L’année magique » avec Fabien Jans et Eric Gleyze – chez http://www.editeurindependant.com/ À venir : « Toi que le voile fait si joli. » – Agnostique. 4 Jean Sébastian Loygue Éléphant Majesty Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2009 5 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tel : 01 44 90 91 10 – Fax : 01 53 04 90 76 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-0859-4 Dépôt légal : Avril 2009 © Edilivre Éditions APARIS, 2009 6 Ce premier tome de mémoires pose la question des origines de ma famille paternelle. J’ai souvent entendu mon Grand-père marmonner du fond de sa gorge où roulaient des cailloux du Lot cette phrase énigmatique : – Où est la sourrrrce ? L’enquête commence aux pieds d’un château d’eau. Qui cela étonnera-t-il puisque loygue (patronyme de mon Grand père) veut dire « l’eau » dans la région de Cahors où il fut trouvé près d’une source ? 9 Chapitre 1 Où l’on découvre le point de départ de ce récit : un château d’eau sur son coteau en Gascogne. Maison louée entre deux hasards. Le facteur y passe – il le faut bien – épouvanté par trop de courriers, de papillons de réexpédition. Ceux-ci atterrissent dans sa sacoche sans raison compréhensible pour lui. Le gîte rural Terre Blanche ne devrait-il pas rester inhabité l’hiver ? Et puis ces enveloppes viennent de partout. Certaines même exhibent à leur extérieur de sublimes femmes noires nues ! * * * Le cadre de ce récit ? Des vallons. Ce qui a causé les plis qu’ils dessinent ? La saillie Pyrénéenne venue faire ses dents à la grande surprise des bêtes du temps. À présent, elle mord le ciel entre océan et Méditerrané. Que de quenottes à chicoter le bleu ! Barrière infranchissable, les Pyrénées ? Pas vraiment. Les éléphants d’Hannibal s’en accommodèrent. Ensuite, elle n’a pas empêché que 11 les Gascons y fassent bouillon de culture avec l’envahisseur. Ils l’invitèrent à partager leurs marmites. Avec pour plat unique culturel celui de vivre « à la maison ». Ils laissent encore aujourd’hui venir à eux qui veut sans dresser de herses. Leurs châteaux n’en comptent pas. Quant à la montagne, le pèlerin la franchit en salivant. On lui a promis des fêtes culinaires de l’autre côté de la barrière. Il en aura ! Sa migration le conduit vers une terre de la gourmandise. Et la feuille et le fruit, et les pissenlits et les figues fructifient en Gascogne. Ces dernières nourrissent aussi bien le bambin que l’oie. Au bout du compte, dès qu’il est parvenu dans le Gers, l’évadé venu d’en bas, aussitôt il ôte les bandelettes à ses pieds. Il se les était enroulées pour franchir la montagne. Il se couvre le chef avec un béret. Il adopte l’accent pierreux du coin. Il roule les rrr comme mon grand père. Il épouse une fille épanouie. Il clôture ses friches en la caressant. Il lui plante des enfants. La génération suivante se sent fixée au sol par une racine pivotante profonde. Elle croit n’avoir jamais vécu ailleurs. Elle oublie la morsure d’Ève sur les lèvres d’Adam lorsqu’ils partagèrent leur première pomme en s’embrassant. * * * À cent kilomètres au nord des Pyrénées, au haut d’un coteau, un château d’eau. Une petite route mineure en lacets le salue. Elle relie une préfecture au 12 nom de guerre, « Auch », à un village perché et inquiétant : Castenau Barbarens. L’incursion arabe a fait la pause ici. Elle a choisi de ne pas pousser plus loin. Les chromosomes des habitants témoignent que les envahisseurs éblouirent les paysannes avec les reflets de leurs sabres. Elles s’y mirèrent, s’y virent belles. Chaque époque a ses machines à tricoter les rêves, ses télés, ses mirages… Non loin du château d’eau poussé comme un champignon gris de cave, une maison seule : « Terre Blanche ». Je salue le réservoir quand je trotte dans la campagne. Comment l’éviter ? Il se voit de partout. Il voit tout ! À son pied deux sentiers se croisent. Il est l’épicentre de mes hamstèreries, le passage obligé où que je trotte sur les lignes de crête arasées par d’étroites départementales qui leur courent l’échine. Elles dominent leur sujet. Je cavale à cru sur elles. Aux sommets, des fermes. Elles surveillent leurs élevages et cultures qui s’épandent de part et d’autre des tombants en haut desquels les agriculteurs ont pitonné leurs demeures. Chose curieuse, elles ont, près de leurs entrées, ces fermes, non des fumiers, mais des mares ! Pour comprendre leur présence qui ne doit rien à la pluie, on est conduit à croire aux sortilèges ou bien aux vases communicants. De fait, les Pyrénées expliquent le prodige. Leurs lacs retiennent, en effet, des masses de neiges fondues. L’eau s’infiltre entre deux couches imperméables qui ondulent en aval. Ainsi resurgissent d’apparentes sources miraculeuses aux cimes des coteaux cent kilomètres plus loin et plus bas. 13 Mon château d’eau se sent bien seul, et peut être même inutile, au milieu de tant d’yeux étranges d’étangs minuscules que le soleil fait clinquer. * * * Les chiens sont rares à nous mordre, lorsque nous trottinons en Gascogne. Bien sûr ils jaillissent, queue dressée, à la limite de leurs « propriétés ». Parfois même simulent-ils qu’ils aimeraient « niaquer » nos mollets. Mais tout cela fait du « Wa ! Wa ! » de bonne compagnie en finale. La prochaine fois que nous passons sur le raidillon qu’ils contrôlent, leurs queues sont moins hautes. Certes, ils lèvent à nouveau leurs gueules. Mais nous pouvons caresser leur tête sans changer de rythme. La troisième fois qu’ils nous voient – « Wa ! Wa ! » – ils nous supplient de ne plus les quitter. Le chien attaché n’existe pas ici. On rencontre toutes les espèces canines que les amours ont croisées. La truffe a humé sa différence. Elle a retenu la plus exotique. Dans ce pays le goût d’aimer va jusqu’aux crêtes, aux lointains et aux bêtes. Les humains l’ont prononcé, ce verbe aimer, dès le premier alinéa d’une loi non dite mais pratiquée. Les chiens l’ont appliquée. Les hommes aussi. Songez : on dit « aller au canard » pour conserver sa pudeur à l’acte de faire l’amour dans les blés ! Les chiens de fermes, donc, par la grande variété de leurs oreilles, hauteurs de pattes, couleurs de robes, illustrent ce qui n’est pas ici une transgression. Je doute que les confessionnaux aient bruité de 14 nombreux aveux dénonçant le péché de chair. Le prix de bonne camaraderie dans les écoles est rendu au savoir chérir. Les marées des mariés sont à grands coefficients. On retrouve dans l’étreinte du rugby le droit au corps, dans la gourmandise aussi, bien sûr. Les hommes sont tous cuisiniers. Ils ne s’y emploient pas que pour découper le chapon, non. Ils y passent des heures. Ils raffinent. Ils ont la langue au bord des lèvres lorsqu’ils cuisinent leurs « demoiselles » qui sont les ailes des canards gras et leurs carcasses une fois les « parties nobles » ôtées (foie gras et « magret »). On les braise. Gros sel recommandé. En Gascogne, les femmes rêvent d’avoir leurs fronts rouges de bonheur et de confusion lorsqu’elles mettent au monde des jumeaux qui donnent du « rein » à leur enfance grâce au rugby, du charme à leur chance. * * * – Tu pars courir ? Pourquoi tout de suite le grand mot : « courir » ? Pourquoi pas triathlon, tant que l’on y est ? Non, petites foulées sur le sommet du coteau. Quelques kilomètres suffisent. C’est dimanche et il fait beau. * * * Notre facteur est tourmenté par nos missives. Elles rallongent sa tournée, l’alourdissent. Parmi ces 15 plis, les grandes enveloppes de « Mauve », alias Éléphant Majesty qui m’invite à développer un projet d’orchestre destiné à sauver les pachydermes. Ce pourquoi d’immenses photos de femmes blacks, nues, à la pilosité pubienne fournie. Épouvante du préposé ! * * * Pause entre jobs. Les molécules de la mémoire sont des parfums. Un sentier, des épines, et en voici une. Elle vous pique le nez. Après quoi, pendant toute la journée elle lancine. De la sorte, parce qu’une montagne ardente déchiquette le tapis vert d’une campagne, parce qu’elle fait courir des collines au bord de sa saillie, parce qu’au sommet de l’une d’elles un château d’eau me fait signe, et parce qu’à quelques encablures une ferme en déshérence attend qu’on la peuple à nouveau de rumeurs d’enfants en été, parce qu’enfin, de ce point inconnu du destin qui attend que la fortune l’honore, parce qu’un facteur ne se résout pas à quitter sa voiture, terrorisé par des éléphants qui le chargent, parce que la mue des souvenirs tricote en ce lieu de nouvelles rides aux coins de mes yeux, vous avez un récit qui fait râteau des feuilles. * * * Que viendra-t-il au bout de cette pause ? Qu’aurais-je à dire au château d’eau en haut de sa 16
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