50 ans de premières fois / 50 years of discoveries - Page 1 - 50 ans de premières fois est le titre d’un Hors série rédigé à l’occasion de l’anniversaire de la Semaine. Ce magazine bilingue (français/anglais) rappelle, au travers d’articles, critiques, entretiens et portraits, 50 ans de découvertes cannoises au sein 50 ANS DE PREMIÈRES FOIS 2011 50 YEARS OF DISCOVERY Éditoriaux Editorials Aux premiers jours de la Semaine… The first days of “the Week”… Les années 60 The Sixties Bernardo Bertolucci, Philippe Garrel, Jean Eustache, Jerzy Skolimowski, Dusan Makavejev, Sembene Ousmane… Les années 70 The Seventies Denys Arcand, Merzak Allouache, Victor Erice, Ken Loach, Benoît Jacquot… Les années 80 The Eighties John Sayles, Wong Kar-wai, Amos Gitai, Idrissa Ouedraogo, Leos Carax… Les années 90 The Nineties Guillermo Del Toro, Arnaud Desplechin, Jacques Audiard, Andrea Arnold, Gaspar Noé… Les années 2000 The Millenium Ronit Elkabetz, Alejandro González Iñárritu, Bertrand Bonello, Keren Yedaya, Julie Bertuccelli… 2010 To be continued La Semaine continue de miser sur l’avenir du cinéma La Semaine is still betting on new talent Annexes Palmarès Awards Réalisateurs Directors Comités de sélection Selection Committees Remerciements et crédits Acknowledgements and credits SOMMAIRE SUMMARY 5 10 14 28 40 50 62 76 87 89 95 96 5 60 70 80 90 00 10 TROMBONE Hubert Toint RUMBA Dominique Abel, Fiona Gordon & Bruno Romy HARRAGAS Grégory Lecocq CALVAIRE Fabrice du Welz VASE DE NOCES Thierry Zeno LA MÉMOIRE FERTILE Michel Khleifi NUAGES Marion Hänsel WBimages.be Une division du 50 ANS DE CINÉMA BELGE FRANCOPHONE À LA SEMAINE DE LA CRITIQUE BON ANNIVERSAIRE ET... MERCI! VOLEURS DE CHEVAUX Micha Wald DÉJÀ S’ENVOLE LA FLEUR MAIGRE Paul Meyer UBU Manuel Gomez LE RÉVEIL Marc Henri Wajnberg LE GRAND VENT Valérie Liénardy SIGNES DE VIE Arnaud Demuynck ALICE ET MOI Micha Wald LE DERNIER RÊVE Emmanuel Jespers LE PENDULE DE MADAME FOUCAULT Jean-Marc Vervoort LE SIGNALEUR Benoît Mariage HOME Ursula Meier KOMMA Martine Doyen C’EST ARRIVÉ PRÈS DE CHEZ VOUS Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde DÉRAPAGES Pascal Adant En 50 ans, le monde du cinéma s’est beaucoup agrandi et les œuvres circulent mieux que jamais. Au point que les nouveaux modes de production et d’accès aux images rendent les films toujours plus nombreux, jusqu’à l’inflation. Ce qui rend le discernement d’autant plus nécessaire. Pourtant, l’industrie du cinéma et tout l’appareillage promotionnel, ainsi que nombre de vedettes sur les plateaux de télévision, adorent l’idée selon laquelle le public n’a pas besoin de critiques. Seuls les jeunes réalisateurs savent qu’il en va autrement. Les films qui tentent de briser le moule risquent toujours de décontenancer. Presque tous ceux qui ouvrent un anticonformisme, d’où qu’il vienne, sont de petites productions. Au point que « si une poignée de critiques ne prend pas la peine de les soutenir, le public les découvrira trop tard pour permettre aux metteurs en scène de continuer de travailler, et de faire vivre l’art du cinéma ». Cette remarque de la chroniqueuse américaine Pauline Kael date de 1974. Elle peut encore servir de guide mot pour mot à notre Semaine actuelle. Pour autant, les critiques français ne sont pas faits d’une essence supérieure. S’ils prolongent une tradition d’accueil bien ancrée dans notre pays, ils confrontent âprement leurs choix avant d’établir une sélection qui les rend davantage solidaires sitôt qu’elle est établie. Et cela, l’industrie elle-même peut le reconnaître qui, tout autant, a besoin d’éclairage dans la multitude. Il n’est qu’à parcourir cet ouvrage pour réaliser combien ce qui paraît insolite ou fragile un jour peut devenir fondateur par la suite. La Semaine, adossée depuis 50 ans au Festival de Cannes, n’a cessé d’y ajuster sa place pour que sa première marche mène à toutes les autres. Et le Syndicat Français de la Critique qui l’organise y puise son meilleur encouragement à poursuivre son geste. Dans un monde si profus, le vrai bien commun se nomme singularité. Et le plaisir de la guetter n’a d’égal que celui de la répandre, dès qu’on l’a trouvée. Vaste monde, plaisir singulier. Wide world, singular pleasure. In 50 years, the film industry has expanded a lot and work travels farther than ever before. One could point to the new means of production and easier access to image libraries to explain the increase in the number of films, beyond the saturation point, which make discerning judgment even more paramount. Yet, the industry and its promotional avenues, as well as many TV stars, love the idea that audiences no longer need critics. Only young filmmakers know that it’s quite the opposite. Films trying to break the mold can sometimes flounder. Almost all of them are low-budget productions. And “if a couple of critics do not support them, audiences may discover them too late, not allowing the director to keep making films”. This comment by American chronicler, Pauline Kael is from 1974. It could still be used as a warning to our Semaine critics today. Still, French critics are not superior to other critics. They carefully compare their choices before finalizing the selection which also brings them closer to each other once it is finished. And it needs to stand out amongst the multitudes. This publication is comprised of stories that prove that what is considered strange or fragile one day can become the norm later. La Semaine relies on the Cannes Film Festival, but has been adapting for 50 years, making sure its first steps will lead to others. The French Union of Film Critics runs the event, and provides all the encouragement it needs to continue its work. In a world so diverse, the true common good is called singularity. And the pleasure of searching for it only equals the pleasure of proliferating it, once it has been found. Jean-Jacques Bernard Président du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des Films de Télévision President of the French Union of Film Critics A Pierre Desproges Robert Chazal attrapa son pébroc et sortit du 85, rue Michel Ange. L’orage menaçait. Des taons attaquaient les passants comme les oiseaux d’Hitchcock. Chazal avait une assemblée de la Critique mais voulait passer à France-Soir pour engueuler Guiboud: il avait sucré une phrase de son papier. A la station Pompe, Chazal ne vit pas monter Benayoun précédé de Rébus, un boxer baveux qui ressemblait à Jerry Lewis. Au même instant, Roger Régent, quittant le 5 place Champerret pour l’assemblée, fut piqué par un taon. En entrant dans une pharmacie il tomba sur Jean Néry, piqué lui aussi. Quelle étrange coïncidence, dit Régent comme s’il parlait à son lecteur de la Revue des Deux Mondes. Jean-René-Pierre Goetgheluck Le Rouge Tillard des Acres de Presfontaines, alias Jean Mitry préféra rester chez lui pour finir sa Filmographie universelle en 35 volumes. Il fit bien: l’orage éclatait. Véra Volmane, qui présidait l’Association en tant que critique à Aux Ecoutes, ne sortit pas pour la bonne raison que l’assemblée se tenait dans son propre salon du 39 rue Rodier. Véra confectionnait une tarte, saupoudrant sa pâte de farine pour éviter l’adhérence du rouleau. Un taon vint se poser sur une quetsche. Son petit monde installé, Véra, ouvrit la séance en commençant par sa réélection. Puis, Jean Néry ayant été nommé secrétaire général adjoint, on passa aux choses sérieuses. Oui ou non, le comité d’attribution de la carte verte allait-il continuer à se conduire comme un gougnafier, demandèrent Cervoni, Capdenac et Marcorelles ? Guy Allombert était d’avis que oui, Chevassu gratta furieusement sa piqûre, geste considéré comme une approbation. Profitant que Rébus happait le taon coupable, Benayoun accepta d’être nommé juré FIPRESCI à la Mostra à condition que les chiens fussent admis et les taons remplacés par des moustiques. Ce qui fut voté à l’unanimité. Ces concordances montrent bien que, même au taon d’aujourd’hui, rien n’a changé. La concordance des taons Straight from the horsefly’s mouth This text was written by Gilles Jacob and is dedicated to Pierre Desproges, a French humorist who loved to observe people through the small end of the telescope and come up with situations such as this: “Giacomo Bonanomi turned himself in at dawn, at the Bergame police station. He pathetically confessed that he had just killed his wife ’because she would steal all the blankets’…" In this same tone, the President of the greatest film festival in the world, a former critic, had fun describing the first hours of La Semaine de la Critique, as if through the eyes of a horsefly. From this very unusual vantage point he was able to look over all of his colleagues at the time (Robert Chazal, Willy Guiboud, Robert Benayoun, Jean Néry, Roger Régent, Jean Mitry, Véra Volmane, Albert Cervoni, Michel Capdenac, Louis Marcorelles, Guy Allombert and François Chevassu) who decided, one day, to get together to create the foundation of La Semaine. To introduce what was to become an honorable institution in such a tone was to refuse to ride on one’s high horse. It is also a way to question with humor human initiatives, which often come from nothing much and end up being very noble. Back to the horsefly… It would be easy to compare this insect to a film critic. But we won’t! The only thing we can easily say, is that beneath his wise and diplomat appearance, Gilles Jacob is a true and brilliant humorist. Gilles Jacob Président du Festival de Cannes Adhérent du Syndicat Français de la Critique de Cinéma President of the Cannes Film Festival Member of the French Union of Film Critics E D I T O R I A L Prix du Syndicat de la Critique depuis 1946 It has been presenting the French Union of Film Critics’ Awards since 1946. Création de la Semaine de la Critique en 1962 It created La Semaine de la Critique in 1962. Présence nationale et internationale par l’intermédiaire d’adhérents en poste dans différentes structures nationales (commission de classification des films…) et jurys internationaux (Caméra d’Or, Fipresci…). Representing the Union, members are part of various national commissions (CNC, the French Film Board) and international juries (Caméra d’Or, Fipresci…). Le Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de Télévision compte 260 membres, critiques, écrivains et journalistes et a pour mission de resserrer les liens de confraternité entre ses membres, de défendre leurs intérêts moraux et matériels, d’assurer la liberté de la critique, de l’expression et de défendre la création cinématographique à travers différents évènements tout au long de l’année. www.syndicatdelacritique.com The French Union of Film Critics is an association composed of 260 members, which includes film critics, writers and journalists. Its mission is to protect freedom of speech and defend creativity in film in all its forms, hosting various events throughout the year. Les lauréats des Prix du Syndicat de la Critique 2010 au Théâtre du Rond-Point le 7 février 2011 7 Every year, the team at La Semaine de la Critique faces the same challenge: to garner blind trust (or almost) from the festival-goers so that they decide to come discover completely unknown directors during the Cannes Film Festival where the greatest filmmakers in the world are screening films! Festival-goers don’t complain…but you need to wait at least twenty years to be able to boast about having attended the first public screening of a future Palme d’Or winner (Ken Loach) or a future Jury President (Wong Kar-wai)! It may take 50, 35 or even 20 years before many of the “unknowns” from La Semaine become some of the major players in the film industry. But, in 1964, when La Semaine presented Bernardo Bertolucci, no one knew who he was… Same with Chris Marker the year before, or, after them, Jean Eustache, Jean-Marie Straub, Otar Iosseliani and Jacques Audiard (amongst others). By supporting a young director’s first steps, La Semaine prospers known for being the Selection of youth and discovery. The one where new trends are established. Work much easier to appreciate years later rather than right away! This year, La Semaine, which traditionally focuses on the future (presenting today tomorrow’s talents), allows itself to take a look at its past. A real rarity! This anniversary offers an occasion to review its history, year after year, decade after decade. Back to yesterday’s future… Jean-Christophe Berjon Délégué Général de la Semaine de la Critique Artistic Director of La Semaine de la Critique Il y a quelque chose de rassurant dans les célébrations, de réjouissant même. Elles permettent de prendre le temps de se souvenir et d’interroger l’avenir. La cinquantième édition de la Semaine de la Critique de Cannes est un bel anniversaire. Quand il a fondé Positif en 1952, Bernard Chardère s’entendit répondre par les distributeurs auxquels il expliquait que ce serait une revue critique : « Mais les gens qui critiquent, on n’en veut pas ». Il ne s’agit pas toujours de ça, « critiquer ». Réfutant toute frilosité, la Semaine a, dès sa création, réussi quelque chose d’inédit : associer le jugement à la découverte. Et n’a jamais manqué de générosité, ingrédient indispensable quand il s’agit de faire aimer. De son statut qui est de présenter exclusivement des premiers et deuxièmes films, elle a fait une règle. Et cette règle, par sa définition même, engendre une constante régénérescence. La Semaine de la Critique peut à bon droit dire qu’elle a non seulement soutenu mais révélé l’émergence de nombreux cinéastes et aussi mis en lumière de nombreuses cinématographies à travers le monde. D’autres festivals organisent des Semaines de la Critique, mais celle de Cannes est la plus ancienne. Pour nous, elle est davantage une «petite sœur», qu’une «section parallèle», expression maladroite: la Semaine est tout sauf parallèle, elle nous est proche et souvent conjointe, dans un dialogue permanent. Nous sommes heureux de l’accueillir cette année au Palais des Festivals pour sa soirée d’anniversaire. La 50e édition de la Semaine de la Critique The 50th edition of La Semaine de la Critique There is something reassuring about celebrations, delightful even. They allow us to take time to reminisce about the past and to question the future. The fiftieth edition of Cannes’ Semaine de la Critique is a great anniversary. When he founded Positif in 1952, Bernard Chardère explained that it would be a critics’ magazine, distributors muttered: “But we don’t want anyone criticizing our films”. It never was and still is not like this, “criticizing”. By being bold, La Semaine achieved something totally new early on: combining judgment and discovery. And it was never lacking in generosity, an essential ingredient when it comes to helping others appreciate work. Its guideline – to present first and second features – became a rule. And this rule cultivates constant rejuvenation. La Semaine de la Critique can objectively say that it has not only supported but has also discovered many filmmakers and drawn attention to many film industries all around the world. Other film festivals organize Critics’ Weeks, but Cannes’ is the oldest. For us, it is more like a “little sister” than a “parallel section”, which is an inaccurate description: La Semaine is anything but “parallel”, it is close to and often linked with us, we are always in a constant dialogue with each other. This year, we are happy to welcome its anniversary screening at the Palais des Festivals. E D I T O R I A L Thierry Frémaux Délégué Général du Festival de Cannes Artistic Director of the Cannes Film Festival Chaque année l’équipe de la Semaine de la Critique doit relever le même défi : susciter auprès des festivaliers une confiance aveugle (ou presque) pour les inciter à venir à la découverte de cinéastes totalement inconnus, en plein Cannes où, par ailleurs, sont programmés les plus grands maîtres du cinéma mondial ! Les festivaliers ne s’en plaindront pas… mais il leur faudra attendre une vingtaine d’années avant de s’enorgueillir d’avoir assisté à la première projection en public d’un futur lauréat de la Palme d’Or (Ken Loach) ou d’un futur Président du Jury (Wong Kar-wai) ! Car, 50 ans, 35 ans ou même 20 ans après, beaucoup des “inconnus” de la Semaine figurent parmi les plus grands noms du 7e art. Mais lorsque la Semaine présentait en 1964 Bernardo Bertolucci, il était un parfait inconnu… Tout comme Chris Marker l’année précédente ou, après eux, Jean Eustache, Jean-Marie Straub, Otar Iosseliani ou Jacques Audiard (parmi tant d’autres). Accompagnant les premiers gestes de jeunes cinéastes, la Semaine s’est ainsi imposé comme la sélection de la jeunesse, de la découverte. Celle où se révèlent les nouvelles tendances, où se déploient les premiers manifestes de nouveaux courants. Toutes choses plus faciles à mesurer après coup qu’à chaud ! Cette année, la Semaine qui est traditionnellement entièrement tournée vers le futur (présentant aujourd’hui même les futurs grands de demain), s’autorise à jeter un œil sur son passé. Une fois n’est pas coutume ! Cet anniversaire offrant l’opportunité de tracer un bilan de son activité, année après année, décennie après décennie. Retour vers le futur d’hier… Pacte de confiance An Unspoken Trust “Professionnels du cinéma, à vos côtés tout au long de la vie” dans… RETRAITE ACTION SOCIALE ET PRÉVENTION SANTÉ CENTRE MÉDICAL PRÉVOYANCE SERVICES AUX PROFESSIONS 9 What a great year for cinema with two important anniversaries to celebrate. I am delighted to send my congratulations to La Semaine de la Critique. For the past 50 years La Semaine de la Critique has remained true to its tradition of discovering new talent. And what talent! Many of the directors it has discovered are now well-known and well-established. Your commitment and enthusiasm to finding and encouraging the best new filmmakers - and showing their films - is appreciated by both the industry and the public. Allow me to draw a parallel with the European Union’s MEDIA programme. Next to you, MEDIA is just a “youngster”, but we share the same love for cinema and for discovering new talent - while also supporting more established directors and the cinema industry as a whole. “Europe Loves Cinema” is more than a slogan – it represents our shared commitment to cultural diversity and an experience which can move our hearts and minds like no other. Since its launch in 1991, the MEDIA programme has been a success story, helping to bring many superb films to the screen all over Europe, including more than a dozen Oscar and Palme d’Or winners.Through its funding, the MEDIA programme has strengthened diversity and cooperation in the European audiovisual sector, as well as creating new business opportunities and jobs. I would like to wish continued success to everyone connected with La Semaine de la Critique and with the MEDIA Programme. Happy Birthday LA SEMAINE DE LA CRITIQUE and Happy Birthday MEDIA! ec.europa.eu/media Europe loves cinema VISIT US AT THE MARCHÉ DU FILM Quelle belle année pour le cinéma avec la célébration de deux anniversaires importants. Je suis heureuse de pouvoir féliciter la Semaine de la Critique qui, depuis 50 ans, est restée fidèle à sa tradition de découverte de nouveaux talents. Et quels talents ! De nombreux réalisateurs ayant fait leurs débuts à la Semaine sont aujourd’hui de grands noms du cinéma mondial. L’investissement et l’enthousiasme dans la recherche et le soutien des jeunes auteurs et leurs films sont appréciés des professionnels et du grand public. J’aimerais faire un parallèle avec le Programme MEDIA de l’Union Européenne. Même si MEDIA est plus « jeune » que la Semaine, nous partageons le même amour du cinéma et de la découverte de nouveaux talents, tout en soutenant des réalisateurs plus confirmés et l’industrie cinématographique dans son ensemble, « Europe Loves Cinema » étant bien plus qu’un slogan. Cette même passion représente notre engagement commun pour la diversité culturelle et ces histoires qui peuvent toucher nos cœurs et nos esprits. Depuis son lancement en 1991, le Programme MEDIA a été un réel succès, aidant un grand nombre de films magnifiques à être distribués partout en Europe, y compris plus d’une douzaine de lauréats d’Oscar et Palmes d’Or. Grâce à ses financements, le Programme MEDIA a renforcé la diversité et la coopération dans l’industrie audiovisuelle européenne ainsi que la création de nouvelles opportunités professionnelles. Je souhaite une bonne continuité à toutes les personnes en lien avec la Semaine de la Critique ainsi que le Programme MEDIA. Bon anniversaire à LA SEMAINE DE LA CRITIQUE et bon anniversaire à MEDIA! 50 ans de la Semaine de la Critique, 20 ans de MEDIA 50 years of La Semaine de la Critique, 20 years of MEDIA la Semaine de la Critique s’attache à débusquer de nouveaux talents en mettant en lumière les premiers et deuxièmes films d’auteurs issus des quatre coins du monde. Cinquante années jalonnées de joyaux cinématographiques, qui ont permis à de jeunes réalisateurs de se faire connaître et d’acquérir une notoriété sur la scène internationale en profitant d’une exposition unique au sein du plus grand festival du monde, le Festival de Cannes. Nombre d’entre eux, parmi lesquels Bernardo Bertolucci, Jean Eustache, Otar Iosseliani, Philippe Garrel, Jacques Audiard ou encore Arnaud Desplechin, pour ne citer que ceux là, sont «nés» pendant le Festival de Cannes grâce à la Semaine de la Critique, qui a su aussitôt repérer leur potentiel artistique. La recherche des talents de demain, l’émergence de nouveaux auteurs, sont au cœur des préoccupations de cette manifestation devenue « culte » pour tous les cinéphiles. Cette ambition rejoint la vocation du CNC, qui accompagne cet événement depuis ses débuts, et qui, grâce à des dispositifs très complets d’aides à la production et à la diffusion, permet aux jeunes artistes de réaliser leurs rêves sur pellicule. Je veux évidemment redire l’attachement du CNC à soutenir cette précieuse et incontournable section parallèle du festival de Cannes et son regard particulier sur la création mondiale, et transmettre mes félicitations et remerciements à Jean-Christophe Berjon, Délégué Général, ainsi qu’à toute l’équipe organisatrice de la Semaine de la Critique, pour leur formidable travail en faveur du rayonnement du 7e art à travers le monde. Très bon anniversaire à la Semaine de la Critique qui, à n’en pas douter, nous réservera de belles surprises et des découvertes prometteuses ! Depuis cinquante ans déjà, For fifty years now, La Semaine de la Critique has continued to discover new talent by targeting first and second feature films by filmmakers from all around the world. Fifty years highlighted by cinematic treasures that have launched young directors from unknown to becoming well-known on an international level thanks to their unique exposure within the biggest film festival in the world: Cannes. Many of them, including Bernardo Bertolucci, Jean Eustache, Otar Iosseliani, Philippe Garrel, Jacques Audiard and Arnaud Desplechin, to name only a few, were “born” in Cannes thanks to La Semaine de la Critique which was able to spot their artistic potential early on. Looking for tomorrow’s talent, the emergence of new filmmakers, is chief among their concerns for fulfilling their mandate and has become “cult” among cinephiles. This objective is similar to the CNC’s job, which has been supporting this event since the beginning and which, thanks to funding for production and distribution, allows young artists to put their dreams on film. I want to reiterate the CNC’s commitment to supporting this precious and incontrovertible parallel section within the Cannes Film Festival and its unique view of the world’s creations, and to congratulate and thank Jean-Christophe Berjon, Artistic Director, along with the entire team at La Semaine de la Critique for the incredible work they do to help cinema shine all around the world. A very happy birthday to La Semaine de la Critique which will, without a doubt, again offer great surprises and promising discoveries! E D I T O R I A L Androulla Vassiliou Commissaire en charge de l’Éducation et la Culture Commissioner responsible for Education and Culture Eric Garandeau Président du Centre National du Cinéma et de l’image animée President of the CNC (National Center of Cinematography) 11 J’AI UNE IDÉE ? J’écris le scénario Je fais une suite J’adapte un livre à succès BESOIN D’UN STORY-BOARDER UN FILM DE SCIENCE-FICTION EST-CE QUE Envoyer des synopsis dans le Tout-Paris Réunir une équipe OUI NON q’ | chef op | ingé son | perchman | 1er , 2e , 3e assistant TROUVER PLUSIEURS COUSINS J’ai un cousin qui dessine bien Trouver un producteur Un courtmétrage, c’est bien aussi USA Europe Inde Rôle de la bimbo : Gérard ? Bernard ?? Alice ??? Second rôle : l’homme viril Le rôle titre : l’extraterrestre Peau verteTrois doigts Trouver un petit rôle pour ma nièce John a filmé son fils à la kermesse l’an dernier Comment faire un deuxième film ? Appeler mon oncle mafieux EST-CE QUE J’AI L’ARGENT NÉCESSAIRE ? POUR LE MONTAGE OUI NON MAUVAISESMAUVAIS OK Ça coûte 10000 BIIIIMMMLui résumer le film SMAAACK OUI NON NON NON OUI NON Appeler des copains J’engage des pros MON ACTRICE PRINCIPALE ACCEPTE-T-ELLE DE JOUER NUE ? IL ME FAUT DE LA MUSIQUE POUR LA BANDE-SON PROMOBOX-OFFICE Rajouter des plans avec elle POUR LA DISTRIBUTION Prévoir une doublure nue L’orchestre philharmonique de Berlin L’orchestre philharmonique de Melun Et si je cherchais OUI NON CRITIQUES POUR LES EFFETS SPÉCIAUX, TOURNER SUR FOND VERT CASTING Hawaï ?Londres ?Studio! BONNESBONMIROBOLANT Retoucher la bimbo Prévoir stock de lunettes Du théâtre ? Mettre 3D sur l’affiche OK Non, ils préfèrent faire un remake Oui, mais ajouter des scènes de danse journaux télé festivals pigeon voyageur J’AIENVIEDEFAIREUNFILM Lequel ? On ne le voit plus sur fond vert Revendre une demi-tonne de peinture verte Acheter une demi-tonne de peinture verte On va avoir un problème avec Je fais un director’s cut SORTIE EN SALLE IL RESTE DE L’ARGENT -PRÉ- PRODUCTION TOURNAGE -POST- PRODUCTION CONCEPTION NON DU COURT AU LONG MÉTRAGE, ¢ SOUTIENT TOUS CEUX QUI FONT LE CINÉMA Partenaire officiel de la Semaine de la Critique De vampires ? Lire d’autre livres ! Un film c’est plus de 1000 dessins Voir club de fitness Voir club de strip-tease l’extraterrestre à faire autre chose ? M oment fort de la carrière de cinéastes émergents, la Semaine de la Critique est aussi un enjeu important pour les jeunes compositeurs qui, pour nombre d’entre eux, y reçoivent une première reconnaissance professionnelle. La rencontre précoce d’un compositeur et d’un cinéaste est un moment émouvant, qui parfois se prolonge en une collaboration durable. Quand Barbet Schroeder présente More en 1969, l’œuvre, devenue depuis un film-culte, propose une BO de quatre jeunes presque débutants, Pink Floyd. La musique contribuera au succès du film qui amplifiera la notoriété du groupe. Il retravaillera en 1972 avec eux pour un autre film important, La Vallée, à l’aube de leurs années glorieuses. Lorsque Prima della rivoluzione du jeune Bertolucci est remarqué à Cannes en 1964, la maîtrise d’Ennio Morricone est elle aussi saluée par la critique. Trois collaborations encore associeront les deux hommes. Jacques Audiard et Alexandre Desplat offrent un exemple similaire : ils travaillent régulièrement depuis Regarde les hommes tomber projeté à Cannes en 1994. En 2000, la découverte éblouie du premier film d’Alejandro González Iñárritu, Amours chiennes, révèle aussi son compositeur, Gustavo Santaolalla qui a signé les musiques des films suivants du réalisateur. Quant à Grégoire Hetzel, il est celui dont les musiques ont été et seront le plus souvent diffusées dans les sélections de la Semaine. C’est qu’il n’est pas seulement attaché au parcours d’Arnaud Desplechin ; il a écrit aussi la musique des Amitiés maléfiques d’Emmanuel Bourdieu projeté en 2006, celle des Méduses d’Etgar Kerel et Shira Geffen en 2007. Exemple rare d’un compositeur qui met sa jeune notoriété au service de premiers ou deuxièmes films de réalisateurs en devenir… T he "Semaine de la Critique" is not only a key event in the career of an emerging film-maker: the stakes can also be high for young composers, some of whom gain recognition for their work for the first time. The encounter between a composer and a film-maker early in their careers can be moving, and can sometimes lead to a long-term working relationship. The soundtrack to Barbet Schroeder's film More, presented in 1969, was by four youngsters who were practically just starting out on their careers: Pink Floyd. The music contributed to the success of what has since become a cult film. And the film nudged the group into the limelight. The movie director went on to work with them again on another important film, The Valley, in 1972, at the dawn of their glory years. When Prima della rivoluzione by a young Bertolucci made its mark in Cannes in 1964, the mastery of Ennio Morricone also received rave reviews. The two men went on to work together on three further occasions. Jacques Audiard and Alexandre Desplat constitute a similar example: they have worked together regularly since See How They Fall screened in Cannes in 1994. In 2000, the amazing discovery of Alejandro González Iñárritu's first film, Amores Perros, also revealed composer Gustavo Santaolalla; he went on to write the soundtracks to the director's following films. The composer whose music has been - and will be - the most frequently heard during the "Semaine" is Grégoire Hetzel. Not only does he have ties with the career of Arnaud Desplechin, but he also wrote the music for Poison Friends by Emmanuel Bourdieu screened in 2006, and Jellyfish directed by Etgar Kerel and Shira Geffen in 2007. He is a rare example of a composer placing his own few years of fame at the service of the first or second film of a budding director. Quand la musique fait son cinéma… Big screen music…EnnioMorricone©FerdinandoScianna/Magnum PinkFloyd©LFI/Cosmos AlexandreDesplat©MarcChesneau 1961Dans l’effervescence des nouveaux cinémas qui éclosent un peu partout dans le monde et particulièrement au Brésil (le Cinema Novo), en Grande Bretagne (le Free Cinema) et en France (la Nouvelle Vague), l’Association Française des Critiques de Cinéma, alors présidée par Roger Régent, souhaite apporter son concours au Festival de Cannes. Il propose à Robert Favre Le Bret, Délégué Général de la manifestation, la programmation du film indépendant américain The Connection, adaptation de la pièce homonyme de Jack Gelber, créée par le Living Theater. Il s’agit du premier long métrage de Shirley Clarke, une jeune cinéaste new yorkaise. Elle suit les pas d’un jeune réalisateur tournant un film sur des musiciens et artistes drogués qui attendent chacun leur dealer, la même personne. Robert Favre Le Bret accepte et le film est présenté, hors compétition, le lundi 15 mai 1961 dans la salle Cocteau de l’ancien Palais. La projection suscite de nombreuses réactions, très contrastées: « Un film qu’on n’oublie pas » écrit Jean de Baroncelli dans Le Monde. The Connection ne sortira pas tout de suite aux Etats-Unis car le Code Hays sévit encore. Censuré pour sa vulgarité, le film commencera une carrière confidentielle l’année suivante. Un premier film, une forme et un fond dans l’air du temps, une indépendance de ton et de production… L’esprit de la future Semaine flotte déjà sur cette unique séance. Entre le vol spatial de John Glenn et la crise des missiles de Cuba, les huit manifestants morts au métro Charonne et le suicide de Marylin Monroe, les accords d’Evian et l’indépendance de l’Algérie, le premier gouvernement Pompidou et l’attentat du petit Clamart contre De Gaulle, la victoire de la France au tournoi des cinq nations et celle du Brésil à la Coupe du Monde de football, l’année 1962, exceptionnelle pour les vins de Bourgogne, voit la naissance de la Semaine de la Critique. Robert Favre Le Bret – ayant été séduit par l’expérience The Connection, libre de toutes contraintes extra-cinémato- graphiques – demande une nouvelle fois à l’Association Française de la Critique de Cinéma, non plus de proposer un seul film mais une véritable sélection, sur une semaine, lui abandonnant la salle Cocteau. Nelly Kaplan baptise l’événement: ce sera «La Semaine de la Critique». Roger Régent demande à Louis Marcorelles de coordonner cette nouvelle manifestation à l’intérieur du Festival sous la présidence de l’incontournable historien du cinéma Georges Sadoul. Le règlement qu’il rédige n’évoluera pas beaucoup au fil des ans. Il s’agira de présenter les nouveaux courants et tendances du 7e Art par une série de premiers ou deuxième longs métrages inédits, fictionnels ou documentaires, de haute qualité et provenant si possible du monde entier. Ces films seront choisis par un comité de sélection composé de critiques français et étrangers résidant en France. La première Semaine, encouragée par Roberto Rossellini et dominée par Adieu Philippine de Jacques Rozier, se déroule du 14 au 21 mai 1962. 1514 AUX PREMIERS JOURS DE LA SEMAINE… THE FIRST DAYS OF “THE WEEK”… 1961 With the emergence of new cinematic trends appearing throughout the world and most especially in Brazil (Cinema Novo), United Kingdom (Free Cinema) and France (The New Wave), the French Association of Film Critics, whose President was Roger Régent, wished to participate and provide valuable assistance to the Cannes Film Festival. Roger Régent asked Robert Favre Le Bret, the Festival’s Artistic Director, to screen the independent American film The Connection, an adaptation of Jack Gelber’s play, created by The Living Theater. It was Shirley Clarke’s first feature film, a young filmmaker from New York. She follows a young director making a film about drug-addicted musicians and artists waiting for their dealer. Robert Favre Le Bret agreed and the film was presented, Out of Competition, on Monday, May 15, 1961 in the Cocteau Theater in the former Palais. The screening elicited diverse reactions: “A film you can’t forget” (Jean de Baroncelli in Le Monde). The Connection was not going to be distributed in the United States because of the Hays Code. Censored for its vulgarity, the film would start a covert run the following year. A first feature film, its style and content in the spirit of the times, independent in tone and production… The essence of the future “Semaine” was already developing even at this very first screening. Between John Glenn’s space flight and the Cuban missile crisis, the eight protesters who died at Metro Charonne (Paris), Marylin Monroe’s suicide, the Evian’s Accords and Algeria’s Independence, Pompidou’s first term, the assassination attempt on De Gaulle, France’s victory at the Five Nations Championship and Brazil’s at the World Cup, 1962, an outstanding year for Bourgogne wine, and the year La Semaine de la Critique was born. Robert Favre Le Bret – enthusiastic after the screening of The Connection, a very independent film – asked the French Association of Film Critics to not just select one film but an entire program to be screened in the Cocteau theater over a week. Nelly Kaplan named the event “La Semaine de la Critique”. Roger Régent asked Louis Marcorelles to coordinate this new event within the Festival. Georges Sadoul, the famous film historian, was the Artistic Director. The policy he wrote has not changed much over the years. La Semaine de la Critique still introduces new trends with a selection of first or second feature films, world and international premieres, fiction and documentary, of high quality and from all over the world. These films are chosen by a selection committee formed by French (and foreigners residing in France) film critics. The first edition, supported by Roberto Rossellini and dominated by Jacques Rozier’s Adieu Philippine took place May 14th through 21st , 1962. Even though it was created in a hurry, the first edition was a success. The next year, more people joined the selection committee and the geographical diversity became more important. In 1963, some members of the Association 1 Critics’ Week GENÈSE DE LA SEMAINE: UN JOUR, UN NOM. GENESIS OF LA SEMAINE: ONE DAY, ONE NAME. Je me souviens comme si c’était hier: réunis autour d’une table avec Louis Marcorelles et Marcel Martin, nous étions quelques journalistes, dans ce début de l’année 1962, à trouver excellente notre idée de créer au sein du Festival de Cannes une minimanifestation où seraient projetés des films choisis et aimés par nous, en dehors de toute sélection officielle et de toute influence extérieure. Il ne nous restait qu’à lui trouver un nom. Les propositions les plus farfelues jaillissant de nos têtes fertiles, cela allait de «Nos toiles étoilées» à «Critiques, nous voilà!», en passant par «Cellulo», en lisière de méningite… Car pourquoi faire simple au détriment des délices du compliqué? Le temps passait, et les idées manquaient. Puis, nouvelle Archimède, d’un puissant «Eurêka ! », je m’écriais: « Et si on l’appelait la Semaine de la Critique ? » Ma proposition fut adoptée à l’unanimité, et je suis encore fière d’avoir porté sur les fonds baptismaux, toutes bobines en avant, cette Semaine qui depuis bientôt cinquante ans offre une belle vitrine à des réalisateurs du monde entier, à l’intérieur d’une des plus prestigieuses manifestations cinématographiques. I remember it like it was yesterday: assembled around a table with Louis Marcorelles and Marcel Martin, there were a few of us film critics, in early 1962, who had an excellent idea: to create a mini event where we would screen the films we loved, during the Cannes Film Festival but apart from the Official Selection and the pressure associated with it. All we had to do was name it. The most far-fetched suggestions emerged from our imaginative minds, it went from “Our starry screens” to “Critics, here we come!” or even “Cellulo” when we were close to meningitis… Because why would you be simple when being complicated was so delightful? Time passed and ideas were forgotten. Then, like Archimedes, with a powerful “Eurêka!” I said “What if we called it La Semaine de la Critique1 ?” My suggestion was voted in unanimously, and I am still proud to have christened this Semaine, which for about fifty years now, has been a beautiful window for directors from around the world, within one of the most prestigious film events. Nelly Kaplan Romain Goupil reçoit la Caméra d’Or des mains de Steven Spielberg pour Mourir à trente ans (1982) Romain Goupil, winner of the Caméra d’Or (awarded by Steven Spielberg) for Half a Life (1982) decided to award a prize to the best film. Robert Favre Le Bret was against this from the outset, opposed to the idea of a new competition. La Semaine should not become a small festival within a “big” one; it should remain a selection where talent is discovered but does not win anything. It was not until 1990 that the first Semaine de la Critique Grand Prize was awarded by journalists and film critics invited to vote after each screening. George Sadoul was the Artistic Director until 1967 (he died on October 13th ). Notwithstanding the events that paralyzed the Festival in 1968 and the predictable nomination of Louis Marcorelles as the new Artistic Director, that year was the beginning of a new era. In 1969, the creation of La Quinzaine des Réalisateurs (Directors Fortnight) changed eve- rything. The two sections become instant rivals. The two selection committees were interested in the same geographical zones, even though the new section was not restricted to only selecting first or second feature films. La Semaine, buoyed by its experience, pulled through. But between 1975 and 1977, the Cannes Film Festival subsequently created Fertile Eyes, Spirit of the times and Recomposed Past which were in direct com- petition with the two already existing sections1 . In 1978, Gilles Jacob succeeded Maurice Bessy as Artistic Direc- tor of the Festival. He created the Caméra d’Or prize for the best first film and opened this competition to films presented in all the sections. La Semaine won the first Caméra d’Or with Alambrista by Robert Young. 1983 is an important year for the Festival. The new Palais was ready to welcome the 36th edition. Starting in 1984, Jean Roy (un- til 1999), José Maria Riba (2000 and 2001), Claire Clouzot (2002 to 2004) and Jean-Christophe Berjon (since 2005) have been steering the selection committee, working in a film industry and economy that is always evolving. Over the past 50 years, the film industry’s borders have expanded incredibly and become more diversified. No- wadays, thanks to the many international festivals, there are no unknown film territories. In practical terms, this is the result of discovering new territories: the first year, the selection committee picked 10 films out of about twenty titles whereas in 2010, they had to watch more than 900 feature films and select the same total of 10! Georges Sadoul 1904-1962 Derrière l’enthousiasme de cette première édition construite en toute hâte, se dessinent déjà les contours de la suivante: augmentation du nombre des membres du comité de sélection, diversification géographique plus importante. Dès 1963, certains membres de l’association proposent de décerner un prix au meilleur film de la Semaine. Immédiatement, Robert Favre Le Bret s’y oppose, refusant l’idée d’une nouvelle compétition. La Semaine ne doit pas devenir un petit festival dans le grand mais rester une tête chercheuse, une instance de découverte et non de consécration. Il faudra attendre 1990 pour délivrer le premier Prix de la Semaine de la Critique, décerné par un vote des journalistes français et étrangers à la sortie des projections. Georges Sadoul présidera à la des- tinée de la manifestation jusqu’en 1967 (il mourra le 13 octobre). Par delà les événements qui paralysèrent le Festival en 1968 et la nomination prévisible de Louis Marcorelles qui avait assisté Sadoul depuis le commencement, cette année marque le début d’une nouvelle ère. Dès 1969, la création de la Quinzaine des Réalisateurs change la donne. La concurrence entre les deux sections est immédiate. Les terres cinématographiques que les comités respectifs explorent sont les mêmes, bien que la nouvelle venue ne s’impose pas la contrainte du premier ou deuxième film. La Semaine, forte de son expérience, s’en sort bien. Sa réputation n’est plus à faire et elle aura même droit à la grande salle du palais des festivals en 1972. Cette même année, Maurice Bessy succède à Robert Favre Le Bret comme Délégué Général de la manifestation cannoise et n’est pas très favorable à l’expansion de la Semaine. Dans un contexte de concurrence toujours plus grand, isolée entre un Festival marginalisant les sections parallèles et une Quinzaine en plein essor (augmentée, en 1973, d’une section dédiée au cinéma hexagonal, Perspectives du cinéma français), la Semaine va tenter de retrouver son aura d’antan tout en conservant sa spécificité dans le paysage des festivals, puisque sa programmation est le fait de critiques de cinéma en activité. Mais la direction du Festival de Cannes crée successive- ment, entre 1975 et 1977, les Yeux Fer- tiles, l’Air du temps et le Passé recom- posé qui concurren- cent directement les sections parallèles1 . En 1978, Gilles Jacob remplace Maurice Bessy comme Délégué Général. Il crée la Caméra d’or qui récompensera un premier film et ouvre cette compétition à toutes les sections. La Semaine en sera le premier lauréat avec Alambrista de Robert Young. 1983 marque un changement important pour le festival tout entier: le nouveau palais accueille la 36e édition. A partir de 1984, Jean Roy (jusqu’en 1999), José Maria Riba (2000 et 2001), Claire Clouzot (2002 à 2004) et Jean-Christophe Berjon (depuis 2005) tiendront solidement les rênes d’un comité de sélection opérant dans un contexte cinématographique et économique mondial en constante évolution. En l’espace de 50 ans, l’horizon du cinéma, aussi bien dans sa nature que dans une perspective territoriale, s’est considérablement élargi et diversifié. Désormais, réalité contemporaine des festivals, il n’y a plus de contrée de cinéma susceptible d’être ignorée, contrairement à la situation passée. Concrètement, rançon de cette découverte de nouveaux territoires grâce aux festivals, la première année, 10 longs métrages ont été sélectionnés à la Semaine de la Critique parmi la petite vingtaine proposée alors qu’en 2010, c’est plus de 900 longs métrages qui ont été visionnés par le Comité de Sélection pour le même total de 10 films retenus! Gérard Camy « Dans nos travaux, deux soucis nous ont guidés : tout d’abord fournir au public un vaste aperçu géographique où soient représentés l’Europe comme l’Asie, l’Amérique latine comme l’Amérique du Nord, l’Est comme l’Ouest et pas seulement deux ou trois pays bien connus et privilégiés. D’autre part et surtout, nous nous sommes orientés vers la recherche, vers des auteurs inconnus ou méconnus. » When we were selecting films, we cared about two things : first, giving the audience a wide geographical glimpse where were represented Europe, Asia, Latin or North American, Eastern and Western countries and not only the two or three well known and privileged countries. Then, and most especially, we chose to focus on the discovery of unknown or overlooked filmmakers. Georges Sadoul Délégué Général Artistic Director (1962 - 1967) La Semaine ne doit pas devenir un petit festival dans le grand mais rester une tête chercheuse, une instance de découverte et non de consécration. Adieu Philippine, Jacques Rozier (1962) 1 De ces trois sections, ne reste, depuis 1978, que les Yeux Fertiles, rebaptisé Un Certain Regard Out of these three sections from 1978, only Fertile Eyes remains but is now called Un Certain Regard. The Connection, Shirley Clarke (1961) 1716 Years of rupture and reopening. The face of cinema has changed, new doors have opened, new things are possible. Alain Jessua turned Life Upside Down but most films are in line with the world. The heart of the New Wave makes French cinema beat but the time has come for films from new territories: from Italy to Japan, Brazil, Canada, Germany, Switzerland, Poland and the Eastern block. Many years before the fall of the Wall, Otar Iosseliani, still under the Soviet system, shot Falling Leaves. Africa, now independent, can finally make films. America, far from the studio system, engages and enrages by going back to basics. Most films are made with very little money but they still capture the world and cinema at large. Militant believers see the virtue of films that believe in themselves (The Hour of the Furnaces by Fernando Solanas). Skill and style, form and content. In unison, Joli mai (Chris Marker & Pierre Lhomme), “jolie”1 decade. Because even if Paris Does Not Exist (Robert Benayoun), La Semaine does. 1 Nice 2 LE SUCCÈS SUCCESS Prima della rivoluzione, de Bernardo Bertolucci (1964), est le deuxième film d’un garçon de 22 ans, l’histoire enivrante de Fabrizio, un jeune idéaliste, qui veut aimer sa tante et puis changer le monde. Before the Revolution by Bernardo Bertolucci (1964) is the second feature by a 22 year-old boy, the intoxicating story of Fabrizio, a young idealist, who wants to love his aunt and then change the world. 5 2 4 5 L’OVNI UFO En Angleterre occupée, de Kevin Brownlow et Andrew Mollo (1965), pose sous la forme d’un documentaire (heureusement faux) une terrifiante question: et si Hitler avait envahi Londres? It Happened Here, by Kevin Brownlow & Andrew Mollo (1965) where, in a (thankfully fake) documentary, they pose the frightening question: What if Hitler had invaded London? 3 LE NOUVEAU VISAGE NEW FACE Charles Denner, dans La Vie à l’envers d’Alain Jessua (1964), marque de son regard de charbon ardent et de sa présence fiévreuse tous ses films à venir. Charles Denner, in Life Upside Down by Alain Jessua (1964), defined by his brooding stare and feverish presence, for all his films to come. 4 LE SCANDALE SCANDAL More, de Barbet Schroeder (1969): sexe, drogue et mélancolie à Ibiza. C’est l’été des excès sans espérance, l’utopie ensoleillée de Mai 68 vire au noir. More, by Barbet Schroeder (1969): Sex, drugs and melancholy in Ibiza. It’s a summer of excess without hope, the sunny utopia of May’68 went black. 1 L’AIR DU TEMPS SPIRIT OF THE TIMES Dans Adieu Philippine, de Jacques Rozier (1962), une caméra en liberté capte le parfum des dernières vacances de l’insouciance, et la guerre d’Algérie, toute proche. In Adieu Philippine, by Jacques Rozier (1962) the camera is free to capture the perfumes of the last casual vacation, with the war in Algeria very near. Années de toutes les ruptures, années de toutes les ouvertures aussi. Le visage du cinéma change, de nouvelles portes s’ouvrent, d’autres voies sont possibles. Alain Jessua met La Vie à l’envers mais des films vont dans le sens du monde. Le cœur de la Nouvelle Vague fait palpiter le cinéma français et l’heure est aux nouveaux cinémas, de l’Italie au Japon, en passant par le Brésil, le Canada, l’Allemagne, la Suisse, la Pologne et les pays de l’Est. Bien avant la chute du mur, Otar Iosseliani, alors sous bannière soviétique, filme La Chute des feuilles. L’Afrique, après avoir accédé à son indépendance, accède enfin au cinéma. L’Amérique loin des studios s’engage et enrage, tandis que d’autres reprennent le flambeau de la tradition. La plupart des films sont tournés avec peu de moyens mais ils voient le monde et le cinéma en grand. Vertus militantes d’un cinéma qui croit aussi en lui-même (L’Heure des brasiers de Fernando Solanas). L’art et la manière, le fond de la forme. A l’unisson du Joli mai (Chris Marker et Pierre Lhomme), jolie décennie. Car, si Paris n’existe pas (Robert Benayoun), la Semaine, elle, existe. LES ANNÉES 60 RUPTURES & OUVERTURES RUPTURE AND REOPENING Charles Tesson 60 1 3 1918 60 « Je ne vois pas de suite à L’Horizon dans ce que j’ai fait par la suite. Il est unique, atypique. Parce qu’il est ainsi - je ne le savais pas alors -, la Semaine de la Critique a pleinement fonctionné. Comme une sorte d’état civil accordé, comme un droit à être vu en premier. » “I do not see what I did after The Horizon as a sequel to this work. It is unique and different. Because it is so – though I did not know it then – La Semaine de la Critique worked perfectly. It established the film’s identity and right to be seen first.” Jacques Rouffio Le Festival de Cannes ouvre, en 1959, ses portes à la Nouvelle Vague, avec Les 400 Coups de François Truffaut, et Hiroshima mon amour, d’Alain Resnais. Celle-ci rencontre un succès critique et public, puis le vent tourne. Le ton change dans la presse et dans la profession car certains films ne marchent pas. En 1962, année où la Nouvelle Vague n’est plus en odeur de sainteté, la première édition de la Semaine de la Critique présente Adieu Philippine, de Jacques Rozier. La Nouvelle Vague a aimé Paris, Rozier la filme à son tour, puis nous entraîne du côté d’une île, prélude à un amer retour à la réalité (la guerre d’Algérie). Jean Eustache a aussi commencé par filmer Paris dans son premier moyen métrage, Les Mauvaises Fréquentations, sordide histoire de drague entre Pigalle et Montmartre, avant de nous entraîner à Narbonne avec Le Père Noël a les yeux bleus (1966). Philippe Garrel est un enfant de la Nouvelle Vague – de Jean-Luc Godard, un maître qu’il se garde bien d’imiter – et de la Cinémathèque d’Henri Langlois. Après avoir tourné son premier long métrage en 1967, Anémone, il a 20 ans lorsqu’il réalise Marie pour mémoire (1968), œuvre venu d’une autre planète, lyrique, inclassable, avec Zouzou et sa famille, déjà: son père, Maurice Garrel, son frère Thierry. Les continuateurs directs de la Nouvelle Vague ne reproduisent pas sa lettre mais cultivent son esprit. Pas question de suivre un supposé modèle, stylistique et formel, car il s’agit d’enrichir les possibles du cinéma inexplorés. Ils brillent par leur singularité, transgressant les limites dans lesquelles la Nouvelle Vague va parfois s’enfermer, voire se scléroser. La fièvre maladive du cinéma d’Eustache nourrira le second long métrage de Bonello, Le Pornographe, tandis que l’astre Garrel continue d’éclairer le cinéma de tous les songes à venir. Marie pour mémoire, Philippe Garrel (1968) The Cannes Film Festival opened its doors to the New Wave in 1959 with François Truffaut’s The 400 Blows and Alain Resnais’ Hiroshima mon amour. They were both critical and public successes until the tide turned and the tone in the papers and the industry changed when some later films were not the big hits they were expected to be. In 1962, the year the New Wave fell from grace, La Semaine de la Critique presented Adieu Philippine by Jacques Rozier in its first selection. The New Wave had loved Paris, Rozier has shot in the city before taking us to an island, a prelude to the bitter reality (the war in Algeria). Jean Eustache also started his first medium length film in Paris, Bad Company (or Robinson’s Place), a sordid seduction story between Pigalle and Montmartre but then he shot his next film, Santa Claus Has Blue Eyes (1966), in Narbonne. Philippe Garrel is a child of the New Wave – of Jean-Luc Godard, a master he was careful never to imitate – and of the Henri Langlois Cinematheque. After shooting his first feature in 1967, Anémone, then the following year, when he was 20 years old, he directed Marie for Memory (1968), a lyrical and unclassifiable work, with Zouzou and his family, including his father Maurice Garrel and his brother Thierry. The next generation of the New Wave didn’t copy its predecessors exactly but rather simply cultivated their spirit. They didn’t follow a stylistic or formal type, because they wanted to enhance what cinema had to offer, its new and not yet explored possibilities. They shone in their singularity, breaking through the boundaries the New Wave had created for itself. The fever of Eustache’s films later influenced Bonello’s second feature film The Pornographer, while Garrel’s star continued to brighten the path of cinematic dreams to come. « Il y a un constant retard, c’est bien connu, des autorités artistiques sur les événements novateurs dans l’histoire de l’art (…) Disons que la Semaine de la Critique échappe un peu mieux que les autres à ce décalage. » “It is a well-known fact that “art authorities” are constantly late to innovative events in Art History (…) Let’s just say that La Semaine de la Critique manages to bridge this gap better than others.” Philippe Garrel LES ENFANTS DE LA NOUVELLE VAGUE THE CHILDREN OF THE NEW WAVE « Quiconque n’aura pas vu Yveline Cery danser un cha-cha les yeux dans la caméra ne pourra plus se permettre de parler cinéma sur la Croisette. » “Anyone who has not seen Yveline Cercy dancing the cha-cha, her eyes looking into the camera, should not be allowed to discuss films on the Croisette.” Jean-Luc Godard (à propos de about Adieu Philippine) 60 PRIMA DELLA REVOLUzIONE ALLA SETTIMANA 2000? « H a l’aria di una blague, eppure è vero. Dunque, come affrontare questa improvvisa emergenza ? (…) Una soluzione a effetto speciale sarebbe fingere di essere ancora nel 1964, c’è Godard in sala e Les Parapluies de Cherbourg en compétition. (…) Oppure verificare assieme agli altri cineasti se c’era o no, nel film, quella nostalgia del futuro di cui mi pare si parli o se era solo il delirio dovuto agli squilibri ormonali di un ventiduenne. Oppure… » Bernardo Bertolucci Avril 2000 April 2000 « Ç a a l’air d’une blague et pourtant c’est vrai. Donc, comment faire face à cette urgence soudaine ? J’ai volontiers accepté de participer de nouveau à la Semaine car, en ce moment, je suis très anxieux, voire avide, d’interroger, d’écouter, de répondre, de stimuler, d’être stimulé. Surtout par des auteurs de premières ou secondes oeuvres. Une solution, type « effet spécial », serait de faire semblant d’être encore en 1964 : Godard est dans la salle et Les Parapluies de Cherbourg sont en compétition. Trop dangereux, impossible de survivre à une telle overdose d’embarras. Ou bien, je pourrais essayer de proposer le film comme un vestige archéologique retrouvé dans les décombres de la Cinémathèque française, bombardée lors de la dernière guerre de… Ou bien, je pourrais, l’air de rien, le passer en contrebande au milieu des films sélectionnés cette année, pour découvrir qu’après trente-six ans Prima est en réalité un film comique. Ou bien, le présenter comme preuve vivante que, grâce à Dieu, après tant de temps, un film n’appartient plus à son auteur. Ou bien, vérifier avec les autres cinéastes si, oui ou non, le film laisse transparaître cette nostalgie de l’avenir qui constituait l’une de ses interrogations, ou s’il était uniquement le délire issu des déséquilibres hormonaux d’une jeune homme de 22 ans. Ou bien… » “ It may seem like a joke but it is true. How can I face this sudden emergency ? I gladly accepted the offer to be part of La Semaine again because, nowadays, I am very anxious, almost eager, to question, listen, answer, inspire and be inspired. Especially by first and second- time directors. One solution, “special effects”, I could simply pretend to be back in 1964 : Godard sitting in the theater and The Umbrellas of Cherbourg in Competition. But that would be too risky, it would be impossible to survive such an overdose of embarrassment. Or, I could try to present the film like archeological remains found in the rubble of the Cinémathèque française, bombed during the last war of… Or, I could discretely screen it with the other selected films this year, and perhaps discover that after 36 years, Prima is actually a comedy. Or, present it as living proof that – thank God – after all these years, a film no longer belongs to its creator. Or, ask the other directors whether they feel nostalgia for the future, which was the main character’s question, or if it was only a fantasy caused by the hormonal instability of a twenty- two year old young man. Or… ” Charles Tesson 2120 L’Horizon, Jacques Rouffio (1967)
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