ROMAN La vendetta de la princesse Serena - Page 3 - le dernier roman de François Julien BIANCONI en exclusivité François Julien Bianconi La vendetta de la princesse Serena Roman Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur 75008 Paris – 2008 Tous nos livres sont imprimés dans les règles environnementales les plus strictes Il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement la présente publication sans autorisation du Centre Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS – Tél. : 01 44 07 47 70 / Fax : 01 46 34 67 19. © Éditions ÉDILIVRE APARIS Collection Coup de cœur ISBN : 978-2-35335-185-5 Dépôt légal : Avril 2008 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 1 Rencontre et outrage Le bleu de la mer dans la baie de Crovani transparaissait au travers d’austères rameaux. Cette végétation sauvage habillait de sa parure désordonnée ocre et verte le lieu-dit Lutzibeu, sur le territoire de Calenzana. À proximité du pont de l’Urtacciu, sur une éminence émaillée de résurgences rocheuses, au voisinage immédiat de la tour génoise carrée Torra Mozza, se déployait la propriété du prince, dominée par une impressionnante bâtisse. Se dressant sur quatre niveaux, elle tenait plus du manoir que du pavillon de chasse. Les Calenzanais 1 savaient que le prince vivait là, en compagnie de sa maîtresse Nina. En dépit de l’absence de mariage civil, il lui avait cependant glissé au doigt un anneau nuptial béni par l’abbé Casanova. Humilié par son cousin germain, Napoléon III, il s’était retiré du monde au creux de ce paysage grandiose mais plutôt austère. Il se trouvait proche du 1 Habitants du village de Calenzana. hameau de San Quilicu et situé à une dizaine de kilomètres de Calvi de même que du petit port de pêche de Galeria. Chaque fois que nécessaire, il arborait ostensiblement sa qualité de prince… de surcroît un prince de souche napoléonienne qui, hélas, ne se révéla pas toujours charmant ! Cependant les villageois l’appréciaient au plus haut point. Il leur avait généreusement offert une imposante fontaine se dressant fièrement sur la place principale du village et alimentant Calenzana en eau potable. Une telle commodité était rare dans l’île. Les habitants du canton et notamment les Calenzanais ne furent pas ingrats et votèrent pour la candidature princière aux élections législatives du 7 juin 1863. Malheureusement, Napoléon III s’opposa à son élection, au profit du candidat officiel Abbatucci. L’empereur se méfiait de son imprévisible cousin germain. Il est vrai que depuis sa prime adolescence il traînait derrière lui un lourd passé. Il n’en restera d’ailleurs pas là ! En Corse, il était respecté et craint, en raison de sa réputation sulfureuse, de son impulsivité et de sa violence. En juillet 1864, le prince accepta, finalement, la présidence du conseil général de son île. Enivré par l’air ardent de ces espaces, il passait le plus clair de son temps à la chasse, en présence d’amis et de suiveurs. En de longues chevauchées, il chassait différents gibiers. La fringante paysanne des environs que ses vieux parents envoyaient aux champs, ne le laissa pas indifférent. Il s’approcha subrepticement de la ravissante adolescente affairée aux durs labeurs de la terre. – Continuez sans moi, lança-t-il à sa meute ! Alors que les chasseurs s’éloignaient, il s’approcha imposant, massif, dominateur et enserra dans ses robustes bras la nymphe du maquis corse et lui déclara : – Je suis le prince Pierre Bonaparte. As-tu entendu parler de moi ? – Oui prince, balbutia-t-elle. – Comment t’appelles-tu ? – Maria… Maria Lecca. Maria, tenta de se dégager sans succès. Le prédateur entraîna sa « proie » tétanisée au pied d’un chêne rabougri offrant cependant suffisamment d’ombre. Il arracha sa blouse et sa longue jupe. Elle était nue. – Non, non, supplia-t-elle, toute tremblante ! Une dernière fois, elle tenta de se dégager des griffes de son agresseur. – Tu es à moi, rétorqua le prince ! Ses pulsions assouvies, il abandonna à son triste sort, la jeune femme désemparée, au côté de ses vêtements épars. – Nous nous reverrons, lui dit-il. Tu es désirable ! Ce propos fit naître au tréfonds de la jouvencelle plus de terreur que de plaisir. Dans le même temps, le prince, d’une virilité débordante, honorait sa maîtresse devenue son épouse, au moins devant Dieu. Nina attendait un enfant et plus les journées s’égrenaient, plus souvent restait-elle recluse dans son immense demeure. Par contre, le prince ne changea rien à ses habitudes chasseresses, dorénavant élargies aux dispositifs de rabattage de la nymphe. À de nombreuses reprises, elle chercha désespérément à éviter son chemin. Le sachant, il envoyait sa meute de chasseurs et suiveurs d’un côté, ce qui poussait sa jeune proie vers des filets tendus par ses soins, d’un autre côté. Désespérée, cette dernière se retrouvait à nouveau dans ses bras refermés sur elle, telles les deux mâchoires d’un piège. Désormais, sans qu’elle ne puisse même protester, il en abusa à sa guise. Elle n’osait souffler mot à ses proches du cauchemar qu’elle vivait. Le contraire eut été pour elle le déshonneur absolu. La situation se reproduisit plusieurs fois, au point que la jeune femme appréhendait de s’éloigner de chez elle. Nina, finit par mettre en doute la fidélité de son époux volage. En effet du haut de la grande salle du château, elle en observait les manœuvres équivoques au large de la ferme des Lecca, alors que la paysanne s’adonnait aux travaux des champs. Elle se contraignit à s’abstenir de toute question sur le sujet ; elle connaissait trop l’emportement et la violence du prince. Dumè, le frère de Maria se rendit progressivement compte que le tourment s’était emparé de sa sœur bien-aimée. La tristesse avait envahi son regard, alourdi sa démarche, dévoilé la pâleur de son visage. Alors qu’ils s’affairaient tous les deux dans les champs, il s’ouvrit de ses inquiétudes auprès de sa sœur. Elle fondit en larmes, se réfugia au creux de son épaule et épancha le secret qu’elle gardait, jusqu’alors, enfoui au plus profond de son être. Évidemment, il était impossible de s’en prendre à la maisonnée princière. Ou alors… ce serait la vendetta ! Maria, dont le ventre s’arrondissait un peu chaque jour, ne put dissimuler plus longtemps son état. Le prince Pierre menait sa horde de chasseurs à la poursuite d’un sanglier. Sans vergogne, ils saccageaient les cultures de céréales si durement semées. Les ensemencements des Lecca ne furent pas épargnés. Armé de deux fusils, Dumè s’embusqua sur le passage du seigneur et de ses sbires. Se tenant malgré tout à distance, il les mit en joug en criant : – Firmata… firmata ! 2 S’adressant à l’altesse, il le traita de brigand, vandale, et surtout de violeur de sa sœur. Il lui annonça alors qu’il allait venger l’honneur de sa famille dans le sang. Un des acolytes leva son arme, prêt à faire feu ; Dumè l’abattit et demanda aux autres de jeter leurs armes au sol. Le prince Pierre, non dénué de courage et fin cavalier, cabra son cheval, menaçant de la sorte le tireur. Dumè fit à nouveau feu, cette fois-ci à la tête du coursier qui, terrorisé, s’emballa, emportant son cavalier dans un galop effréné. Le fils Lecca tira un ultime coup de fusil en direction du fuyard puis profita du désarroi de la troupe pour s’enfuir et prendre le maquis. Nina tenue au courant de l’incident par des familiers se mit en tête de neutraliser Maria, d’une 2 Arrêtez…arrêtez façon ou d’une autre. Il était maintenant notoire que la nubile portait en elle un enfant d’essence princière, du même sang que celui du bébé à qui elle devait prochainement donner le jour. En conséquence, elle se tourna vers sa femme de chambre, également sa confidente. Cette dernière lui promit de s’entretenir du sujet avec son mari et d’envisager de la sorte ce qui pourrait être fait. À peu de temps de là, Roland vint au monde, au sein de l’immense résidence de Lutzibeu. Penchés sur son berceau, les parents princiers s’éprirent follement de leur héritier. Sur l’insistance de Nina, tout ce beau monde décida de regagner le continent, plus particulièrement la rue d’Auteuil à Paris. N’ayant pas eu le loisir de mettre à exécution l’élimination de sa rivale, dans un moindre mal, elle éloignait de la sorte le prince de la paysanne corse. C’est avec un profond soulagement que les Lecca apprirent le départ de leurs encombrants voisins pour d’autres cieux. Se glissant parmi les ombres nocturnes, Dumè quitta le maquis et regagna discrètement le domicile familial. Avant de frapper à la porte, il demeura de longues minutes dissimulé dans une remise et s’assura que personne n’observait les alentours de la ferme. L’instant de surprise passé, dès qu’il eut franchi le seuil de la demeure, Maria submergée de joie, lui sauta au cou, sa mère se mit à pleurer, son père l’embrassa et lui déclara : – Maria, nous a informés ! Ô Dumè nous te sommes infiniment reconnaissants d’avoir lavé notre honneur. Tu as fait ton devoir de fils et frère, nous en sommes fiers. Dommage que tu n’aies pas abattu ce sucicone 3 de prince. Enfin maintenant, il a regagné le continent ! S’il veut encore vivre quelques années, il n’a pas intérêt à se remontrer par ici ! Le cavalier sur qui tu as tiré, n’a été que blessé au bras. C’est un ami du palefrenier du château. Nous l’avons rencontré pour lui faire part du viol répété de Maria. Il ne fut pas surpris. Peut-être connaissait-il les agissements de ce brutteghju 4 de prince ? Une certitude : il a très bien compris ton geste et te pardonne. Il ne t’en garde pas grief et ne portera pas plainte. Je lui ai offert 50 kilogrammes de notre bon miel. Tu peux donc revenir à la maison en toute tranquillité. 3 4 Salaud ordure, saleté (au sens figuré). 2 Naissance d’un fils Dans peu de jours, la froidure du mois de décembre apportera les offrandes de Noël. Les Calenzanais allumeront et entretiendront, durant la semaine entière, le feu de Noël sur la place de l’église. Sous les proches frondaisons des chênes chétifs, Dumè et sa sœur s’activaient au ramassage du bois de chauffage. – Repose-toi ! Tu vois bien qu’avec ton gros ventre, tu ne peux plus te baisser. Tu t’épuises inutilement ! – Tu as raison, mon frère ! Mais je ne vais pas rester les bras croisés à te regarder travailler. Épuisée, elle s’était appuyée contre un tronc d’arbre et contemplait son frère à l’ouvrage. Par instants, son regard se perdait sur les flots qui dansaient dans le lointain. Une heure s’était à peine écoulée que Maria poussa un cri, plaçant ses deux mains sur son ventre rebondi. – J’ai une douleur au ventre… c’est le bébé !
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