La gamine - Page 1 - Du même auteur : A paraître L’été couleur myosotis On l’appelle l’Ours Le Pou et la Puce 2 André Raynaud La Gamine Une fille solitaire Éditions EDILIVRE APARIS 75008 Paris – 2010 3 www.edilivre.com Edilivre Éditions APARIS 56, rue de Londres – 75008 Paris Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 – mail : actualites@edilivre.com Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. ISBN : 978-2-8121-4192-8 Dépôt légal : Décembre 2010 © Edilivre Éditions APARIS, 2010 4 Ce livre est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les évènements sont le fruit de l’imagination de l’auteur ou utilisés fictivement, toute ressemblance avec des personnes réelles, des établissements d’affaires, des évènements ou des lieux serait une pure coïncidence. 5 Chapitre 1 Une frêle jeune fille aux cheveux châtains marche sur le trottoir. Avec son mètre cinquante, elle paraît âgée d’une dizaine d’années. La bandoulière de son cartable entoure son bras, la besace traîne presque par terre. Le pas de la petite est lourd, elle semble porter toute la misère du monde sur son dos. Elle marche le long d’un mur de plus de trois cents mètres de long et trois de haut. Ce mur, entoure de toutes parts le « château ». C’est ainsi que les gens nomment cette grande bâtisse à l’allure de forteresse. Inhabitée, elle est en vente depuis bien longtemps. La petite est désespérée, elle se lamente : je passe en 6e ! Tous mes efforts furent vains. C’est à cause du français, il a compensé la note bien trop basse des maths. J’en ai par-dessus la tête, je vais encore devoir faire ma place ailleurs, dans un collège ! J’en ai marre de faire le trou de ma vie dans un tas d’endroits dont je ne profite jamais. Quand mon nid est fini et devient un peu confortable, on m’envoie ailleurs. Je n’aime que la solitude et la tranquillité, ce en quoi je dois être la seule au monde. Les gens prennent 7 tellement de plaisir à se réunir que j’ai un peu honte d’être si sauvage. Je ne me suis jamais faite au monde qui m’entoure, je vis dans mon univers à moi ! Celui que je fais à mon idée en choisissant aussi bien le décor que les personnages. Cette entrée en sixième va encore bouleverser ma vie, me faire subir « les autres » que je ne peux ignorer complètement, hélas ! Elle va m’obliger à me faire admettre telle que je suis, et ce n’est pas facile. Les « gosses » sont tellement moqueurs et si peu ouverts à l’idée que je me fais de « ma » vie. Après tout ! C’est la mienne non ? Je n’ai pas envie de partir d’ici. Pour une fois, je suis bien. Mes « parents d’accueil », me fichent la paix dans la mesure où je ne les ennuie pas. J’ai connu pire, certains étaient franchement pénibles. Je suis leur première pupille, ils viennent seulement d’obtenir l’agrément. Arthur, le mari, je le soupçonne de m’accueillir uniquement pour l’argent qu’il reçoit chaque mois pour me garder. Gisèle, sa femme, est un peu plus… comment dire « maman » avec moi, parfois elle m’embrasse gentiment. Mes parents, les vrais, je ne les connais pas. Eux non plus ne me connaissent sans doute pas. Je dois être le fruit de cet éclair qui illumine deux personnes et qui, comme une étincelle, s’éteint plus vite encore qu’il ne s’est allumé. Née sous X, qu’ils ne comptent pas sur moi pour les chercher, ils peuvent toujours courir ! Je suis ici depuis huit mois, et comme je l’ai dit, j’ai le tort de m’y trouver assez bien. Arrivée au bout du mur, elle poussa le portillon donnant accès à un coquet pavillon dressé à l’ombre 8 du mur, qui après un angle droit, s’étire encore sur tout le côté. À peine eut-elle mis un pied sur le carrelage de l’entrée, Gisèle se rua sur elle, la prenant dans ses bras, presque en pleurant. – Tu passes en 6e nous avons reçu le courrier ce matin, tu es une bonne fille. Que puis-je répondre à un tel enthousiasme ? Rien ! Aussi je me tais. Connaissant mon caractère, Gisèle ne s’étonne pas du peu de cas que je fais de cette nouvelle. – Suis-je bête, on te l’a dit à l’école ! Allez viens goûter, c’était le jour du poisson à la cantine, je suis certaine que tu n’as rien mangé. Cette sollicitude devrait me toucher, mais elle me laisse indifférente. Quand j’arrivai ici, je venais d’une famille d’accueil où il y avait quatre autres gosses : deux légitimes et trois « abandonnés » moi comprise ! C’était l’enfer, il y en avait toujours un qui voulait jouer avec moi, ça allait du football aux petits chevaux, un calvaire ! L’assistante sociale qui venait parfois parler aux parents d’accueil, est venue pour me voir. Moi ! J’en fus très surprise. – Nous venons de donner l’agrément à une nouvelle famille d’accueil. Ce sont des gens un peu plus âgés, très gentils. Pour leur première garde, je souhaite leur confier quelqu’un qui ne donnera pas trop de mal. Quelqu’un de sage, facile à élever en somme. J’attendais la suite prévoyant encore un déménagement. 9 – J’ai pensé à toi ! Tu es exactement l’enfant qu’il faut à ces nouveaux agréés. Bien entendu si tu veux rester ici, tu peux ! Je ne veux pas te contraindre, je sais que tu as déjà subi beaucoup trop de changements de famille. Un miracle, un vrai miracle, moi, je ne rêvais que de partir de cette maison, certes, agréable, mais trop bruyante et remuante, on venait me le proposer. – Combien d’enfants, y aura-t-il là-bas ? j’ai demandé, un peu méfiante tout de même ! On sait ce que l’on quitte… – Il n’y aura que toi. Compte tenu de leur âge, ils n’ont qu’un agrément et ils n’ont pas d’enfant à eux. Ouaouuh ! Un rêve, un seul agrément, donc il n’y aura qu’un seul gamin : moi ! Reste à savoir si nous arriverons à nous supporter, il y a des familles d’accueil invivables. – Si tu veux, je t’emmène les rencontrer, tu jugeras sur place s’ils te plaisent et si leur maison te convient. Je fis semblant de réfléchir et de trouver cette précipitation idiote, mais en vérité, je bouillais d’impatience. – Tout de suite ? – Si tu veux. Si je veux ! Tu parles, et comment, je veux ! Nous voilà partis. Une demi-heure plus tard nous longions le mur du château. La maison en pierre me sembla bien tenue, une cour devant et un bon bout de jardin derrière. La porte s’ouvrit toute grande avant même que nous eussions le temps d’ouvrir la portière pour descendre de voiture. Une femme assez jolie, grande, les cheveux châtains, les yeux verts, la petite 10 quarantaine, nous invita à entrer d’un air affable, en s’excusant : – Mon mari n’est pas encore arrivé, il ne va plus tarder. Alors c’est toi la gamine ? Tu sembles bien mignonne et tu es magnifique. Je n’ai ni démenti, ni approuvé, silence total. J’en ai connu des compliments du premier moment qui se sont soldés par des « fous le camp » en même pas huit jours. Toutefois, pour être honnête, je dus reconnaître que cette dame me sembla sincère. Nous visitâmes sa maison proprette et bien rangée. – C’est la chambre que nous avons préparée pour l’enfant. Nous ne savons pas si ce sera une fille ou un garçon. Il pourra l’arranger à son goût. – Elle est bien, je vous assure, j’ai vu bien pire que cet endroit… Si vous pouviez choisir, demandais-je timidement, je ne pense pas que ce soit le cas, mais vous préféreriez une fille ou un gars ? – Pour moi, sans hésitation une fille, dit-elle en s’assurant que l’assistante sociale s’était éclipsée discrètement. Mon mari, je ne sais pas, enfin, je crois qu’il s’en fiche. Je réfléchissais à toute vitesse, belle chambre, maison correcte, une femme gentille qui préfère une fille. Aucun autre gamin dans les parages et moi je suis en tête de liste. Si je laisse passer un truc pareil, je suis dingue. Nous descendîmes dans la salle à manger, où l’assistante nous attendait en parcourant des papiers. Nous bûmes qui un thé, qui un chocolat, dans un silence qui me rassurait. La pièce était classique, une télévision face au canapé, une table ronde, six chaises un peu rococo, et un grand buffet genre living. Nous 11 échangions des propos polis quand un homme entra dans la pièce. La quarantaine, plus beaucoup de cheveux, assez grand, habillé classique. Le type même de l’employé de bureau sérieux comme les aime les patrons. Il vint me tendre la main en cherchant mes yeux. J’eus un moment de flottement. Son regard vert était pointu comme un silex. Ses yeux eurent comme une attention méchante et me firent grande impression. Malgré tout ce que je pensais il y a un instant, je n’avais plus aucune envie de venir dans cette maison subir ces regards si hostiles. – Tu sais, petite, il a l’air mauvais mon Arthur, mais il ne faut pas t’arrêter pas à son air. C’est le meilleur des hommes. Nous sommes mariés depuis vingt ans. Et il ne m’a jamais disputée. Il n’élève même pas la voix, affirma Gisèle souriante. Nous bûmes une seconde tournée avec l’homme de la maison. À peine la tasse reposée, il me proposa de visiter son œuvre. Il est vrai que son jardin est magnifique. Les salades ont toutes le même espacement, les rangées sont tirées au cordeau. Le bord de la pelouse est rectiligne. Il me prit doucement la main pour y déposer une coccinelle qu’il venait d’attraper sur une feuille. – Ici, dit-il en montrant un carré d’environ trois mètres sur trois, c’est le coin que j’ai réservé pour l’enfant. S’il veut s’en occuper ! S’il ne le souhaite pas, j’y planterais quelque chose, des fraises sans doute. Bizarrement, l’idée que ce bonhomme était prêt à partager sa passion me fit chaud au cœur. Je remarquai que toutes les planches de légumes étaient tournées vers le grand mur. 12
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