Processeur - Page 1 - test Laurent Coos Processeur Edilivre – Éditions APARIS 3 Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20 rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Edilivre, Éditions APARIS – 2008 ISBN : 978-2-35607-296-2 Dépôt légal : Janvier 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 4 I San Francisco, mai 2007 Les yeux rivés sur l’écran, les deux garçons lâchèrent un profond soupir. – Eh bien, je crois qu’il est temps que tu changes de bécane ! s’écria Max en donnant une tape dans le dos de son ami. – Mon père ne sera jamais d’accord et il faudrait pour cela que je casse ma tirelire ! – Ton père, ton père… Bon sang Kevin, tu es bientôt adulte oui ou merde ? Tu vas demander encore longtemps la permission à papa pour entreprendre quelque chose ? Il faut grandir mon vieux ! – Tu oublies que c’est sous le toit de mon vieux que je crèche ! Max lâcha un sifflement d’exaspération. 7 – Dis-lui que tu as besoin d’un nouvel ordinateur pour réviser tes cours. Kevin cliqua sur la petite fenêtre en bas à gauche pour arrêter sa machine et se leva de sa chaise. – On ne peut pas rajouter un peu de mémoire ? Max, qui avec son mètre quatre-vingt-cinq et ses cheveux en brosse le dépassait d’une tête, se dressa devant Kevin et posa lourdement une main sur son épaule. Un sourire ironique se dessina sur son visage. Il secoua lentement la tête. – Pourquoi tu veux à tout prix rafistoler ce vieux clou ? Il faudrait changer la carte mère, changer le processeur, et rajouter au moins un giga de ram pour qu’il soit au goût du jour ! Bordel, écoute-moi, mec : pour le prix que cela te coûterait, je pourrais te trouver une super occase ! Un truc super cool ! Kevin releva les yeux et fixa son pote au travers de ses lunettes rondes avec une mine de chien battu. – Et… pour combien pourrais-tu m’en procurer un ? – Je ne sais pas, il faudrait que je regarde les occasions sur internet. Deux ou trois cents dollars, peut-être moins. Kevin fit la moue. – Cela représente toutes mes économies ! Max roula des yeux en prenant une profonde inspiration. – Bon sang, tu es irrécupérable ! Puis il désigna la pièce d’un grand geste circulaire. » Regarde-toi mon 8 vieux, même mon grand-père est plus évolué que toi ! Ta piaule ressemble à celle d’un moine. Pas de télé dans ta chambre, un lecteur CD datant d’avantguerre, et pas même un poster de cul affiché au mur ! A quelle époque tu vis ? Kevin baissa la tête. Adolescent fluet au caractère introverti, il était tout le contraire de son ami, une imposante carcasse de muscles toujours prêt à ruer dans les brancards. Pourtant, ils avaient passé la grande majorité de leur scolarité ensemble, liés d’une amitié inséparable. Tout deux, à quelques semaines d’intervalle, fêteraient leurs dix sept ans l’été prochain. D’un pas nonchalant, Max se dirigea vers la porte de la chambre. – Bon, ce n’est pas tout, j’ai l’entraînement de foot moi ! Je te laisse vieux ! Et réfléchis à ma proposition. On se voit aux cours demain. Bye ! Au moment de quitter la pièce, Max se retourna avec un sourire narquois au coin des lèvres : – A propos, tu as réussi à te la faire ? – De quoi parles-tu ? demanda Kevin, interloqué. – De Samantha pardi ! Tu l’as baisée ? – Je t’interdis de parler d’elle de cette façon ! Samantha est une fille bien. Max éclata de rire et sortit de la pièce. Kevin l’entendit descendre le vieil escalier en bois en déclarant haut et fort : « Je le savais, irrécupérable ! » 9 Dépité, Kevin resta figé durant quelques secondes. Malgré leur profonde amitié, il ressentait parfois l’envie d’envoyer Max sur les roses. Celui-ci se prenait un peu pour son grand frère, ce qui par moments l’agaçait. Après avoir nettoyé les verres de ses lunettes, il ouvrit ses livres d’école afin de préparer son examen d’histoire qui avait lieu le lendemain matin. Une chaleur lourde régnait dans la pièce, l’été semblait en avance cette année. Il tenta de se concentrer sur sa lecture, sans toutefois parvenir à en assimiler le contenu. Le bouquin en question traitait de la colonisation de l’Amérique du Nord au XVIIe siècle, époque à jamais révolue. Bien qu’il soit le premier de sa classe depuis trois années consécutives, étudier l’histoire le rebutait. A quoi bon remuer le passé alors qu’à son âge on a toute la vie devant soi et que seul l’avenir a vraiment sa raison d’être. L’image de « l’Intello de la classe » lui collait à la peau et nombre de ses camarades dont les notes avaient tendance à basculer du mauvais côté lui demandaient des cours particulier d’arithmétique ou d’algèbre. Il devenait alors « Kevin le sauveur des situations désespérées » avant de redevenir Kevin l’Intello, souvent victime des railleries des autres élèves. Au bout de quelques minutes, voyant qu’il était incapable de se concentrer, il referma son livre d’histoire. Il devait encore s’acquitter d’un exercice d’arithmétique, mais vu ses facilités en calculs, il se 10 dit qu’il serait encore temps pour lui de le faire le lendemain matin avant les cours. Il fixa l’écran de son PC, un vieux portable muni d’un processeur « Intel Pentium » de la première génération. En vérité, l’idée de s’en séparer lui faisait un peu mal au cœur, étant donné qu’il s’agissait d’un cadeau de son oncle pour son quatorzième anniversaire. Malheureusement, la vieille machine ne supportait plus l’arrivée des nouveaux logiciels et peinait lourdement à ouvrir certains programmes. Quelquefois, il bloquait complètement et il n’avait d’autre choix que de l’éteindre et de le rallumer. Pourtant, il savait que dans le fond son vieux pote avait raison. Il faudrait bien qu’un jour ou l’autre il se mette à la page s’il ne voulait pas se retrouver complètement largué. L’ordinateur ne représentait pas seulement un phénomène de mode, mais un outil devenu indispensable dans la vie de tous les jours. Il avait commencé à économiser dans le but de s’acheter une voiture d’occasion l’année prochaine, mais il était à présent confronté à un affreux dilemme : Ce serait l’ordinateur ou l’auto. Il resta quelques instants songeur, lorsque la sonnerie du téléphone l’arracha à ses pensées. Il se précipita hors de la chambre et descendit quatre à quatre les marches menant au rez-de-chaussée. Lorsqu’il décrocha le combiné, il reconnut immédiatement la voix de Samantha. Son cœur s’accéléra. – Salut Kevin, comment vas-tu ? 11 – Pas trop mal et toi ?… – Ça va. Je te téléphone pour te demander si tu veux être mon cavalier pour le bal du lycée qui aura lieu samedi… – Kevin ressentit brusquement un malaise. Il se sentait autant à l’aise sur une piste de danse qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine. – Euh, oui. Pourquoi pas ? – Cela ne t’emballe pas plus que ça ? demanda Samantha d’une voix attristée. – Si,… le problème c’est que je ne sais pas danser ! – Pas grave… j’ai simplement envie d’être avec toi ! Kevin prit une profonde inspiration, quelque peu soulagé. – En attendant, que dirais-tu d’aller manger au Mac Donald ? Mon vieux n’est pas encore rentré et c’est moi qui t’invite ! – Chouette, je suis partante ! – Très bien, alors je viens te chercher vers dix neuf heures ? – Ok, à tout à l’heure. Après avoir raccroché, Kevin se dirigea d’un pas lourd vers la cuisine. Il saisit une poignée de chips qui traînaient sur le vieux buffet, ouvrit le frigo, et s’empara d’une boite de Coca. Il ressentit brusquement un sentiment de vide. 12 Depuis la mort de sa mère, deux ans plus tôt, son père se réfugiait dans son travail et rentrait le plus souvent à la tombée de la nuit, complètement fourbu. Depuis ce tragique événement, John Brant était devenu un homme taciturne et parlait peu avec ses proches. Dès lors, la sinistrose s’était emparée de lui et faisait partie intégrante de son quotidien. Quant à Kevin, sa mère lui manquait terriblement. Il avait toujours refoulé l’idée qu’il ne la reverrait plus jamais, qu’elle n’assisterait pas à la remise de ses diplômes, qu’elle ne connaîtrait jamais sa femme et ses enfants, que tout s’était terminé cette nuit là. Il se remémora ce fameux soir où ils avaient mangé des cookies ensemble sur le canapé du salon en regardant un épisode d’urgences à la télé. Ironie du sort, sa mère mourut quelques heures plus tard d’une hémorragie cérébrale. Kevin essuya la larme qui coulait le long de sa joue, termina son coca d’une traite et sortit d’un pas pressé de la maison. 13 II Appuyé contre la barrière du jardin, Kevin attendait avec impatience que Samantha sorte de chez elle. Elle habitait sur les hauteurs de San Francisco dans une petite maison Victorienne à la façade vert pâle. La rue, qui descendait en pente raide, offrait une vue magnifique sur la baie et le Golden Gate Bridge. Une moto fonça dans la rue avec un bruit assourdissant, un jeune homme d’environ quatorze ans portant une casquette passa comme une flèche à côté de lui sur son skate-board, puis Samantha apparut enfin. Elle portait une robe blanche avec un décolleté qui mettait en valeur ses petits seins ronds et fermes. Kevin ne put s’empêcher de rougir. Ils s’embrassèrent timidement, tels deux adolescents qui découvrent leurs premiers instants d’intimité. – Tu m’attends depuis longtemps ? demanda-telle avec un sourire. 14
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